Un demi-siècle de Croix-Marine
- Par Alice Delaunay
Pages 9 à 10
Citer ce chapitre
- DELAUNAY, Alice,
- ARVEILLER, Jean-Paul,
- Delaunay, Alice.
- Delaunay, A.
- J. Arveiller
https://doi.org/10.3917/eres.arvei.2002.01.0009
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- Delaunay, A.
- J. Arveiller
- Delaunay, Alice.
- DELAUNAY, Alice,
- ARVEILLER, Jean-Paul,
https://doi.org/10.3917/eres.arvei.2002.01.0009
1 La Croix-Marine est née entre le 8 et le 10 janvier 1947 à Clermont-Ferrand ; elle est la sœur jumelle, notre seconde fille. Gabriel Delaunay était alors préfet du Puy-de-Dôme.
2 Le Dr Courbaire de Marcillat, médecin-conseil régional de la Sécurité sociale Région Centre, et le Dr Doussinet, médecin-chef à l’hôpital psychiatrique, avaient certainement pensé l’un et l’autre à mener une action pour la santé mentale, mais l’idée de créer une association très largement ouverte et très diversifiée est née pendant ces deux ou trois jours où des visites de courtoisie à une jeune maman se transformèrent en réunion de travail.
3 Placer cette association sous le signe de la croix de Genève, équivalent de la Croix-Rouge, vint du Dr Doussinet, mais tant de couleurs étaient déjà prises qu’il fallut pas mal d’imagination pour trouver « la Croix-Marine » dont je souhaiterais vivement qu’elle revienne à sa forme d’origine (croix de Genève couleur bleu marine).
4 La radio auvergnate largement ouverte permit aux fondateurs d’expliquer leurs buts et de chercher des sympathisants. La réputation du DrCourbaire, son crédit, la réputation du DrDoussinet, dont j’ignorais qu’elle était internationale, firent boule de neige. Le Dr Tosquelles de Saint-Alban fut un des premiers et des plus dynamiques adhérents. Une riche famille de Clermont-Ferrand, dont le Dr Doussinet soignait un des membres, fit don de plusieurs immeubles dont le Dr Doussinet ne voulut qu’un seul, entièrement aménagé pour la Croix-Marine, lui-même, toujours totalement désintéressé, vivait avec sa famille dans l’appartement qui lui avait été aménagé à l’hôpital.
5 L’abbé Oziol, en Lozère, développa l’accueil des débiles profonds avec l’aide efficace du Dr Courbaire et du Dr Tosquelles.
6 La grande idée du Dr Doussinet (et du Dr Courbaire) fut d’intégrer le travail dans l’amélioration de la santé et la réinsertion sociale des malades ou des débiles mentaux. Il créa de petits centres, de petites équipes de type familial et réussit si bien que les centres d’aide par le travail se sont multipliés et existent toujours, animés par des fidèles de la Croix-Marine.
7 Il rêvait d’hôpitaux psychiatriques assez vastes pour que des lieux de vie puissent y être aménagés sans rupture avec ceux qui avaient précédé l’hospitalisation. C’est pourquoi l’hôpital psychiatrique de Clermont-Ferrand, propriété privée, tenu par des religieuses avait gardé, en plein centre-ville et derrière les bâtiments d’accueil, un caractère rural.
8 Les personnes âgées étaient l’objet d’une attention spéciale. Le Dr Doussinet acceptait mal le contact de malades mentaux dans la force de l’âge avec des personnes dont seules les capacités intellectuelles avaient diminué. Avec une efficacité qu’on ne lui soupçonnait pas, tant il était modeste et discret, il a fait ouvrir, telle qu’il l’avait rêvée, une maison de retraite, comme nous l’appellerions aujourd’hui, dédiée à des personnes âgées déficientes mentales. Nul n’ignorait à Clermont-Ferrand la réputation et l’efficacité croissante des sociétés qui se fondaient partout sous le signe de la Croix-Marine. C’est ainsi qu’il fallut, poussé par la nécessité et l’adhésion de personnes de qualité venues de l’étranger, lui donner une dimension internationale.
9 Le Dr Demangeat voulut bien réunir les bonnes volontés venues d’Italie, de Belgique (où la reine Fabiola reçut elle-même le congrès Croix-Marine internationale)... C’est le Dr Caravedo du Pérou qui fut le premier président international. Le Dr Doussinet se rendit avec moi à Dakar où le Dr Colomb avait donné un extraordinaire développement à l’enseignement universitaire de la psychiatrie (on appelait drôlement ses élèves les « colombophiles »).
10 Nous sommes allés jusqu’à Abidjan où d’anciens élèves de l’école de Santé navale et coloniale de Bordeaux avaient besoin d’être encouragés et orientés dans un monde si différent.
11 Pourquoi ai-je accepté de raconter cette histoire ?
12 J’ai présidé la Croix-Marine jusqu’à ce que le Dr Charbonneau, qui venait de prendre sa retraite de directeur de la Santé au ministère, veuille bien me succéder. Je l’ai considéré comme un devoir parce que je suis sans doute la seule survivante aujourd’hui à parler de l’œuvre si féconde du Dr Doussinet, le secrétaire général, et du Dr Courbaire de Marcillat, le vice-président.
13 J’ai été moi-même un porte-drapeau convaincu et je ne formule qu’un souhait : que la Croix-Marine réalise aujourd’hui, avec les moyens d’aujourd’hui, les grands rêves de ses fondateurs.