Quatre-vingt-treize d’Albert Capellani et André Antoine (1914-1921)
- Par Michel Marie
Pages 83 à 97
Citer cet article
- MARIE, Michel,
- Marie, Michel.
- Marie, M.
https://doi.org/10.4000/1895.4568
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- Marie, M.
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https://doi.org/10.4000/1895.4568
Notes
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[1]
Quatrevingt-treize est le dernier roman de Victor Hugo, écrit à Guernesey de décembre 1872 à juillet 1873 et publié en 1874. Le film de Capellani est réalisé 40 ans plus tard. La mémoire du livre est encore fraîche en 1914.
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[2]
Alexandre Arnoux, né en 1884 à Digne-les-Bains, avant d’être un critique et un romancier célèbre depuis les années vingt a d’abord publié deux recueils de poésie, L’Allée des nuits en 1906 et Au grand vent en 1909 et un premier roman en 1912, Didier Flaboche, une pièce de théâtre La Belle et la bête en 1913, à la source du film de Jean Cocteau. Quatre-vingt-treize est sa première adaptation et son premier scénario.
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[3]
Capellani reprend ici un plan d’ensemble de son Germinal, lorsqu’il représentait la propagation de la grève de maisons en maisons, à la suite de l’intervention des meneurs. L’abbé Grandcoeur est filmé de la même manière.
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[4]
« On reste pantois à la vision du prodigieux plan séquence qui fait longuement défiler tout le bataillon des bleus et se prolonge, une fois le dernier soldat sorti de l’image, sur la lande déserte jusqu’à ce que le spectateur, intrigué par cette immobilité suspecte, s’attende à voir surgir les chouans embusqués qui ne tardent d’ailleurs pas à apparaître, comme sortant de terre, pour bientôt envahir toute l’image et nous faire prendre conscience avec effroi qu’ils étaient là, invisibles, depuis le début. » (Claude Rieffel, avoir-alire.com)
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[5]
« L’autre passage continue de m’interloquer. Il s’agit de la remarquable séquence de l’occupation du couvent par les Bleus, dont le découpage et le montage – d’une durée stricte – sont exemplaires pour l’époque : sens, rythme, lumière, expression. Dans une telle aventure, qui peut dire à l’exact la part de chacun (l’interprète principal, Paul Capellani, remarquable Gauvain, avait suivi son frère aux Etats-Unis) ? Après son tournage, Antoine intervint-il au montage ? Fit-on des modifications après l’interdiction prononcée par la censure ? Ou bien au moment de la sortie du film ? Je m’abstiens de supputer davantage. » Philippe Esnault, Antoine cinéaste, op. cit, p. 118.« La grandiose chorégraphie de la séquence du couvent, avec les nonnes s’enfuyant au fond des allées du cloître ou fermant toutes ensembles les volets des grandes fenêtres auxquelles elles étaient appuyées pour assister à l’arrivée du bataillon de Gardes Nationaux fournit elle aussi un très bel exemple du génie de la mise en scène de Capellani, immense cinéaste. » (Claude Rieffel, avoir-alire.com)
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Sur le jeu des acteurs : « Très respectueuse du roman, l’adaptation qu’en réalise Albert Capellani durant l’été 1914, met en avant, dans les premières scènes, l’iniquité de l’Ancien Régime en décrivant la vie misérable des paysans bretons (le châtiment qui punit le braconnage) mais se refuse à charger excessivement la figure du Marquis de Lantenac, dont l’interprétation sobre et énergique de Philippe Garnier fait ressortir à la fois l’intransigeance bornée et une indéniable grandeur de caractère. A ce personnage représentant les forces réactionnaires, s’oppose celui de l’inflexible Cimourdin. Le prêtre défroqué n’est pas véritablement au centre de l’action mais sa figure domine le film et Henry Krauss, effrayant et pathétique à la fois, lui confère une dimension hallucinée et presque surhumaine : défenseur fanatique de la Révolution menacée il se résout, la mort dans l’âme, à lui sacrifier celui qui est pour lui bien plus qu’un fils spirituel, le jeune Gauvain, neveu du marquis, coupable de pitié envers l’adversaire (il laisse échapper son oncle). Paul Capellani, frère du réalisateur, réussit à faire exister à l’écran ce héros positif, acquis aux idées nouvelles mais attaché aux valeurs d’humanité, qui risquait, écrasé par ces deux monstres formidables, de paraître bien fade. » (Claude Rieffel, www.avoir-alire.com)
Quatre-vingt-treize – que Victor Hugo orthographie Quatrevingt-treize – est le dernier film qu’Albert Capellani tourne en France avant de partir aux Etats Unis, après le déclenchement de la guerre de 1914, début août. Il a été réalisé au printemps et à l’été 1914 et André Antoine en a en grande partie suivi le tournage, presque terminé au moment de l’entrée en guerre. Voici le témoignage d’André Antoine :
« Certaine maison d’édition achevait une adaptation cinématographique de Quatre-vingt-treize le jour même de la déclaration de guerre ; un an plus tard, lorsque les salles rouvrirent, on songea tout de suite à faire passer une bande qui avait coûté si cher ; la Censure suspendit le film jusqu’à nouvel ordre. Vous entendez, on ajourna, sous prétexte de paix sociale, un chef d’oeuvre, qui est une incomparable leçon de patriotisme et d’héroïsme. Le véto a été levé il y a quelques mois seulement, et voici un film qui va paraître sept années après avoir été tourné. »(André Antoine, Cinémagazine, no 3-4, 10 février 1921, pp. 5-6)
Une autre information récente indique, en s’appuyant sur le témoignage de l’opérateur Pierre Trimbach, sans préciser toutefois ses sources :
« Au début du mois de juillet 1914, la Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (SCAGL), l’unité de production au sein de Pathé chargée de produire des adaptations de la littérature française, décide mettre en production Quatre-vingt-treize de Victor Hugo. Il est prévu pour avoir une longueur de 2000 à 3 000 mètres comm…