Compte rendu

Fabrice Balanche, La région alaouite et le pouvoir syrien

Paris : Karthala, 2006, 313 p.

Pages 208 à 209

Citer cet article


  • Ilias, F.
(2009). Fabrice Balanche, La région alaouite et le pouvoir syrien Paris : Karthala, 2006, 313 p. A contrario, 11(1), 208-209. https://doi.org/10.3917/aco.061.0208a.

  • Ilias, Fouad.
« Fabrice Balanche, La région alaouite et le pouvoir syrien : Paris : Karthala, 2006, 313 p. ». A contrario, 2009/1 n° 11, 2009. p.208-209. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-a-contrario-2009-1-page-208?lang=fr.

  • ILIAS, Fouad,
2009. Fabrice Balanche, La région alaouite et le pouvoir syrien Paris : Karthala, 2006, 313 p. A contrario, 2009/1 n° 11, p.208-209. DOI : 10.3917/aco.061.0208a. URL : https://shs.cairn.info/revue-a-contrario-2009-1-page-208?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/aco.061.0208a


1 Cet ouvrage très étoffé est le résultat d’un travail de thèse dirigé par Pierre Signoles et d’un long séjour de terrain effectué en Syrie. Le but de l’auteur est de rendre compte de l’évolution de la région côtière syrienne où se trouve localisée la communauté alaouite dont le président Bachar Al-Assad est issu. De fait, l’étude de cette région se justifie puisque le coup d’État de 1963 qui a porté au pouvoir le Ba’ath syrien ainsi que les politiques mises en œuvre (nationalisations massives et réforme agraire notamment) découlant de son emprise idéologique ont mené à un chamboulement spatio-politique du territoire syrien dans son ensemble et de la région côtière plus particulièrement.

2 Dans la première des deux parties que compte l’ouvrage, l’auteur explique qu’à l’arrivée du Ba’ath les bourgeoisies citadines sunnito-chrétiennes, alors aux commandes du pays, ont été remplacées par une petite bourgeoisie rurale. Le nombre d’alaouites au sein de cette dernière alla croissant et culmina à partir du coup d’État de 1970 qui porta au pouvoir Hafez Al-Assad et la ‘asabiyya alaouite qu’il dirigeait. Libérée de l’emprise des bourgeoisies citadines et notamment des propriétaires fonciers, la communauté alaouite sort alors de son isolement et quitte son réduit montagneux du Jebel Ansariyeh pour les villes côtières. Il en résulte une reconfiguration politique et économique de la région côtière. Afin d’en rendre compte, l’auteur procède à un recadrage indispensable du concept de région qui ne se définit plus au sens d’un espace polarisé par un centre mais invoque des critères sociaux, plus à même de représenter la région côtière syrienne dont la cohérence et la cohésion sont alors le fait de la présence de la communauté alaouite.

3 La mainmise de la ‘asabiyya alaouite sur l’État ba’athiste, thème central de la seconde partie de l’ouvrage, ainsi que la mise en veille de la bourgeoisie économique citadine ont été suivies par un large transfert de ressources étatiques vers la région côtière. Ces ressources ont servi à redécouper et quadriller administrativement cette région afin de clientéliser la communauté alaouite (ou du moins une partie d’entre elle, l’auteur prenant le soin bienvenu de nuancer tout propos généralisant), base de recrutement des cadres de l’appareil étatique. La région côtière se dote alors d’industries étatiques multiples et d’une charpente bureaucratique surdimensionnée pendant que de nombreux villages ou bourgs alaouites de moyenne taille sont promus chef-lieu de leur entité territoriale, rejoignant ainsi la machinerie étatique. La communauté alaouite devient en quelque sorte otage de l’État pour ce qui est de sa condition économique (et politique).

4 L’apparente intégration de la région côtière dans le devenir de l’État-nation allait durer jusque dans le milieu des années 1980. La crise de l’Etat providence syrien de l’époque – qui cessa d’être engraissé par les pétrodollars des monarchies du Golfe – allait précipiter la Syrie dans un marasme économique qui devait la forcer à revoir ses positions idéologiques et paracheva la décision d’ouverture économique, l’infitah de la fin des années 1980. Le rétrécissement de la marge de manœuvre de l’État ba’athiste et la timide ouverture accordée au secteur privé réactivèrent les bourgeoisies citadines qui redéployèrent leur savoir faire et leurs réseaux économiques multiples. Pratiquement exclus du secteur privé que les bourgeoisies traditionnelles ont su cloisonner, les alaouites et la région côtière prisonniers de l’État semblent se rediriger vers une périphérisation. En effet, explique Fabrice Balanche, ils sont incapables de rivaliser avec la force de frappes des métropoles de l’intérieur qui monopolisent la plus grosse part des investissements et de l’effort général du privé pour recouvrer sa mainmise sur l’économie.

5 L’analyse structurelle pointue ici proposée – qui colle à la réalité d’un pays qui pourtant défie souvent les prévisions de ses spécialistes les plus aguerris – intervient dans un contexte contradictoire d’isolement politique régional et international mais d’accélération de la libéralisation économique. L’originalité de l’angle d’approche de l’auteur (un géographe) qui se détache des habituelles analyses centrées sur les relations internationales fait de son ouvrage une référence pour l’étude du pouvoir syrien et de ses politiques. Néanmoins, le devenir incertain de la communauté alaouite objectivé à travers le prisme de son rapport à l’État tel qu’il nous est présenté se doit d’être nuancé : l’unanimité des perceptions (subjectives donc…) d’un régime contradictoire ainsi que de son futur n’est pas de mise, ce qui limite les prévisions concernant son avenir ainsi que celui de la communauté alaouite qui en dépend.


Date de mise en ligne : 22/06/2009

https://doi.org/10.3917/aco.061.0208a