Chapitre d’ouvrage

Batailles diplomatiques autour de la dissuasion

Pages 214 à 234

Citer ce chapitre


  • D’Aboville, B.
(2018). Batailles diplomatiques autour de la dissuasion. Résistance et Dissuasion : Des origines du programme nucléaire français à nos jours (p. 214-234). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/resistance-et-dissuasion--9782738144898-page-214?lang=fr.

  • D’Aboville, Benoît.
« Batailles diplomatiques autour de la dissuasion ». Résistance et Dissuasion Des origines du programme nucléaire français à nos jours, Odile Jacob, 2018. p.214-234. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/resistance-et-dissuasion--9782738144898-page-214?lang=fr.

  • D’ABOVILLE, Benoît,
2018. Batailles diplomatiques autour de la dissuasion. In :
  • JURGENSEN, Céline
  • et MONGIN, Dominique,
Résistance et Dissuasion Des origines du programme nucléaire français à nos jours. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.214-234. URL : https://shs.cairn.info/resistance-et-dissuasion--9782738144898-page-214?lang=fr.

Notes

  • [2]
    Voir de très nombreux ouvrages publiés en français, parmi lesquels Maurice Vaïsse, Frédéric Bozo, Pierre Mélandri, La France et l’OTAN 1949-1996, Actes du colloque du CEHD tenu à l’École militaire (Paris), 8-10 février 1996, Éditions Complexe, 1996 ; Frédéric Bozo, Deux Stratégies pour l’Europe. De Gaulle, les États-Unis et l’Alliance atlantique, 1958-1969, Plon et Fondation Charles-de-Gaulle, 1996 ; Georges-Henri Soutou, L’Alliance incertaine, op. cit. ; Institut Charles-de-Gaulle, L’Aventure de la bombe. De Gaulle et la dissuasion, 1959-1969, Plon, 1985 ; Pierre Mélandri, Une incertaine alliance. Les États-Unis et l’Europe, 1973-1983, Publications de la Sorbonne, 1995.
  • [3]
    Voir en particulier les divers travaux et publications de Dominique Mongin.
  • [4]
    Voir la contribution de Frédéric Gloriant dans le présent ouvrage.
  • [5]
    Normalien, Jean-Daniel Jurgensen se livre dès l’automne 1940 à des activités de résistance. Il rejoint « Défense de la France » au printemps 1942 et publie de nombreux articles dans le journal clandestin du même nom. Il contribue à infléchir la direction du mouvement dans le sens du gaullisme et entre au comité directeur du Mouvement de libération nationale (MLN). Délégué au titre du MLN à l’Assemblée consultative provisoire en 1944, puis député à la première Assemblée constituante sous l’étiquette UDSR (1945-1946), il reprend ensuite sa carrière de diplomate. Il est notamment membre de la délégation de la France à l’ONU (1947-1951), chef du service des Affaires allemandes (1955-1959), représentant permanent adjoint auprès de l’OTAN (1959-1964), directeur d’Amérique (1964-1969), ambassadeur en Inde puis aux Pays-Bas.
  • [6]
    Archives du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, AMEAE, 37200/630, p. 36-37.
  • [7]
    Après avoir été révoqué de ses fonctions par le régime de Vichy, Alexandre Parodi s’engage dans la Résistance et devient délégué général du Comité français de la libération nationale (CFLN) en 1944, avant d’intégrer le Gouvernement provisoire comme ministre du Travail. Premier représentant de la France à l’ONU, secrétaire général du Quai d’Orsay (1949-1953) puis ambassadeur à l’OTAN (1955-1957) et au Maroc (1957-1960), il est vice-président du Conseil d’État de 1960 à 1971.
  • [8]
    Soumis à la Commission de l’énergie atomique de l’ONU par les États-Unis, le plan Baruch prévoyait une coopération scientifique internationale sur l’énergie atomique utilisée à des fins pacifiques, une élimination des arsenaux nucléaires, ainsi que des moyens de vérification pour s’assurer du respect du traité. Ce plan fut rejeté par l’Union soviétique.
  • [9]
    Pierre Mendès France s’est engagé dans la Résistance après son évasion des geôles du régime de Vichy. Il rejoint alors en Grande-Bretagne les Forces aériennes de la France libre. Le général de Gaulle le nomme au CFLN puis au Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Il a été chef du gouvernement (1954-1955) au moment des affaires de Tunisie et du Maroc et de l’échec de la CED.
  • [10]
    Edgar Faure témoigna en faveur de Pierre Mendès France lors de son procès par le régime de Vichy. Il s’exila quant à lui en Afrique du Nord et intégra le GPRF. Il fut nommé deux fois Premier ministre et élu président de l’Assemblée nationale.
  • [11]
    Michel Debré s’engage dans la Résistance en 1943 auprès du réseau Ceux de la Résistance (CDLR) ; à la Libération, il devient commissaire de la République à Angers. Puis il est chargé par le général de Gaulle d’une mission de réforme de la fonction publique. Sénateur, puis Premier ministre et ministre de la Défense, il sera un ardent défenseur d’un programme nucléaire militaire.
  • [12]
    Jean Monnet, homme d’affaires et financier, fut nommé au début de la Seconde Guerre mondiale président du Comité de coordination économique franco-britannique, avant d’être l’un des investigateurs du projet d’Union franco-britannique. Engagé en faveur d’un rapprochement avec les États-Unis, il participa par ailleurs à la mise en place du CFLN. Il joua un rôle majeur dans les initiatives européennes de la IVe République. Il participa activement à la mise en place du plan Marshall comme premier commissaire général au Plan et fut l’un des inspirateurs de la CECA puis de la CEE. Avocat d’une approche euro-atlantique, fondateur du Comité d’action pour des États-Unis d’Europe, il deviendra un adversaire acharné de la politique étrangère du général de Gaulle.
  • [13]
    Bertrand Goldschmidt, Le Complexe atomique, op. cit.
  • [14]
    Georges-Henri Soutou, « Les accords de 1957 et 1958 : vers une communauté stratégique nucléaire entre la France, l’Allemagne et l’Italie ? », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 1993, n° 31 ; et L’Alliance incertaine, op. cit., p. 97-121.
  • [15]
    Ibid. Georges-Henri Soutou considère qu’il s’agit pour Franz Joseph Strauss d’un objectif au moins implicite, les Français ayant comme priorité le financement de l’enrichissement et Adenauer maintenant ses options ouvertes.
  • [16]
    Officier de liaison avec le commandement britannique à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, en novembre 1942, François de Rose devient diplomate et siège à partir de 1946 à la Commission de l’énergie atomique des Nations unies, avant de siéger à partir de 1951 au Comité de l’énergie atomique du CEA où il fut pendant très longtemps le représentant du ministère des Affaires étrangères. Chef d’état-major général adjoint de la Défense nationale au début des années 1960, il est nommé représentant permanent de la France à l’OTAN, où il prend une part décisive dans la rédaction de la Déclaration d’Ottawa (1974). Il est également auteur de nombreux ouvrages.
  • [17]
    Note de l’état-major de la Défense nationale (archive privée).
  • [18]
    Maurice Faure s’engage dans la Résistance après le débarquement allié de juin 1944, auprès du corps franc Pommiès. Après la guerre, il devient l’une des figures marquantes du mouvement pro-européen et sera l’un des négociateurs du traité de Rome sur la CEE.
  • [19]
    Signataire du Manifeste des douze en 1940, Christian Pineau est l’un des fondateurs du mouvement Libération Nord et diffuse un bulletin clandestin, Libération. En 1943, il plaide pour l’unification des mouvements de Résistance, qui prendra la forme du Conseil national de la Résistance. En mai 1943, il est arrêté par la Gestapo et déporté au camp de Buchenwald. À la Libération, il intègre le GPRF.
  • [20]
    Félix Gaillard entre dans la Résistance et devient l’adjoint d’Alexandre Parodi, délégué général de la Résistance. À la Libération, il devient le directeur de cabinet de Jean Monnet, commissaire général au Plan. Inspecteur des finances, il devient député en 1948 et entre au gouvernement à 28 ans. Grâce à sa participation à plusieurs gouvernements de la IVe République, il prend une part décisive dans le lancement et le développement du programme nucléaire militaire français.
  • [21]
    Membre d’un réseau de Résistance dans le Jura, et de la délégation du GPRF en Suisse pendant la guerre, spécialiste des affaires soviétiques, Jean Laloy sera l’interprète du général de Gaulle lors de sa rencontre avec Staline en 1944. Devenu directeur d’Europe (1956-1961) puis directeur politique (1961-1964), Jean Laloy exercera une influence déterminante au cours de la IVe République sur les affaires allemandes et les relations Est-Ouest. Proche de Raymond Aron, il formera toute une génération de diplomates et de chercheurs sur les questions de sécurité.
  • [22]
    Archives du Département d’État, NND 887426, 1er février 1958.
  • [23]
    Jean Chauvel, Commentaire, tome 3 : De Berne à Paris (1952-1962), Fayard, 1973, p. 276. Jean Chauvel, diplomate rallié au général de Gaulle, rejoint le Gouvernement provisoire à Alger en 1944. Un différend l’oppose à Charles de Gaulle et l’éloigne de la sphère politique, mais il y revient de 1946 à 1949. En tant qu’ambassadeur de France en Grande-Bretagne (1955-1962), il est confronté à la crise de Suez, au changement de régime en France et à la guerre d’Algérie.
  • [24]
    Archives du Département d’État, Fonds Nitze.
  • [25]
    Plus avant, le président Kennedy interroge le général de Gaulle. En fin de correspondance, le président Kennedy indique : « Pensez-vous qu’il existe une perspective de modification de vos positions qui rende utile pour nous de nous consulter plus avant sur le problème [de la défense nucléaire de l’Europe] ? »
  • [26]
    Archives du MEAE.
  • [27]
    Conseiller financier à l’ambassade de France à Washington, Hervé Alphand démissionne en 1941 et rejoint le général de Gaulle à Londres, devenant l’un de ses proches. Il occupe entre 1950 et 1956 les positions de représentant à l’OTAN puis l’ONU, et d’ambassadeur aux États-Unis, avant d’être nommé secrétaire général du Quai d’Orsay.
  • [28]
    Le général Gaston Lavaud a joué un rôle capital dans le lancement du programme nucléaire de défense français. Tout d’abord, en tant que chef du cabinet Armement du président du Conseil à partir de 1956, il coordonne l’ensemble des travaux dans ce domaine au sein du ministère de la Défense. Ensuite, en tant que chef d’état-major des armées de 1959 à 1961, il contrôle l’élaboration et la mise en œuvre de la programmation militaire relative au nucléaire ; cet engagement est confirmé lorsqu’il devient en 1961 le premier délégué ministériel pour l’Armement.
  • [29]
    Archives du Département d’État, Fonds Nitze.
  • [30]
    Georges-Henri Soutou, L’Alliance incertaine, op. cit., p. 228, à partir du compte rendu de l’entretien aux archives du MAE.
  • [31]
    Ibid., p. 230, qui rappelle également que Londres avait déjà fait auparavant des propositions sur le plan nucléaire et que les Britanniques percevaient la « réticence croissante » de Washington à aider à la modernisation de la force britannique.
  • [32]
    En fait légèrement différente, semble-t-il.
  • [33]
    Archives du Département d’État.
  • [34]
    Il s’agit des premières mesures d’arms control engagées par l’administration Kennedy : traité de Moscou sur l’interdiction des essais nucléaires atmosphériques, discussions préliminaires sur le TNP, le traité sur l’Espace, etc.
  • [35]
    Charles Bohlen, Witness to History, 1929-1969, Norton, 1973, p. 50-502.
  • [36]
    Ibid.
  • [37]
    Maurice Couve de Murville rejoint le CFLN en 1943 puis devient membre du GPRF. Sa relation privilégiée avec le général de Gaulle lui permet d’être nommé ministre des Affaires étrangères en 1958, fonction qu’il occupera pendant dix ans. Il deviendra par la suite Premier ministre.
  • [38]
    Il est difficile de faire la part de l’auto-intoxication et celle d’une campagne de dénigrement des efforts français. Voir la note de la CIA de 1963, dont la substance est reprise par le New York Times et Newsweek et qui rend compte des difficultés de la mise au point des armes nucléaires françaises. Celle-ci aurait bénéficié des confidences auprès de l’ambassade américaine de l’ex-général Gallois. Celui-ci démentira. Voir Éric Branca, L’Ami américain. Washington contre de Gaulle, 1940-1969, Perrin, 2017, p. 348.
  • [39]
    Archives du MEAE, compte rendu de l’entretien dans les archives Nixon.
  • [40]
    Voir l’Article 8 de la Déclaration d’Ottawa.
  • [41]
    Voir l’Article 6 de la Déclaration d’Ottawa.
  • [42]
    Ford Library Archives.
  • [43]
    Jean Sauvagnargues vient de remplacer Michel Jobert au ministère des Affaires étrangères à la suite du décès du président Pompidou en avril 1974.
  • [44]
    Jusqu’en 1978 François Mitterrand soutiendra l’idée d’une participation française aux MBFR, le président Giscard d’Estaing lui opposant l’idée de la conférence sur le désarmement conventionnel en Europe, dont le concept se situe à l’exact opposé.
  • [45]
    Archives privées.

Entre 1954 et 1974, l’effort de la France pour acquérir une force de dissuasion nationale va rencontrer de vives oppositions de la part de nos alliés et notamment de Washington. Les diplomates français, aux côtés des politiques et des responsables du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), seront au cœur des débats. Au final, en dépit des divergences initiales, un consensus s’établira autour des grands thèmes de l’indépendance de la force de frappe, de sa non-intégration au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et du refus de la stratégie de la riposte flexible.
Ces vingt années, marquées par des controverses multiples, encadrent en quelque sorte le premier cycle de l’« aventure atomique française », pour reprendre l’expression de Bertrand Goldschmidt, qui fut en charge des relations internationales du CEA. Le 26 décembre 1954, Pierre Mendès France convoque au Quai d’Orsay les principaux responsables du programme nucléaire français. Bien qu’il s’en soit défendu ultérieurement, cette réunion marque le début de l’engagement gouvernemental en faveur de l’option nucléaire militaire. En 1974 à Ottawa, les Alliés reconnaissent, lors de la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord marquant le 25e anniversaire de l’Alliance, le rôle dissuasif propre des forces nucléaires française et britannique. De la contestation du principe même d’une force nucléaire indépendante, on en viendra donc finalement à son acceptation.
La contribution des savants, des ingénieurs, des techniciens et des industriels à la constitution de la force de dissuasion est aujourd’hui bien documenté…


Date de mise en ligne : 01/07/2022

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