Du bon usage des divergences entre histoire et sociologie
Pages 106 à 111
Citer cet article
- CHARLE, Christophe,
- Charle, Christophe.
- Charle, C.
https://doi.org/10.3917/arss.201.0106
Citer cet article
- Charle, C.
- Charle, Christophe.
- CHARLE, Christophe,
https://doi.org/10.3917/arss.201.0106
Notes
-
[1]
Voir Madeleine Rebérioux, « Le débat de 1903 : historiens et sociologues », in Charles-Olivier Carbonell et Georges Livet (dir.), Au berceau des Annales. Le milieu strasbourgeois. L’histoire en France au début du XXe siècle, Toulouse, Presses de l’IEP, 1983, p. 219-230 et ma mise au point sur Charles Seignobos et ses relations avec les sociologues dans Paris fin de siècle. Culture et politique, Paris, Seuil, coll. « L’univers historique », 1998, chap. 4.
-
[2]
Christophe Charle, Homo historicus. Réflexions sur l’histoire, les historiens et les sciences sociales, Paris, Armand Colin, coll. « Le temps des idées », 2013, notamment la conclusion.
-
[3]
Cf. Pierre Bourdieu, Sur l’État. Cours au Collège de France 1989-1992, Paris, Raisons d’agir/Seuil, coll. « Cours et travaux », 2012, p. 120 sq. (à propos de Perry Anderson) et p. 244 (sur les marxistes japonais) ; on peut même aller plus loin et montrer que, dès l’origine, la vision marxienne de l’histoire s’est construite à partir de la voie française pour dénoncer la « misère » révolutionnaire allemande si bien que les marxistes ultérieurs ne font que rejouer sur d’autres cas ce mode de comparatisme du manque inauguré par le père de la théorie (voir Christophe Charle, Discordance des temps. Une brève histoire de la modernité, Paris, Armand Colin, coll. « Le temps des idées », 2011, chap. 4).
-
[4]
P. Bourdieu, Sur l’État…, op. cit., p. 295.
-
[5]
Joseph R. Strayer, Les Origines médiévales de l’État moderne, Paris, Payot, 1979 et P. Bourdieu, Sur l’État…, op. cit., p. 296-299.
-
[6]
Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne 1900-1940. Essai d’histoire sociale comparée, Paris, Seuil, coll. « L’univers historique », 2001. J’ai affiné le schéma sur le XIXe siècle pour la France et le Royaume-Uni dans « Le monde britannique, une société impériale (1815-1919) ? », Cultures & conflits, 77, 2010, p. 7-38 et « Les historiens et la conceptualisation des sociétés impériales en France et en Angleterre », chap. 8 de Christophe Charle et Julien Vincent (dir.), La Société civile. Savoirs, enjeux et acteurs en France et en Grande-Bretagne 1780-1914, Rennes, PUR, 2011, p. 205-233. Sur la question cruciale du prélèvement fiscal et son acceptation, voir Nicolas Delalande, Les Batailles de l’impôt. Consentement et résistances de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, coll. « L’univers historique », 2011 ; Nicolas Delalande et Romain Huret (dir.), “Tax resistance : a global history ?”, Journal of Policy History, 5(3), 2013. Sur le cas américain, Romain Huret, Taxed. American Resisters to Taxation from the Early Republic to the Present, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2014 (sous presse).
-
[7]
Voir Christophe Charle, « Légitimités en péril. Éléments pour une histoire comparée des élites et de l’État en France et en Europe occidentale (XIXe-XXe siècles), Actes de la recherche en sciences sociales, 116-117, mars 1997, p. 39-52.
-
[8]
Pierre Bourdieu, La Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun », 1989.
-
[9]
Christophe Charle, les Hauts Fonctionnaires en France au XIXe siècle, Paris, Gallimard, coll. « Archives », 1980 ; « Naissance d’un grand corps. L’inspection des finances à la fin du XIXe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, 42, avril 1982, p. 3-17 ; « Les grands corps », in Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, III, Les France, t.2, Paris, Gallimard, 1992, p. 195-235 ; « Les élites étatiques en France, XIXe-XXe siècles », in Bruno Théret (éd.), L’État : le souverain, la finance et le social, Paris, La Découverte, 1995, p. 106-154 ; « La bourgeoisie de robe en France au XIXe siècle », Le Mouvement social, 181, octobre-décembre 1997, p. 52-72.
-
[10]
Bernard Le Clère et Vincent Wright, Les Préfets du Second Empire, Paris, Armand Colin, 1973 ; Vincent Wright, Les Préfets de Gambetta, texte complété, mis à jour et présenté par Éric Anceau et Sudhir Hazareesingh, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007 ; Vincent Wright, Le Conseil d’État sous le Second Empire, Paris, Armand Colin, 1972.
-
[11]
Christophe Charle, « Une dérive oligarchique », Le Débat, mai-août 1989, p. 190-192 et « Sciences-Po. entre l’élite et le pouvoir », Le Débat, 64, mars-avril 1991, p. 93-108.
Sur l’État est fondé à la fois sur une analyse critique des pratiques des historiens sur ce sujet et sur un recours massif à la démarche historique pour fonder la théorie de la monopolisation de la violence symbolique légitime qui sous-tend la perspective de Bourdieu. L’article revient sur les usages de l’histoire et de la comparaison par Bourdieu et pointe un certain nombre de divergences avec les orientations actuelles de l’historiographie contemporaine où la violence physique « légitime » des États a été surtout au centre des recherches. De la même manière alors que Bourdieu établit une perspective de longue durée remontant au Moyen Âge, les historiens même influencés par la sociologie structurale insistent beaucoup plus sur les ruptures et les décalages entre l’émergence et l’affirmation des divers types d’États dans les périodes récentes. Ce cours ouvre bien des voies nouvelles mais n’apporte pas, comme tout cours forcément provisoire et inachevé, la théorie complète et exhaustive qu’une bibliographie foisonnante éloigne toujours plus de l’horizon du pensable global. Aussi le dialogue entre histoire et sociologie est-il plus que jamais nécessaire mais sur des bases renouvelées et non des querelles anciennes dépassées. Le comparatisme si décrié de divers côtés aujourd’hui au nom de paradigmes attrape-tout s’avère d’autant plus indispensable qu’il est particulièrement difficile à pratiquer dans l’état de parcellisation des travaux. Sur l’État en fournit certaines clés.
On the appropriate use of the divergences between history and sociology
On the appropriate use of the divergences between history and sociology
The first of Bourdieu’s Collège de France lectures, Sur l’État, is based upon both a critical analysis of the historians’ work on the topic and on a massive reliance on a historical approach in order to establish the theory of the monopolization of legitimate symbolic violence that underlies Bourdieu’s perspective. The paper examines Bourdieu’s use of history and of comparison, and indicates a number of differences with the main orientations of contemporary historiography, which focuses mostly on “legitimate” physical violence. Similarly, while Bourdieu follows a long-term perspective going back to the Middle Ages, historians, even when they are influenced by structural sociology, emphasize much more the discontinuities and the discrepancies between the emergence and the consolidation of different types of states in recent periods. This lecture does open new perspectives, but, being provisional and unfinished like any lecture, it does not provide a complete and exhaustive theory, which a prolific bibliography constantly expels from the realm of what is thinkable. As a result, the dialogue between history and sociology is more necessary than ever, but it must also take place on a renewed basis, rather than on obsolete quarrels. Comparatism has been criticized so frequently in the name of catch-all paradigms, but it turns out to be indispensable, not least because its practice is made more difficult by the fragmentation of existing work that currently prevails in this field. Sur l’État provides some hints as to how this can be done.