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I. Les débuts de l'ordre du Temple en Orient

Pages 11 à 57

Citer cet article


  • Claverie, P.-V.
(2014). I. Les débuts de l'ordre du Temple en Orient. Le Moyen Age, BMA 29(0), 11-57. https://doi.org/10.3917/rma.bma.029.clav.0011.

  • Claverie, Pierre-Vincent.
« I. Les débuts de l'ordre du Temple en Orient ». Le Moyen Age, 2014/0 BMA 29, 2014. p.11-57. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-BMA-9782807381025-page-11?lang=fr.

  • CLAVERIE, Pierre-Vincent,
2014. I. Les débuts de l'ordre du Temple en Orient. Le Moyen Age, 2014/0 BMA 29, p.11-57. DOI : 10.3917/rma.bma.029.clav.0011. URL : https://shs.cairn.info/revue-BMA-9782807381025-page-11?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.bma.029.clav.0011


Notes

  • [1]
    Richard de Poitiers, Chronica, éd. G. Waitz, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores (désormais abrégés en MGH-SS), t. 26, Hanovre, 1882, p. 80. « On les appelle les chevaliers du Temple, poursuit avec justesse cet auteur, parce qu'ils ont établi sous le portique de Salomon le siège de leur ordre. »
  • [2]
    M. Melville, La vie des Templiers , 2e éd., Paris, 1974 ; L. Dailliez, Les Templiers, ces inconnus , Paris, 1972.
  • [3]
    Guillaume de Tyr, Chronicon , éd. R. B. C. Huygens, t. 1, Turnhout, 1986, XII (7), p. 553-555 (voir D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages , Paris, 1997, p. 557-558) ; Jacques de Vitry, Historia Hierosolimitana , dans Gesta Dei per Francos , éd. J. Bongars, t. 1, Hanovre, 1611, part. 2, p. 1083 (voir Id., Histoire orientale/Historia orientalis , trad. J. Donnadieu, Turnhout, 2008, p. 261-263) ; A. Demurger, Les templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge , Paris, 2005, p. 27-28 ; M. Barber, The Origins of the Order of the Temple, Studia Monastica , t. 12, 1970, p. 219-240.
  • [4]
    F. Tommasi, Pauperes commilitones Christi . Aspetti e problemi delli origini gerosolimitane, Militia Christi e Crociata nei secoli XI-XIII. Atti della undecima Settimana internazionale di studio Mendola, 28 agosto - 1 settembre 1989 , Milan, 1992, p. 460 ; J. Van Thielrode, Chronique de saint Bavon à Gand , Gand, 1835, p. 76 ; P. Klimeš, Martinus Polonus Codex Saec. XIII. Teplenus , Prague, 1859, p. 139 ; Hugues de Saint-Victor, Liber de tribus maximis circumstanciis gestorum, http://www.columbia.edu/cu/lweb/digital/collections/cul/texts/ldpd_9512432_000/pages/ldpd_9512432_000_00000152.html (fac-similé d'un manuscrit de la fin du xiie siècle).
  • [5]
    A. Luttrell, The Earliest Templars, Autour de la première croisade , éd. M. Balard, Paris, 1996, p. 193-202.
  • [6]
    A. Beltjens, Quelques précisions sur le berceau de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, Studi Melitensi , t. 11, 2003, p. 49-60.
  • [7]
    Ibid ., p. 54 ; Ernoul, Chronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier , éd. L. de Mas- Latrie, Paris, 1871, p. 8 (reprod. anastatique, Bruxelles, 1974). Jean le Long prête à l'Hôpital dès les années 1108-1110 l'entretien de chevaliers en armes et de servants.
  • [8]
    A. Luttrell, Templari e ospitalieri : alcuni confronti, I Templari : la guerra e la santità , éd. S. Cerrini, Rimini, 2000, p. 143-145 ; A. Demurger, Les templiers , op. cit. , p. 139-140.
  • [9]
    R. Hiestand, Papsturkunden für Templer und Johanniter. Vorbeiten zum Oriens Pontificus I-II , t. 1, Göttingen, 1972, p. 205 et 207 ; T. Leroy, Hugues de Payns, chevalier champenois, fondateur de l'ordre des Templiers , 2e éd., Troyes, 2001, p. 59, 61 et 65 ; Yves de Chartres, Opera omnia , PL , t. 162, col. 251-253, n° CCXLV. La position d'Yves de Chartres s'appuie sur l'indissolubilité du mariage prônée par le droit canon.
  • [10]
    F. Tommasi, Pauperes commilitones Christi , art. cit., p. 459 ; A. Beltjens, Aux origines de l'Ordre de Malte , Bruxelles, 1995, p. 355.
  • [11]
    Rorgon Frétel, Liber locorum sanctorum Terrae Jerusalem , PL , t. 155, col. 1040 et 1054 ; Rorgo Fretellus de Nazareth et sa description de la Terre sainte. Histoire et édition du texte ,éd.P.C.Boeren, Amsterdam, 1980, p.xxvii-xxviii (introd.); R.Hiestand, Un centre intellectuel en Syrie du Nord ? Notes sur la personnalité d'Aimery d'Antioche, Albert de Tarse et Rorgo Fretellus , Le Moyen Âge , t. 100, 1994, p. 19-32, n° iii.
  • [12]
    J. Michelet, Le procès des templiers, t. 1, Paris, 1841 (réédition anastatique, Paris, 1987), p. 643 ; A. Demurger, Chevaliers du Christ. Les ordres religieux militaires au Moyen Âge (xie - xvie siècle), Paris, 2002, p. 82-83 ; R. Röhricht, Regesta Regni Hierosolymitani (MXCVII-MCCXCI) (désormais abrégés en RRH), t. 1, Innsbruck, 1893, p. 95, n° 364 et p. 105, n° 400 ; J. Riley-Smith, The First Crusaders, 1095-1131 , Cambridge, 1997, p. 163.
  • [13]
    B. Z. Kedar, On the Origins of the Earliest Laws of Frankish Jerusalem : The Canons of the Council of Nablus, 1120, Speculum , t. 74, 1999, chap. 20, p. 334 ; H. E. Mayer, Zur Geschichte der Johanniter im 12. Jahrundert, Deutsches Archiv , t. 47, 1991, p. 139-148 ; RRH , t. 1, p. 23, n° 101, p. 25, n° 105-106, et p. 33, n° 133 ; T. Leroy, Hugues de Payns… , op. cit. , p. 71-72. Le Temple conserva après la rédaction de sa règle quelques usages liturgiques purement augustiniens.
  • [14]
    Michel le Syrien, Chronique , trad. J.-B. Chabot, t. 3, Paris, 1905 (réédition anastatique, Bruxelles, 1963), p. 201 ; J. Michelet, Le procès des templiers , op. cit. , t. 1, p. 645 ; Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit. , t. 1, XII (7), p. 553-555 (voir trad. D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages , op. cit. , p. 558). Il convient de remarquer que le chiffre de douze chevaliers, copiés sur le modèle apostolique, eût été encore plus symbolique.
  • [15]
    Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p.207-208, col.a ; Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit. , t. 1, XII (15), p. 565 ; B. Z. Kedar, On the Origins of the Earliest Laws of Frankish Jerusalem, art. cit., p. 331 ; Al-Idrīsī, Géographie d'Edrisi , trad. P.-A. Jaubert, t. 1, Paris, 1836, p. 344 ; R. S. Humphreys, Dāwiyya and Isbitāriyya, The Encyclopedia of Islam , t. XII, Leyde, 2004, p. 205 ; Abū'l Faradj (Gregorius Barhebraeus), Chronicon ecclesiasticum , éd. et trad. J.-B. Abbeloos et T.-J. Lamy, 3 vol., Paris-Louvain, 1872-1877 ; Id., Chronography , éd. E. A. Wallis Budge, 2 t., Oxford-Londres, 1932.
  • [16]
    Theodoricus (Dietrich), Libellus de Locis Sanctis , éd. M. L. et W. Bulst, Heidelberg, 1976, p. 22 et 26-27 ; D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages , op. cit. , p. 1315 ; Jean de Wurtzbourg, Descriptio Terrae Sanctae , dans Saewulf, John of Würzburg, Theodoricus, Peregrinationes tres , éd. R. B. C. Huygens, Turnhout, 1994, p. 134-135.
  • [17]
    F. Gabrieli, Chroniques arabes des croisades , Paris, 1977 (réed., Paris, 1996), p. 171 et 190 ; Z. Jacoby, The Workshop of the Temple Area in Jerusalem in the Twelfth Century: its Origin, Evolution and Impact, Zeitschrift für Kunstgeschichte , t. 45, 1982, p. 326-330 ; Ibn Khallikān, Biographical Dictionary , t. 4, Paris, 1871, p. 526-527.
  • [18]
    RRH , t. 1, p. 28, n° 116 ; M. Melville, La vie des Templiers , op. cit. , p. 23, n. 19 ; M. Barber, The Origins of the Order of the Temple, art. cit., p. 226-229 ; Id., The New Knighthood, a History of the Order of the Temple , Cambridge, 1994, p. 12 ; L. Cooper éd., La Gran Conquista de Ultramar , t. 2, Bogota, 1979, p. 653-654 (notamment) ; A. Demurger, Les templiers , op. cit. , p. 52 ; D. Selwood, Quidam autem dubitaverunt: The Saint, the Sinner, the Temple and a Possible Chronology, Autour de la première croisade , op. cit., p. 225 ; T. Leroy, Hugues de Payns… , op. cit. , p. 71.
  • [19]
    RRH , t. 1, p. 60, n° 238 ; D. Selwood, Quidam autem dubitaverunt… , art. cit., p. 227-228 ; Bernard de Clairvaux, Opera , éd. J. Leclercq et H. M. Rochais, t. 7, Epistolae I. Corpus epistolarum 1-180 , Rome, 1974, p. 393, n° 175 (Ad patriarcham Ierosolymorum) et t. 8, Epistolae I. Corpus epistolarum 181-310. II. Epistolae extra corpus 311-547 , Rome, 1977, p. 65, n° 206.
  • [20]
    Ibid ., t. 7, p. 393, n° 175 ; M. Barber, The Origins of the Order of the Temple, art. cit., p. 228 ; Id., The New Knighthood , op. cit ., p. 35 ; F. Tommasi, Pauperes commilitones Christi… , art. cit., p. 455-456.
  • [21]
    J. Richard, Histoire des croisades , Paris, 1996, p. 149-150 et p. 157-159 ; F. Tommasi, Pauperes commilitones Christi …, art. cit., p. 457 ; A. Demurger, Les templiers , op. cit ., p. 51-56.
  • [22]
    D. Selwood, Quidam autem dubitaverunt… , art. cit., passim ; A. Demurger, Les templiers , op. cit ., p. 60 ; M. Barber, The New Knighthood , op. cit ., p. 42.
  • [23]
    Il s'agit du célèbre Sermo ad milites Templi rédigé par un certain « Hugues le Pécheur » qui ne semble faire qu'un avec Hugues de Payns malgré la singularité de son surnom (voir J. Leclercq, Un document sur les débuts des templiers, Revue d'histoire ecclésiastique , t. 52, 1957, p. 81-91 ; S. Cerrini, Le fondateur de l'ordre du Temple à ses frères : Hugues de Payns et le Sermo Christi militibus , Dei gesta per Francos. Études sur les croisades dédiées à Jean Richard/Crusade Studies in Honour of Jean Richard , éd. M. Balard, B. Z. Kedar et J. Riley-Smith, Aldershot, 2001, p. 99-110).
  • [24]
    Bernard de Clairvaux, Éloge de la nouvelle chevalerie, Vie de saint Malachie, Épitaphe, Hymne, Lettres , trad. P.-Y. Émery, Paris, 1990.
  • [25]
    Ibid ., p. 48-78 et 78-133.
  • [26]
    Ibid ., p. 70-73 et 58-61 ; R. Röhricht, Le pèlerinage du moine augustin Jacques de Vérone (1335), Revue de l'Orient latin (désormais abrégée en ROL ), t. 3, 1895, p. 186-187.
  • [27]
    Bernard de Clairvaux, Éloge de la nouvelle chevalerie , op. cit ., p. 74-75 et 130-133. (Il s'agit du Ps 113, 1 préféré à Dominus firmamentum meus, et refugium meum, et liberator meus [Ps 17, 3] et Fortitudinem meam ad te custodiam, quia Deus susceptor meus [Ps 58, 10].)
  • [28]
    H. de Curzon, La règle du Temple publiée pour la Société de l'histoire de France , Paris, 1886, p. 15-16, § 4-5.
  • [29]
    S. Cerrini, La tradition manuscrite de la règle du Temple. Études pour une nouvelle édition des versions latine et française, Autour de la première croisade , op. cit., p. 203-219 ; Id., A New Edition of the Latin and French Rule of the Temple, The Military Orders , t. 2, Welfare and Warfare , éd. H. J. Nicholson, Aldershot, 1998, p. 207-215.
  • [30]
    Michel le Syrien, Chronique , op. cit. , p. 202-203 ; H. de Curzon, La règle du Temple , op. cit. , p. 37-38, § 29 et p. 62-63, § 62.
  • [31]
    F. Chandon de Briailles, Le droit de « coins » dans le royaume de Jérusalem, Syria , t. 23, 1942-1943, p. 244-257 ; P. de Saint-Hilaire, Les sceaux templiers , Puiseaux, 1991, p. 26-27 ; Archives nationales, Paris, Série J. 456, n° 27 (acte du 27 juin 1286) ; H. de Curzon, La règle du Temple , op. cit. , p. 87, § 99, p. 144, § 204 et p. 159, § 247.
  • [32]
    V. Carrière, Histoire et cartulaire des templiers de Provins , Paris, 1919, p. 102, n. 1 ; M. Melville, La vie des Templiers , op. cit. , p. 41. Guillaume Faucon acheva pour sa part sa carrière à la tête de la province de Bretagne en 1141 (voir É.-G. Léonard, Introduction au cartulaire manuscrit du Temple [1150-1317] constitué par le marquis d'Albon , Paris, 1930, p. 109 n. 1).
  • [33]
    A. d'Albon, Cartulaire général de l'ordre du Temple (1119-1150) , t. 1, Paris, 1913, p. 66, n° 87 ; R. Hiestand, Papsturkunden für Templer , op. cit. , t. 2, p. 77. Ce principe « de franche aumône » fut subordonné au xiiie siècle par les légistes hiérosolymitains à l'aval préalable du roi dont le nombre de vassaux se réduisait dangereusement.
  • [34]
    G. Bresc-Bautier, Le cartulaire du chapitre du Saint-Sépulcre de Jérusalem , Paris, 1984, p. 170-171, n° 72 ; A. d'Albon, Cartulaire général… , op. cit. , t. 1, p. 45, n° LXII (voir J.-L. Aubarbier et M. Binet, Les sites templiers de France , 2e éd., Rennes, 1996, p. 134).
  • [35]
    J. Riley-Smith, The Templars and the Teutonic Knights in Cilician Armenia, The Cilician Kingdom of Armenia , éd. T. S. R. Boase, Édimbourg, 1978, p. 93-94 ; G. Schlumberger, Renaud de Châtillon, prince d'Antioche, seigneur de la terre d'outre-Jourdain , 2e éd., Paris, 1923, p. 49-51 ; RRH , t. 1, p. 48-49, n° 194-195 (voir M.-A. Chevalier, Quelques aspects de la présence des templiers en Cilicie, Relations historiques et culturelles franco-arméniennes, Septième conférence scientifique internationale : « La France du xxe siècle et les Arméniens » , Erevan, 2001, p. 93, qui fait siennes les conclusions de J. Riley-Smith).
  • [36]
    Michel le Syrien, Chronique ,op. cit. ,p.314; Abūl Faradj, Chronography ,op. cit ., t. 1, p. 283 (voir A. W. Lawrence, The Castle of Baghras, The Cilican Kingdom of Armenia , op. cit. , p. 42). Baghrās servit notamment de point de concentration des forces byzantines lorsque l'empereur Jean II revint près d'Antioche le 25 septembre 1142 (voir Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit. , t. 2, XV [19], p. 700-701).
  • [37]
    K. M. Setton, A History of the Crusades , t. 2, Madison-Milwaukee-Londres, 1969, p. 639 ; Johannes Kinnamos, Epitome rerum ab Ioanne et Alexio Comnenis gestarum ad fidem codicis Vaticani , éd. A. Meineke, Bonn, 1836, p. 19 (trad. J. Rosenblum, Paris, 1972, p. 26) ; ibn Šaddād, Description de la Syrie du Nord , Damas, trad. A.-M. Éddé, 1984, p. 264.
  • [38]
    R. Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem , t. 2, Paris, 1935, p. 333-334 ; Cl. Cahen, La Syrie du Nord à l'époque des croisades et la principauté franque d'Antioche , Paris, 1940, p. 512 ; P. Deschamps, Les châteaux des croisés en Terre sainte , t. 3, Paris, 1973, p. 161 ; Grégoire le Prêtre, Chronique , dans Recueil des historiens des croisades, Documents arméniens , t. 1, Paris, 1869, p. 170-172.
  • [39]
    M. J. Barroca, Epigrafia medieval portuguesa (862-1422) , t. 2, vol. 1, Lisbonne, 2000, p. 348-367, n° 136-137 (transcription communiquée gracieusement par I. C. Ferreira Fernandes) ; A. Cadei, Architettura sacra templare, Monachi in armi , éd. G. Viti et A. Cadei, Certosa di Firenze, 1995, p. 78.
  • [40]
    D. Pringle, Templar Castles on the Road to the Jordan, The Military Orders , t. 1, Fighting for the Faith and Caring for the Sick , éd. M. Barber, Aldershot, 1994, n° 16, p. 148-166 ; Id., Templar Castles between Jaffa and Jerusalem, The Military Orders , t. 2, op. cit. , n° 9, p. 89-109 ; J. Riley-Smith, Atlas des croisades , Paris, 1996, p. 53, carte n° I ; Hiestand, Un centre intellectuel…, art. cit., p. 29-32.
  • [41]
    Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit. ,t. 2, XIV (26), p. 666 ; S. de Sandoli, Itinera Hierosolymitana crucesignatorum (saec. XII-XIII) , t. 2, Jérusalem, 1980, chap. 38, p. 102.
  • [42]
    R. Hiestand, Papsturkunden für Templer , op. cit. , t. 1, p. 204-210, n° 3 (édition critique) et t. 2, p. 77 ; A. Demurger, Les templiers , op. cit. , p. 109-110 ; J. Richard, Le paiement des dîmes dans les États des croisés, Bibliothèque de l'École des chartes , t. 150, 1992, p. 71-83. Cette absence de références se retrouve dans la bulle contemporaine de l'Hôpital Christiane fidei religio qui ne reprend aucun des privilèges concédés en Syrie à l'ordre naissant.
  • [43]
    A. Demurger, Les templiers , op. cit. , p. 111 ; A. Ferreira, Supplemento historico, ou Memorias e noticias da celebre ordem dos Templarios , t. 2, Lisbonne, 1735, p. 823-824 ; A. de Loisne, Bulles de papes pour l'ordre du Temple conservées aux Archives nationales (1155-1312), Bulletin philologique et historique du Comité des travaux historiques , 1917, p. 174-175, n° 3 et p. 179, n° 13.
  • [44]
    A. d'Albon, Cartulaire général… , op. cit. , t. 1, p. 199, n° 141 ; J. Delaville-Le Roulx, Bulles pour l'ordre du Temple tirées des archives de S. Gervasio de Cassolas, ROL , t. 11, 1905-1908, p. 408-409, n° II ; J. A. Brundage, Medieval Canon Law and the Crusader , Madison-Milwaukee-Londres, 1969, p. 145-155 ; A. de Loisne, Bulles de papes, art. cit., p. 187-188, n° 27 ; RRH , t. 1, p. 60, n° 237. Un Berrichon apparaît dans ce dernier acte en la personne de Raoul de Patinges, en activité en Orient jusqu'en 1152 (voir RRH , t. 1, p. 73, n° 291).
  • [45]
    Bernard de Clairvaux, Opera , t. 8, p. 361-363, n° 392 et p. 65, n° 206 ; RRH , t. 1, p. 65, n° 258, p. 74, n° 292 et p. 101, n° 386 (au sujet des possessions acconitaines de l'ordre en 1163).
  • [46]
    Ibid ., t. 1, p. 63, n° 252 (voir également W. H. Rüdt de Collenberg, Les Premiers Ibelins, Le Moyen Âge , t. 71, 1965, p. 433-474 [repris dans Familles de l'Orient latin,xiie - xivesiècle, Londres, 1983, n° III]).
  • [47]
    RRH , t. 1, p. 76-77, n° 299-301, p. 95, n° 363-364, p. 100, n° 381, p. 116, n° 446 et p. 121, n° 462 ; É.-G. Léonard, Introduction au cartulaire… , op. cit. , p. 15. Ce constat a été dressé dès 1949 par M. E. Nickerson, The Seigneury of Beirut in the Twelfth Century and the Brisebarre Family of Beirut-Blanchegarde, Byzantion , t. 19, 1949, p. 159-160.
  • [48]
    J. L. LaMonte, Chronology of the Orient Latin, Bulletin of the international Comitee of historical Sciences , t. 12, 1943, p. 162 ; RRH , t. 1, p. 65, n° 258 et p. 76-77, n° 299-301 (à propos d'Hugues le Jeune).
  • [49]
    RRH , t. 1, p. 75, n° 295 et p. 127-128, n° 483 (au sujet des maisons louées à Ezzelino et Garnier de Paris).
  • [50]
    Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit ., t. 2, XVII (12), p. 775-777.
  • [51]
    J. Riley-Smith, The Templars and the Castle of Tortosa in Syria: an Unknown Document Concerning the Acquisition of the Fortress, English historical Review , t. 84, 1969, p. 284-287 ; J. Richard, Le comté de Tripoli sous la dynastie toulousaine (1102-1187) , Paris, 1945, p. 40 et 77.
  • [52]
    P. Deschamps, Les châteaux des croisés… , op. cit. , t. 3, p. 249-258, 287-292 et 313-316 ; W. Müller-Wiener, Castles of the Crusaders , trad. J. M. Brownjohn, Londres, 1966, p. 53.
  • [53]
    J. Richard, Le comté de Tripoli… , op. cit. , p. 67 ; J. Riley-Smith, The Templars and the Castle…, art. cit., p. 284-287 ; RRH , t. 1, p. 155, n° 581 ; D. Carraz, Ordres militaires, croisades et sentiments politiques chez les troubadours. Le cas de la Provence au xiiie siècle, As ordens militares e as ordens de cavalaria na construcão do mundo occidental , éd. I. C. Ferreira Fernandes, Palmela, 2005, p. 1002. Il n'est pas impossible que les liens tissés entre la comtesse Hodierne et Jaufré Rudel aient attisé ses déboires matrimoniaux avec Raymond II de Tripoli, critiques en 1152 (voir Bibliothèque nationale de France, Paris, Mss occidentaux, fr. 854, fol. 121 v° [avec sa lettrine]).
  • [54]
    J. Riley-Smith, The Templars and the Castle…, art. cit., p. 287-288.
  • [55]
    RRH , t. 1, p. 91, n° 347 ; F. Chandon de Briailles, Lignages d'outre-mer, les seigneurs de Margat, Syria , t. 25, 1946-1948, p. 231-258 (à propos de Bolféris, actuel Balfounez). Renaud Mazoir céda ultérieurement à l'ordre plusieurs maisons de Valénie qu'il confirma au mois de mars 1184, peu avant sa mort (voir RRH , t. 2, Additamentum , Innsbruck, 1904, p. 41, n° 626 a).
  • [56]
    Ibid ., t. 1, p. 100, n° 381.
  • [57]
    Ibid ., t. 1, p. 95, n° 364 et p. 105, n° 400. Les templiers renoncèrent à cette occasion aux 150 besants que les chanoines du Saint-Sépulcre leur versaient « pour la défense de la Terre sainte » selon une confirmation royale de 1164.
  • [58]
    Ibid ., t. 1, p. 95, n° 363 (voir à propos de l'identification de ces finages, G. Beyer, Neapolis [Nāblus] und sein Gebiet in der Kreuzfahrerzeit: eine topographische und historisch-geographische Studie, Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins , t. 63, 1940, p. 180-181).
  • [59]
    Ou Dendéma (voir R. Röhricht, Studien zur mittelalterlichen Geographie und Topographie Syriens, Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins , t. 10, 1887, p. 265, n. 1 ; voir infra , carte).
  • [60]
    RRH , t. 1, p. 118, n° 451 (voir Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins , t. 10, 1887, p. 265).
  • [61]
    Le frère de Guy, Geoffroy Falsart, occupa notamment pendant plus de treize ans la charge judiciaire de duc d'Antioche (voir E. G. Rey, Les dignitaires de la principauté d'Antioche : grands-officiers et patriarches [xie-xiiie siècle], ROL , t. 8, 1900-1901, p. 129).
  • [62]
    Cette identification du casal Albot nous semble supérieure au Bab el-Louta proposé par P. Deschamps, qui se situe à 8 km seulement de Valénie. Bera'in apparaît pour sa part sous la forme Casal-Brahim dans la règle du Temple (voir Cl. Cahen, La Syrie du Nord… , op. cit. , p. 176 n. 39 ; P. Deschamps, Les châteaux des croisés… , op. cit. , t. 3, p. 194).
  • [63]
    RRH , t. 1, p. 151, n° 568 ; R. Dussaud, Topographie historique , Paris, 1927, carte VII vis-à-vis de la p. 232, B 2 ; A. M. Éddé, Francs et musulmans de Syrie au début du xiie siècle d'après l'historien Ibn Abī Ṭayyi', Dei gesta per Francos…, op. cit. , p. 166-167.
  • [64]
    RRH , t. 1, p. 167, n° 630 et t. 2, p. 32, n° 535 b ; F. Chandon de Briailles, Lignages d'outre-mer…, art. cit., p. 241 (voir Ch. Clermont-Ganneau, Les Berquilia des croisés et la Birké arabe, Études d'archéologie orientale , t. 2, 1896, p. 111-118. La confirmation eut probablement lieu au mois de mars 1184, peu avant la disparition de Renaud Mazoir.
  • [65]
    P. Deschamps, Les châteaux des croisés… , op. cit. , t. 3, p. 55 n. 3 ; R. Dussaud, Topographie historique , op. cit. , carte VII vis-à-vis de la p. 232, B 1. Beni-Yisraïl porte fréquemment le nom de Bikisrā'īl dans les sources arabes.
  • [66]
    Ou Bissin (Bessil), qu'il convient de distinguer du village de Bshilé ou Baschīlā, situé 14 km plus au sud à proximité de Yasmālikh (voir H. Dérenbourg, Autobiographie d'Ousâma, ROL , t. 2, 1894, p. 518).
  • [67]
    E. Benito Ruano, Santiago, Calatrava y Antioquía, Anuario de Estudios medievales , t. 1, 1964, p. 550-551 (signalé gracieusement par Ph. Josserand). Il y a peu de chances pour qu'Ifala corresponde aux casaux de Hala ou Tala avancés par certains historiens (voir Cl. Cahen, La Syrie du Nord… , op. cit. , p. 172, n. 27 ; E. Benito Ruano, Santiago…, art. cit. , p. 553).
  • [68]
    J. Delaville Le Roulx, Chartes de Terresainte, ROL , t. 11, 1905-1908, p. 183-185, n° II ; L. de Mas-Latrie, La terre au-delà du Jourdain et ses premiers seigneurs, Bibliothèque de l'École des chartes , t. 39, 1878, p. 417-419 ; P. Deschamps, Deux positions stratégiques des croisés à l'est du Jourdain : Ahamant et El Habis, Revue historique , t. 172, 1933, p. 42-47.
  • [69]
    Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit. , t. 2, XIX (11), p. 877-879 ; J. Richard, Le royaume latin de Jérusalem , Paris, 1953, p. 107, n. 2.
  • [70]
    Guillaume de Tyr, Chronicon , op. cit. , t. 2, XXI (25), p. 996-998 et (29), p. 1003-1004 ; A Šāma, Le livre des deux jardins , dans Recueil des historiens des croisades . Historiens orientaux , t. 4, Paris, 1898, p. 204-206 (qui évalue le coût de la construction à 80 000 dinars) ; A. J. Boas, Crusader Archaeology , Londres, 1999, p. 84, Pl. 3.11.
  • [71]
    M. Benvenisti, The Crusaders in the Holy Land , Jérusalem, 1970, p. 303-304 ; A. J. Boas, Crusader Archaeology , op. cit. , p. 102 et 118-119 (qui établit son originalité sur la base d'une campagne de fouilles en cours).
  • [72]
    R. Grousset, Histoire des croisades…, op. cit., t. 2, p. 664-665 ; Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXI (29), p. 1003-1004.
  • [73]
    RRH, t. 1, p. 116, n° 447 ; D. Pringle, Reconstructing the Castle of Safad, Palestine Exploration Quarterly, t. 117, 1985, p. 143 (plan du château aujourd'hui détruit).
  • [74]
    R. B. C. Huygens, Un nouveau texte du traité De constructione castri Saphet, Studi Medievali, 3e sér., t. 6, fasc. 1, 1965, p. 360 ; M.-L. Favreau-Lilie, Landesausbau und Burg während der Kreuzfahrerzeit, Safad in Obergalilaea, Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins, t. 96, 1980, p. 69 ; R. Ellenblum, Three Generations of Frankish Castle-Building in the Latin Kingdom of Jerusalem, Autour de la première croisade, op. cit., p. 517-551.
  • [75]
    B. Z. Kedar et D. Pringle, La Fève: a Crusader Castle in the Jezreel Valley, Israel Exploration Journal, t. 35, 1985, p. 164-179 ; Theodoricus (Dietrich), Libellus…, op. cit., chap. xliv, p. 46.
  • [76]
    J. Richard, Le royaume latin…, op. cit., p. 83 ; W. H. Rüdt de Collenberg, Les Premiers Ibelins, art. cit., p. 447 ; R. Ellenblum, Three Generations…, art. cit., p. 548.
  • [77]
    RRH, t. 2, p. 32, n° 535 a ; G. Beyer, Die Kreuzfahrergebiete Akko und Galilea, Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins, t. 67, 1944-1945, p. 232 ; S. Tibble, Monarchy and Lordships in the Latin Kingdom of Jerusalem, Londres, 1989, p. 163-164.
  • [78]
    P. Mitchell, The Archaeological Approach to the Study of Disease in the Crusader States, as Employed at Le Petit Gerin, The Military Orders, op. cit., t. 2, p. 45-46. La Cave ou grotte du Temple est à distinguer d'un vallon homonyme du Carmel évoqué au xiiie siècle (voir Benoît de Peterborough, Gesta Regis Henrici Secundi Benedicti, éd. W. Stubbs, t. 2, Londres, 1867, p. 23 ; RRH, t. 1, p. 313-314, n° 1189).
  • [79]
    G. Beyer, Neapolis (Nāblus) und sein Gebiet…, art. cit., p. 180-181 et 193 ; RRH, t. 1, p. 95, n° 364 et p. 105, n° 400.
  • [80]
    RRH, t. 1, p. 167, n° 631 ; J. Riley-Smith, Atlas des croisades, op. cit., p. 40, carte n° 2.
  • [81]
    D. Pringle, Templar Castles between…, art. cit., p. 92-94 ; P. Deschamps, Étude sur un texte énumérant les possessions musulmanes dans le royaume de Jérusalem vers l'année 1239, Syria, t. 23, 1943, p. 88 et 90.
  • [82]
    M. L. Bulst-Thiele, Sacrae domus militiae Templi Hierosolymitani magistri. Untersuchungen zur Geschichte des Templerordens 1118/19-1314, Göttingen, 1974, p. 360, n° 1 ; M. Benvenisti, Bovaria-Babriyya: a Frankish Residue on the Map of Palestine, Outremer. Studies in the History of the Crusading Kingdom of Jerusalem (Presented to Joshua Prawer), éd. B. Z. Kedar, H. E. Mayer et R. C. Smail, Jérusalem, 1982, p. 144.
  • [83]
    D. Pringle, Templar Castles between…, art. cit., p. 94-102 ; P.-V. Claverie, Les tribulations orientales du seigneur Gonfroy II de Marquise (1096-1138), Egypt and Syria in the Fatimid, Ayyubid and Mamluk Eras, éd. U. Vermeulen et K. D'hulster, t. 8, Louvain, 2014 (sous presse) ; Jacoby, The Workshop of the Temple Area, p. 334-335, 340 et 381.
  • [84]
    M. Benvenisti, The Crusaders in the Holy Land, op. cit., p. 316 ; RRH, t. 1, p. 152, n° 572.
  • [85]
    Theodoricus (Dietrich), Libellus de Locis Sanctis, éd. M. L. et W. Bulst, chap. xlviii, p. 49.
  • [86]
    G. Beyer, Die Kreuzfahrergebiete., art. cit., p. 202 ; P. Edbury, The « Cartulaire de Manosque » : a Grant to the Templars in Latin Syria and a Chartrer of King Hugh I of Cyprus, Bulletin of the Institute of Historical Research, t. 51, 1978, p. 174-175 ; RRH, t. 1, p. 174, n° 654, p. 178, n° 668 et t. 2, p. 69, n° 1110 a.
  • [87]
    G. Beyer, Die Kreuzfahrergebiete., art. cit., p. 208 ; RRH, t. 2, p. 26, n° 422 a.
  • [88]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 1, X (26), p. 485-486 ; C. N. Johns, Pilgrims' Castle (‘Atlit), David's Tower (Jerusalem) and Qal'at ar-Rabad (‘Ajlun), Aldershot, 1997, art. n° 1, p. 6, fig. 1 et p. 94-98 ; R. Ellenblum, Frankish Rural Settlement in the Latin Kingdom of Jerusalem, Cambridge, 1998, p. 100 ; J. Michelet, Le procès des templiers, op. cit., t. 1, p. 645.
  • [89]
    B. Porëe, Étude des installations techniques artisanales et industrielles dans le Royaume de Jérusalem : note sur les sites d'extraction saline d'Athlit (Château-Pèlerin) et de l'île de Mélah, Dei gesta per Francos…, op. cit., p. 272 ; Theodoricus (Dietrich), Libellus…, op. cit., chap. xxxix, p. 43.
  • [90]
    R. Ellenblum, Three Generations…, art. cit. ; Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 104 (voir trad. G. Schlumberger, Renaud de Châtillon…, op. cit., p. 235 n. 1) ; RRH, t. 1, p. 35, n° 135 ; Benoît de Peterborough, Gesta Regis Henrici, op. cit., t. 2, p. 23.
  • [91]
    RRH, t. 2, p. 46-47, n° 682 a et p. 66, 1072 a.
  • [92]
    M. Benvenisti, The Crusaders in the Holy Land, op. cit., p. 338-339 ; RRH, t. 1, p. 306, n° 1164 ; D. Pringle, The Red Tower (al-Burj al-Ahmar): Settlement in the Plain of Sharon at the Time of the Crusaders and Mamluks (AD 1099-1516), Londres, 1986, p. 15, 105, 107, 124.
  • [93]
    B. Z. Kedar et D. Pringle, La Fève…, art. cit., p. 168-169 ; D. Pringle, The Spring of the Cresson in Crusading Historiography, Dei gesta per Francos…, op. cit., p. 231-240 ; Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 145-146 ; M.-R. Morgan éd., La continuation de Guillaume de Tyr (1184-1197), Paris, 1982, p. 38-39. Les « quatre lieues » séparant La Fève de Caco sont, comme très souvent à l'époque, approximatives (voir Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 63 ; M.-R. Morgan éd., La continuation…, op. cit., p. 36).
  • [94]
    H. de Curzon, La règle du Temple, op. cit., § 585, p. 304 et 592-593, p. 308-309 ; Ex historiae regum Franciae continuatione Parisiensi, éd. O. Holder-Egger, MGH -SS, t. 26, p. 604-605 ; G. Beyer, Das Gebiet der Kreuzfahrerherrschaft Caesarea in Palästina siedlungs-und territorialgeschichtlich untersucht, Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins, t. 59, 1936, p. 49.
  • [95]
    Cl. Cahen, La Syrie du Nord…, op. cit., p. 142-144 ; P. Deschamps, Les châteaux des croisés…, op. cit., t. 3, p. 362-365.
  • [96]
    L. Minervini éd., Cronaca del Templare di Tiro (1243-1314), Naples, 2000, p. 124, § 129 (365) et p. 366, n. 2 ; P. Deschamps, Les châteaux des croisés …, op. cit ., t. 3, p. 363 et 70 ; V. A. Hakobyan, Manr zhamanakagrut'yunner XIII-XVIII dd. [Petites chroniques des xiiie-xviiie siècles], t. 1, Erevan, 1951, p. 74 (10).
  • [97]
    Smbat, La chronique attribuée au connétable Smbat, trad. G. Dédéyan, Paris, 1980, chap. 10-13, p. 53-55 ; Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XX (28), p. 951-952.
  • [98]
    Ch. Kohler, Chartes de l'abbaye de Notre-Dame de la vallée de Josaphat en Terre sainte, ROL, t. 7, 1899, p. 166, n° 56. « Gilbert Érail » paraît avoir été catalan d'après les documents d'archives rassemblés par Nikolas Jaspert.
  • [99]
    P. Deschamps, Les châteaux des croisés…, op. cit., t. 3, p. 365.
  • [100]
    Ibid ., t. 3, p. 360 ; A. W. Lawrence, The Castle of Baghras, art. cit. ; ‘Imād ad-Dīn al-Isfahānī, Conquête de la Syrie et de la Palestine par Saladin, trad. H. Massé, Paris, 1972, p. 142 ; voir carte supra, p. 37.
  • [101]
    J. Phillips, Hugh of Payns and the 1129 Damascus Crusade, The Military Orders, op. cit., t. 1, art. n° 15, p. 141-147.
  • [102]
    Guillaume de tyr, Chronicon, op. cit., t. 1, XIII (26), p. 620-622 (à la date du 6 décembre 1130) ; M. L. Bulst-Thiele, Sacrae domus militiae…, op. cit ., p. 28 (autres sources) ; R. Grousset, Histoire des croisades…, op. cit., t. 2, p. 1, Paris, 1934, p. 662-665 (datation corrigée) ; J. Riley-Smith, The First Crusaders, op. cit., p. 79.
  • [103]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XV (6), p. 681-684 ; M. Melville, La vie des Templiers, op. cit., p. 59. Hoste pourrait correspondre à un fils de Guillaume Ier de Saint-Omer, pourvu de la seigneurie de Fauquembergues en 1128.
  • [104]
    M. Chibnall, The Ecclesiastical History of Orderic Vitalis, t. 6, Oxford, 1978, p. 494-502.
  • [105]
    Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p. 287 ; E. Blochet éd., Histoire d'Égypte de Makrizi, trad. fr. accompagnée de notes historiques et géographiques, ROL, t. 9, 1902, p. 127 [223], n. 3 ; M. Amouroux-Mourad, Le Comté d'Édesse, 1098-1150, Paris, 1988, p. 142 ; P. Kawerau, Die jakobitische Kirche im Zeitalter der syrischen Renaissance, trad. A. Frétay, Édesse et son comté (1071-1159), t. 2, thèse de 3e cycle dactylographiée, université Paul Valéry-Montpellier-III, 1983, Append. 1, p. 67. Le récit du géographe Yākūt à propos du « château du Temple » se fonde sur le témoignage du cadi aš-Šaybānī, natif d'Euphratèse (1225).
  • [106]
    A. Demurger, Les templiers, op. cit., p. 199-201 et p. 550 n. 20 (Driencourt ou « Druisencourt » se situe au nord-est de Péronne dans la Somme) ; R. de La Croix de Castries, La conquête de la Terre sainte par les croisés, Paris, 1973, p. 424-428 ; W. Hotzelt, Kirchengeschichte Palästinas im Zeitalter der Kreuzzüge 1099-1291, Cologne, 1940, p. 108.
  • [107]
    Guillaume de Tyr,Chronicon,op. cit.,t.2,XVII(27),p.797-799; G. Schlumberger, Renaud de Châtillon…, op. cit., p. 20 (« Leur apprêté au pillage avait fait leur perte ») ; A. Demurger, Les templiers, op. cit., p. 207-209.
  • [108]
    Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p. 309 ; Annales S. Jacobi Leodienses a. 1146-1160, éd. G. H. Pertz, MGH-SS, t. 16, 1859, p. 641 (voir M. L. Bulst-Thiele, Sacrae domus militiae…, op. cit ., p. 57) ; Abūl Faradj, Chronography, op. cit ., t. 1, p. 280.
  • [109]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XVII (28), p. 799-801 et XVIII (3), p. 812-814 ; J.-B. Pitra, Analecta novissima spicilegii Solesmensis altera continuatio, t. 2, Frascati, 1888, p. 412 ; Sigeberto Auctarium Aquicinense, éd. L. C. Bethmann, MGH -SS, t. 6, Hanovre, 1844, p. 396 ; Sigeberto Auctarium Affligemense, ibid., p. 401-402.
  • [110]
    Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p. 203 ; Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XVIII (9), p. 822-823 ; M. Barber, The New Knighthood, op. cit., p. 75-76 ; H. J. Nicholson, Templars, Hospitallers and Teutonic Knights. Images of the Military Orders 1128-1291, Leicester, 1995, p. 83 ; Id., The Military Orders, op. cit., t. 2, p. 115 ; H. Derenbourg, Ousâma ibn Mounkidh. Un émir syrien au premier siècle des croisades (1095-1188), t. 1, Paris, 1889, p. 259. Sa détention n'excéda pas cinq jours !
  • [111]
    Ibn Khallikān, Biographical Dictionary, t. 2, Paris, 1843, p. 427 ; Balduini Ninovenis chronicon, éd. O. Elder-Egger, MGH-SS, t. 25, Hanovre, 1880, p. 534 (parle de 1 100 000 dinars !) ; RRH, t. 1, p. 66, n° 261.
  • [112]
    RRH, t. 1, p. 84, n° 326, p. 66, n° 260, p. 106, n° 407, p. 66, n° 261 et p. 105, n° 399 ; Ibn al-Qālanisī, The Damascus Chronicle of the Crusades…, op. cit., p. 329-332 ; Bernard de Clairvaux, Opera, t. 8, p. 203-204, n° 288 ; C. K. Slack, Crusade Charters, 1138-1270, Tempe, 2001, p. 15-16, n. 3 (à propos du Picard Eustache Chien).
  • [113]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XIX (11), p. 877-879 ; P. Deschamps, Deux positions stratégiques des croisés…, art. cit.,, p. 47-49 ; Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 27-28. La prépondérance du Temple par rapport à l'Hôpital est confirmée par un nombre plus important d'occurrences testimoniales dans les préceptes hiérosolymitains de cette époque.
  • [114]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XX (5), p. 917-918 et (19), p. 936-937 ; A. Demurger, Les templiers, op. cit., p. 216-218 ; A. Zouache, Armées et combats en Syrie de 491/1098 à 569/1174, Damas, 2008, p. 344-345 (citation d'Abū Šāma). La rivalité entre le Temple et l'Hôpital paraît avoir faibli en 1169 lorsque Philippe de Naplouse consentit à reconnaître la cession du territoire de Péluse à Gilbert d'Assailly (voir RRH, t. 1, p. 122, n° 466).
  • [115]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXI (13), p. 979-980 et (17), p. 984-986 ; Sigeberto Auctarium Aquicinense, p. 416 (pro quibusdam regni negociis orta simultate ).
  • [116]
    A. Abouna, Anonymi auctoris chronicon ad a. C. 1234 pertinens, Louvain, 1974, p. 141.
  • [117]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXI (19), p. 987-988 et (21), p. 990-991 ; R. Grousset, Histoire des croisades…, op. cit., t. 2, p. 654-664 ; Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 34.
  • [118]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 1, XII (7), p. 553-555 (voir trad. D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages, op. cit., p. 558) ; ibid ., p. 1315 (témoignage de Benjamin de Tudèle).
  • [119]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXI (29), p. 1003-1004 et XXII (2), p. 1008 ; Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p. 379 ; R. Ellenblum, Frontier Activities: the Transformation of a Muslim Sacred Site into the Frankish Castle of Vadum Iacob, Crusades, Ashgate, Aldershot, t. 2, 2003, p. 83-97 ; Gn 32, 32-35. Certains auteurs ont rejeté le principe de l'extraterritorialité du Gué-Jacob en invoquant la subjectivité d'Ernoul en la matière (voir J. Prawer, Histoire du royaume latin de Jérusalem, 3e éd., t. 1, Paris, 2001, p. 555 n. 20 ; Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 52).
  • [120]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., loc. cit. ; Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p. 379 ; A Šāma, Le livre des deux jardins, op. cit., t. 4, p. 205-208 ; E. Blochet éd., Histoire d'Égypte de Makrizi, dans ROL, t. 8, 1900-1901, p. 532-533 [80-81] ; R. Ellenblum, Frontier Activities…, art. cit.
  • [121]
    RRH, t. 1, p. 176, n° 660 ; H. E. Mayer, Papsturkunden für Kirchen im Heiligen Lande. Vorbeiten zum Oriens Pontificus III, Göttingen, 1985, p. 322-324, n° 148 ; D. Pringle, The Spring of the Cresson…, art. cit. ; P. Roger, La noblesse de France aux croisades, rééd. Rennes, 1998, p. 56 ; M. L. Bulst-Thiele, Sacrae domus militiae…, op. cit ., p. 112-113 n. 27 ; Maillé : France, Indre-et-Loire, arr. Tours, cant. Saint-Cyr-sur-Loire, c. Luynes.
  • [122]
    RRH, t. 1, p. 176, n° 660 ; A. abouna, Anonymi auctoris chronicon…, op. cit., p. 148 ; E. Blochet éd., Histoire d'Égypte de Makrizi, dans ROL, t. 9, 1902, p. 23 [118], n. 2.
  • [123]
    RRH, t. 2, p. 45-46, n° 664 a et t. 1, p. 176, n° 661 ; Sawīrus ibn al-Muqaffa', History of the Patriarchs of the Egyptian Church known as the History of the Holy Church, éd. et trad. A. S. Atiya, Y. Abd al-Masih, O. H. E. Khs-Burmester et A. Khater, t. 3, Le Caire, 1968-1970, p. 120 ; A. Demurger, Templiers et hospitaliers dans les combats de Terre sainte, Actes du xviiie congrès des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 2e éd. Paris, 1995, p. 87 ; J. Prawer, La bataille de Hattīn, Israel Exploration Journal, t. 14, 1964, p. 176.
  • [124]
    Būtros Ibn Ar-Rāhib, Chronicon Orientale, trad. L. Cheikho, t. 2, Beyrouth-Paris-Leipzig, 1903, p. 99 ; Michel le Syrien, Chronique, op. cit., p. 404 ; H. de Curzon, La règle du Temple, op. cit., p. 126-127, § 167 et p. 230, § 421.
  • [125]
    Abūl Faradj, Chronography, op. cit ., t. 1, p. 324-325 (voir F. Gabrieli, Chroniques arabes…, op. cit., p. 165).
  • [126]
    Pierre de Blois, Tractatus duo : Passio Reginaldi principis Antiochie. Conquestio de dilatione vie Ierosolimitane, éd. R. B. C. Huygens, Turnhout, 2002, p. 40 ; Monaco dei Corbizzi, De expugnata Accone Haymari Monachi liber tetrastichus, éd. P. E. D. Riant dans De Haymaro Monacho archiepiscopo Caesariensi et postea Hierosolymitano patriarcha disquisitionem criticam, Paris, 1865, p. 121 (Planctus de amissione Terrae Sanctae) ; Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi, éd. W. Stubbs, dans Chronicles and Memorials of the Reign of Richard I, t. 1, Londres, 1864, p. 16.
  • [127]
    Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 230-231. La ville fut remise aux musulmans le 2 octobre après 12 jours de siège.
  • [128]
    Sawīrus ibn al-Muqaffa', History of the Patriarchs…, op. cit., t. 3, p. 156 ; E. Blochet éd., Histoire d'Égypte de Makrizi, dans ROL, t. 9, 1902, p. 52 [148], n. 1 ; Monaco dei Corbizzi, De expugnata Accone, p. 77 ; RRH, t. 1, p. 177-178, n° 665-668.
  • [129]
    RRH, t. 2, p. 45-46, n° 664 a, t. 2, p. 178-179, n° 669, p. 183, n° 687 et p. 181, n° 678 ; ‘Imād ad-Dīn al-Isfahānī, Conquête de la Syrie…, op. cit., p. 142-143.
  • [130]
    ‘Imādad-Dīnal-Isfahānī,ConquêtedelaSyrie…,op. cit., p.149-150 ; Sawīrusibn al-Muqaffa', History of the Patriarchs…, op. cit., t. 3, p. 139-140.
  • [131]
    A Šāma, Le livre des deux jardins, op. cit., t. 4, p. 203 et 313 ; ‘Imād ad-Dīn al-Isfahānī, Conquête de la Syrie…, op. cit., p. 124-125.
  • [132]
    M.-R. Morgan éd., La continuation …, op. cit ., p. 58-59 ; Olivier le Soclastique, Historia regum Terre Sancte, dans Die Schriften des kölner Domscholasters, späteren Bischofs von Paderborn und Kardinal-bischofs von S. Sabina, Oliverus, éd. O. Hoogeweg, Tübingen, 1894, part. 4, p. 142-143.
  • [133]
    Chronica Regia Coloniensis, éd. G. Waitz, Hanovre, 1880, p. 141 [38] (hi invidia ducti gravarent eum in multis) ; H. E. Mayer, Zur Verfasserfrage des Itinerarium peregrinorum, Classica et Mediaevalia, t. 26, 1965, p. 285.
  • [134]
    Ambroise, The History of the Holy War/Estoire de la Guerre Sainte, éd. et trad. M. Ailes et M. Barber, t. 1, Woodbridge, 2003, p. 65, v. 4039, p. 95, v. 5858, p. 96, v. 5942-5943, p. 98, v. 6042, p. 99, v. 6140, p. 112, v. 6902-6903 et p. 117, v. 7225-7226 ; J.-Fr. Michaud, Bibliothèque des croisades, t. 2, Paris, 1829, p. 672 et 698 (à l'égard de Jacques d'Avesnes).
  • [135]
    H. E. Mayer, Das Itinerarium: Eine zeitgenössische englische Chronik zum dritten Kreuzzug in ursprünglicher gestalt, Stuttgart, 1962, p. 1-44 ; Id., Zur Verfasserfrage…, art. cit., p. 279-292. Cette mouture a pu être datée de 1192.
  • [136]
    Voir infra, chap. x, p. 206-207.
  • [137]
    J. Riley-Smith, A History of the Order of the Hospital of Saint-John of Jerusalem, t. 1, The Knights of St-John in Jerusalem and Cyprus (1050-1310), Londres, 1967, p. 60-84 et 390-420 ; E. Blochet éd., L'histoire d'Alep de Kamal-ad-Dīn, dans ROL, t. 5, 1897, p. 96 (voir du côté occidental Gauthier Map, Contes pour les gens de cour, trad. A. K. Bate, Turnhout, 1993, p. 100-103).
  • [138]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XIX (10-11), p. 876-879 ; J. Delaville Le Roulx, Chartes de Terre sainte, art. cit., p. 183-185, n° II. Il convient de noter que le nom de Bāniyās est appliqué indistinctement aujourd'hui aux villes de Panéas et de Valénie qui jouissaient au Moyen Âge de toponymes arabes différents.
  • [139]
    C. E. Nowell, The Old Man of the Mountain, Speculum, t. 22, 1947, p. 505. Le Temple comptait, à cette date, au moins un dignitaire d'origine arabe en la personne du frère Salius ou as-Sālih, célébré par Gauthier Map vers 1181-1183 (voir Gauthier Map, Contes pour les gens de cour, IV [14], p. 270-271).
  • [140]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XX (29-30), p. 953-956 (voir trad. D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages, op. cit., p. 686-688) ; A. Demurger, Les templiers, op. cit., p. 349-350 ; M. A. Köhler, Allianzen und Verträge zwischen fränkischen und islamischen Herrschern in Vorderen Orient, Berlin-New York, 1991, p. 279 ; M. Barber, The New Knighthood, op. cit., p. 101.
  • [141]
    P. Paris, Guillaume de Tyr et ses continuateurs, t. 2, Paris, 1880, p. 360.
  • [142]
    RRH, t. 1, p. 92-93, n° 354-355 ; A. de Marsy, Fragment d'un cartulaire de l'ordre de Saint-Lazare, en Terre sainte, Archives de l'Orient latin (désormais abrégées en AOL ), t. 2-B, Paris, 1884, p. 144-145, n° XXVII ; Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXI (28), p. 1001-1002.
  • [143]
    RRH, t. 1, p. 121, n° 462 et p. 151, n° 568 ; E. Benito Ruano, Santiago…, art. cit., p. 550 (exemple de la Montagne révélée).
  • [144]
    RRH, t. 1, p. 155, n° 581.
  • [145]
    Ibid ., t. 1, p. 152, n° 573 et p. 155, n° 584.
  • [146]
    Ibid ., t. 1, p. 152, n° 572 ; M. A. Köhler, Allianzen und Verträge…, op. cit., p. 330 (qui hésite à voir l'œuvre de Guy de Lusignan dans l'énigmatique raid mené contre Fāqūs).
  • [147]
    Cette localisation du casal de « Bertrandimir » repose sur son identification avec le casal « dit de la Tour de Bertrand Milon », cédé à l'Hôpital en 1177 par Raymond III de Tripoli. Il pourrait s'agir du site actuel de Burdj Mi'ar Šakir (voir RRH, t. 1, p. 146, n° 549 et p. 152, n° 572 ; P. Deschamps, Les châteaux des croisés…, op. cit., t. 3, p. 188).
  • [148]
    E. G. Rey, Les dignitaires de la principauté d'Antioche, art. cit., p. 121, n. 1 ; P. Deschamps, Les châteaux des croisés…, op. cit., t. 3, p. 188 ; RRH, t. 1, p. 152, n° 574 ; Ch. Kohler, Deux projets de croisade en Terre-Sainte composés à la fin du xiiie siècle et au début du xive siècle, ROL, t. 10, 1903-1904, p. 430. Ce dernier texte cantonne La Marre entre Le Pont de Fer et Hamāh.
  • [149]
    Cette procédure n'a pas toujours été comprise clairement par les historiens contemporains (voir J. Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers en Terre sainte et à Chypre [1100-1310], Paris, 1904, p. 87).
  • [150]
    RRH, t. 2, p. 49, n° 747 f et p. 200, n° 751 bis .
  • [151]
    Ibid ., t. 1, p. 100, n° 381 et t. 2, p. 40, n° 614 b.
  • [152]
    Ibid ., t. 2, p. 40, n° 614 b ; Cl. Cahen, La Syrie du Nord…, op. cit., p. 520 (qui évoque l'existence d'un hôtel confié aux templiers au lieu d'un hôpital) ; F. Chandon de Briailles, Lignages d'outre-mer…, art. cit., p. 241-242.
  • [153]
    RRH, t. 1, p. 167, n° 631 ; J . Richard, Le paiement des dîmes…, art. cit., p. 76.
  • [154]
    RRH, t. 1, p. 194, n° 726.
  • [155]
    F. Chandon de Briailles, Lignages d'outre-mer…, art. cit., p. 243-245.
  • [156]
    Ibid., p. 243 ; RRH, t. 1, p. 189, n° 708 (acte de janvier 1193 ancien style, qu'il convient de placer en 1194 nouveau style).
  • [157]
    RRH, t. 1, p. 200, n° 751.
  • [158]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXII (7), p. 1015-1016 ; Benoît de Peterborough, Gesta Regis Henrici, op. cit., t. 1, p. 343 ; Robert de Clari, La conquête de Constantinople, éd. et trad. A. Micha, Paris, 1991, p. 54-55 et p. 154-155, § XXXIII (voir R. Grousset, Histoire des croisades…, op. cit., t. 2, p. 764-771).
  • [159]
    H. F. Delaborde, Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, t. 1, 1179-1194, Paris, 1916, p. 467-468, n° 378 ; RRH, t. 1, p. 105, n° 398 et p. 189, n° 706 ; A. Demurger, Les templiers, op. cit., p. 351 ; Salimbene de Adam, Cronica, éd. G. Scalia, t. 1, Anno 1168-1249, Turnhout, 1998, p. 24 ; Continuatio Sanblasiana, éd. R. Wilmans, MGH-SS, t. 20, Hanovre, 1863, p. 323 ; J.-Fr. Michaud, Bibliothèque des croisades, op. cit., t. 2, p. 543 et 553.
  • [160]
    On se reportera à ce sujet en dernier lieu à G. Cipollone éd., La liberazione dei « captivi » tra Cristianità e Islam. Oltre la crociata e il djihād : Tolleranza e servizio umanitario, Cité du Vatican, 2000.
  • [161]
    Matthieu ddesse, Chronique, éd. É. Dulaurier, Paris, 1858, p. 355-356 ; Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XVIII (25), p. 847-849 ; M. L. Bulst-Thiele, Sacrae domus militiae…, op. cit ., p. 66.
  • [162]
    Guillaume de Tyr, Chronicon, op. cit., t. 2, XXI (28), p. 1001-1002 ; É. de Bar-thélemy, Obituaire de la commanderie du Temple de Reims, Mélanges historiques, t. 4, Paris, 1882, p. 328 ; C. Dondi, Manoscritti liturgici dei templari e degli ospitalieri : le nuove prospettive aperte dal sacramentario templare di Modena (Biblioteca capitolare O.II.13), I Templari : la guerra e la santità, éd. S. Cerrini, Rimini, 2000, p. 94.
  • [163]
    A. d'Albon, La mort d'Odon de Saint-Amand, grand maître du Temple (1179), ROL, t. 12, 1909-1911, p. 280-281 (voir M. L. Bulst-Thiele, Sacrae domus militiae…, op. cit ., p. 94, à la date du 8 octobre 1179) ; Dailliez, Les Templiers ces inconnus, op. cit., p. 65 (19 octobre 1180) ; M. Melville, La vie des Templiers, op. cit., p. 123 (9 octobre 1180) ; Robert de Torigni, Cronica, éd. L. C. Bethmann, MGH-SS, t. 6, p. 529.
  • [164]
    Ibid ., p. 529 ; J. Richard, The Adventure of John Gale, Knight of Tyre, The Experience of Crusading, éd. P. Edbury et J. Phillips, t. 2, Cambridge, 2003, n° 11, p. 189-195 ; J. Michelet, Le procès des templiers, op. cit., t. 1, p. 218-219 ; A Šāma, Le livre des deux jardins, op. cit., t. 4, p. 185 ; Ernoul, Chronique…, op. cit., p. 255-256.
  • [165]
    M.-R. Morgan éd., La continuation…, op. cit., p. 58-59 et 87-88 ; Robert d'auxerre, Chronica, éd. O. Holder-Egger, MGH-SS, t. 26, p. 269 (voir plus largement sur la question P.-V. Claverie, L'ordre du Temple en Terre sainte et à Chypre auxiiiesiècle, 3 vol., Nicosie, 2005).
En ces temps apparut à Jérusalem un nouveau genre de chevaliers institué par le noble Hugues de Payns. Partageant le mode de vie des moines, ils se vouent à la chasteté et observent dans leur clôture comme à la guerre des règles de discipline strictes. Ils mangent en silence ; tous leurs biens sont en commun ; ils ont fait vœu de porter les armes contre les Gentils et se sont répandus à travers le monde. Cela pousse certains à affirmer que sans eux les Francs auraient perdu depuis longtemps la ville de Jérusalem et la Palestine.

1 C'est en ces termes que le clunisien Robert de Poitiers présente vers 1153 l'ordre du Temple fondé une trentaine d'années plus tôt par un chevalier de l'entourage de Bernard de Clairvaux [1]. La naissance de l'ordre du Temple a donné lieu à une abondante littérature empreinte d'ésotérisme dans laquelle les auteurs les plus récents ont essayé de démêler le vrai du faux, en collationnant des textes de nature fort disparate. L'état actuel de la recherche autorise une mise en perspective des différentes thèses existantes afin de cerner le développement progressif de l'ordre jusqu'à la fin de son premier siècle d'existence. La question se pose en outre de savoir si l'effondrement du royaume de Jérusalem en 1187 s'impose comme un terminus naturel de l'histoire templière. Nous aurions tendance à privilégier, malgré la résonance de cette date, l'année 1193 qui aboutit à une stabilisation de la situation en Orient après le succès mitigé de la troisième croisade et la disparition de Saladin. Cette borne commode présente l'avantage de pouvoir jauger la capacité de réaction du Temple après la défaite de Hattīn et les affres de l'éprouvant siège d'Acre de 1189-1191 [2].

1. Les origines

2 La fondation du Temple par Hugues de Payns et son compagnon Godefroy de Saint-Omer durant l'année 1120 nous est connue essentiellement par les récits de Guillaume de Tyr († 1186) et de Jacques de Vitry († 1240), qui paraissent avoir consulté des documents originaux malgré leur imprécision chronologique [3]. Les quelques chroniques qui avancent la date de 1120 sont trop tardives et dépendantes du compendium de Martin de Pologne pour être retenues comme des témoignages recevables sur les premiers temps de l'ordre. Hugues de Saint-Victor († 1141) lui-même ne souffle mot dans sa chronique universelle de la création de l'ordre en dépit de son attachement à l'histoire de l'Église [4]. A. Luttrell a cru pouvoir s'appuyer, il y a quelques années, sur un passage de la Chronique d'Ernoul pour déceler autour d'Hugues de Payns des proto-templiers installés dans les murs de l'Hôpital de Saint-Jean entre 1114 et 1120. Le roi Baudouin II les aurait, à cette date, libérés de l'obédience de Saint-Sépulcre en leur attribuant une résidence à l'extrémité méridionale de l'esplanade du Temple, dans les murs de la mosquée al-Aqsā [5]. Les travaux d'A. Beltjens ont démontré que l'Hôpital de Saint-Jean avait connu un développement sans précédent au début du xiie siècle, en élevant à l'emplacement d'un xenodochium amalfitain un monastère tenu pour fameux dès l'année 1102. La coexistence entre les deux congrégations se serait achevée, selon cette version, après la reconnaissance par la papauté en 1113 de l'Hôpital en tant qu'institution religieuse autonome [6].

3 Un élément de poids vient malheureusement hypothéquer cette reconstitution, construite autour de la structure commune du Temple et de l'Hôpital au moment de leur scission. La militarisation ancienne de l'Hôpital défendue au xive siècle par Jean le Long d'Ypres ne trouve en effet aucun écho dans la bulle Pie postulatio voluntatis, émise par Pascal II en 1113 afin de confirmer le statut de l'Hôpital, dirigé jusqu'à cette date par un « proviseur ». Ce scepticisme pourrait être étendu sans mal au témoignage d'Ernoul à l'égard de la croix accordée aux templiers par la papauté si A. Demurger n'avait démontré l'inexactitude de la date de 1147, avancée par Jacques de Vitry [7]. La bulle Omne datum optimum octroyée au Temple en 1139 évoque en effet à deux reprises la croix qualifiée de « toute single vermeille » par Ernoul dans une tentative de filiation signalétique des ordres du Saint-Sépulcre, de l'Hôpital et du Temple. Cette explication, aussi oiseuse qu'elle semble, se trouve confortée par plusieurs sources aussi bien templières qu'hospitalières. Un manuscrit johannite du xive siècle mentionne ainsi le versement d'un écot aux templiers jusqu'à l'époque des grands maîtres Pierre de Montaigut ou Guillaume de Châteauneuf sur la base d'une tradition orale, reprise en 1472 dans un second essai sur les origines historiques de l'Hôpital. Cette Cronologia dei Maestri Deceduti attribue cette rente à l'entretien sous Roger des Moulins (1177-1187) de 25 donats en charge de garder une passe de Terre sainte, d'où aurait émergé l'ordre du Temple après la sollicitation de la papauté [8].

Cl. 1. Donation du palais du roi Salomon à Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer (d'après une traduction vernaculaire de Guillaume de Tyr du xiiie siècle)

Description de l'image par IA : Cl. 1. Donation du palais du roi Salomon à Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer (d'après une traduction vernaculaire de Guillaume de Tyr du xiiie siècle)

Cl. 1. Donation du palais du roi Salomon à Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer (d'après une traduction vernaculaire de Guillaume de Tyr du xiiie siècle)

4 La confrontation de ces versions révèle les limites que l'on est en droit d'attendre de traditions orales consignées plusieurs dizaines d'années après les événements. Les faits y apparaissent de façon déformée, même s'il n'est pas vain de retenir le principe du versement d'un écot au Temple jusque dans la première moitié du xiiie siècle. Les historiens les plus récents n'ont pas craint de relier cette interprétation aux deux voyages effectués en Orient par Hugues de Payns en 1104 et 1114. Nous savons que ces pèlerinages armés parvinrent aux oreilles d'Yves de Chartres († 1115) qui déconseilla formellement au comte Hugues de Champagne d'adhérer à la nouvelle « chevalerie évangélique de Dieu », apparue à Jérusalem, en raison de son mariage récent avec Isabelle de Mâcon [9]. Il ne fait guère de doute que cette lettre de 1114 fait allusion aux proto-templiers d'Hugues de Payns, dont la valeur était déjà reconnue au double de celle d'un combattant ordinaire en vertu d'un passage de l'Évangile de saint Luc (14, 31). Certains auteurs ont cependant cru à la suite d'Arbois de Jubainville qu'il s'agissait de l'Hôpital de Saint-Jean dont la militarisation n'était pas encore à l'ordre du jour. La source de cette confusion réside dans l'hébergement probable fourni aux templiers par les hospitaliers qui se décomposaient alors en frères clercs, lais et convers [10]. Il semble à cet égard difficile de suivre le témoignage du Liber locorum sanctorum Terrae Jerusalem de Rorgon Frétel, dont cinq manuscrits signalent le cantonnement des templiers dans la mosquée al-Aqsā sous le patriarcat d'Arnoul de Chocques (1112-1118). R. Hiestand a repoussé aux années 1137-1138 la date de composition de cette œuvre en établissant la présence de Rorgon en France dans les années 1110 [11].

5 Deux documents ôtent néanmoins tout caractère compensatoire à l'écot, ou droit de relief, versé durant un siècle et demi aux templiers. Le premier est un témoignage récolté au moment du procès de l'ordre auprès d'un notaire piémontais employé par les templiers en Orient. Ce dernier souligne que le Temple percevait les surplus alimentaires de l'Hôpital dans ses débuts, sur ordre du pape Honorius II, au titre de contribution militaire à la défense de la Terre sainte. Le versement de cette taxe est attesté par un acte du Saint-Sépulcre de 1164 qui mentionne son exonération en échange de trois domaines agricoles. L'extinction progressive de cette contribution comme la militarisation rapide de l'Hôpital doivent être tenues pour responsables de l'explication fantaisiste d'Ernoul, pour qui cette pratique ne devait plus avoir de sens. Il convient de rappeler à ce titre que l'Hôpital disposa dès 1126 d'un connétable aux attributions militaires, avant de participer en 1128 aux opérations militaires menées par Baudouin II contre Ascalon avec des contingents affiliés. La date de fondation du Temple a fait couler autant d'encre dans la communauté scientifique, avant que R. Hiestand n'établisse une fourchette de huit mois entre les 14 janvier et 13 septembre 1120 [12].

6 On peut la placer avec vraisemblance dans l'euphorie du concile de Naplouse à la suite duquel les pères de l'ordre adoptèrent une règle de vie augustinienne, copiée sur celle du Temple du Seigneur (16 janvier 1120). Les actes de ce concile ne mentionnent malheureusement que la jurisprudence attachée aux clercs désireux de se défendre ou de quitter le sacerdoce pour embrasser la chevalerie ou un service curial, à l'inverse des templiers… Il fallut attendre neuf ans, dans ce contexte, pour que la fondation de la nouvelle milice soit ratifiée à Troyes, le 13 janvier 1129, à l'occasion d'un concile voué à lui conférer une règle d'inspiration bénédictine. Les templiers sont considérés, avant cette date, en Orient comme des laïcs ayant fait vœu de défendre les routes du royaume de Jérusalem et non des religieux de plein droit. La lenteur des communications les dote encore de ce qualificatif dans une charte du chapitre du Saint-Sépulcre de l'année 1130, où apparaît leur sénéchal Guillaume aux côtés du comte Hugues de Champagne, rentré dans l'ordre cinq ans plus tôt [13].

7 Les neuf premières années d'existence du Temple nous sont mal connues malgré les neuf chevaliers que Guillaume de Tyr prête à l'ordre dans sa chronique entamée après 1166. Des propos analogues se retrouvent un siècle et demi plus tard dans la bouche d'Antonio Sicci de Verceil, longtemps employé par les templiers : « Les deux fondateurs bourguignons de l'ordre ne furent rejoints en neuf années que par neuf compagnons comme je l'ai entendu dire à plusieurs reprises par certains d'entre eux. » A. Demurger a souligné la portée purement symbolique de ce chiffre amendé par le patriarche jacobite Michel le Syrien dans un passage célèbre de sa chronique arrêtée en 1195. Michel y évoque la figure de 30 chevaliers installés dans les ruines du Temple de Salomon après avoir servi durant trois ans la Couronne hiérosolymitaine. Sa version confirme la cession rapide à l'ordre d'un certain nombre de casaux, ou finages, appartenant au patriarcat latin de Jérusalem, que Guillaume de Tyr déplore dans sa chronique en raison de l'ingratitude ultérieure des templiers. « Ils sont devenus, dit-il, de nos jours une grande gêne pour les églises de Dieu, auxquelles ils ont retiré les dîmes et les prémices et dont ils ont troublé indûment les possessions [14]. »

8 Cette situation postérieure à la promulgation par Innocent II de sa bulle Omne datum optimum a peu de chose à voir avec les débuts laborieux que connut l'ordre entre 1120 et 1126. Michel le Syrien, qui avait manifestement pris les templiers en sympathie, affirme qu'ils auraient soulagé dès 1120 la population de Jérusalem en proie à une disette, en ouvrant leurs greniers « miraculeusement remplis par la main du Seigneur ». Ce prodige n'est peut-être pas aussi apocryphe qu'il y paraît, le roi Baudouin II ayant octroyé une série de franchises commerciales en 1121 afin de permettre un meilleur approvisionnement céréalier de Jérusalem devant les ravages continus des sauterelles et des rongeurs. Les templiers y gagnèrent le surnom de Dāwiyya (داوﻳﻪ ou ﻳوﻳﻪ) que les linguistes rapprochent du terme « dévots » à la suite du géographe Idrīsī, qui les présente dans son Kitāb Rudjar comme « des serviteurs de la maison de Dieu ». Il est plus probable que Dāwiyya soit une corruption de la forme dialectale Tāwiyyé, dans laquelle il est aisé de reconnaître une réminiscence du mot « templier ». Si le même processus s'observe en arménien avec la forme Demplik', les chroniqueurs syriaques adoptèrent, pour leur part, le qualificatif de phrēr à l'égard de la communauté naissante [15].

9 La structuration progressive du Temple sous la férule d'Hugues de Payns semble s'être accélérée après l'année 1125 qui le vit pour la première fois souscrire une charte hiérosolymitaine avec le titre de « maître des chevaliers du Temple ». Le roi Baudouin II céda à l'ordre la mosquée al-Aqsā dans laquelle il résidait ainsi que ses somptueuses écuries souterraines, dont on faisait remonter l'aménagement au règne de Salomon malgré leur facture hellénistique. Ce dédale de couloirs encore pourvus d'attaches en fer se dédoublait en une multitude de magasins et de greniers qui soulevèrent dans les années 1170 l'admiration des pèlerins Dietrich et Benjamin de Tudèle. Leur capacité d'accueil tournait autour de 2 000 chevaux ou 1 500 chameaux selon leur devancier Jean de Wurtzbourg, qui signale une prédominance des templiers sur les hospitaliers dès le milieu du siècle [16].

10 La reconquête de Jérusalem par Saladin en 1187 s'accompagna d'une épuration du site qui ne laisse paraître que quelques traces des bâtiments conventuels construits de part et d'autre de la « mosquée lointaine » par les templiers. L'esplanade comprenait pourtant à la fin du xiie siècle un cloître accolé à une église occidentale, ainsi qu'une série de vergers et de fontaines selon une description admirative de Saladin :

11

Les infidèles, que Dieu les prive de tout soutien, ont défendu la cité avec la lance et l'épée, et l'ont reconstruite avec des colonnes et des plaques de marbre. C'est là qu'ils avaient établi leurs églises et les demeures des templiers et des hospitaliers. [Là, ils ont érigé] toutes sortes de fontaines curieuses en marbre qui fournissent de l'eau en abondance et dont le flux ne s'arrêtait jamais. [Pour eux], le fer était facile à couper et à se laisser tordre dans toutes sortes de formes, de telle manière que ce métal qui a l'habitude d'être revêche devint [aussi maniable] que l'or qui concourt à la satisfaction de nos plaisirs. Il n'y a rien d'autre ici que des esplanades qui ressemblent à des jardins et qui sont bordées de marbre brillant. Il y a des colonnes auxquelles les feuilles sculptées donnent l'apparence d'arbres.

12 L'ensemble de ces infrastructures semble avoir été construit par les artisans provençaux et italiens dont plusieurs motifs floraux ornent encore la mosquée al-Aqsā [17].

13 Le roi Baudouin II se fit dès les prémices du Temple son avocat auprès de saint Bernard auquel il demanda de rédiger une règle compréhensive. La datation de cette requête a retenu l'attention depuis le xviie siècle de nombreux historiens la situant entre 1119 et 1139 à l'instar des pères Manrique et Cousin à quelque trois cents ans d'intervalle. André d'Albon et Marion Melville sont allés jusqu'à douter de l'authenticité de cette lettre, dépourvue de formule de date, en pointant du doigt sa tournure étrange ainsi que la mention d'un templier au nom trop espagnol pour être honnête… Le père Henriquez aurait forgé ce faux probable, selon eux, afin de resserrer les liens primitifs unissant les templiers aux cisterciens dans un esprit œcuménique. On ne voit guère l'intérêt d'une telle opération à une époque où le Temple faisait largement figure d'ordre hérétique en Espagne après l'édition en 1503 de la Gran conquista de Ultramar relayant les accusations de Guillaume de Tyr. Il est cependant fort tentant de pencher en faveur d'une corruption du prénom Gundomarus par un scribe espagnol, confronté à un manuscrit dégradé. Il y a en effet de fortes chances pour que l'original ait comporté une forme cursive en G. de Audomaro ou S. Audomaro, déformée progressivement en Gaudomaro, puis Gundomarus à la consonance plus wisigothique. Le mystérieux frère Gondemar, qui aurait apporté cette lettre à Bernard de Clairvaux en compagnie d'André de Montbard († 1156), ne serait donc que le cofondateur du Temple, Godefroy de Saint-Omer ; ce qui paraît logique à une époque où l'ordre balbutiait [18].

14 L'identité de son compagnon a été mise à mal par la découverte d'une charte de 1129 conférant le statut de laïc à l'oncle de saint Bernard. Cette classification ne paraît guère rédhibitoire au vu d'un acte du cartulaire du Saint-Sépulcre, sensiblement postérieur, qui confère le même statut au sénéchal Guillaume, resté en Orient. L'institutionnalisation du Temple dut prendre dans la réalité plusieurs mois avant de devenir effective du fait de l'inertie des mentalités et de la lenteur des communications est-ouest. Il n'est pas établi d'ailleurs, si l'on en croit D. Selwood, qu'André ait été contraint en 1129 de souscrire un diplôme familial sous l'uniforme du Temple qui n'avait rien à y gagner. Une lettre contemporaine signale à cet égard la présence aux côtés de saint Bernard d'un certain frère André, proche du patriarche de Jérusalem, en qui tous reconnaissent son « très cher oncle ». On ne voit guère pour quelles raisons ce personnage serait à distinguer d'un homonyme dépêché auprès de saint Bernard quelques années plus tôt, même si la datation de cette lettre doit être revue [19].

15 Mabillon puis d'Albon la destinait au patriarche Guillaume de Messines en se fiant à une seconde épître du corpus bernardin portant son initiale (W). Or la teneur de celle-ci s'oppose à cette attribution comme à la datation basse proposée par d'Albon entre 1130 et le 21 août 1131. On voit mal en effet le nouveau patriarche avoir eu le temps durant cette année d'assaillir de lettres Bernard de Clairvaux, tout en lui proposant une rencontre au sommet qui ne devait jamais avoir lieu. La chose est en revanche plus crédible de la part de son prédécesseur, Étienne de Chartres, qui participa au concile de Troyes de 1129 comme le suggère la règle du Temple. André de Montbard servit donc d'intermédiaire aux deux hommes en préparant une rencontre entre Troyes et Clairvaux, qui dut avoir lieu avant la disparition d'Étienne le 20 juin 1130. Il convoya probablement dans cette optique le fragment de la Vraie Croix que le patriarche offrit à son correspondant en signe de bienveillance. Cette constatation ne permet malheureusement pas de cerner la chronologie de son premier voyage en Occident aux côtés de Godefroy de Saint-Omer [20].

16 Cette constatation soulève la délicate question de la datation de la lettre de Baudouin II de Jérusalem à saint Bernard. Plusieurs éléments permettent d'appréhender le contexte de cette épître, antérieure à la tournée en Occident d'Hugues de Payns à l'automne 1127 aux côtés de Godefroy. Ce billet est manifestement contemporain de la régence exercée par le roi Baudouin de Bourcq à Antioche après le désastre de l'Ager Sanguinis, entre le 28 juin 1119 et le 15 octobre 1126. Il ne peut remonter à ces dates extrêmes pour des raisons de cohérence interne, l'ordre n'existant pas en tant que tel en 1119 et Godefroy n'ayant pu mener deux voyages de suite en 1126 et 1127. La captivité prolongée de Baudouin II entre les mois d'avril 1223 et de juin 1224 restreint cet intervalle avec vraisemblance aux années 1120 et 1125, durant lesquelles le roi aurait été à même de solliciter une contribution financière du Saint-Siège, sans évoquer le désastre de Darb Sarmadā ou sa captivité récente. La teneur de la lettre, postérieure de peu à la création du Temple (à confirmer prochainement par la papauté), plaide en faveur d'une datation haute du document, que l'on peut placer au lendemain du concile de Naplouse [21].

17 André de Montbard et Godefroy de Saint-Omer auraient donc représenté dès cette époque le roi Baudouin II auprès du pape Calixte II, sans obtenir la confirmation de leur frêle milice. Le Saint-Père répondit néanmoins à l'attente du roi en promulguant une bulle de croisade, aujourd'hui perdue, dont profita le comte Foulques V d'Anjou lors de son pèlerinage à Jérusalem. Ce veuf éploré entretint en effet pendant plus d'une année un corps de 100 chevaliers au service de la Terre sainte, après s'être affilié au Temple comme confrater. L'échec de la mission d'André de Montbard aboutit à son renouvellement en 1124 ou 1125, sans plus de succès du côté de saint Bernard. Ce nouvel échec poussa Hugues de Payns à gagner l'Occident en 1127 en compagnie de cinq frères décidés à arracher l'adhésion de la papauté, tout en élargissant le recrutement de l'ordre. Le grand maître du Temple subit à la fin de ce séjour de trois années l'influence du prieur de la Grande-Chartreuse Guigues Ier, qui l'invita à « dominer les ennemis de l'intérieur avant d'attaquer ceux de l'extérieur » dans une lettre où abondent les analogies avec les djihāds majeur et mineur, développés concurremment par les théologiens musulmans…

18 Cette période de maturation du Temple a été réexaminée, il y a quelques années, par D. Selwood dans un article accréditant l'hypothèse d'une rédaction précoce de l'Éloge de la nouvelle chevalerie composé par saint Bernard afin de fortifier les vocations des templiers. L'historiographie officielle plaçait jusqu'à présent la rédaction de cet opuscule en 1130 ou 1131 dans la lancée du concile de Troyes durant lequel saint Bernard lia connaissance avec Hugues de Payns [22]. Les caractères internes de cette œuvre, que D. Selwood rapproche insensiblement d'un sermon d'Hugues de Payns retrouvé dans une bibliothèque nîmoise [23], l'incitent à y voir une création composée durant le séjour d'Hugues en Occident. L'auteur estime que l'ordre aurait eu peu de motifs de douter de la sorte après le retour de son fondateur à Jérusalem. Le De laude novae militiae aurait donc fait figure de proto-règle du Temple en attendant la promulgation du texte établi lors du concile de Troyes devant Matthieu d'Albano ainsi que les archevêques de Sens et de Reims [24].

19 La triple sollicitation de saint Bernard tend à démontrer qu'il n'entendait nullement rédiger une ligne de conduite plus développée malgré l'insistance d'Hugues. L'Éloge de la nouvelle chevalerie se compose concrètement de deux parties qui visent à justifier la naissance d'une institution de « moines chevaliers » dans la patrie spirituelle du Christ, avant de les sensibiliser à la symbolique des Lieux saints [25]. Saint Bernard est le premier auteur à rapprocher les templiers des Maccabées ayant défendu la pureté du Temple de Salomon dans l'Antiquité. N'occupent-ils pas à l'époque l'ancien palais du roi Baudouin Ier, qualifié par son épitaphe de Judas alter Machabeus, spes patrie, vigor Ecclesie ? Bernard de Clairvaux s'évertue à montrer que les templiers s'inscrivent dans la tradition chrétienne, en transformant ce qui pourrait paraître un banal homicide en « malicide ». Ils ne cherchent nullement à exterminer les païens, c'est-à-dire les musulmans, comme de vils meurtriers, mais à protéger les fidèles installés en Orient depuis trois décennies [26].

20 Son inscription de l'action templière dans la tradition christique l'amène à dresser la première description digne de foi du Temple de Salomon durant la maîtrise d'Hugues de Payns. Sa façade est décorée, à l'entendre, comme une véritable armurerie : « des boucliers recouvrent les murs tout alentour, tandis que les candélabres, les encensoirs et les vases sacrés sont remplacés par les harnachements, les selles et les lances dont la demeure est munie de tous côtés ». Le texte de saint Bernard paraît avoir été reçu avec un grand respect en Orient où l'une de ses dernières citations fut rapidement adoptée comme devise de l'ordre parmi un choix assez vaste : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous mais à ton nom rends gloire [27] ! »

21 Bernard ne se détourna nullement des templiers après la rédaction de ce traité, en acceptant de superviser l'établissement de leur règle confié au scribe Jean Michel [28]. De cette œuvre fondamentale ne subsiste aujourd'hui que six manuscrits latins et quatre français à partir desquels S. Cerrini a réalisé une édition critique attendue. Il ressort de ses conclusions que la règle a été largement diffusée en dehors de l'ordre dans un réseau monastique l'associant intimement au De laude de saint Bernard malgré les accusations d'hermétisme portées traditionnellement contre l'ordre. Un seul des manuscrits existants, le ms. fr. 1977 de la Bibliothèque nationale de France, semble provenir de Terre sainte où il aurait été rédigé dans le troisième quart du xiiie siècle. Il est probable qu'il ait transité par Chypre à l'instar d'un certain nombre de recueils de statuts de l'Hôpital, avant de parvenir à Paris [29].

22 L'énorme aura dont bénéficiait la règle du Temple est attestée en Orient par Michel le Syrien qui consacre plusieurs pages de sa chronique à décrire la règle de vie des templiers, dont il souligne la charité évangélique à l'égard de « tous ceux qui adorent la Croix ». Le patriarche jacobite d'Antioche mentionne avec emphase un certain nombre d'habitudes propres aux templiers, comme celle de nourrir un pauvre pendant quarante jours après le décès d'un frère ou de distribuer aux nécessiteux leurs restes de pain [30]. Une autre spécificité concerne le droit de coins accordé dès le xiie siècle au Temple par la Couronne de Jérusalem en tant qu'élément constitutif du droit de haute cour. L'usage d'un sceau de plomb empreint des deux mâchoires d'un bullotirion impliquait la possibilité d'exercer un pouvoir souverain sur une parcelle de territoire selon un principe reconnu aux vingt-trois seigneuries les plus importantes du royaume de Jérusalem. Fr.-O. Touati s'est permis de contester cette définition du comte Chandon de Briailles en négligeant le fait que l'usage d'un typarium était réservé à l'intérieur de l'ordre aux détenteurs de l'autorité suprême qu'étaient les grands maîtres, sénéchaux et grands commandeurs éventuellement en activité. Cette liberté de manœuvre fut freinée après 1291 par la monarchie chypriote qui entendait limiter la juridiction des

23 « seigneurs titulaires » de Terre sainte. Rappelons que la cire était d'un usage fréquent en Orient où le grand maître du Temple l'employait au moment de l'apposition de la bulle du Temple, du sceau de la Tube (figurant le Dôme du Rocher) ainsi que de son propre contre-sceau dans des affaires n'impliquant pas la souveraineté de l'ordre [31].

24 Il est évident que ces usages mirent plusieurs années à se figer après la reconnaissance du Temple en 1129 par la papauté. La présence de nombreux nobles dans la ville de Troyes révèle l'attachement profond des Champenois et des Bourguignons à l'idée de croisade sanctifiée par saint Bernard. Le fils du sénéchal de Champagne, André de Baudement, fut à ce titre une des premières recrues de l'ordre en compagnie de son compatriote Guillaume Faucon, qui remplit dans les années 1120 la fonction de trésorier ou aumônier général du Temple. André favorisa l'ordre en 1133 en entérinant ou effectuant plusieurs donations en mémoire de son fils, Guillaume, tombé en Orient. De nombreux seigneurs bourguignons adhérèrent à ce mouvement à l'instar de Guy Cornelly de Til-Châtel qui rejoignit Jérusalem après avoir confié la tutelle de ses filles à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon [32].

2. L'essor du Temple en Orient

25 Le développement de la nouvelle chevalerie semble avoir bénéficié en Orient comme en Occident des retombées immédiates du concile de Troyes consacrant l'œuvre d'Hugues de Payns. La perte des archives centrales du Temple limite notre connaissance du patrimoine de l'ordre pour cette période à une série de « biens en argent, terres, domaines, châteaux, voire cités » reçus librement dans le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli et la principauté d'Antioche d'après un diplôme toulousain de 1134 [33]. L'internationalisation de l'ordre peu après la mort d'Hugues de Payns est attestée par une donation du comte galicien Rodrigo Pérez de Traba au chapitre du Saint-Sépulcre en présence d'un compatriote rentré dans l'ordre. De nombreuses donations concédées en Occident à cette époque soulignent l'odeur de sainteté dans laquelle le Temple baignait du fait de l'originalité de sa mission. Il en va ainsi d'une certaine dame occitane, qui abandonna en 1133-1134 une propriété « aux chevaliers de Jérusalem occupant harmonieusement le Temple de Salomon, qui combattent courageusement pour la foi contre les Sarrasins menaçants et sans cesse préoccupés de détruire la loi (i.e religion) de Dieu et les fidèles qui la servent [34] ».

26 J. Riley-Smith a relancé en 1978 une hypothèse de G. Schlumberger selon laquelle les templiers auraient reçu du vivant d'Hugues de Payns (1131-1137) une série de forteresses du nord de la principauté d'Antioche, à partir desquelles ils devaient constituer progressivement une marche autonome. Une relecture de Michel le Syrien et de Jean Kinnamos infirme ces conclusions, même si deux templiers du nom de Drogon et Goisbert apparaissent bien dans l'entourage de Raymond Ier d'Antioche en 1140, comme on a pu le rappeler récemment [35]. L'empereur Jean II Comnène semble en effet avoir arraché les différents châteaux de la Montagne noire en 1137 aux Francs d'Antioche, qui y avaient établi leur frontière plus qu'aux templiers, qui ne reçurent ces places qu'en 1156 après la victoire de Renaud de Châtillon sur le prince T'oros II de Cilicie [36]. Kinnamos n'affirme pas autre chose en signalant le ralliement des « frères » en 1137 à l'armée byzantine après le succès des négociations entreprises par l'empereur avec Raymond de Poitiers. L'installation des templiers aurait fait l'objet d'un accord financier avec Renaud de Châtillon assez lourd si l'on suit le témoignage du géographe arabe Ibn Šaddād [37]. Nombre d'historiens ont brouillé les cartes en plaçant la première intervention armée de l'ordre dans l'Amanus à la date de 1154, alors que le chroniqueur arménien, Grégoire le Prêtre, situe cette opération militaire après le rapprochement franco-arménien survenu à l'issue de la défaite de La Portelle (1156). Il paraît audacieux au vu de ces éléments de privilégier une datation haute des événements malgré la présence précoce du Temple en Antiochène [38]. C'est à partir de cette base arrière que le futur maître du Temple en Portugal, Gualdim Pais, lutta entre 1153 et 1156 contre les Seldjoukides de Rūm d'après une inscription du château d'Almourol longtemps mal interprétée. De nombreux épigraphistes ont en effet présenté les campagnes répétées du Temple « contre le sultan de Konya » comme des opérations militaires contre la ville, alors bien chrétienne, de Sidon [39] !

27 Il est raisonnable de penser que le développement du Temple à l'intérieur des États latins d'Orient s'est réalisé de la ville vers la campagne, comme tendent à le montrer les travaux récents de D. Pringle sur les routes de Jaffa et du Jourdain. Il résulte du mutisme des sources du milieu du xiie siècle une cartographie hésitante, que révèle l'Atlas des croisades de J. Riley-Smith publié en 1990. Il a fallu attendre quatre ans de plus pour apprendre comment les templiers sont entrés en possession du Toron des Chevaliers, ou Latrūn, au tournant des années 1138-1139 [40]. Le comte de Tolède, Rodrigo González, qui avait bénéficié de l'hospitalité du Temple, lui offrit la place après l'avoir arrachée aux Fatimides. Sa bienveillance alla jusqu'à garnir son armurerie sur ses propres deniers à la veille de son rembarquement pour l'Espagne. La partie sud-ouest du royaume de Jérusalem était à cette époque sous la menace constante des musulmans d'Ascalon, qui avaient défait en 1137 la « chevalerie de Saint-Georges » entretenue par l'évêque Roger de Lydda au lendemain de l'installation des hospitaliers à Bayt Djibrīl. Ce revers de fortune propulsa les « nouveaux chevaliers du Temple assurant la garde de Jérusalem » au rang de défenseurs patentés de la marche d'Ascalon [41].

28 La promulgation par le pape Innocent II le 29 mars 1139 de la bulle Omne datum optimum permit aux templiers de relever le défi au niveau spirituel comme temporel, en posant le principe de leur autonomie ecclésiastique. Ce privilège inestimable dut répondre, comme l'a avancé R. Hiestand, à une série d'exigences formulées par la Couronne hiérosolymitaine sous Baudouin II ou Foulques d'Anjou, même si aucune trace n'en subsiste [42]. Les bulles Milites Templi Jerosolimitani et Militia Dei que dicitur Templi des 9 février 1143 et 7 avril 1145 accordèrent aux chapelains de l'ordre le droit de célébrer une fois par an une messe solennelle dans les diocèses frappés d'interdit, en plus de l'administration de leurs propres églises et cimetières. La papauté, à l'instar du pape Lucius III en 1182, émettait comme réserve que les fondations des templiers ne nuisent à aucun établissement religieux proche, mais soient au contraire réservées à l'usage des frères et des voyageurs de passage. Son successeur Urbain III accorda au Temple, le 30 janvier 1187, le privilège de voir ces lieux de culte ne relever que du Siège apostolique dans les régions extérieures à la chrétienté. La bataille de Hattīn ne tarda pas à cantonner pour une poignée d'années la zone de validité de ce privilège à la seule péninsule Ibérique. Le pape Célestin III reconnut, cinq ans plus tard, les droits de présentation dévolus aux templiers dans certaines paroisses, en invitant le clergé séculier à appliquer leurs revenus, en cas de vacance, au secours de la Terre sainte selon des modalités bien connues en Orient [43].

29 Certains seigneurs de passage en Orient comme Guillaume de Fauquembergues en 1137-1138 n'avaient pas attendu cette vague de privilèges pour accorder à l'ordre des chapelles, offrandes et dîmes accaparées par leur famille. Les bienfaiteurs du Temple obtenaient par ce biais une sépulture honorable, assortie de la remise du septième de leurs pénitences, l'indulgence plénière ne revenant qu'aux croisés avant 1187. Le clergé séculier ne pouvait revendiquer de ces dons depuis le pontificat d'Alexandre III que le quart des biens laissés par testament, à l'exception des chevaux et des armes à la vocation éminemment stratégique. Les privilèges spirituels attachés à ces donations facilitèrent l'apparition au xiie siècle de traditions familiales qu'illustre avec éclat l'entrée dans le Temple d'Hoste de Saint-Omer, quelques années après son oncle, Godefroy. Leur famille nourrissait une relation quasi charnelle avec la Terre sainte depuis le règne en Galilée d'Hugues de Fauquembergues dans les premières années du xiie siècle [44].

30 L'essor du Temple à Antioche et Jérusalem bénéficia durant cette période de l'aura internationale de saint Bernard qui adressa deux lettres de recommandation au patriarche Raoul de Domfront (1135-1148) et à la reine Mélisende (1131-1152) au moment de l'entrée dans le Temple d'un de ses parents. Les templiers se dotèrent à cette époque de commanderies urbaines, attestées à Acre en 1150 et à Lattaquié quatre ans plus tard [45]. Une confirmation de Balian II d'Ibelin de 1148 révèle l'avance du Temple sur l'ordre de Saint-Lazare qui ne dispose pas à cette époque de scribe attitré. Six templiers, dont le sénéchal André de Montbard, souscrivent cet acte établi par leur chapelain Pierre en présence de nombreux frères apparemment hiérosolymitains [46].

31 C'est à la même époque que l'ordre s'ouvre aux nobles de Terre sainte, comme Hugues de Bethsan, ou l'ancien seigneur de Beyrouth, Gauthier II Brisebarre, que l'on rencontre dans une série de chartes des années 1156-1170 qui révèle son affectation ultime dans le comté de Tripoli après un intermède en Europe [47]. Hugues de Bethsan, qu'il convient de distinguer d'un neveu homonyme, dut mourir dans l'habit du Temple peu après avoir intégré l'ordre vers le milieu du siècle [48]. L'essor des ordres militaires à l'intérieur même de la vieille ville de Jérusalem fut regardé comme menaçant par le chapitre du Saint-Sépulcre, qui craignait un rachat de ses censives par les nouveaux venus. Il limita ce risque en inscrivant des clauses restrictives dans ses contrats de bail, comme l'illustre en 1154 l'exemple d'une maison située sur l'esplanade du Temple du Seigneur. Cette menace semble bien réelle au vu d'un inventaire de cens de l'Hôpital des années 1170, qui mentionne deux habitations acquises par les johannites dans le quartier du Temple [49].

32 Les templiers virent leur patrimoine s'accroître sensiblement avec la concession en 1150 par le roi Baudouin III de Jérusalem du castrum de Gaza, qu'il avait érigé à la frontière de son royaume afin de perturber le ravitaillement de la cité d'Ascalon [50]. Un raid meurtrier de Nūr ad-Dīn contre la ville de Tortose au mois de février 1152 allait donner à l'ordre les moyens d'asseoir son implantation dans le comté de Tripoli avec une réussite similaire. L'évêque Guillaume accorda dans les semaines qui suivirent une portion de la cité détruite au grand maître Évrard des Barres, qui s'engagea à y reconstruire un château doté d'une chapelle aux frais de son ordre. Les deux parties profitèrent de l'occasion pour convenir d'un partage des dîmes de l'évêché de Tortose prélevées indistinctement par leurs agents. Trois enclaves relevant de l'Hôpital, de l'évêché et du Temple furent exclues de cette convention en vertu d'un accord analogue passé avec les hospitaliers du Crac. Les deux parties décidèrent, dans le même esprit, de se réserver intégralement les dîmes des territoires de Maraclée et de Château-Blanc, contrôlés directement par leurs agents. La ténuité de notre documentation ne permet guère d'évaluer la date de cession de cette dernière forteresse à l'ordre, ni même d'établir avec certitude la réalité de son inféodation à la famille Porcelet au lendemain de la conquête [51].

33 Le même mutisme affecte le château voisin d''Arīmah dont la prise de contrôle par l'ordre peut être reliée, en l'absence de témoignages, au tremblement de terre du 29 juin 1170 qui ravagea le comté de Tripoli. Ce site culminant à 171 mètres au-dessus de la mer ne fut jamais doté selon P. Deschamps d'une double enceinte par les templiers, qui préférèrent réserver leurs fonds pour Tortose et Château-Blanc flanqués de puissants donjons. Ce constat contredit malheureusement les relevés de terrain effectués en 1966 par W. Müller-Wiener, qui a cru déceler dans la citadelle d''Arīmah les traces d'un bastion rectangulaire dominé par une tour barlongue. Il y a fort à parier que le site primitif pillé en 1148, 1167 et 1171 par Nūr ad-Dīn n'offrait pas les mêmes potentialités défensives [52]. L'exemple de la forteresse voisine de Sāfīthā, qui domine un village situé à près de 400 mètres d'altitude, révèle la précarité de ces hypothèses construites sur une argumentation a silentio. La découverte de l'accord passé entre le Temple et l'évêché de Tortose en 1152 a en effet permis d'avancer la date de cession de Château-Blanc d'une bonne vingtaine d'années. L'événement dut survenir après l'implantation de l'ordre à Tripoli, bien que le premier commandeur de l'endroit connu – Florent – ne précède l'Anglais Gilbert de Lacy († 1163) que de onze années. C'est probablement ce dignitaire qui accueillit en 1148 la sépulture du troubadour Jaufré Rudel, décédé durant la seconde croisade selon sa vida occitane du xiiie siècle. La vulnérabilité grandissante du comté amena le Temple dans les années 1170 à s'implanter illégalement dans l'arrière-pays d'Arcas après son abandon par ses colons génois [53].

34 L'installation des templiers à Tortose, confirmée en 1157 par le nouveau comte Raymond III, semble n'avoir précédé que de quelques années leur implantation dans le sud de la principauté d'Antioche, pour autant que la documentation actuelle permette de l'avancer [54]. Le prince consort d'Antioche Renaud de Châtillon confirma en mars 1160 la donation effectuée par le seigneur de Margat, Renaud II Mazoir, d'une gâtine importante de l'arrière-pays de Valénie moyennant 500 besants. Ce domaine passait pour être inexploité à la différence des casaux courant jusqu'au rivage. Il ajouta à ce domaine de Balfounez un hôpital situé dans la cité même de Bāniyās, comprenant une vigne, un jardin et un champ, auquel il trouva bon d'adjoindre un moulin situé entre Houreisoun et la côte [55]. Cette donation déboucha le 6 août 1163 sur un accord avec l'évêque de Valénie, Antère, auquel le Temple accepta de verser la moitié des dîmes afférentes au patrimoine de l'hôpital de Valénie. La mention dans cet acte de privilèges antérieurs accordés au Temple par le prédécesseur d'Antère révèle une présence déjà ancienne de l'ordre dans cette région fertile, délaissée par les hospitaliers [56].

35 La maîtrise de Bertrand de Blanquefort permit au Temple d'acquérir entre 1160 et 1162 trois des vingt et un casaux que le chapitre du Saint-Sépulcre possédait dans les seigneuries de Naplouse et d'Arsūr avec plus ou moins de bonheur [57]. La cession des casaux de Bubin, Betelcanzir et Khirbet Kefr Tilt au Temple fit l'objet d'un acte supplémentaire prévoyant le partage des dîmes prélevées sur les terres produisant du vin, de l'huile, des légumineuses ou des céréales après le règlement du sort de leur population rurale [58]. L'implantation du Temple en Antiochène nous est connue, de son côté, par un acte de Bohémond III de la première moitié de l'année 1168, qui évoque la donation d'une propriété en indivis au Temple et à l'Hôpital. Le loyer annuel que le prince tirait de cette terre située près de la route menant au Pont de Fer (Jisr al-Ḥadīd) semble avoir tourné autour de 39 besants, dont le donateur fut exonéré après l'acquisition de la gâtine voisine de Derdūma [59].

36 La cession de la propriété abandonnée au Temple et à l'Hôpital est présentée par le document comme une conséquence directe du mariage de Guy Falsart avec une damoiselle du nom de Clémence [60]. Il y a tout lieu de penser que les templiers avaient reçu avant cette époque de la noblesse antiochénienne, à laquelle les Falsart appartenaient, d'autres propriétés de la rive gauche de l'Oronte [61]. L'ordre agrandit, une dizaine d'années plus tard, ses possessions dans la région de Valénie en obtenant de Renaud II Mazoir la moitié des casaux de Bera'in, Hobok [62] et Tell-'Awoueri, situés à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Bāniyās. Toute cette région avait été conquise en 1111 par Tancrède après la reddition du château de La Vieille, situé sur le flanc oriental du Djebel Ansarieh. Les largesses de son vassal s'étendirent en 1178 au finage de Bessine ainsi qu'à la moitié des casaux situés au-delà de la cuvette séparant Bera'in de Marouniyé. Un chevalier du nom de Rainier profita de l'occasion pour abandonner aux templiers la moitié du casal de Soebé, que l'on identifie depuis le xixe siècle au hameau d'Osebiyé ou Assaïbé, situé à 6 km au sud-est de Bāniyās. Il se pourrait cependant que ce finage soit à rechercher dans la proximité immédiate de Bera'in et de Tell-'Awoueri où existe dans la plaine une localité au nom évocateur de Seïhabi ou Sikhkhab [63].

37 Renaud de Margat favorisa à nouveau le Temple au mois de juin 1183 à la veille d'une confirmation générale de l'ensemble de ses donations. L'ordre hérita à cette occasion de l'énigmatique gâtine de la Dame ainsi que d'une propriété bordant un berchile (réservoir), dont Renaud Mazoir abandonna les abords [64]. Les templiers possédaient en arrière de ces positions une série de cinq casaux que Bohémond III situe en 1180 dans le périmètre du château de La Vieille, l'actuel Beni-Yisraïl [65]. Bessine [66], Qarn-Hiliyé, Neiné, Ninnenté et Ifala (Ḥillat ‘Āra ?) semblent avoir constitué à cette date avec les deux gâtines qui en dépendent un groupe compact, dont le prince entend rompre l'unité en implantant l'ordre hispanique de Santiago en remplacement d'un de ses vassaux [67]. Le patrimoine du Temple bénéficia de ce type de donation frontalière dans le royaume de Jérusalem dès 1165, lorsque Philippe de Naplouse rejoignit l'ordre en apportant dans son escarcelle la ville d''Ammān et la moitié des tenures qu'il possédait dans la Balqā' – ou Pérée – circonscrite par le Nahr az-Zarqā [68].

38 C'est à cette occasion qu'une garnison templière s'installa dans la grotte d'ar-Raqīm al-Kahf ou d''Allān, plus au nord, d'où Šīrkūh devait la déloger l'année suivante avec une facilité qui exaspéra le roi Amaury [69]. La situation s'inversa en octobre 1178 lorsqu'Eudes de Saint-Amand vint trouver le roi Baudouin IV pour obtenir l'autorisation d'ériger à la frontière nord-est du royaume un château menaçant le sultanat de Damas. Le châtelet du Gué-Jacob, qui fut élevé sur un tertre artificiel en un temps record de six mois, fut l'une des acquisitions les moins durables de l'ordre. Saladin s'en empara le 30 août 1179 avec le soutien de sa cavalerie après avoir miné ses fondations cyclopéennes, constituées de blocs de 3,5 mètres de côté [70]. Les archéologues israéliens estiment que ce château concentrique devait couvrir une surface de près d'un hectare, aujourd'hui totalement arasée [71].

39 R. Grousset a fustigé le premier l'initiative des templiers en négligeant leur obligation de protéger la Haute-Galilée, dont ils revendiquaient la possession en vertu d'une série de donations royales [72]. Une charte d'avril 1168 de Gauthier de Galilée confirme cette lecture, en mentionnant la cession récente du château de Safed aux templiers par le connétable Foulques de Tibériade contre un revenu annuel de 1 200 besants. Le roi Amaury qui est à l'origine de cette transaction reconnaît avoir accordé à son vassal une rente compensatoire de 500 besants sarracénats sur la Fonde (ou marché) d'Acre, que complète une contribution de 700 besants versée par l'ordre du Temple en raison des aménagements apportés au château [73]. Plusieurs historiens arabes font remonter l'origine de ce site aux années 1101-1102 durant lesquelles les Francs auraient édifié à Safed une tour de guet afin de contrôler la frontière nord de leur royaume. Ce n'est toutefois qu'après 1168, selon R. Ellenblum, que l'endroit devint une forteresse de type concentrique, rompant avec les enceintes et fortins édifiés dans les deux premiers tiers du siècle afin d'asseoir la présence, puis la colonisation latine [74].

40 Cette politique ambitieuse profitera dans les mêmes années à la place de La Fève (al-Fūla) qui englobera dans ses défenses une aire de 80 à 90 mètres de large sur 110 à 120 de long. B. Kedar et D. Pringle y ont repéré en 1985 les traces d'une salle capitulaire de 100 mètres de long, proche d'un donjon édifié à 54 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le site n'a malheureusement livré, en près d'un siècle, qu'un mortier de pierre et quelques poteries exhumées dans l'église située à quelques hectomètres au sud-est du château. La présence d'un berchile jadis doté d'une noria, à l'opposé de la colline, montre que les templiers administraient un domaine agricole prospère, qu'ils avaient hérité de l'abbaye du Mont Thabor après 1146 [75]. Leur implantation dans la vallée de Jezréel semble avoir été circonscrite entre La Fève et Le Grand-Gérin (Jīnīn), à 17 km au sud, où l'ordre avait acquis auprès de son dernier seigneur, Raoul, un château de la seconde génération, aujourd'hui ruiné [76].

41 Eudes de Saint-Amand agrandit en 1175 cette zone centrée autour du Petit-Gérin (Zar'īn), en louant à l'abbaye du Mont-Thabor le casal oriental de Nūris pour 20 besants par an [77]. La sécurité de ce district était assurée par une série de fortifications secondaires mises à mal dès 1183, Le Petit-Gérin faisant l'objet d'une destruction systématique dans la nuit du 9 au 10 décembre 1184. Sa population syrienne semble avoir eu le temps de rallier la puissante Cave du Temple, contrôlée par l'ordre jusqu'en 1187, au vu de l'exiguïté de son cimetière fouillé entre 1990 et 1993 par une mission internationale [78]. Ces possessions débordaient depuis 1160-1162 dans le nord-ouest de la seigneurie de Naplouse à la suite de l'achat des casaux de Burkīn et de Bēt Dschanzūr, qui semblent correspondre aux mystérieux villages de Bubin et de Bethcamzir répertoriés par G. Beyer [79]. Le grand maître Arnau de Torroja compléta ces acquisitions en 1182 ou 1183 à l'intérieur même de la seigneurie de Jérusalem où le roi Baudouin IV lui céda les casaux de Mazra'at et Dalphym, que l'historiographie actuelle localise respectivement au nord et au sud des villages cisjordaniens d''Arūra et d''Atāra. Les domaines du Temple étaient loin cependant de se limiter au xiie siècle à ces zones de peuplement rural [80].

42 La vocation initiale des templiers les avait conduits à contrôler précocement deux axes majeurs empruntés par les pèlerins occidentaux. Le casal fortifié de Yāzūr, que le Temple restaura en octobre 1191, était la première halte que les pèlerins débarqués rencontraient dans leur marche vers Jérusalem. Il ne reste plus qu'une tour carrée de 13 mètres de côté de ce modeste établissement acquis par l'ordre après 1160 sous le nom de Casal des Plains. Le Temple développa suffisamment ce donjon normand pour qu'un texte de 1239 le présente comme un château comparable au Grand-Gérin ou à La Fève [81]. La chose est d'importance dans la mesure où al-Fūla pouvait accueillir plus de cent chevaliers en armes selon une lettre de Gérard de Ridefort ou Ruddervoorde, retrouvée miraculeusement dans la mosquée al-Aqsā dans les années 1920. Le peuplement durable du Casal des Plains est attesté par son nom arabe d'al-Bābrīya qui reflète l'installation d'une bouverie sur son territoire [82].

43 Le Temple possédait, comme nous l'avons vu, un second établissement à Latrūn, entre Ramla et Jérusalem, que pouvait épauler le fortin voisin de Yālu, baptisé Château-Arnaud en mémoire d'un seigneur du Boulonnais du xie siècle. Le Toron des Chevaliers a livré aux archéologues une enceinte rectangulaire de 72 mètres sur 55, dotée d'un donjon carré de 15 mètres de côté, que doublait avant sa reddition en septembre 1187 une seconde muraille aujourd'hui arasée. D. Pringle considère que l'édifice n'a jamais été reconstruit après sa destruction ordonnée par Saladin le 2 décembre 1191 afin de protéger Jérusalem. Il est possible que les trois chapiteaux d'angle découverts dans le village d'al-Latrūn en 1910 proviennent de la partie orientale de la cour du fort, où devait s'élever un cloître décoré par les sculpteurs de l'atelier du Temple dans la seconde moitié du xiie siècle [83]. L'état lamentable du site de Yālu, où l'on suppute l'existence d'une enceinte de 50 mètres de long sur 40 mètres de large, interdit de pareilles reconstitutions. M. Benvenisti a estimé, il y a une quarantaine d'années, que les templiers auraient hérité au milieu du siècle de cette position fortifiée en 1132-1133 par le patriarche Guillaume de Messines. La chose paraît crédible au vu d'une convention hospitalo-templière de février 1179 réglant un différend territorial ancien dans la région de Gaza [84].

44 La milice du Temple acquit au cours du xiie siècle plusieurs domaines ou fiefs dans le royaume de Jérusalem, dont l'histoire est mal connue. Il en va ainsi dans la seigneurie d'Acre du Safran (Šafar'am) que l'Allemand Dietrich décrit en 1172 comme « un très bon château » situé à 16 km au sud-sud-est de Ptolémaïs, sur la route de Saphorie [85]. L'histoire du casal de Cabor (Kābūl) est mieux connue grâce à une série d'actes conservés dans les archives de l'Hôpital et de l'ordre teutonique. Tenu jusqu'en 1183 par une famille locale, ce village est cédé au Temple entre 1188 et 1190 par Joscelin III d'Édesse, qui l'a racheté après le décès de sa sœur Agnès à Guy de Lusignan contre 5 000 besants. Cette cession confirmée ultérieurement par l'archevêque Josse de Tyr doit être regardée comme une véritable donationvente, arrêtée à un millier de besants en raison de revendications pisanes sur le village [86]. On ne peut soutenir comme G. Beyer que le Temple ait possédé dans la région de Cabor le casal de Sesset, qui relevait avant 1162 de l'abbaye du Temple du Seigneur avec laquelle l'ordre n'avait que peu d'accointances, malgré la proximité de leurs sièges hiérosolymitains [87].

45 Les templiers furent appelés en revanche à occuper très tôt le passage de la Pierre-Incise, situé à mi-distance entre Acre et Césarée. Le roi Baudouin Ier avait nettoyé en 1103 ce repaire de brigands où l'ordre édifia une tour rectangulaire, qui aurait atteint d'après les projections des archéologues britanniques près de 20 mètres de haut. La pérennité du Détroit (act. Khirbet Dustrey ou Qarta) fut assurée par le creusement de deux citernes souterraines protégées par une chemise de pierre de dimension modeste. Ce poste d'observation accessible par un escalier de bois semble avoir été conçu pour une garnison d'une douzaine d'hommes en qui les templiers distinguaient au xiiie siècle – à l'instar des hospitaliers – les fondateurs de leur ordre [88]. Le développement rapide de ce site voué à accueillir le complexe de Château-Pèlerin est attesté par la construction au cours du xiie siècle d'une série d'écuries en relation directe avec deux tours normandes édifiées le long de la route de Lydda. Ce dispositif fonctionnait en association étroite avec un château érigé au sommet du Carmel à un endroit facilement repérable par les navires occidentaux [89].

Pl. 1. Carte des possessions templières en 1187

Description de l'image par IA : Carte des possessions templières en 1187, montrant des villes et châteaux en Terre Sainte.

Pl. 1. Carte des possessions templières en 1187

46 Ces tours de la première génération ne semblent pas avoir encadré selon la théorie de R. Ellenblum de colonisation de la région avant la fondation de Château-Pèlerin au xiiie siècle. Elles répondaient d'après Ernoul à cette

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coutume en la terre d'outre-mer, que quand ils savent que les Sarrasins doivent entrer en la terre d'aucune part, celui qui le premier le sait fait un feu. Et quand les autres villes le voient, chacun fait du feu et l'on voit alors des feux par toute la terre grâce auxquels ils savent que les Sarrasins approchent du pays et chacun se prépare.

48 Les possessions du Temple à l'intérieur de la seigneurie de Césarée s'enrichirent après 1131 d'un noyau de peuplement rural avec le casal fortifié de Merle, ou al-Burdj, dont s'empara Saladin en 1187 lors de sa marche victorieuse sur Césarée [90]. L'ordre loua à cette époque à l'abbaye de Sainte-Marie-Latine les domaines plus méridionaux de Montdidier et de Tour-Rouge que l'Hôpital tenta de reprendre en 1189 avec l'appui du pape Clément III. Un acte de 1236 révèle que l'opération échoua, les templiers continuant d'administrer à cette date Khirbet Madd ad-Dēr et Khirbet Burdj ‘Atōt au préjudice de leurs nouveaux locataires [91]. Ces domaines agricoles semblent avoir été protégés des incursions arabes par de simples tours carrées de deux étages, entourées comme au Détroit d'une courtine à l'usage des populations locales. Le site de Khirbet Burdj ‘Atōt ne conserve malheureusement de cette structure qu'un pan de mur de 15 mètres de haut qui recèle, toutefois, encore des traces de mosaïques et de peintures soignées [92].

49 Les templiers possédaient une importante commanderie à cinq kilomètres au nord-est dans le village de Caco (ou Qāqūn), où le couvent du Temple séjourna en 1187 à la veille de la bataille de La Fontaine du Cresson, disputée une quarantaine de kilomètres au nord-est. B. Kedar et D. Pringle ont cru pouvoir rejeter cette identification en 1985 au regard des 45 km séparant l'endroit de la Fève, que les templiers rallièrent dans la nuit du 30 avril à l'invite de Gérard de Ridefort. Les deux historiens ont négligé la possibilité que son ordre de marche avait pu être transmis par un pigeon voyageur, malgré le témoignage des chroniques de l'époque. Le site de Khirbet Qara qu'ils avancent en contrepartie semble beaucoup trop près du théâtre des opérations (6,5 km) pour avoir abrité une garnison aussi importante que celle de La Fève et nécessité l'envoi d'un courrier erranment battant. Le statut séculier de Caco ne s'oppose, en tout cas, nullement au récit d'Ernoul qui signale l'établissement du couvent aux abords de cette ville et non dans son château inféodé à la seigneurie de Césarée [93]. L'ordre possédait de même une commanderie dans la capitale du comté où eut lieu un chapitre général en 1236, sans que l'on puisse faire remonter cette implantation à 1166 comme l'a avancé G. Beyer à la suite d'une confusion avec le Temple du Seigneur. La même imprécision chronologique affecte la commanderie du Temple d'Arsur dans la chapelle de laquelle le maréchal Hugues de Montlaur tint un chapitre au début des années 1240 [94].

50 Les possessions dévolues aux templiers dans le nord de la principauté d'Antioche ont suscité depuis le xixe siècle des problèmes d'identification encore plus ardus. P. Deschamps a établi en 1973 que le château de Hadjar Šoghlān, qui domine la plaine d'Alexandrette à 1 250 mètres d'altitude, ne fait qu'un avec la forteresse templière de La Roche-Guillaume, située près des places de Darbsāk et de Baghrās. Il propose de situer en revanche le château de La Roche-de-Roissol (ou Roissel) au sud du Rās al-Khanzīr qui clôt le golfe d'Alexandrette, à l'endroit où se dressent les ruines d'un château du nom de Calan [95]. La localisation du site de Port-Bonnel, occupé par les templiers à la même époque, est longtemps restée indécise. Les historiens ont mis en avant au gré des repérages archéologiques les sites de Minet al-Frandj, Burunlī et Arsūz, qui s'égrènent le long du littoral cilicien. Des annales arméniennes achevées en 1296 apportent une réponse définitive au problème, en transcrivant Port-Bonnel sous la forme Arasus (Arsūz). Un guide maritime du milieu du xiiie siècle, le Compasso da Navigare, confirme cette localisation en plaçant Port-Bonnel à mi-distance entre Alexandrette et la pointe du Rās al-Khanzīr, que moins d'une quarantaine de kilomètres sépareraient. Le choix d'Arsūz semble avoir été guidé par la raison, l'endroit offrant un approvisionnement en eau de qualité et la protection d'une baie naturelle aux navires occidentaux [96].

51 Il est regrettable que l'identification de Port-Bonnel ait mis aussi longtemps à aboutir en raison du cloisonnement des études orientales. L'ensemble des biens possédés par les templiers dans l'Amanus fut accaparé entre 1169 et 1175 par le prince arménien Mleh, qui avait appartenu dans sa jeunesse à l'ordre. Cet allié de Nūr ad-Dīn aux mœurs hétérodoxes ne tarda pas à tomber sous le coup d'une conjuration qui restitua à l'ordre l'essentiel de ses possessions frontalières [97]. Le grand maître Girbert Éral ou Érail ajouta à ce patrimoine en 1198 un casal proche du Rās al-Khanzīr, cédé par l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat contre un cens annuel de 8 besants sarracénats [98].

52 Les forteresses templières de la Montagne noire affichent à l'instar de La Roche-Guillaume, perchée sur un éperon dominant à la fois la Méditerranée et le lac de Yaghrā, de réelles qualités défensives. Hadjar Šoglān présente du haut de sa plate-forme cubique, reliée naguère à une passerelle, des similitudes évidentes avec les châteaux occitans de Puilaurens ou Montségur perdus dans les nuages. Cette citadelle mononucléaire abritait en son sein une chapelle, une citerne et une salle capitulaire, défendues par une puissante tour circulaire sur glacis [99]. Le château de Baghrās situé à une quarantaine de kilomètres au nord-est d'Antioche défendait à une altitude plus modeste de 850 mètres l'extrémité méridionale de la passe de Beylān (act. Belen), qui permettait de gagner la Cilicie via Alexandrette (Iskanderūna). Les historiens comme P. Deschamps ou A. Lawrence qui se sont penchés sur l'histoire de ce site ont minoré le rôle majeur assuré par les templiers dans sa fortification en raison de la vocation première de leur ordre [100].

3. La contribution militaire des templiers

53 On a récemment mis en exergue le rôle important dévolu à Hugues de Payns lors des préparatifs de la croisade de Damas de 1129 organisée par Baudouin II de Jérusalem [101]. La tournée en Europe du fondateur du Temple déboucha sur le premier engagement notable de sa congrégation, le 5 décembre 1129, lors de la seconde campagne franque contre Damas qui s'acheva dans le sang et la pluie. Cet échec fut durement ressenti en Angleterre où plusieurs chroniques accusèrent Hugues de Payns d'avoir menti sur la situation politique de l'Orient latin, au risque de décourager les croisés les plus motivés [102]. Son successeur Robert de Craon porte, pour sa part, la responsabilité de la défaite de Teqoa enregistrée par l'ordre dix ans plus tard à la suite d'une poursuite hasardeuse lancée à travers le désert de Judée. Cette traque de près de 20 km de long vit tomber de nombreux templiers aux côtés du très apprécié Hoste de Fauquembergues, dont la chronique de Guillaume de Tyr écorne le nom en Odo de Monte Falconis par méconnaissance de l'onomastique flamande [103].

54 Malgré ces échecs, les templiers s'imposèrent comme la garde personnelle du roi de Jérusalem sur les champs de bataille syriens. On vit ainsi dix-huit frères se replier à Montferrand avec une dizaine de compagnons de Foulques d'Anjou après un engagement imprudent contre Zengī en 1137. La garnison capitula au bout de quelques semaines, sans savoir que le patriarche d'Antioche avait remué ciel et terre afin d'organiser une expédition de secours [104]. La pureté originelle de l'ordre ne faisait pas grand doute à cette époque pour Michel le Syrien qui voue aux phrēr une admiration comparable à celle de Grégoire le Prêtre. Michel signale dans sa chronique achevée en 1195 comment les templiers abandonnèrent en 1148 le parti du comte Joscelin II d'Édesse, qui entendait piller sans vergogne le monastère jacobite de Mar Barṣauma. Le Temple semble avoir administré pendant quelques années la marche de Manbidj, située au sud-ouest du comté, où au xiiie siècle un château portait encore le nom d'Ḥisn ad-Dāwayya (« Fort des templiers »). Cette évidence permet d'expliquer l'absence des johannites dans cette région constatée par M. Amouroux en infirmant l'hypothèse de la nature défroquée de la suite de Joscelin, soutenue on ne sait pour quelle raison par P. Kawerau [105].

55 Ce témoignage rejoint celui d'Eudes de Deuil sur la discipline de fer régnant à l'intérieur de l'ordre durant la seconde croisade initiée en Anatolie en 1147. Le grand maître Évrard des Barres se distingua lors de cette longue marche aux côtés de frère Gislebert de Driencourt, qui canalisa la fougue de la chevalerie française en la répartissant en escadrons de 50 cavaliers. Le Temple poursuivit ses efforts quelques mois plus tard en hébergeant gracieusement l'empereur Conrad III à son arrivée à Jérusalem [106]. De tels mérites contrastent avec le récit peu flatteur de Guillaume de Tyr sur le comportement des templiers massés devant Ascalon en août 1153. Des rumeurs malveillantes accusèrent en effet leur grand maître Bernard de Trémelay d'avoir interdit l'accès de la ville aux autres combattants chrétiens par une cupidité qui devait coûter la vie à quarante de ses frères. Cette anecdote diffusée par l'historiographie moderne révèle l'éclosion au sein de la noblesse hiérosolymitaine d'un sentiment de rivalité à l'égard des ordres militaires, susceptibles d'accaparer une part croissante des butins prélevés sur l'ennemi [107]. Le témoignage défavorable de Guillaume de Tyr, alors absent de Terre sainte, a rarement été confronté à celui plus neutre de Michel le Syrien, qui évalue les troupes engagées par le Temple dans la journée du 16 août 1153 à 400 hommes, dont le sacrifice n'aurait rien eu de suicidaire. M. L. Bulst-Thiele a déduit du témoignage convergent du Syrien Barhebraeus († 1286) que les effectifs cités par Guillaume de Tyr ne représentaient probablement que le nombre de chevaliers tués à Ascalon. Cette hypothèse incriminant l'objectivité du mémorialiste de l'Orient latin trouve une caution de poids dans les Annales de Saint-Jacques de Liège, qui estiment le nombre des pertes chrétiennes à 120 morts sur la base d'un témoignage oculaire [108].

56 L'hostilité de Guillaume semble ne pas avoir eu de prise sur un prélat aussi proche des templiers que Jacques de Vitry, dont le trente-septième sermon vulgaire attribue au nouveau grand maître André de Montbard la poursuite du siège d'Ascalon d'après « d'anciennes histoires », confirmées par plusieurs continuations de Sigebert de Gembloux. Celle du monastère d'Anchin rapporte dans un latin cicéronien le siège de la cité conduit par Baudouin III de Jérusalem entre les 2 février et 15 août 1153. Elle affirme que le maréchal du Temple et le grand maître Bernard de Trémelay (Primus prepositus et dux illius exercitus) seraient parvenus jusqu'à la place centrale de la cité où une vigoureuse contre-offensive aurait eu raison de leur colonne. L'exposition sur les murailles de la cité des têtes des vaincus aurait précipité la chute de la ville, le 18 août, après une ostension de la Vraie Croix au milieu des combattants. Ce témoignage prêtant 150 tours à la ville d'Ascalon est manifestement l'œuvre d'un laïc qui qualifie de fraterna societas le Temple, sans utiliser les qualificatifs d'ordo ou de religio familiers au monde ecclésiastique. Il reflète la vision d'un croisé de haute extraction sur l'abnégation développée par les templiers à l'issue d'une collaboration étroite avec la Couronne hiérosolymitaine. L'archevêque de Tyr reporte ce mérite avec tant de conviction sur le patriarche Foucher d'Angoulême et le grand maître de l'Hôpital, Raymond du Puy, dans sa chronique que l'on peut se demander si deux traditions antagonistes ne virent pas le jour dès le lendemain du siège [109].

57 L'épisode d'Ascalon doit être perçu comme un des premiers indicateurs sérieux de l'expansion politique du Temple au milieu du xiie siècle. Jouant des rumeurs qui lui prêtent 100 000 membres, l'ordre développe à cette époque outre-mer une véritable Realpolitik. On le voit ainsi remettre en 1154 aux autorités égyptiennes le fils du vizir ‘Abbās ibn Abu'l Futūh, qui vient d'assassiner le calife az-Zāfir, contre une rançon de 60 000 besants. Bien que plusieurs chroniqueurs occidentaux aient distingué dans ce geste « la main de Dieu », Guillaume de Tyr s'empressa d'accuser l'ordre d'avoir livré un catéchumène prometteur dans un relent d'hostilité [110]. Les templiers d'Ascalon ne firent que répondre en fait à une sollicitation de la sœur du calife az-Zāfir, qui supervisa la crucifixion du jeune Naṣr à une porte du Caire après une série de mutilations humiliantes. L'affaire fut si rentable pour les chrétiens que les Fatimides achetèrent la paix, peu après, pour une somme faramineuse. La capture de Naṣr permit de renflouer les caisses du Temple qui avait emprunté 8 000 besants en 1150 afin de secourir Antioche au plus vite après le désastre de Fontmurée, provoqué par l'imprudence de Raymond de Poitiers. Les templiers avaient pu rassembler à cette date un millier de combattants, dont 120 chevaliers et écuyers, malgré la distorsion du front séparant Jérusalem d'Antioche [111].

58 Les pertes subies ne tardèrent pas à prendre des proportions alarmantes comme en 1157, où 87 frères furent capturés en compagnie de Bertrand de Blanquefort devant la ville de Panéas dominant le Golan. Une partie des combattants furent décapités à Baalbek sur ordre de Nūr ad-Dīn pour avoir rompu une trêve en vigueur. Le Temple tenta de lutter contre ce genre de phénomène en déléguant en Occident des nonces comme Humbert III de Beaujeu, André de Montbard ou Eustache Chien, chargés de susciter des soutiens parmi la noblesse ou le clergé « avant de repasser le Jourdain escortés de trois troupes » (Gn 32, 11). Le grand maître Évrard des Barres remplit lui-même ce rôle en 1150 à l'occasion d'un séjour prolongé en France durant lequel André de Montbard assura l'intérim en Terre sainte en tant que sénéchal de l'ordre. Le désastre de Hārim du 10 août 1164 éprouva durement le Temple, qui ne comptait plus que quelques membres à Jérusalem placés sous le commandement de Geoffroy Foucher. Les templiers perdirent dans ce carnage 60 chevaliers au moment même où Bertrand de Blanquefort combattait en Égypte avec le reste de son couvent sous les murs de Bilbays [112].

59 La reddition de la grotte fortifiée d'ar-Raqīm al-Kahf ou d''Allān, dans le Djebel Galaad, marqua en 1166 un nouveau repli de l'ordre, assorti de la perte effective de la Balqā' à l'entrée du désert arabique. Cet échec sanctionné par la pendaison de douze défenseurs frileux n'altéra pas le prestige du Temple, que le prince arménien T'oros II considérait à l'époque comme la première puissance militaire de Terre sainte [113]. Le refus de l'ordre de retourner assiéger en 1168 la ville de Bilbays aux côtés du roi Amaury ne doit pas être perçu à cet égard comme une mesure de rétorsion, mais une simple option politique liée au positionnement de l'Hôpital dans cette affaire. Un chroniqueur arabe prétend d'ailleurs que les templiers finirent par expédier un corps expéditionnaire en Égypte afin de participer aux hostilités. Bien que ce témoignage soit incertain, le Temple continua d'appuyer fidèlement la Couronne hiérosolymitaine dans les années qui suivirent, en participant en 1170 au déblocage du château de Darom, assiégé par Saladin, avant de s'illustrer à Montgisard en 1177 [114].

60 Comment en aurait-il pu aller différemment de la part d'un ordre associé depuis une vingtaine d'années à toutes les décisions significatives de la monarchie hiérosolymitaine ? Baudouin IV le Lépreux annonça à ce titre aux templiers en août 1176 son désir de confier la tutelle de son royaume au comte Philippe de Flandre, récemment arrivé d'Occident. Le projet échoua en raison du manque d'empressement de Philippe d'Alsace qui gagna à l'automne le comté de Tripoli avec le grand maître de l'Hôpital, Joubert, et un important contingent de templiers, voué à combattre sous les murs de Hārim malgré diverses tensions politiques [115]. Eudes de Saint-Amand prit le soin de renforcer à la même époque le château de Gaza sur la frontière égyptienne, que Saladin délaissa lorsqu'il pénétra dans le royaume de Jérusalem au profit du port d'Ascalon. Le grand maître du Temple entreprit alors de contourner les escadrons ayyoubides afin de rallier l'armée royale avec ses 80 chevaliers. Cette manœuvre audacieuse permit au roi Baudouin IV de se porter à hauteur de Saladin, le 25 novembre 1177, avec une cavalerie suffisante pour lui infliger sa plus cuisante défaite [116]. La victoire miraculeuse de Montgisard prolongea de quelques années la survie du royaume de Jérusalem où ne demeuraient plus alors que 600 chevaliers de toute condition [117].

61 L'unification de l'Égypte et de la Syrie, qui venait d'avoir lieu trois ans plus tôt, avait énormément réduit le potentiel militaire des templiers dont le couvent représentait la moitié des effectifs latins [118]. Leurs forteresses restaient en cas d'invasion ennemie la seule voie de salut possible, comme le constata Guillaume de Tyr, lorsque Saladin occupa en 1179-1180 la haute Galilée, puis le nord du comté de Tripoli. La haine nourrie par le nouveau sultan d'Égypte et de Syrie à l'égard des templiers poussa de nombreux frères à se précipiter dans le feu, le Jourdain ou le vide lors de la chute du Gué-Jacob le 30 août 1179. Cette position stratégique occupait en territoire musulman un des sites passant pour avoir abrité le patriarche Jacob au moment de la divulgation de la mort présumée de son fils Joseph [119]. À cette sacro-sainteté s'ajoutait la domination d'une marche entière (taghr) qui conduisit Saladin à offrir 60 000, puis 100 000 dinars afin d'obtenir sa destruction. L'échec de ces négociations mena à deux coups de main contre la forteresse, dont le dernier en eut raison en moins de sept jours. L'effondrement de la première enceinte du château scella le sort du siège, auréolé par la libération d'une centaine de prisonniers musulmans. Les turcoples et archers syriens pris dans la place furent décapités le jour même, alors que les 80 chevaliers et plusieurs centaines de sergents capturés à leurs côtés prenaient la route de Damas sous les coups de contingents irréguliers particulièrement incontrôlables [120].

62 L'unité des templiers et des hospitaliers décriée par les historiens modernes est attestée lors de la bataille de La Fontaine du Cresson du 1er mai 1187, où Roger des Moulins combattit avec une dizaine d'hospitaliers aux côtés de Gérard de Ridefort. Le « mauvais génie du Temple » souhaitait intercepter un contingent de 7 000 Turcs remontant la plaine d'Esdrélon avec une échelle de 110 chevaliers. Les 60 cavaliers engagés par le Temple malgré l'avis de Roger des Moulins trouvèrent la mort dans ce combat inégal, où l'ordre perdit en plus de son sénéchal et de son maréchal l'un de ses prud'hommes les plus fameux en la personne du Tourangeau Jaquelin de Maillé [121]. Gérard de Ridefort parvint à s'enfuir pour le plus grand malheur de la Terre sainte, dont il provoqua la chute quelques semaines plus tard en incitant Guy de Lusignan à secourir inconsidérément la ville de Tibériade. On ne sait quel objectif poursuivait le grand maître du Temple en soutenant un projet aussi déraisonnable. Cherchait-il à nuire uniquement au comte de Tripoli, qui l'avait privé d'un mariage prometteur quelques années auparavant, comme le suggèrent les chroniqueurs du temps ? Le fait est que la milice du Temple perdit dans le carnage de Hattīn qui s'ensuivit 230 membres, décapités sur ordre de Saladin aux côtés de 120 chevaliers de l'Hôpital. Cent cinquante de ces combattants semblent avoir trouvé la mort à Damas où le gouverneur Safī ad-Dīn ibn al-'Abid reçut l'ordre d'exécuter tous ceux qui tomberaient entre ses mains ultérieurement [122].

63 Deux lettres de la fin du mois de septembre 1187 soulignent le comportement héroïque des templiers lors de la bataille du 4 juillet, dont ils ont remporté les premiers assauts comme de « véritables lions ». Ce témoignage confirmé par l'Histoire des patriarches [coptes] d'Alexandrie tient à la position extrême des templiers sur le champ de bataille, évoquée par un récit contemporain. Cette situation aurait conduit Saladin à les attaquer en personne afin de doper le moral de ses troupes, conscientes au même degré que les barons de Terre sainte de la qualité des templiers [123]. La solidarité régnant en 1187 entre templiers et hospitaliers a poussé de nombreux chroniqueurs orientaux à les confondre en raison des ralliements opérés par les deux ordres en cas de mêlées confuses [124]. La palme de l'admiration revient incontestablement au maphrian jacobite, Grégoire Abū'l Faradj, qui estime à 500 dinars le prix moyen des chevaliers du Temple rachetés par Saladin le surlendemain de sa victoire afin de les exécuter [125] !

64 Le récit le plus enflammé de la bataille revient néanmoins à l'archidiacre de Bath, Pierre de Blois, qui se trouvait à Rome au moment de l'arrivée des nouvelles.

65

Les frères de l'Hôpital et du Temple, dit-il, nous ont aussi relaté comment tous les dégénérés et imbéciles qui placèrent leur salut dans la fuite furent tués presque en un clin d'œil et broyés. Les autres, qui vraiment ceignirent leurs hanches par la force et dans la charité du Christ, en attendant avec confiance la couronne inégalable et l'héritage pur et inaltérable des cieux, bien que peu nombreux et éprouvés par un long trajet, résistèrent longtemps à la multitude infinie, dont ils firent un grand carnage avant de se retrouver offerts au regard de cet Antéchrist [de Saladin] pour avoir été plus enfoncés et écrasés, que pris.

66 Certains clercs ne retinrent de l'exécution rituelle qui s'ensuivit que le sacrifice de « 300 templiers, couronnés dans les cieux par le Christ » tant l'un des leurs avait su souder les chrétiens promis aux sabres ayyoubides par un discours fédérateur [126].

67 Gérard de Ridefort fut le seul à échapper à cette boucherie en raison des espoirs que Saladin plaçait dans la négociation de sa libération. Les quelques frères cantonnés à Jérusalem abandonnèrent la ville stoïquement au mois d'octobre 1187, en escortant une partie de ses habitants jusqu'à Tripoli [127]. L'ancien grand commandeur Thierry informa au mois de janvier suivant l'Occident des progrès du « plus pur héros de l'islam » auquel ne résistaient plus du côté templier que les forteresses de Safed et de Château-Blanc. À Tyr, Conrad de Montferrat bénéficiait de l'appui du commandeur Geoffray Morin et du chevalier Beltramo dell'Altana dont les hommes avaient payé un lourd tribut à la défense de la ville lors d'une sortie hasardeuse. Un évêque de Terre sainte dépêché en Occident confirma cette avancée au printemps 1188 en mentionnant une impressionnante liste de possessions templières passées aux mains du sultan, à l'instar du Saffran et de Doc, situés à proximité d'Acre. L'Histoire des patriarches d'Alexandrie signale le séjour prolongé de Saladin durant l'année 1191 dans le premier de ces villages, attribué malencontreusement aux hospitaliers par E. Blochet [128]. Le nouveau grand maître de l'Hôpital, Armangaud d'Asp, annonça au duc d'Autriche durant l'automne la chute des châteaux plus nordiques de Darbsāk et de Baghrās qui survint les 16 et 26 septembre 1188 [129]. La forteresse galiléenne de Safed succomba le 30 novembre suivant au terme d'un siège de sept mois, admirable au vu de l'impréparation de la garnison [130].

68 Gérard de Ridefort, que Saladin avait libéré après la capitulation des places de Gaza et de Darom, avait résisté victorieusement quelques semaines plus tôt aux troupes musulmanes qui tentaient de subjuguer la ville de Tortose [131]. Sa disparition le 4 octobre 1189 put donner l'impression au sultan d'avoir mis un terme à « l'extrême malfaisance » des templiers dont seule la forteresse de La Roche-Guillaume restait intacte. « Son martyre dans la descente du Toron de Saladin lava le poids de ses fautes », selon Olivier le Scolastique, qui fut l'un des premiers à dénoncer en 1219 sa responsabilité dans le carnage de la Fontaine du Cresson au vu du ton complaisant de ses devanciers [132]. Gérard de Ridefort paraît avoir favorisé l'ascension dans l'ordre d'un compatriote flamand qui mena la vie dure en 1189 à Conrad de Montferrat, au point d'être comparé aux « Sarrasins » dans une supplique expédiée à Frédéric Barberousse ! Il n'est pas invraisemblable que ce personnage puisse être identifié avec l'ancien grand commandeur Thierry auquel une erreur de calame aurait prêté le nom de Philippe au moment de l'analyse de la lettre, aujourd'hui perdue [133].

69 Ses coreligionnaires durent se contenter dans les années qui suivirent d'encadrer l'ost de la troisième croisade, où les « preux seigneurs du Temple » menèrent selon le poète Ambroise une demi-douzaine d'opérations de couverture. Le même ton élogieux perce dans l'Itinerarium peregrinorum qui dépeint les activités humanitaires remplies par la « brave milice du Temple » après la victoire d'Arsur de septembre 1191 [134]. Il n'est guère douteux qu'il faille attribuer une partie de ses formules dithyrambiques au prieur de la Sainte-Trinité de Londres, Richard, qui mit en forme entre 1217 et 1222 un récit de jeunesse consigné à Tyr, à l'époque où il servait le Temple en tant que chapelain [135].

4. Les premières difficultés de l'ordre

70 L'accession du Temple à un statut territorial et politique, que l'on peut qualifier de souverain [136], dans la seconde moitié du xiie siècle, ne tarda pas à engendrer des crises récurrentes avec les autorités temporelles et spirituelles de Terre sainte. Ces difficultés partagées par les hospitaliers ont pu amener certains chroniqueurs arabes à avancer ironiquement que les templiers « aspiraient à dominer à la fois les musulmans et les Francs [137] ». Guillaume de Tyr relate dans sa fresque historique deux de ces épisodes survenus durant le règne d'Amaury de Jérusalem (1162-1174), qu'il convient de distinguer onomastiquement de son lointain successeur Aimery de Lusignan (1197-1205). Amaury se distingua en 1166 en pendant douze templiers appartenant à une garnison transjordanienne qui avait capitulé avant l'intervention de son armée. La colère du roi découle très certainement du fait que ce dernier venait de confirmer la cession de la majeure partie de la Pérée à l'ordre, dont il attendait un meilleur comportement au combat. Il est tout aussi tentant de voir dans ce châtiment exemplaire un geste politique motivé par la reddition suspecte en octobre 1164 de la ville de Panéas, dont l'exemple risquait de faire des émules [138].

71 L'affaire retomba d'elle-même comme en 1173 lorsqu'un nouveau différend éclata entre le souverain et le grand maître Eudes de Saint-Amand. Le chef des Assassins, Sinān ibn Salmān, avait tenté de se dégager du tribut de 2 000 besants qu'il versait aux templiers depuis 1152, en faisant miroiter au roi la possibilité d'une conversion de sa communauté au christianisme selon un procédé promis à un grand avenir en Orient [139]. L'assassinat par les templiers de son ambassadeur Abū ‘Abdallāh sur le chemin du retour souleva la colère d'Amaury, qui accourut à Sidon, après l'échec d'une première médiation, afin de se faire justice. La mort du roi le 11 juillet 1174 mit un terme à la crise, qui, selon Guillaume de Tyr, aurait pu aller bien au-delà de l'incarcération du bouillant Gauthier du Mesnil, à l'origine de l'embuscade [140]. Il est intéressant de remarquer que les traducteurs français du grand archevêque déformeront ses propos au xiiie siècle, en prêtant au roi le désir d'expulser les templiers de son royaume après avoir incité les autres souverains de la chrétienté à faire de même [141]. Sa mort coupa court à toute spéculation, au grand regret de Guillaume de Tyr, qui n'appréciait guère « l'arrogance » de l'ancien échanson royal, Eudes de Saint-Amand, depuis son accession à la tête du Temple [142].

72 Les rapports entretenus par le Temple avec le clergé séculier de Terre sainte débouchaient parfois sur des tensions comparables, comme en mars 1170 lorsqu'un accord juridique survint entre l'évêque de Valénie et l'ancien seigneur de Beyrouth, Gauthier Brisebarre. Le prélat, que les templiers avaient dépouillé de quelques vilains lors du pillage d'un de ses casaux, abandonna l'ensemble de ses récriminations après l'arrêt de conditions financières dont le détail nous échappe. Cette convention placée sous l'invocation de la grâce divine met en exergue la faiblesse du peuplement rural de la principauté d'Antioche à une époque où les paysans allaient d'un casal à l'autre, suivant la volonté de leur seigneur ou leur humeur du moment [143]. La désertion des campagnes provoquée par les incursions répétées de Nūr ad-Dīn dans le comté de Tripoli permit aux templiers d'occuper illégalement durant la décennie suivante un bien-fonds de la région d'Arcas appartenant à l'archevêché de Gênes. L'affaire remonta après un blocage d'Eudes de Saint-Amand jusqu'au pape Alexandre III, qui en juriste éminent soutint les revendications de l'archevêque Ugo della Volta le 26 avril 1179 [144].

73 La fin du magistère d'Eudes de Saint-Amand vit le règlement de contentieux plus sérieux entre le Temple et l'Hôpital. Alexandre III ratifia ainsi le 2 août 1179 une « concorde » signée six mois plus tôt par les grands maîtres des deux ordres en présence de Baudouin IV de Jérusalem, Bohémond III d'Antioche et Raymond III de Tripoli [145]. Cet accord initié par le Saint-Siège avait pour objectif de régler une série de querelles de voisinage remontant à près de trente ans dans le cas du château de Gaza, dont l'Hôpital contestait l'attribution au Temple dans l'espoir d'obtenir des compensations territoriales. Les turcoples de l'Hôpital stationnés à Bayt Djibrīl avaient rallumé ce différend en pillant les Bédouins de la région placés sous la protection des templiers au même titre qu'une partie de la frontière, d'où partit en 1184 un raid mystérieux sur la ville égyptienne de Fāqūs. La rivalité régnant entre les deux ordres semble avoir débouché dans les confins du comté de Tripoli à un affrontement comparable au sujet de la possession de Montferrand reconquis par Zengī en 1137 [146]. Les domaines des templiers et des hospitaliers se trouvaient dans cette zone imbriqués intimement, à l'instar des casaux de Tell Khalifé et de Tebbet Hanna, qui séparaient la seigneurie du Crac de celle de Château-Blanc. On décida de laisser ces domaines à l'Hôpital, tandis que le Temple conserverait près de Château-Rouge (Qala't Yaḥmur) le casal de Bertrand Mir, gagé auprès de Raymond III jusqu'en 1177 [147].

74 Eudes de Saint-Amand et Roger des Moulins convinrent dans le même souci d'apaisement de se partager la terra Marriciorum située sur les confins des principautés d'Antioche et de Šaīzar. La terre de la Marre paraît correspondre à la partie méridionale du moyen court de l'Oronte que les Arabes qualifiaient de Ghāb. Cette zone ne comprenait plus dans la seconde moitié du xiie siècle que le versant occidental du long couloir marécageux séparant Césarée la Grande d'Apamée (Afāmīya). Bohémond III d'Antioche ne manqua pas de ratifier le partage de cette région stratégique couvrant le flanc sud du Rūdj, que ses troupes contrôlaient encore [148]. L'Hôpital abandonna en échange de cet accord toutes les revendications qu'il affichait à l'intérieur du royaume de Jérusalem, comme en Italie, à l'encontre du Temple. Un embryon de procédure réglementaire fut élaboré afin de mettre un terme, à l'avenir, le plus rapidement possible, à ce genre de contestation. Les deux couvents décrétèrent que les commandeurs incriminés s'adjoindraient les services de quatre frères, ainsi que d'amis de bon conseil, avant de référer, en cas d'échec, aux chancelleries magistrales [149]. Cette procédure confirmée en février 1199 par Innocent III ne pouvait, par sa nature même, apaiser que temporairement les tensions hospitalo-templières. C'est ce qui survint le 8 décembre 1198 lorsque les deux ordres mirent un terme aux griefs qu'ils entretenaient dans le comté de Tripoli à la suite de nouvelles tracasseries [150].

75 La disparition du pape Alexandre III, le 30 août 1181, ne diminua pas la volonté du Saint-Siège de régler les querelles ecclésiastiques avec la plus grande diligence. Son successeur Lucius III chargea ainsi en 1182 l'évêque Eudes de Beyrouth d'arbitrer un différend surgi à Valénie entre l'évêque Antère et les templiers. Ce prélat dépendant du patriarcat de Jérusalem rendit son verdict au mois de mars 1183, après avoir examiné les accords établis précédemment entre les deux parties [151]. L'objet du litige concernait l'hôpital de la ville, cédé jadis à l'ordre par Renaud II de Margat, ainsi que deux jardins et un four acquis plus récemment par les frères du Temple. Eudes de Beyrouth ordonna de partager les jardins entre les deux parties, en condamnant les templiers à verser à l'évêque un dixième du produit de leur four. Le régime de l'hôpital, dont les templiers versaient depuis 1163 un vingtième des revenus, fut précisé. L'évêque fut contraint de nourrir à ses frais les malades, le Temple assurant leur confort matériel et leur approvisionnement en eau. Il y a tout lieu de penser que les biens contestés découlaient d'une donation de Renaud Mazoir, qui gratifia l'ordre d'une nouvelle libéralité au cours de l'année 1183. La chronologie de cette affaire complexe a échappé à la plupart des historiens exploitant les analyses anciennes de Jean Raybaud, libellées selon le style de l'Annonciation en vigueur en Orient [152].

76 Le cas extrême de Valénie ne saurait masquer la conclusion heureuse de la majorité des litiges surgis entre le Temple et le clergé séculier de Terre sainte, malgré les vitupérations de Guillaume de Tyr. Le patriarche de Jérusalem, Héraclius, entérina à ce titre en 1183 un partage de dîmes arrêté par les templiers avec l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat au sujet de deux casaux acquis dernièrement par l'ordre. Le dispositif de cet acte se veut très précis en exemptant de toute redevance les jardins ainsi que les églises confiées aux templiers avec leurs droits paroissiaux, sans oublier la nourriture de leurs animaux. La méticulosité de ces clauses tient au caractère universel que revêtait en Orient le prélèvement de la dîme, qui touchait à la différence de l'Europe l'artisanat, le commerce ainsi que les butins militaires [153]. La bonne volonté des « chevaliers du Christ » se diluait parfois dans le temps, comme en 1195 où les templiers oublièrent de verser au Saint-Sépulcre la moitié des dîmes relevant de leurs domaines, au point d'encourir les foudres du Saint-Siège [154].

77 Le règlement promulgué à Valénie en 1183 se trouva impuissant à rétablir l'ordre public dans la principauté d'Antioche après la disparition de Renaud Mazoir. Son fils Bertrand céda la seigneurie de Margat à l'Hôpital, le 1er février 1186, contre une rente perpétuelle de 2 200 besants qui plaça les hospitaliers en position dominante dans la région [155]. Les johannites ne tardèrent pas à modifier l'équilibre du statu quo établi par Eudes de Beyrouth, en édifiant à Valénie un four banal rivalisant avec celui abandonné aux templiers par Renaud Mazoir. L'Hôpital consentit à verser à l'évêque Antère, qui achevait son long épiscopat, un revenu fixe de 15 besants d'Antioche sur cette construction illégale [156]. La situation dérapa au cours de l'année 1198 qui vit naître un contentieux entre un chevalier du nom de Seguin et le Temple au sujet de fiefs relevant de la seigneurie de Margat. Les hospitaliers appuyèrent leur vassal en confisquant les terres en jeu, au grand dam des templiers qui répondirent manu militari « aux injures par les injures ». Les deux parties finirent heureusement par confier l'arbitrage de leur querelle à un groupe de prélats de Terre sainte épaulé par l'archevêque Conrad de Mayence et son confrère Conrad de Querfurt, de passage en Orient [157].

78 À ces rivalités foncières s'ajoutèrent au cours des années 1180 des options politiques radicalement opposées du Temple et de l'Hôpital après la disparition d'Arnau de Torroja († 30 septembre 1184). Ce dernier avait essayé de préserver la stabilité de la Terre sainte, en enjoignant en 1180 Bohémond III d'Antioche de se défaire de sa maîtresse Sibylle, dont les frasques risquaient de lui aliéner le soutien capital de la papauté. Son intervention aurait également sauvé la vie de Guy de Lusignan à une époque où le roi Baudouin IV envisageait de lapider son futur beau-frère pour protéger la réputation de sa sœur Sibylle. Arnau parvint à négocier le mariage des deux amants, bien que Baudouin ait exhérédé Guy dans l'espoir de confier la régence du royaume de Jérusalem à Raymond de Tripoli pour les dix années à venir. Le successeur d'Arnau facilita en 1186 le triomphe final de Guy, sans tenter de le séparer de son épouse comme certains chroniqueurs mal informés ont pu l'avancer à la suite d'une confusion avec la position adoptée par l'Hôpital dans cette affaire [158].

79 Les erreurs de jugement de Gérard de Ridefort ne portèrent guère atteinte dans les années qui suivirent à l'image de marque du Temple dans les consciences occidentales. Philippe-Auguste témoigna lui-même son admiration à l'égard de l'ordre, en l'affranchissant au mois de juillet 1191 de ses frais de chancellerie à la cour de France. Le Temple hébergeait alors débonnairement le roi dans son palais d'Acre, sans manifester d'impatience à l'égard de son séjour de dix-neuf jours, comme certains auteurs ont pu l'avancer imprudemment. Son rembarquement soudain greva même, aux dires du franciscain Salimbene de Adam, les ordres militaires de l'appui de 500 chevaliers malgré le témoignage de l'évêque Sicard de Crémone († 1215), qui défend dans sa chronique la thèse du maintien de ces troupes en Orient. Son contemporain Otton de Saint-Blaise souligne les talents de négociateurs des templiers lors des tensions surgies entre Léopold d'Autriche et le roi d'Angleterre autour de questions de préséance. Richard Cœur de Lion ne pénétra cependant dans la maison du Temple que pour confirmer solennellement les droits accordés par l'ordre et Guy de Lusignan aux Pisans d'Acre en compagnie d'Henri de Champagne, le 13 octobre 1192 [159].

80 Une des activités les moins connues des templiers concerne les échanges de prisonniers opérés avec les autorités musulmanes avant l'apparition des mercédaires et des trinitaires au tournant des xiie et xiiie siècles [160]. Ces tractations semblent avoir porté dès le milieu du xiie siècle sur plusieurs milliers d'individus, comme en 1159 lors de la venue à Antioche de l'empereur Manuel Comnène. Les templiers s'associèrent alors à une expédition dirigée par Renaud de Châtillon afin de libérer 6 000 de ces captifs, retenus prisonniers à Alep et à Damas. L'opération échoua en raison du retour précipité à Constantinople de l'empereur, mais Nūr ad-Dīn libéra par crainte de représailles la plupart des chrétiens en son pouvoir. C'est à cette occasion que Bertrand de Blanquefort, qui avait été capturé en 1157, retrouva la liberté sans que sa rançon de 10 000 dinars ne soit versée par ses coreligionnaires [161].

81 Son successeur, Eudes de Saint-Amand, ne bénéficia pas de la même chance en 1179 après la défaite de Beaufort ou de Mardj ‘Ayūn, dont Guillaume de Tyr lui attribue l'entière responsabilité. Le grand maître du Temple gagna au soir du 10 juin les geôles de Damas, où il mourut le 9 octobre suivant sans émouvoir le grand archevêque [162]. La date de sa mort fournie par l'obituaire de Reims et un missel templier de Modène a fait l'objet de nombreuses erreurs de conversion en dépit des travaux anciens du marquis d'Albon. Un extrait de la continuation de Sigebert de Gembloux rédigée par Robert de Torigni († 1186) apporte une contribution non négligeable au dossier en déclarant que « comme Saladin voulait l'échanger contre son neveu, tombé aux mains des chrétiens, le maître du Temple refusa en arguant que cela allait contre la coutume des chevaliers du Temple qui ne prévoyait de donner pour leur rachat que leur baudrier et leur couteau ; tant et si bien qu'il mourut en captivité [163] ».

82 Cette anecdote éclaire d'un jour nouveau la captivité du petit-neveu de Saladin, Šāhinšāh, étudiée il y a quelques années par J. Richard. Šāhinšāh avait été vendu vers 1177 aux templiers par un chevalier tyrien réfugié à la cour du sultan, après avoir assassiné son suzerain coupable d'adultère. Le témoignage de l'abbé du Mont-Saint-Michel présente le mérite supplémentaire de conforter une étrange déposition, enregistrée durant le procès du Temple, sur le mode de libération des templiers capturés par les musulmans. Il prête également une tonalité nouvelle au siège du châtelet du Gué-Jacob, mené tambour battant par Saladin. Ce dernier aurait pratiqué une politique de terreur en faisant scier en deux les chevaliers pris dans la forteresse, avant de monnayer sa reconstruction contre la libération de son petit-neveu. « Nous ne savons pas encore, écrit Robert de Torigni vers 1182, si l'une de ces deux propositions aboutit [164]. »

83 Les templiers allaient mettre six années de plus avant de relâcher Šāhinšāh à l'issue d'un siège prolongé du château de La Roche-Guillaume, où le fils de Taqī ad-Dīn de Hamāh avait été transféré après la chute de Baghrās. Le couvent de l'ordre était à cette date réduit à sa plus simple expression après la capture de Gérard de Ridefort et l'exécution rituelle de ses frères d'armes. Tout le mérite du Temple consistera à relever la tête en moins d'une dizaine d'années au point d'apparaître au début du xiiie siècle à nouveau comme un garant de la sécurité de la Terre sainte. Ce redressement introduira de nouveaux dignitaires en Orient, qui saisiront la nécessité de négocier avec les puissances environnantes afin de conforter l'implantation du Temple sur le littoral. Ce changement de mentalités aurait été impossible sans le soutien des princes orientaux et souverains pontifes, dont les templiers étaient devenus en quelques années le bras armé avec les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem [165].


Date de mise en ligne : 16/05/2025

https://doi.org/10.3917/rma.bma.029.clav.0011