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Chapitre 4. L’amitié par correspondance

Pages 153 à 189

Citer ce chapitre


  • Constantinesco, T.
(2012). Chapitre 4. L’amitié par correspondance. Ralph Waldo Emerson : L’Amérique à l’essai (p. 153-189). Éditions Rue d'Ulm. https://shs.cairn.info/ralph-waldo-emerson--9782728804733-page-153?lang=fr.

  • Constantinesco, Thomas.
« Chapitre 4. L’amitié par correspondance ». Ralph Waldo Emerson L’Amérique à l’essai, Éditions Rue d'Ulm, 2012. p.153-189. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/ralph-waldo-emerson--9782728804733-page-153?lang=fr.

  • CONSTANTINESCO, Thomas,
2012. Chapitre 4. L’amitié par correspondance. In : Ralph Waldo Emerson L’Amérique à l’essai. Paris : Éditions Rue d'Ulm. Offshore, p.153-189. URL : https://shs.cairn.info/ralph-waldo-emerson--9782728804733-page-153?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Michel de Montaigne, « De l’amitié », Essais, op. cit., I, 28, p. 189. Jacques Derrida commente cette formule dans Politiques de l’amitié (Paris, Galilée, 1994). Ce chapitre s’inspire de ses analyses.
  • [2]
    Ibid.
  • [3]
    Il en va de même chez Montaigne, qui rencontre d’abord La Boétie dans ses textes, et en particulier le Contre Un : « Et si, suis obligé particulierement à cette piece, d’autant qu’elle a servy de moyen à nostre premiere accointance. Car elle me fut montrée longue piece avant que l’eusse veu, et me donna la premiere connoissance de son nom […] » (Ibid., p. 182)
  • [4]
    Voir Barbara Packer, Emerson’s Fall : A New Interpretation of the Major Essays, p. 48-57.
  • [5]
    Voir Michel Imbert, « La perte de la transparence », p. 100.
  • [6]
    Jacques Derrida et Anne Dufourmantelle, De l’hospitalité, Paris, Calmann-Lévy, 1997, p. 45.
  • [7]
    Voir Elizabeth Hewitt, Correspondence and American Literature, 1770-1865, p. 58.
  • [8]
    Voir notamment Ralph L. Rusk in L 2 : 336 et Jospeh D. Slater in CW 2 : xx. Margaret Fuller et Caroline Sturgis furent les principales correspondantes d’Emerson. Journaliste, critique littéraire et avocate des droits des femmes, Margaret Fuller (1810-1850) fut le premier rédacteur en chef du Dial, la revue des transcendantalistes. Elle séjourna à plusieurs reprises chez Emerson à qui elle fit découvrir la littérature allemande, et notamment Goethe. Elle meurt au large de Long Island dans le naufrage du navire qui la ramène aux États-Unis, avec son mari et leur fils, après un séjour en Italie au cours duquel elle avait apporté son soutien au mouvement révolutionnaire porté par Giuseppe Mazzini. Sur l’amitié entre Emerson et Margaret Fuller, voir Jeffrey Steele « Transcendental Friendship », p. 121-139.
    Poète et membre du cercle transcendantaliste, Caroline Sturgis (1819-1888) fut très proche de Margaret Fuller qu’elle considérait comme une figure tutélaire et une confidente. La relation épistolaire qu’elle entretint avec Emerson prend explicitement pour modèle les Échanges de lettres avec un enfant que Bettina von Arnim avait publiés en 1835 à partir de ses échanges avec Goethe. Voir Kathleen Lawrence, « The “Dry-Lighted Soul” Ignites ».
  • [9]
    Sur la composition des essais, voir Glen M. Johnson, « Emerson’s Craft of Revision : The Composition of Essays (1841) » ; Albert J. von Frank, « Essays : First Series (1841) ». Pour une lecture biographique de « Friendship », voir John B. McNulty, « Emerson’s Friends and the Essay on Friendship ».
  • [10]
    C’est en substance le reproche formulé par Henry James, sur un ton moqueur et parfois presque désolé, dans son compte rendu de la biographie d’Emerson par James Eliot Cabot parue en 1887. S’attardant sur une lettre adressée à Margaret Fuller, James remarque qu’il s’agit d’« une lettre intéressante à la fois comme spécimen d’un éloignement [edging away] inimitable et imperceptible, et comme illustration de la manière curieusement généralisée avec laquelle il conduisait son commerce, épistolaire et autre, avec ses amis, comme s’il protestait implicitement contre les personnalités. » (Henry James, « Emerson », in Leon Edel [éd.], Literary Criticism : Essays on Literature, American Writers, English Writers, New York, The Library of America, 1984, p. 260)
  • [11]
    Voir Vincent Kaufmann, L’Équivoque épistolaire, Paris, Les Éditions de Minuit, 1990, p. 8.
  • [12]
    Henry David Thoreau, Journal, Leonard N. Neufeld et Nancy Craig Simmons (éd.), Princeton, Princeton University Press, vol. 4, p. 155-156 (27 octobre 1857). Sur les relations complexes entre Emerson et Thoreau, voir notamment Robert Sattelmeyer, « Thoreau and Emerson ».
  • [13]
    Vincent Kaufmann met en évidence une rupture analogue à partir de sa lecture de la correspondance entre Kafka et Felice Bauer dont il s’est épris, ce qui suggère que, d’un point de vue structurel à tout le moins, la correspondance entre les amis ne se différencie guère de la correspondance entre les amants : « La deuxième entrevue elle-même sera extrêmement brève, probablement pénible, et en tout cas largement passée sous silence dans les lettres suivantes. Elle ne représente littéralement rien d’autre que l’interruption de la correspondance, elle en casse le rythme qui ne sera plus jamais le même. Le premier rendez-vous (à distinguer soigneusement de la première rencontre, imprévue) porte déjà un coup fatal à l’épistolaire : c’est le début de la fin, d’une longue fin à laquelle il faudra encore des années pour s’achever […] » (L’Équivoque épistolaire, op. cit., p. 21-22)
  • [14]
    Margaret Fuller, The Letters of Margaret Fuller, Robert N. Huspeth (éd.), Ithaca, Cornell University Press, 1983-1994, vol. 2, p. 160.
  • [15]
    Ibid., p. 170.
  • [16]
    Thoreau fera de même dans son propre essai sur l’amitié, qui figure dans A Week on the Concord and Merrimack Rivers, où il affirme notamment : « Nous n’avons pas de meilleur droit que celui de haïr notre Ami plus que quiconque. » (A Week on the Concord and Merrimack Rivers, Walden, The Maine Woods, Cape Cod, Robert Sayre [éd.], New York, The Library of America, 1985, p. 229)
  • [17]
    Voir Jacques Derrida, Politiques de l’amitié, op. cit.
  • [18]
    William Blake, « To H — », The Complete Poetry and Prose, David V. Erdman (éd.), Berkeley, University of California Press, 1982 [1965], p. 506.
  • [19]
    Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, op. cit., p. 76-77.
  • [20]
    Montaigne, « De l’amitié », op. cit., p. 187.
  • [21]
    Jay Fliegelman, Prodigals and Pilgrims : The American Revolution against Patriarchal Authority, 1750-1800, New York, Cambridge University Press, 1982. Voir aussi Caleb Crain, American Sympathy : Men, Friendship, and Literature in the New Nation.
  • [22]
    Henri David Thoreau, Walden, op. cit., p. 397.
  • [23]
    Ce n’est toutefois pas là le dernier mot de « Friendship ». Comme s’il prenait conscience de la violence mortifère que sa conception de l’amitié porte en elle, Emerson se rétracte et l’essai se replie en réaffirmant la divinité de l’ami : « Mais c’est à peine si l’on peut dire de telles choses sans trahir en quelque sorte la relation elle-même. L’essence de l’amitié tient dans son intégrité, une générosité totale et une confiance absolue. Elle ne doit ni supposer ni prévoir quelque infirmité que ce soit. Elle traite son objet comme un dieu afin de déifier chacun des deux amis. » (E&L 354) Mais on pourrait également défendre une autre lecture de ce dernier paragraphe, où l’ami est sacrifié au profit de l’amitié elle-même. L’amitié n’est sacralisée qu’au prix de la mort de l’ami, « ce compagnon fruste et froid » (E&L 354) dont la raideur quasi cadavérique annonce le trépas dans la phrase suivante (« S’il ne se montre pas à la hauteur, il disparaîtra bientôt », E&L 354).
  • [24]
    Vincent Kaufmann, L’Équivoque épistolaire, op. cit., p. 130.
  • [25]
    Jacques Derrida, Politiques de l’amitié, op. cit., p. 115.
  • [26]
    Henri David Thoreau, A Week on the Concord and Merrimack Rivers, op. cit., p. 211.
  • [27]
    Ibid., p. 212-213.
  • [28]
    Ibid., p. 233. Voir William Rossi, « Performing Loss, Elegy, and Transcendental Friendship », p. 268-269.
  • [29]
    Citée dans Robert D. Richardson, Emerson : The Mind on Fire, p. 328.
  • [30]
    Edmund Spenser, The Faerie Queene, in The Works of Edmund Spenser, Edwin Greenlaw, Charles C. Osgood et Frederick Padelford (éd.), Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1966 [1933], Livre 2, Canto 12, p. 159-180.
  • [31]
    C’est notamment ce refus du sacrifice de l’amitié aux règles de l’économie marchande, si caractéristique des amitiés transcendantalistes, que Melville met en scène au chapitre 39 de L’Escroc à la confiance, qui consiste en une satire de l’essai d’Emerson sur l’amitié.
  • [32]
    Si en anglais adulterate a d’abord le sens de « frelaté », « vicié », il est difficile de ne pas entendre, dans la formule adulterate passion, l’écho d’une relation adultère (adulterous).
  • [33]
    « [L’amitié] est la seule religion possible pour les modernes » (The Journals of Bronson Alcott, Odell Shepard [éd.], Boston, Little, Brown, & Co., 1938, p. 199).
  • [34]
    Henry James, « Ralph Waldo Emerson », Literary Criticism, op. cit., p. 246 ; « Emerson », ibid., p. 260.
  • [35]
    Voir John F. Kasson, Rudeness and Civility : Manners in Nineteenth-Century Urban America, New York, Hill and Wang, 1990.
  • [36]
    Voir Julie Ellison, « The Gender of Transparency : Masculinity and the Conduct of Life ».
  • [37]
    Jacques Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 618.

Si, chez Emerson, la conscience se pense et s’écrit comme un réseau aléatoire de relations impersonnelles, à l’inverse, les relations sociales, amicales ou amoureuses prennent souvent la forme d’un réseau de consciences impersonnelles. L’essai « Friendship » (1841) envisage notamment la communauté des amis comme un « réseau de relations », « un cercle de divines personnes, composé d’hommes et de femmes diversement reliés les uns aux autres et qui partagent une noble intelligence » (E&L 342 et 349). Dans l’économie paradoxale de ce texte, il semble cependant que la proximité spirituelle entre les amis requière leur mise à distance réciproque, comme si l’amitié exigeait que l’on y renonçât pour la préserver. Dès 1832, dans un sermon consacré à l’amour évangélique, Emerson empruntait à Montaigne un aphorisme qui résume cette contradiction et que la tradition a coutume d’attribuer à Aristote : « O mes amis, il n’y a nul amy ! » (O my friends, there is no friend, CS 4 : 50) Le texte de cette homélie servira à la préparation d’une conférence sur l’amitié prévue pour 1834 mais qui restera inédite, ainsi qu’à la composition de « Friendship ». Même si « le mot qu’Aristote avoit très-familier » ne figure pas tel quel dans la version définitive de l’essai, il sous-tend l’ensemble de la méditation émersonienne sur le sens de l’amitié et l’inscrit du même coup dans une histoire philosophique et littéraire qui pense l’éthique et le politique au prisme de l’amitié. En outre, ce double emprunt à Montaigne et Aristote suggère que, pour Emerson, l’amitié a partie liée avec la littérature et l’écritur…


Date de mise en ligne : 21/11/2024

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