Chapitre d’ouvrage

Chapitre premier

La somme et le fragment

Pages 105 à 118

Citer ce chapitre


  • Mauzi, R.
(1989). La somme et le fragment. Précis de littérature française du XVIIIe siècle (p. 105-118). La Découverte. https://shs.cairn.info/precis-de-litterature-francaise-du-vxiii-e-siecle--9782130428596-page-105?lang=fr.

  • Mauzi, Robert.
« La somme et le fragment ». Précis de littérature française du XVIIIe siècle, La Découverte, 1989. p.105-118. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/precis-de-litterature-francaise-du-vxiii-e-siecle--9782130428596-page-105?lang=fr.

  • MAUZI, Robert,
1989. La somme et le fragment. In : Précis de littérature française du XVIIIe siècle. Paris : La Découverte. Hors Collection, p.105-118. URL : https://shs.cairn.info/precis-de-litterature-francaise-du-vxiii-e-siecle--9782130428596-page-105?lang=fr.

Comme l’amour, l’histoire des idées connaît des phases de cristallisation. Les thèmes épars se constituent tout à coup en doctrine, les mots à la mode deviennent des mots d’ordre, les critiques de ce qui apparaît soudain comme des archaïsmes se systématisent. C’est sans doute ce qui s’est passé en France au milieu du XVIII e siècle. La tolérance religieuse et l’esprit de libre examen, la dénonciation de l’absolutisme et l’égalité juridique, parfois même l’athéisme et le matérialisme, on trouve tous ces principes fort bien exprimés au cours des premières décennies du siècle ; mais ils sont dispersés, et les formulations les plus nettes s’en trouvent dans des manuscrits clandestins. Soudain, ils apparaissent comme un ensemble cohérent qui prend un nom, celui de philosophie des Lumières, et qui trouve son lieu de rencontre, l’Encyclopédie.
Un laps de quelques années voit en effet paraître des sommes qui frappent l’opinion publique et lui apparaissent comme des efforts convergents de déstabilisation de l’ordre ancien. En 1746, Condillac publie l’Essai sur l’origine des connaissances humaines et, trois ans plus tard, le Traité des systèmes. En 1748, Montesquieu livre au public L’Esprit des lois et Buffon en 1749 les premiers volumes de l’Histoire naturelle, tandis qu’on annonce à grands cris le lancement de l’entreprise encyclopédique, dirigée par un géomètre de génie, d’Alembert, et par un jeune philosophe aux idées audacieuses, Diderot. Le dualisme cartésien, finalement devenu doctrine officielle de l’Eglise, l’explication du monde à partir de la Création, l’acceptation de la monarchie absolue et de l’orthodoxie catholique, tout cela est mis en doute, sinon battu en brèche par des œuvres qui n’ont rien de simples libelles frondeurs mais apparaissent comme des sommes cohérentes…


Date de mise en ligne : 04/10/2016

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