La France face au terrorisme islamique : une typologie du salafisme jihadiste
- Par Samir Amghar
Pages 243 à 255
Citer ce chapitre
- AMGHAR, Samir,
- ROUGIER, Bernard,
- Amghar, Samir.
- Amghar, S.
- B. Rougier
https://doi.org/10.3917/puf.rougi.2008.01.0243
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- Amghar, S.
- B. Rougier
- Amghar, Samir.
- AMGHAR, Samir,
- ROUGIER, Bernard,
https://doi.org/10.3917/puf.rougi.2008.01.0243
Notes
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[1]
L’histoire du terrorisme en France remonte sans doute au xixe siècle. Alors que Napoléon Bonaparte se rend à l’Opéra, un baril de poudre et de mitraille caché dans une calèche explose faisant 8 morts et 28 blessés. Il en sort indemne. Les carbonari, le terrorisme anarchiste ou encore Action directe sont quelques exemples d’organisations terroristes qui ont secoué la France depuis la fin du xixe jusqu’à nos jours.
-
[2]
Farid Benyettou, jeune leader religieux charismatique, a incité un certain nombre de ses sympathisants du xixe arrondissement de Paris à se rendre en Irak. Trois Français appartenant à ce groupe y auraient été tués en 2004 et trois autres arrêtés en France, en Syrie et en Irak. Voir Le Figaro, 4 février 2005.
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[3]
Selon les services de renseignements français, 22 Français au moins ont rejoint la guérilla jihadiste en Irak, 13 sont en route et 14 sur le point de partir ont été arrêtés dans les opérations lancées au cours de la mi-2005.
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[4]
Tous les registres de mobilisation jihadiste ne puisent pas leur source doctrinale dans le salafisme. Youssouf al-Qardawi, prédicateur égyptien proche des Frères musulmans, s’emploie à inscrire le conflit israélo-palestinien dans une logique jihadiste. De plus, toutes les formes de salafisme ne prônent pas le jihad. Ainsi, les théologiens salafistes d’Arabie Saoudite s’opposent au jihadisme dans certaines parties du monde en estimant qu’il relève de l’action terroriste et non d’une véritable guerre sainte.
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[5]
Marc Sageman, Understanding Terror Networks, University of Pennsylvania Press, 2004, p. 23.
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[6]
Olivier Roy, L’islam mondialisé, Paris, Seuil, 2002, p. 56-78. Au sein de la mouvance salafiste, il faut distinguer trois tendances : le salafisme piétiste politiquement mou et socialement conservateur, proche des autorités religieuses saoudiennes. Le salafisme politique, socialement conservateur et politiquement contestataire et enfin le salafisme révolutionnaire. Voir Samir Amghar, « Le salafisme en Europe : une mouvance polymorphe de la radicalisation », Politique étrangère, n° 1, 2006. Parce que les militants salafistes jihadistes anathématisent les membres de la communauté musulmane qui ne partagent pas leur logique combattante en pratiquant le takfir [excommunication], ils sont traités par les milieux musulmans de « takfiristes ». Dans l’orthodoxie musulmane, ils sont disqualifiés par le terme de khawarij [ceux qui sont sortis], en référence aux musulmans qui ont refusé d’obéir au quatrième calife, ‘Ali, gendre et cousin du Prophète, qui avait décidé de négocier dans la guerre qui l’opposa à Mû ‘awîya.
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[7]
Bernard Rougier, « L’islamisme face au retour de l’islam », Vingtième siècle, n° 82, avril-juin 2004, p. 108.
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[8]
Taghût est le nom qu’attribuent les islamistes à l’État. Dans le vocabulaire jihadiste, il signifie le tyran, l’oppresseur, le faux Dieu que l’on vénère par crainte. Voir Luis Martinez, « Le cheminement de la violence islamiste en Algérie », Critique internationale, n° 20, juillet 2003.
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[9]
Gérard Challiand et Arnaud Blin, Histoire du terrorisme : de l’Antiquité à Al Qaïda, Paris, Bayard, 2006.
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[10]
Youssouf al-Qardawi n’a jamais condamné ce type de jihad. Voir Mohammed el Oifi, « La guerre en Algérie vue du monde arabe : le cas de la chaîne satellitaire d’al Jazeera », Pouvoirs, n° 86, Seuil, 1998.
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[11]
Les premières victimes étrangères sont françaises : des géomètres sont abattus à Sidi Bel-Abbès, le 18 octobre 1993.
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[12]
Séverine Labat, Les islamistes algériens. Entre les urnes et le maquis, Paris, Seuil, 1995.
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[13]
Le 11 juin 1999, le gia annonce un jihad sur le territoire français.
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[14]
Rapport icg, La France face à l’islam : émeutes, jihadisme et dépolitisation, mars 2007.
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[15]
François Burgat, « La génération al-Qaeda. Les courants islamistes entre dénominateur commun identitaire et internationalisation de la résistance islamique », Mouvements, n° 36, novembre-décembre 2004, p. 84.
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[16]
Michel Wievorka, La violence, Paris, Balland, 2004, p. 61.
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[17]
François Burgat, L’islamisme à l’heure d’Al-Qaïda, Paris, La Découverte, 2005. Les titulaires du pouvoir dans les pays arabes ne sont pas seulement stigmatisés pour leur autoritarisme ils sont aussi coupables d’être retombés dans l’ignorance préislamique en ne légiférant pas selon la norme divine.
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[18]
Voir les recueils de fatwas des oulémas salafistes d’Arabie Saoudite.
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[19]
Dans ce contexte, il se creuse entre les jihadistes et les populations musulmanes qu’ils entendent représenter une distance. Les populations musulmanes ne se reconnaissent pas dans la lutte armée des militants de ce jihad. Désigné par le terme d’inversion, ce phénomène a été décrit par Michel Wieviorka, in Sociétés et Terrorisme, Paris, Fayard, 1998, p. 95-114.
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[20]
Luis Martinez, « Le cheminement de la violence islamiste en Algérie », Critique internationale, op. cit., p. 171.
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[21]
Richard Labévière, « Les réseaux européens des islamistes algériens : entre déshérence et reconversion », Les Cahiers de l’Orient, n° 62, 2e trimestre 2001, p. 133-149.
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[22]
Ce soutien s’organise à plusieurs niveaux : il s’agit de récolter des fonds afin d’aider les populations musulmanes victimes de guerre et de se fournir en armements. Ensuite, l’objectif est de donner une visibilité médiatique au conflit pour obtenir des relais dans l’opinion. Ce soutien logistique se développe également par l’envoi de troupes de miliciens qui s’intégreront dans des unités nationales.
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[23]
Entretien avec Kamel, Paris, 24 mars 2004.
-
[24]
Cette idée est empruntée à George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation de sociétés européennes, Paris, Hachette Littératures, 1999, p. 43-44.
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[25]
Entretien avec Farid Benyettou, Paris, 6 avril 2004.
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[26]
Ibid.
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[27]
Sermon prononcé lors de la prière du vendredi enregistré dans une mosquée, Blida, Algérie, 17 novembre 2006.
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[28]
Idem.
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[29]
Samir Amghar, « Les mutations de l’islamisme en France. Portrait de l’uoif : porte-parole de l’islamisme de minorité », La Vie des idées, mai-juin 2007.
Une quinzaine d’années avant que les États-Unis ne soient victimes des attentats du 11 septembre 2001, la France a vu, dès 1986, se développer sur son territoire ses premières expressions terroristes d’inspiration islamique. Ainsi, c’est une cellule proche du Hezbollah qui a été à l’origine des attentats de la rue de Rennes à Paris. De l’ensemble des pays occidentaux, la France a sans doute été celui qui a été le plus touché par le terrorisme islamique. Des attentats du rer B en 1995 en passant par les actions du « gang de Roubaix » jusqu’aux jeunes volontaires partis en Irak pour combattre les troupes américaines en 2005, la France a plusieurs fois été frappée par la dynamique jihadiste. La multiplication des arrestations depuis 2002 montre une vigilance des pouvoirs publics en la matière. Ainsi, cent activistes ont été écroués dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, selon les chiffres donnés à l’Assemblée nationale par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, le 23 novembre 2005 : neutralisation d’une « filière tchétchène » dans les banlieues lyonnaise et parisienne en 2002 ; démantèlement du groupe de Farid Benyettou dans le XIXe arrondissement de Paris, en janvier 2005 ; arrestations ou identifications de volontaires partis en Irak, en 2005 ; arrestation de militants proches du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (gspc, mouvement armé algérien), en septembre 2005, dans les Yvelines, dirigés par Safé Bourrada, déjà impliqué dans les attentats de 1995 à Paris…
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