13. Pékin et les contraintes de la mondialisation
- Par Bertrand Badie
Pages 147 à 151
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Les dirigeants de la Chine postmaoïste avaient fait un pari audacieux qui restera probablement longtemps dans les annales de la science politique : celui d’une ouverture économique qui devait se concilier avec le maintien pur et simple d’un régime autoritaire, oligarchique et doté d’un parti unique dont les accents unanimistes retentissent périodiquement au milieu des symboles passés. D’un certain point de vue, on faisait le choix contraire de celui qui allait bientôt s’imposer en URSS : Gorbatchev, au milieu des années quatre-vingt, s’efforçait, tout à l’opposé, de combiner un début d’ouverture politique, une sorte de pluralisme limité, avec des structures économiques qui ne parvenaient pas à se transformer.
Le pari chinois semblait être le bon : malgré Tienanmen qui ne parvint pas à la menacer, la nomenklatura chinoise put imposer un pouvoir pérenne tout en s’offrant une croissance annuelle à deux chiffres, une position avantageuse au cœur de la finance mondiale, une entrée retentissante au sein de l’OMC, une omniprésence lui permettant de s’afficher en Afrique, de prendre pied en Amérique latine, de jouer les puissances régionales en Asie orientale comme en Océanie, de participer aux coalitions soudant de manière étrange les puissances émergentes aux intérêts les plus contradictoires, de se faire respecter par la superpuissance américaine comme de se faire craindre par l’Europe.
Dans les cauchemars inavoués de ses partenaires jaloux, l’empire du Milieu avait réussi un exploit : celui de maîtriser la mondialisation qui avait pourtant fait céder plus d’un totalitarisme…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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