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12. Pour une théorie baroque de l’action politique. Les Considérations politiques sur les coups d’État de Gabriel Naudé

Pages 191 à 232

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  • Marin, L.
(2005). 12. Pour une théorie baroque de l’action politique. Les Considérations politiques sur les coups d’État de Gabriel Naudé. Politiques de la représentation (p. 191-232). Éditions Kimé. https://shs.cairn.info/politiques-de-la-representation--978284174356X-page-191?lang=fr.

  • Marin, Louis.
« 12. Pour une théorie baroque de l’action politique. Les Considérations politiques sur les coups d’État de Gabriel Naudé ». Politiques de la représentation, Éditions Kimé, 2005. p.191-232. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/politiques-de-la-representation--978284174356X-page-191?lang=fr.

  • MARIN, Louis,
2005. 12. Pour une théorie baroque de l’action politique. Les Considérations politiques sur les coups d’État de Gabriel Naudé. In : Politiques de la représentation. Paris : Éditions Kimé. Collège International de Philosophie, p.191-232. URL : https://shs.cairn.info/politiques-de-la-representation--978284174356X-page-191?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Étude publiée à l’initiative de C. Jouhaud en introduction à une réédition des Considérations politiques sur les coups d’État de Gabriel Naudé, Éditions de Paris, 1988, p. 7-65 (le texte de Naudé était accompagné de notes et annexes rédigées par Frédérique Marin). Certaines références ont été complétées entre crochets, en particulier pour ce qui concerne des traductions ou des rééditions postérieures à la première publication du texte. (NdE).
  • [2]
    Sainte-Beuve, Portraits littéraires, Paris, Garnier Frères, 1862, t. II, p. 467-512.
  • [3]
    Considérations politiques sur les coups d’État, par G. N. P., Rome, 1639.
  • [4]
    Considérations politiques sur les coups d’État, par Gabriel Naudé, Parisien, fait sur la copie de Rome, 1667.
  • [5]
    Sciences des Princes ou Considérations politiques sur les coups d’État, par G. Naudé, Parisien, avec que les Réflexions historiques, morales, chrestiennes et politiques de L. D. M. C. S. D. S. E. D. M. (Louis Du May, conseiller secrétaire du Sérénissime Électeur de Mayence) Qui Admire ce qu’elles ont de subtil, Éclaircit ce qu’elles ont d’obscur, Rejète ce qu’elles ont de mauvais et les Considère toujours et partout avec indifférence et sans aucune passion, à Strasbourg, Imprimées l’an MDCLXXIII.
  • [6]
    Cf. la citation de Bayle mise en épigraphe et notre note [190] ci-dessous.
  • [7]
    Trois éditions au xviie siècle : la première, de 1639, in-4°, à Rome ; la seconde, in-12, s. l., sur la copie de Rome, en 1667 ; la troisième, Sciences des Princes ou Considérations politiques… à Strasbourg, en 1673. En 1744 paraît, à Cologne, une réédition de celle de 1667 et, en 1752, s. l., une de l’ouvrage de 1673, en trois volumes, in-8°.
  • [8]
    Sainte-Beuve, op. cit., p. 469.
  • [9]
    G. Naudé, Considérations politiques sur les coups d’État, s. 1., 1667, non paginé, [cf. dé-sormais la réédition du texte de Gabriel Naudé, Considérations..., Paris, Gallimard, 2005, p. 59-229. Nous renvoyons dans la suite à ce volume, NdE].
  • [10]
    Ibid.
  • [11]
    Sainte-Beuve, op. cit., p. 486, 503.
  • [12]
    F. Meinecke, Die Idee der Staatsräson in der neueren Geschichte, München-Berlin, éd. 1925. Nous utilisons la traduction anglaise, Machiavellism. The Doctrine of Raison d’État and Its Place in Modern History, Praeger, New York, Washington, 1965 ; 1re édition anglaise, Yale Universitv Press, New Haven, 1957, en particulier chap. VII, p. 196-204.
  • [13]
    R. Pintard, Le libertinage érudit dans la première moitié du xviie siècle, Paris, 1943. Nouv. éd. augmentée d’un avant-propos, de notes et de réflexions sur les problèmes de l’histoire du libertinage, Genève-Paris, Slatkine, 1983, en particulier p. 156-173, 442-476, 542-551.
  • [14]
    E. Thuau, Raison d’État et Pensée politique à l’époque de Richelieu, op. cit., en particulier p. 81-82, 318-334.
  • [15]
    P. Redondi, Galilée hérétique, Paris, Gallimard, 1985 (1ère éd. 1983).
  • [16]
    R. Villari, Elogio della dissimulazione. La lotta politica nel Seicento, Bari, Laterza, 1987. Il faudrait compléter cette liste par les travaux de J. S. Spink, La libre pensée française de Gassendi à Voltaire, Paris, Éditions sociales, Paris, 1966 ; Richard H. Popkin, The History of Scepticism from Erasmus to Spinoza, Berkeley-London, 1979 [Histoire du scepticisme d’Érasme à Spinoza, traduit de l’Anglais par Ch. Hivet, PUF, 1995] ; J. G. A. Pocock, The Machiavellian Moment, Princeton, 1975 [Le moment machiavélien. La pensée politique florentine et la tradition républicaine atlantique, trad. Luc Borot, Paris, PUF, 1997] ; F. E. Sutcliffe, Guez de Balzac et son temps. Littérature et politique, Paris, Nizet, 1959 ; la belle étude de V. I. Comparato, « Il Pensiero politico dei libertini », dans Storia delle idee politiche, economiche e sociali, Turin, 1980, en particulier la partie iv : « La Politica come tecne nei libertini eruditi », p. 124 -131 ; A. M. Battista, « Come giudicano « la politica » libertini e moralisti della Francia nel Seicento », dans Il libertinismo in Europa, Milan-Naples, 1980 [repris dans Politica e morale nella Francia dell’età moderna, édition par Anna Maria Lazzarino Del Grosso, Name, Gênes, 1998]. Voir également l’introduction de G. Canziani et G. Paganini à leur édition du Theophrastus redivivus, Florence, Nuova Italia, 1981, t. 1 et T. Gregory, Religione e ateismo nel Seicento, Naples, Morano, 1979.
  • [17]
    L’État baroque. 1610-1652, textes réunis sous la direction d’Henry Méchoulan, Paris, Vrin, 1985 ; en particulier, « L’héritage scolastique dans la problématique théologico-politique de l’âge classique », par J.-F. Courtine, p. 89, et, par F. Charles Daubert, « Le libertinage érudit et le problème du conservatisme politique », p. 179.
  • [18]
    Sur la biographie de Gabriel Naudé, voir en particulier R. Pintard, Le libertinage érudit, op. cit., passim et G. Naudé, Considérations politiques sur les coups d’État, Paris, Éditions de Paris, 1988, p. 199-201 (notice bibliographique).
  • [19]
    Le Marfore ou discours contre les libelles, Paris, 1620 [voir l’édition de G. Los d’Urizen, Paris, Paris-Zanzibar, 1997].
  • [20]
    Sur Guido del Bagno, voir Bibliografia degli italiani, G. Naudé, Considérations politiques sur les coups d’État, 1988, op. cit., p. 202.
  • [21]
    À cette fin, Naudé parcourt inlassablement l’Europe : en juillet-août 1644, il est en Picardie, en Flandre, visite Arras et Douai. D’avril 1645 à mars 1646, c’est l’Italie qui est son terrain de chasse : Rome, Florence, Bologne, Ferrare, Mantoue, Venise, Padoue ; il rentre en France par la Valteline et la Suisse. Fin 1646, il est à Genève, à Bâle et à Philippsbourg ; 1647 le voit en Hollande et en Angleterre. Doit-on en déduire, comme R. Pintard, op. cit., p. 367 et sq., les symptômes d’une folie bibliomaniaque et aussi une mutation de Naudé qui cesserait d’être philosophe et libertin pour devenir le « domestique » d’un homme d’État ?
  • [22]
    Addition à l’histoire de Louis XI contenant plusieurs recherches curieuses sur diverses matières, par Gabriel Naudé, Parisien, F. Targa, Paris, 1630, chap. III, « Que Louis XI avait été fort bien instruit ès langues et sciences ordinaires », p. 60. C’est précisément dans cet ouvrage que Naudé introduit la théorie philosophique qui est à l’arrière-plan de ses conceptions politiques, de l’universel et éternel retour. Cf. chap. VI, p. 132 : « La grande roue des siècles fait paraître mourir et renaître chacun à son tour, sur le théâtre du monde : les sciences, les empires, les sectes, le monde même n’est pas exempt de cette vicissitude » [voir la réédition du texte : Addition à l’histoire de Louys XI, texte revu par Yves-Charles Zarka et Robert Damien, Paris, Fayard, 1999]. Et, dans les Considérations, chap. IV, « De quelles opinions faut-il être persuadé pour entreprendre des coups d’État ».
  • [23]
    Sainte-Beuve, op. cit., p. 490.
  • [24]
    Sur la Bibliographie politique, cf. É. Thuau, op. cit., p. 318 et sq. Nous en extrairons ce passage, p. 57 : « Quoique l’administration extraordinaire contienne les mêmes chefs de doctrine et les mêmes matières que l’ordinaire, si est-ce que jusqu’à présent, il s’est trouvé peu de personnes assez hardies et assez effrontées pour faire voir en public quelque ouvrage contenant avec ordre et méthode les préceptes et les moyens légitimes par lesquels chacun de ces points puisse être exécuté et conduit à quelque fin. » [cf. Gabriel Naudé, Bibliografia politica, éd. Bosco, Domenico (texte latin, traduction italienne et appareil critique), Rome, 1997].
  • [25]
    Sur la « Rome de Naudé », un éclairage indirect pourrait être donné par la correspondance de Guez de Balzac, qui l’y précède de quelques années. En voici deux citations : « C’est ainsi que j’ai appris de parler en cette cour où les gens de bien s’attachent tellement à leurs intérêts et regardent si peu les affaires générales qu’ils croient qu’il n’y a rien au delà de leurs cheveux et que le monde finit à leurs pieds. Le C[ardinal] L. songe seulement à se fortifier d’hommes et d’argent contre le C[ardinal] B. qu’il prend pour le Turc et pour l’hérétique et quoique vous puissiez dire, cinquante abbayes qu’il a gagnées en un an, c’est la partie de l’Église qu’il aime mieux que toutes les autres. », Guez de Balzac, Œuvres, Paris, Billaine, 1665, t. I, p. 55-56.
    « Vous devez savoir qu’il n’y a lieu au monde où la vertu soit si proche du vice, même où le bien soit plus mêlé avec le mal. On voit des miracles d’un côté, et de l’autre, des monstres et en même temps que les uns se donnent la discipline, les autres se baisent. », Id., t. 1, p. 98.
    Sur la constitution de l’image de Rome en Occident, cf. G. Labrot, L’image de Rome. Une arme pour la Contre-Réforme. 1534-1677, Seyssens, Champ Vallon, 1987, en particulier les chapitres v, VI, « Attirer à Rome », p. 103-125, et « Préparer à Rome », p. 126 ; P. Pecchiai, Roma nel Cinquecento, Bologne, 1948.
  • [26]
    Leone Allacci, Apes Urbanae sive de viris illustribus qui ab anno MDCXXX per totum MDCXXXII Romae adfuerunt ac typis aliquid evulgarunt, Romae, 1633, p. 114-118 [Voir l’édition fac-similé, avec introduction de M.-P. Lerner, Lecce, Conte editore, 1998].
  • [27]
    Là encore, pour éclairer cet espace de jugement par double distanciation de l’étranger à Rome, ces deux belles citations de Guez de Balzac, op. cit., t. 1, p. 139 : « Il n’y a que Rome où la vie soit agréable, où le corps trouve ses plaisirs et l’esprit les siens, où l’on est à la source des belles choses. Rome est cause que vous n’êtes plus ni barbare ni païen ; elle vous a donné des lois qui vous empêchent de faillir et les exemples à qui vous devez les bonnes actions que vous faites. C’est d’ici que vous sont venues les inventions et les arts et que vous avez reçu la science de la paix et de la guerre. »
    « Il est certain que je ne monte jamais au Mont Palatin ni au Capitole que je n’y change d’esprit et qu’il ne m’y vienne d’autres pensées que les miennes ordinaires. Cet air m’inspire quelque chose de grand et de généreux que je n’avais point auparavant. Si je rêve deux heures au bord du Tibre, je suis aussi savant que si j’avais étudié huit jours. »
  • [28]
    P. Corneille, « Remerciement à M. le Cardinal Mazarin » (1643-1644), Œuvres complètes, coll. « L’Intégrale », Paris, Éditions du Seuil, 1963, p. 873.
  • [29]
    Il s’agit d’un poème anonyme légendant le plan de Paris, de la Cité, de son Université et de ses faubourgs, gravé par Mérian et publié en 1615. Sous cet angle comparatiste, il ne serait pas sans intérêt d’étudier les images contrastées ou ambiguës de Paris et de Rome pour les Français visitant la Ville ou y séjournant. À l’inverse, on lira les remarques du Bernin à Paris dans le Journal de voyage du cavalier Bernin en France, 1re éd., l’aris, 1855, rééd. Aix-en-Provence, 1981.
  • [30]
    Considérations, p. 78.
  • [31]
    La bibliographie sur la Rome d’Urbain VIII est évidemment considérable. On consultera R. Pintard, op. cit., p. 209 et sq. ; A. Leman, Urbain VIII et la rivalité de la France et de la Maison d’Autriche, Lille-Paris, 1919, et la bibliographie. Sur le milieu romain à l’époque où Naudé vit à Rome, cf. le colloque international du C. N. R. S., Nicolas Poussin, 1960, en particulier p. 1-18 et 19-30. Cf. également, P. Redondi, op. cit., chap. 3 : « Admirable conjoncture », p. 79-120 ; et les indications intéressantes de J. Jehasse, Guez de Balzac et le génie romain. 1597-1654, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 1977, en particulier p. 60-67.
  • [32]
    Cf. cette note des Naudaeana et Patiniana, ou Singularitez remarquables prises des Conversations de Mess. Naudé et Patin, Paris, 1701, p. 4-5 : « C’est chose certaine que le Cardinal Pamphilio a dit dans Rome l’an 1634 que de tous les cardinaux qui vivaient alors, il n’y avait que M. le Cardinal Bagni qui pût lui ôter le Pontificat et l’empêcher de devenir Pape. M. de Bagni est mort l’an 1640. Urbain VIII est mort l’an 1644 et Pamphilio est devenu pape comme il l’avait prédit et a pris le nom d’Innocent X. Le Pape Urbain VIII dit au Cardinal Bagni l’an 1635 : ‘Ceux qui s’attendent d’être Papes après moi et qui sont déjà vieux, se pourront bien tromper et mourir avant moi, car je suis assuré d’aller jusqu’en 1642.’ Il est mort en 1644, le 29 juillet, et je trouve cette prédiction fort remarquable ».
  • [33]
    On retiendra de la constitution de Sixte Quint du 3 décembre 1586 cette « définition » grandiose des cardinaux, « conseillers du vicaire du Christ, lumières de l’Église et électeurs du Pape » pour mieux comprendre le pôle de la maîtrise dans la relation de Bagni et de Naudé : « Conseillers et coadjuteurs du Souverain Pontife », les cardinaux l’assistent « comme les yeux, les oreilles, les parties les plus nobles du chef sacré et les membres insignes créés par l’Esprit Saint ». « Pivots, lumières les plus brillantes, fondements du temple de Dieu, remparts et colonnes de la République Chrétienne », ils sont « le sel de la terre, le flambeau posé sur le candélabre […] pour éclairer ceux qui habitent sur la maison du Seigneur, servir l’ensemble des Chrétiens et traiter les affaires les plus graves à la tête des provinces, auprès des rois et des empereurs ». Surtout, comme électeurs du Pape, ils doivent être considérés comme « les interprètes et les internonces de la volonté divine dont l’Esprit sanctifie et gouverne le corps universel de l’Église » (Cf. C. Gocquelines, Bullarumcollectio, t. IV, § IV, Romae, 1747, LXXVI, p. 279-285). Sur la relation du pape et du cardinal neveu, on lira dans M. Laurain-Portemer, Études mazarines, Paris, De Boccard, 1981, t. I, chap. 3, « Absolutisme et népotisme », p. 403- 80, en particulier p. 428- 38.
  • [34]
    P. Redondi, op. cit., p. 289 ; la lettre de Naudé est d’avril 1633, au moment où il écrit les Considérations.
  • [35]
    P. Redondi, op. cit., p. 93 et sq., 292 et sq.
  • [36]
    P. Redondi, op. cit., p. 293.
  • [37]
    N. Poussin, Lettres et propos sur l’art, éd. A. Blunt, Paris, Hermann, 1964, p. 58-59. Sur la mélancolie des « Français exilés de Rome », voir supra, n. [136].
  • [38]
    Considérations, p. 78.
  • [39]
    Compendium manualis controversarium huius temporis de fide ac religione auctore Martino Becano Societatis Iesu theologo, Luxembourg, 1625, p. 542-543, cité par R. Villari, op. cit., p. 23.
  • [40]
    Gui Patin, Lettres, éd. J.-H. Reveillé-Parise, Paris, 1846, p. 478.
  • [41]
    Naudaeana, op. cit., p. 6-7.
  • [42]
    Considérations, p. 78. Cf. également cet admirable passage de la Bibliographie politique sur Tacite, p. 233. Après un éloge de Thucydide, de Polybe et de Salluste, il ajoute : « Je dirais la même chose de Tacite si, dans la scène du Théâtre des Historiens, il devait être mis au rang du commun. Mais parce qu’il est aussi comme le Prince et l’Empereur au lieu le plus éminent et le plus honorable, voire même qu’il s’est placé comme dans une machine d’où avec l’étonnement, et l’admiration de tous les doctes, il se mêle et résout les difficultés de la politique, surpassant par la majesté de ses vertus tout ce qu’il y a de grand et de relevé parmi les hommes, je crois qu’il sera plus à propos de s’en taire et de le révérer comme l’on fait des Dieux, par un éloquent silence, que de parler de lui comme d’un homme ordinaire, avec des paroles trop faibles ».
  • [43]
    Sur la distinction entre les deux sens, cf. M. Duverger, Droit constitutionnel et Institutions politiques, éd. 1956, p. 124. Sur le coup d’État au xviie siècle, cf. É. Thuau, op. cit., p. 395 et sq. Cf. également J. de Sirmond, Le Coup d’État de Louis XIII, Paris, 1631, qui félicite Louis XIII d’avoir brutalement mis fin aux intrigues des ennemis de Richelieu. Mezerey écrit également dans son Histoire de France depuis Pharamond jusqu’à maintenant, Paris, 1643-1676, 3 vol., t. I, p. 436 : « Si la conversion de Clovis fut un merveilleux effet de la grâce, ce fut aussi un grand coup d’État ». Dans un pamphlet gouvernemental de 1631, il est noté que le duc d’Olivarès, à la différence de Richelieu, a échoué « faute de savoir les affaires qui requéraient en un tel coup de partie une bonne résolution prompte et soudaine », Hay Du Chastelet, Recueil de diverses pièces pour servir à l’histoire, Paris, 1635, éd. 1643, p. 208-209. Ou encore, à l’époque de la Fronde, on notera, dans La Vérité prononçant des oracles sans Flatterie, la distinction entre violences et coups d’État : « Les violences sont des brutalités lorsqu’elles ne se font que par le caprice d’un particulier ; lorsqu’elles se font par le concert des sages, ce sont des coups d’État ». Dans La Mort de Pompée, composée dans l’hiver 1641, Corneille ouvre la tragédie sur la délibération entre le roi Ptolémée et ses ministres. Doit-il faire assassiner Pompée en fuite après Pharsale et cherchant refuge en Égypte ? « C’est à moi de choisir, c’est à vous d’aviser / A quel choix vos conseils doivent me disposer. / Il s’agit de Pompée, et nous aurons la gloire / D’achever de César ou troubler la victoire, / Et je puis dire enfin que jamais potentat / N’eut à délibérer d’un si grand coup d’État. », Acte i, sc. 1, v. 43-48.
  • [44]
    Sur les ‘limites’ de la violence dans l’institution politique, cf. L. Marin, Le Portrait du roi, Paris, Éditions de Minuit, 1981, p. 23-46.
  • [45]
    Cf. L. Marin, op. cit., introduction, p. 9-22, et les références bibliographiques. Cf. également, dans M. Grawitz et J. Leca, Traité de science politique, Paris, PUF, 1985, t. 1, chap. VI, P. Braud, « Du pouvoir en général au pouvoir politique », p. 335 et sq., en particulier p. 366-370, 380-390, ainsi que le chapitre vii, par J. Lagroye, « La légitimation », p. 395-467, et les bibliographies.
  • [46]
    Cf. la remarquable analyse de C. Jouhaud, Annales ESC, septembre-octobre 1986.
  • [47]
    Cf. L. Marin, op. cit., p. 11.
  • [48]
    Les références sont innombrables chez Montaigne, Charron, Pascal, Hobbes, etc. Cf. nos analyses de quelques Pensées de Pascal dans L. Marin, op. cit., p. 37-46.
  • [49]
    Sur l’absolu défini négativement comme indépendance du souverain, outre notre approche philosophique dans Le Portrait du roi, op. cit., on lira É. Thuau, op. cit., p. 392 et sq. Cf. également Gabriel Chappuys, secrétaire interprète du roi, Citadelle de la Royauté contre les efforts d’aucuns de ce temps qui, par écrits captieux, ont voulu l’oppugner…, Paris, 1604, p. 40 : « La liberté et licence royale est infinie. […] Si elle n’était souveraine et absolue […] accompagnant toujours la majesté royale, on ne pourrait comprendre en l’esprit ni Roi ni Royaume ». Cf. aussi Le Prince absolu, Paris, 1617, p. 7 : « … vous êtes souverain de toute sorte de souveraineté temporelle en votre Royaume, n’étant feudataire ni du Pape, ni d’aucun autre Prince ; et […] en l’administration des choses temporelles, vous dépendez immédiatement de Dieu, et ne reconnaissez aucune puissance par-dessus vous que la sienne. » Et p. 11 : « Votre trône ayant donc la piété pour principal appui vous régnerez vraiment en Prince absolu, parce que vos commandements ayant la loi de Dieu pour règle souveraine seront accomplis avec tant d’obéissance que l’enfant débonnaire ne ploye pas plutôt à la volonté du père que vous serez craint, servi et honoré d’un chacun, vous souvenant surtout que les Rois doivent toujours être plus religieux que leurs sujets. » Ou encore, dans Jean De Silhon, Obéissance des sujets, Paris, 1638, p. 238 : « … les princes avant d’être chrétiens jouissent d’une indépendance absolue et pleine et n’ont de relation directe ni indirecte à aucune autre Puissance qui leur soit supérieure. »
  • [50]
    Cf. L. Marin, op. cit., p. 11.
  • [51]
    J. Racine, « Discours prononcé à l’Académie française à la réception de MM. de Corneille et de Bergeret, le deuxième janvier 1685 », Œuvres complètes, t. II, Prose, Paris, Gallimard, 1966, p. 350.
  • [52]
    Considérations, p. 85. Cf. Iusti Lipsi Politicorum sive Civilis Doctrinae Libri sex, Anvers, éd. 1623, liv. IV, chap. XIII et XIV ; P. Charron, Traité de la sagesse (nommé par la suite De la sagesse, selon un usage courant, que Naudé lui-même suit), liv. III, chap. I à IV, Paris, Lefebvre, 1836, « De la prudence politique du Souverain pour gouverner estats » : « Cette doctrine est pour les souverains et gouverneurs d’estats. Elle est vague, infinie, difficile, et quasi impossible. […] Cette matière est excellemment traitée par Lipsius à la manière qu’il a voulu : la moelle de son livre est ici » (p. 443-444). « Il luy convient [au prince] de marcher d’un pas qui semblerait aux autres détraqué et desréglé mais qui luy est nécessaire, loyal et légitime. Il luy faut quelques fois esquiver et gauchir, mesler la prudence avec la justice, et comme l’on dict, coudre à la peau de lion, si elle ne suffit, la peau de renard » (p. 450). « Il faut donc qu’il se couvre de ce bouclier de deffiance que les sages ont estimé une grande partie de prudence et les nerfs de sagesse, c’est-à-dire veiller, ne rien croire, de tout se garder. […] Mais il faut qu’il couvre et desguise sa deffiance, voire qu’en se deffiant il fasse mine et visage de se fier fort. […] La dissimulation qui est vicieuse aux particuliers est très nécessaire aux princes » (p. 452-453) [voir l’édition B. de Negroni, Fayard, 1986, p. 549-550 ; 555 ; 556-557].
  • [53]
    Considérations, p. 86. Sur les définitions de la prudence dans l’entourage politique et idéologique de Richelieu, cf. F. E. Sutcliffe, op. cit., chap. IV, « Prudence et politique », p. 164 et sq. ; N. Faret, Des vertus necessaires à un Prince pour bien gouverner ses sujets, Paris, 1623, p. 24-41 ; dans le Recueil de lettres nouvelles composé et publié par Faret en 1627, voir la lettre de Colomby, p. 188, et celle de Silhon, p. 481 ; J. de Sirmond, Advertissement aux Provinces…, Paris, 1631, in Hay du Chastelet, Recueil de diverses pièces, p. 477 ; Richelieu, Testament politique, Amsterdam, 1689 (republication du Centre de philosophie politique et juridique de l’université de Caen, 1985), en particulier chap. VIII, 1re partie, « Du Conseil du Prince » ; Guez de Balzac, Œuvres, t. II, p. 61-63.
  • [54]
    Le coup d’État relève de la prudence dans la mesure où il ne repose pas sur le caprice du gouvernant, mais sur la nécessité, une nécessité qui est le cœur du réel : « La nécessité […] fait la plus grande partie de la prudence », J. De Sirmond, Le Coup d’État de Louis XIII. Cf. également Cardin Le Bret, De la souveraineté du roi, de son domaine et de sa couronne, Paris, 1632 : « Si grande est la force de la nécessité que comme une souveraine déesse n’ayant rien de sacré au monde que la fermeté de ses arrêts irrévocables, elle range sous sa puissance toutes choses divines et humaines, rend muettes les lois, fait cesser tous les privilèges pour se faire obéir par tout le monde », cité par É. Thuau, op. cit., p. 396. P. Charron, De la sagesse, liv. III, chap. 11, p. 456 : « Que le prudent et sage prince non seulement doit savoir commander les lois mais encore aux lois mêmes si la nécessité le requiert : et faire vouloir aux lois quand elles ne peuvent ce qu’elles veulent. […] La nécessité grand support et excuse à la fragilité humaine enfreint toute loi » [1986 : p. 560 ; et. Guez de Balzac, Œuvres, t. II, p. 59 : « Les Loys ou la nécessité nous dispensent toujours de celles de la bienséance. »
  • [55]
    « Ce qui se fait en public est une farce, une feinte ; en privé et en secret, c’est la vérité », P. Charron, op. cit., I, 55.
  • [56]
    Sur Arnold Clapmarius, professeur à Altdorf, et ses De arcanis rerum publicarum, libri VI, 1605, ainsi que ses disciples Christoph Besold de Tübingen, Christoph von Forstner et le conseiller impérial von Efferen, on lira F. Meinecke, op. cit. p. 130-140.
  • [57]
    Sur la logique sociale et politique du secret, cf. G. Simmel, Sociologie Untersuchungen über die Formen der Vergesellschaftung, 1908, chap. V, « Das Geheimnis und die geheime Gesellschaft » [Secret et sociétés secrètes, trad. de l’allemand par Sibylle Muller, postf. de Patrick Watier, Strasbourg, Circé, 1991]. Plus généralement, Nouvelle revue de psychanalyse, Gallimard, n° 14, automne 1976, « Du secret », en particulier Andras Zempléni « La chaîne du secret », p. 313-324. Cf. également V. Descombes, L’inconscient malgré lui, Paris, Éditions de Minuit, 1977, et notre article, « Logiques du secret », dans Traverses, « Le Secret », Paris, Éditions de Minuit, mars 1984, n° 30-31.
  • [58]
    Considérations, p. 90.
  • [59]
    J. Racine, Bérénice, acte i, sc. 1, v. 3-4.
  • [60]
    Id., v. 5.
  • [61]
    A. Zempléni, art. cit., p. 317.
  • [62]
    Considérations, p. 175 et sq.
  • [63]
    A. Zempléni, art. cit.
  • [64]
    Cf. J. Mazarin, Bréviaire des politiciens, trad. fr. Florence Dupont, Café Clima, 1984, p. 21-27, 52, 65, etc. également, L’Homme de cour, de Baltasar Gracián, traduit et commenté par Amelot de La Houssaye, Paris, 1687, 4 éd., Maxime 98, « Dissimuler », p. 121, ou Maxime 179, « Se retenir de parler, c’est le sceau de la capacité », p. 216-217, etc. Du même Amelot de La Houssaye, Discours politiques sur Tacite, Paris, 1683, sur la clairvoyance de Tacite à démêler les secrets de la domination. Plus généralement, N. Elias, Die Hofische Gesellschaft, 1969 (trad. fr. P. Kamnitzer, La Société de cour, Calmann-Lévy, 1974), pour une période quelque peu postérieure.
  • [65]
    Pour Naudé, puisque, d’une façon générale, « les choses semblables produisent leurs semblables », les exemples de l’histoire peuvent fournir des indications utiles sur l’issue probable des événements. Cf. Bibliographie politique, p. 147. Ce que Naudé apprécie surtout chez l’historien, ce sont ses jugements, et Commines mérite plus la gloire que son maître Louis XI (Ibid., p. 152-153 ; cf. F. E. Sutcliffe, op. cit., p. 176 sq.). On trouvera les mêmes remarques, à quelques nuances près, chez A. Méré, Les Conversations, Paris, 1930 ; J. de Silhon, Le Ministre d’Estat, Paris, 1631, etc. Cf. également Guez de Balzac, Œuvres, Paris, 1665, t. II, p. 494 : « Sans l’Histoire, la politique n’est qu’un spectre creux et plein de vuide qu’on remüe par je ne scay quelles petites distinctions et divisions de l’Eschole, pour jouer et amuser les Enfants. Cette belle Politique estant séparée de l’Action et de l’Exemple ne s’entend pas elle-mesme. […] Il n’y a donc que l’histoire qui informe et organise la Politique, qui lui donne corps et subsistance ; il n’y a qu’elle, qui soit digne du loisir d’un homme extrêmement occupé et de la spéculation d’une âme agissante. »
  • [66]
    Ainsi, le tableau (perdu aujourd’hui) peint par Poussin pour le cardinal Rospigliosi, Le Temps sauvant la Vérité, gravé par Dughet, n° 259, in A. Blunt, Nicolas Poussin, Plates, Phaidon, Bollingen Series, Londres-New York, 1967.
  • [67]
    Cf. à ce sujet, l’analyse de V. I. Comparato, art. cit., p. 128, des trois « constantes » ou « principes séminaux » de la politique sous-tendant les descriptions et classifications des Considérations : 1. une conception cyclique de l’histoire ; 2. à petites causes, grands effets ; 3. le mépris du peuple. Comme on peut le constater, ces principes sont de niveau et de nature très différents, voire hétérogènes.
  • [68]
    Considérations, p. 81.
  • [69]
    Sur la notion de périgraphie au XVIIe, siècle, cf. A. Compagnon, La Seconde Main ou Le Travail de la citation, Paris, Éditions du Seuil, 1979, p. 328 et sq. ; J. Dejean, Literary Fortifications, Princeton University Press, Princeton, 1984, p. 20-31 ; G. Genette, Seuils, Paris, Éditions du Seuil, 1987.
  • [70]
    Considérations, dans l’Avertissement initial, p. 63.
  • [71]
    Sur le peuple dans la pensée de Naudé, cf. R. Pintard, op. cit., p. 550 et sq. ; V. I. Comparato, p. 128-129 ; dans les Considérations, p. 155 art. cit.et sq.
  • [72]
    Cf. Addition à l’histoire de Louis XI, chap. VII, p. 224 et sq. : « Que l’Impression a été premièrement reçue et établie en France pendant son règne : avec une curieuse digression sur l’invention d’icelle ». Cf. également, chap. V, « Combien soigneusement il [Louis XI] recherchait et récompensait des hommes doctes », p. 106 et sq.
  • [73]
    On lira çà et là, dans Le Mascurat, quelques plaisanteries au sujet de Mascurat tirant de sa poche des recueils de citations ou des mémoires écrits au cours de son dialogue avec Saint-Ange.
  • [74]
    On lira avec attention le sonnet de Jean-Jacques Bouchard (p. 70), qui mériterait à lui seul une longue analyse. Sur Jean-Jacques Bouchard, un « déniaisé d’Italie », ami de Naudé à Rome et traducteur de La Conjuration de Fiesque, écrite par A. Mascardi, « la meilleure plume ou plutôt le Balzac d’Italie, mais au reste fort vicieux et débauché », Naudaeana, op. cit., p. 10. Cf. R. Pintard, op. cit., p. 200 [Voir l’édition du Journal, par E. Kanceff, 2 vol, Turin, Giappichelli, 1976 et 1977 et la discussion de R. Pintard, « Un autre Jean-Jacques Bouchard », xviie siècle, 1980, n° 127, p. 225-244].
  • [75]
    Cf. Mazarin, op. cit., p. 31-32 en particulier ; cf. n. 3, p. 31 ; Richelieu, op. cit., p. 205 et sq.
  • [76]
    Perse est parmi les « autorités », que cite Naudé, qui conduisent un homme en cette vie, aux côtés de Sénèque, Charron, Pline, etc. (Naudaeana, op. cit., p. 65-66).
  • [77]
    Nous utilisons ici les définitions que donne Furetière du terme « maxime » dans son Dictionnaire : « Principe d’un art ou fondement d’une science. » La maxime, de ce point de vue, relève autant du « cognitif », que du « prescriptif » : elle est précisément une instruction ou règle de l’action en vue de sa réussite.
  • [78]
    Sur l’extraction d’une maxime d’action, voir dans L. Marin, Le récit est un piège, Paris, Éditions de Minuit, 1978, p. 37-66, l’analyse de quelques passages des Mémoires du cardinal de Retz.
  • [79]
    Considérations, p. 67.
  • [80]
    Ibid.
  • [81]
    Ibid. Les difficultés qu’évoque Naudé appartiennent pour une bonne part à la notion même de « mystère d’État », dont les origines théologiques ont été admirablement soulignées par E. Kantorowicz, « Mysteries of State : an Absolutist Concept and its Late Medieval Origins », Harvard Theological Review, 1955, t. XLVIII, p. 65-91 [trad. fr. in Mourir pour la patrie et autres textes, présentation de P. Legendre, Paris, PUF, 1984, p. 75-103]. Le sujet parfait prosterne sa raison devant les mystères de l’État comme le croyant s’incline devant l’inintelligible. La perspective des gouvernants ne peut pas se communiquer aux gouvernés. « Les secrets des rois n’appartiennent qu’à Dieu. C’est une chose peu sûre et illicite de rechercher les sentiments cachés des Princes. », Hay Du Chastelet, Recueil des diverses pièces…, p. 590. De même, Du Run, Réflexions politiques (1640) : « […] il ne faut pénétrer trop curieusement dans le dessein des Rois. Les jugements de Dieu et les secrets d’État se comprennent difficilement ».
  • [82]
    Nous renvoyons au remarquable article de J.-F. Courtine, « L’Héritage scolastique dans la problématique théologico-politique de l’âge classique », in L’État baroque, op. cit., p. 90-118 [voir désormais J.-F. Courtine, Nature et empire de la loi. Études suaréziennes, Paris, Vrin-EHESS, 1999, p. 9-44], à ses références bibliographiques, dont celle concernant Naudé, p. 113 [p. 19]. Nous n’avons pas abordé, dans cette lecture des Considérations que nous proposons, le problème des relations de la politique et de la religion si souvent traité, en particulier par Naudé lui-même, dans les Considérations, au chapitre iv, « De quelles opinions faut-il être persuadé pour entreprendre des coups d’État ».
  • [83]
    Considérations, p. 67.
  • [84]
    Toute une étude serait à engager sur la relation entre le déchiffrement herméneutique que l’on rencontre dans l’exégèse biblique à la même époque et le décodage des « signes » du secret d’État. Cf. en particulier, dans G. Naudé, Bibliographie politique, op. cit., le passage consacré à « l’office des secrétaires », « très excellent et très relevé par l’étendue de sa dignité, la variété des affaires et des personnes qu’il a pour objet… », p. 120, et, p. 124-126, celui consacré à « l’enseignement de l’art de cacher ce que les dépêches contiennent. » En écho, on relira la pensée de Pascal « Figures » (Pensées, 678-260) : « Le chiffre a deux sens. Quand on surprend une lettre importante, etc. », qui concerne l’exégèse de l’Ancien Testament. Cf. M.-M. David, Le Débat sur les écritures et l’hiéroglyphe aux xviie et xviiie siècles, Paris, SEVPEN, 1965.
  • [85]
    Considérations, p. 69.
  • [86]
    Ibid., p. 68.
  • [87]
    Ibid., p. 69.
  • [88]
    Pascal, Pensées, 381-21 : « Ainsi les tableaux vus de trop loin et de trop près. Et il n’y a qu’un point indivisible qui soit le véritable lieu. Les autres sont trop près, trop loin, trop haut ou trop bas. La perspective l’assigne dans l’art de la peinture, mais dans la vérité et la morale qui l’assignera ? » Le problème de la perspective en politique, c’est-à-dire du juste point de vue ou du jugement, est fondamental pour une approche « baroque » de l’action. Cf. ci-dessous nos remarques sur l’anamorphose. Et celle-ci, tirée des Observations sur la vie et la condamnation du Maréchal de Marillac : « C’est une maxime indubitable que nous ne voyons pas toujours les choses comme elles sont : la distance et les situations différentes y font paraître du changement et trompent nos yeux. Les affaires d’État se connaissent avec autant d’incertitude : ceux qui gouvernent sont obligés pour la sûreté publique d’en montrer plus souvent les prétextes que les causes ; et les autres les considèrent si peu ou sont aveuglés de tant de passion, qu’ils en découvrent difficilement la vérité », (Hay du Chastelet, op. cit., p. 47).
  • [89]
    Considérations, p. 70.
  • [90]
    Ibid., p. 80.
  • [91]
    Ibid., p. 80.
  • [92]
    Descartes, Discours de la méthode, 2e partie : « Mais comme un homme qui marche seul et dans les ténèbres, je me résolus d’aller si lentement […] » Dans la 3e partie, voir la célèbre image des voyageurs perdus dans la forêt et celle du monde comme théâtre : « je me remis à voyager. Et en toutes les neuf années suivantes je ne fis autre chose que rouler çà et là dans le monde, tâchant d’y être spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent ». Première Méditation : « Des choses que l’on peut révoquer en doute ». À propos de cette entreprise, Descartes écrit : « … ce qui m’a fait différer si longtemps que désormais je croirais commettre une faute, si j’employais encore à délibérer le temps qui me reste pour agir » (Je souligne). Sur les trois rêves de Descartes, le 10 novembre 1619, cf. A. Baillet, La Vie de M. Descartes, et la belle étude « baroquisante » de G. Poulet, dans Études sur le temps humain, Paris, Plon, 1950, t. I.
  • [93]
    Considérations, p. 77.
  • [94]
    Cf. par exemple, Machiavel, Œuvres complètes, op. cit., Le Prince, chap. VI, p. 304-306 : « En examinant bien leurs œuvres et vie [des Princes fondateurs], on ne trouve point qu’ils aient rien eu de la fortune que l’occasion laquelle leur donna la matière où ils pussent introduire la forme qui leur plaisait ; sans cette occasion, les talents de leur esprit se seraient perdus et sans leurs talents, l’occasion se fût présentée en vain ».
  • [95]
    Considérations, p. 77.
  • [96]
    Ibid., p. 78.
  • [97]
    Ibid., p. 77.
  • [98]
    Cette notion de « caprice » est essentielle pour pénétrer la nature « baroque du politique comme mélange des divers genres dramatiques, de la tragédie à la farce, mais qui, en même temps, ne relève d’aucun en propre. N’est-ce pas Corneille qui, dans la lettre dédicatoire de L’Illusion comique, publiée en 1639 (l’illusion comique, c’est-à-dire le théâtre, cette illusion de la vie), définit sa pièce comme un caprice, « étrange monstre » à « l’invention bizarre et extravagante » fait d’un prologue, d’une comédie imparfaite et d’une tragédie, pour finalement faire de « tout cela cousu ensemble […] une comédie » ? (Corneille, op. cit., p. 193-194). On trouvera une belle et profonde « théorie » du caprice dans la préface du Passage de Gibraltar, de Saint-Amand, Œuvres, t. I, Paris, Didier, 1965 ; t. II, 1971. Cf. notre étude sur le caprice chez Saint-Amand et Jacques Callot, parue en préface d’Il Capriccio Nell’Incisione Francese del Seicento e del Settecento, éd. Philippe Morel et Cesare Nissirio, Catalogo, Carte segrete, Rome, 1982. On lira dans G. Naudé, Le Mascurat, et cela n’est certainement pas un hasard, toute une réflexion sur le burlesque et le capricieux (op. cit., p. 163-182, 207-215) et ce, à propos de Mazarin qui en était grand amateur.
  • [99]
    Sur le deus ex machina au théâtre, je me bornerai à renvoyer à F. d’Aubignac, La Pratique du théâtre, Alger, Martino, 1927 (ouvrage écrit entre 1640 et 1657, date de sa première publication), p. 233, 324 et sq. (à propos de Dieu au théâtre) et chap. IX, « Des spectacles, machines et décorations de théâtre », p. 355 et sq.
  • [100]
    Considérations, p. 82.
  • [101]
    Ibid., p. 83.
  • [102]
    L’usage « scientifique » de l’expérience mentale ou fictive trouve, au-delà du domaine de la physique sur lequel A. Koyré avait attiré l’attention, dans le champ socio-politique, un terrain privilégié, par exemple chez Pascal, où des pensées fameuses comme celles du magistrat au sermon (82-44), du roi sans divertissement (142-137) ou de l’institution de la loi fondamentale de succession (304-828) sont de véritables expérimentations sur des modèles de simulation qui restent cependant très proches de la fiction « littéraire » ou « théâtrale », comme chez Naudé.
  • [103]
    Considérations, p. 83.
  • [104]
    Pascal, Trois discours sur la Condition des Grands, publiés en 1670 dans De l’Éducation d’un Prince, de Nicole, p. 269 et sq. Il s’agit du début du premier discours, cf. Pascal, Opuscules et Lettres, éd. Lafuma, Aubier, 1955, p. 165.
  • [105]
    Considérations, p. 83.
  • [106]
    Lucrèce, De Natura Rerum, I, v. 80-83.
  • [107]
    Ibid., p. 78-79.
  • [108]
    Apparaîtrait ici encore le poids et la valeur décisive du religieux dans le politique, dont la relation de la religion et de la politique est un « signe » dans le texte de Naudé (voir ci-dessus la note [191]).
  • [109]
    Considérations, p. 70.
  • [110]
    Ibid., p. 71.
  • [111]
    Ibid., p. 74.
  • [112]
    Ibid., p. 74.
  • [113]
    Ibid., p. 74.
  • [114]
    Ibid., p. 74.
  • [115]
    Ibid., p. 78.
  • [116]
    Voir ci-dessus, p. 200-201et sq.
  • [117]
    Considérations, p. 81.
  • [118]
    Voir à ce sujet, Histoire de l’édition française, éd. H.-J. Martin et R. Chartier, Paris, Promodis, 1982, t. I., Le Livre conquérant : « Pamphlets et Gazettes », par R. Chartier, p. 405-425 ; « Classements et conjonctures », par H.-J. Martin, p. 429-457 ; « Livres et société », par H.-J. Martin, p. 550-551 ; cf. également C. Jouhaud, Mazarinades. La Fronde des mots, Paris, Aubier, 1985, notamment p. 32-39 en ce qui concerne Naudé, et surtout le chap. IV, « Propagande et actions », p. 92-126 ; dans Les Usages de l’imprimé, éd. R. Chartier, Paris, Fayard, 1987, les deux contributions de C. Jouhaud, p. 309-342, 381-438.
  • [119]
    C’est le correspondant, en « méthodologie » de la science politique, du fameux « Agenouillez-vous, prenez de l’eau bénite », en ascèse de la conversion religieuse, Pascal, Pensées, 233-418. Les deux processus reposent sur la même conception de l’imagination et du corps.
  • [120]
    [P. Charron, De la sagesse, éd. B. de Negroni, Fayard, 1986, p. 585-586]
  • [121]
    [Ibid., p. 565]
  • [122]
    Pascal, Pensées, 332-58 ; cf. nos analyses dans Le Portrait du roi, op. cit., p. 23-46.
  • [123]
    Pascal, Pensées, dans la liasse « Raison des effets », 304-207.
  • [124]
    Considérations, p. 153. Sur la face « solaire » du roi, on trouvera une littérature considérable : voir, en particulier, L. Hautecœur, Louis XIV Roi-Soleil, Paris, Plon, 1953 ; plus récemment, J.-P. Néraudau, L’Olympe du Roi Soleil, Paris, Les Belles Lettres, 1987.
  • [125]
    De nombreuses références sur la « théorie politique » du conseiller du prince pourraient être ici proposées, de L’Utopie de Thomas More, liv. I, 1516, et de Machiavel, Le Prince, chap. XXII et XXIII, à Richelieu, Le Testament politique, 1re partie, chap. VIII ; P. De Béthune, Le Conseiller d’État…, Paris, 1632 ; C. Chappuzeau, Les personnes que les Rois et les Princes doivent appeler et choisir pour leurs commensaux, domestiques, serviteurs…, Paris, 1620 ; J. De Silhon, Le Ministre d’État…, Paris, 1631. Sur la « logique » sous-tendant la relation du conseiller et du prince et sa mutation avec le monarque, cf. A. Viala, Naissance de l’écrivain, Paris, Éditions de Minuit, 1985, et sa distinction entre le clientélisme et sa logique du service et le mécénat et sa logique de la reconnaissance, p. 52-84.
  • [126]
    Considérations, p. 173.
  • [127]
    Ibid., p. 154.
  • [128]
    G. W. F. Hegel, La Phénoménologie de l’esprit, trad. fr. J. Hyppolite, Paris, Aubier-Montaigne, 1947, t. II, chap. VI, « L’Esprit. — B. La Culture », p. 66-71 ; également, Leçons sur la philosophie de l’histoire, trad. fr. J. Gibelin, Paris, Vrin, 1970, t. II, p. 185.
  • [129]
    Cf. G. W. F. Hegel, op. cit., p. 66-67. Sur la disqualification de l’héroïque vassal au début du xviie siècle, voir, par exemple, J. de Sirmond, Le Coup d’État de Louis XIII, 1631, parlant des nobles : « Ils n’ont point d’autre pierre de touche que leur utilité. Si l’un n’emporte le bénéfice qu’il guette au passage, si l’autre ne parvient à quelcun de ces honneurs de l’espérance desquels il nourrit la vanité de son ambition, […] ceux qui gouvernent gâtent les affaires, il en faut mettre en leur place qui fassent mieux […] », p. 40 et sq. Ou encore : « Quant au bien public, c’est un masque si vieil et si usé que c’est merveille que l’on s’en puisse encore aujourd’hui servir. Il n’y eut jamais brouillon, factieux ni séditieux qui n’ait commencé par là. […] », J. de Sirmond, Advis du Français Fidelle…, s. 1. n. d., p. 15.
  • [130]
    Considérations, p. 175.
  • [131]
    Ibid., p. 175.
  • [132]
    Ibid., p. Cf. Richelieu, Testament politique, op. cit., p. 206-207.
  • [133]
    Ibid., p. 177.
  • [134]
    C’est sans doute cette distinction que l’on retrouverait dans celle que fait Richelieu (op. cit.) entre la vaillance et la force comme qualités requises pour le ministre du prince.
  • [135]
    Considérations, p. 177.
  • [136]
    C’est dans la face éclatante du ministre d’exécution que se trouve « concrètement » la dimension « autoprésentative » de la représentation du pouvoir d’État : « se présenter » représentant quelque chose ou quelqu’un.
  • [137]
    Considérations, p. 178-179.
  • [138]
    Ibid.
  • [139]
    Ibid., p. 181-182.
  • [140]
    Il faudrait ici insister sur l’importance conceptuelle du principe d’ « anamorphose » dans la théorie « baroque » de la représentation, du pouvoir et de l’action politique. Au chapitre iii des Considérations, Naudé, en signifiant ce qu’il y a de « plus essentiel à [son] discours », s’interroge sur « les occasions dans lesquelles on doit pratiquer les coups d’État » et pose un principe d’ambiguïté, voire de contrariété, à la source de leur définition. À ce propos, il évoque « ces médailles de l’invention des Hérétiques qui portent la face d’un pape et d’un diable sous mêmes contours et linéaments ou bien comme ces tableaux qui représentent la mort et la vie suivant qu’on les regarde d’un côté ou d’un autre. » L’anamorphose, variation extrême du dispositif perspectif, déstabilise radicalement l’identité et la propriété de toute représentation du réel et, par là même, du sujet de représentation. Voir l’ouvrage clef de J. Baltrusaïtis, Anamorphoses ou perspectives curieuses, Paris, Perrin, 1955, et les nombreuses références bibliographiques. Sur les médailles anamorphotiques, cf. Discours sur des réflexions ou sentences et maximes morales, de la Chapelle Bessé, qui introduit la première édition de l’œuvre de La Rochefoucauld en 1664 ; La Rochefoucauld, Maximes, éd. Truchet, Paris, Garnier, 1967, p. 278. Cf. nos remarques ci-dessus à propos de la perspective dans la considération du secret d’État. ; et L. Marin, « Théâtralité et politique au xviie siècle. Sur trois textes de Corneille », dans La France et l’Italie à l’époque de Mazarin, éd. J. Serroy, Grenoble 11, 1986, p. 39-407 [dans ce volume, p. 176-184].
  • [141]
    Considérations, p. 182.
  • [142]
    Ibid., p. 85.
  • [143]
    Nous renvoyons ici à la doctrine thomiste des vertus, en particulier des vertus cardinales, tempérance, justice, prudence et force : Thomas D’Aquin, Somme théologique, 2e partie, lre section, question 61. Sur les vertus théologales, foi, espérance, charité, 2e partie, 2c section, questions 1 à 46. Pour Thomas, la prudence applique la raison à l’ensemble de la vie humaine et les trois autres insèrent un « ordre de raison » dans les opérations (la justice) et dans les passions (irascible, la force ; concupiscible, la tempérance). On notera, chez Naudé, la disparition de la tempérance. Voir le beau livre de V. Kahn, Rhetoric, Prudence and Skepticism in the Renaissance, Cornell University Press, Ithaca, London, 1985.
  • [144]
    Considérations, p. 182.
  • [145]
    Ibid., p. 78. Voir la belle image de la « haute tour de quelque donjon » où est juché le sage politique.
  • [146]
    Ibid., p. 187.
  • [147]
    Les références pascaliennes sont ici nombreuses dans les Pensées, sur la « Différence entre l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse », (1-512), « Géométrie-finesse » ; (4-513), sur « L’Esprit de justesse » (2-511) ; sur la relation de la justice et de la force (fortifier la justice ou justifier la force), voir le célèbre fr. 298-103.
  • [148]
    Considérations, p. 189.
  • [149]
    Sur la prudence comme sens du secret, c’est-à-dire simultanément comme lucidité, réalisme, quant au « masque dont la plupart des hommes se couvrent le visage » et comme discernement, ou tout au moins volonté quasi obsessionnelle de distinguer le masque du visage, de percer le secret, voir entre autres ce passage d’un pamphlet contre le cardinal de Retz dans C. Moreau, Choix de mazarinades, Paris, 1850-1851, t. II, p. 385 : « Je ne puis comprendre l’emportement ou plutôt l’aveuglement de notre siècle ; je ne vois personne qui ne se pique de politique ; je ne vois personne qui ne décide sur les affaires d’État et je ne vois personne qui les connaisse. Le vulgaire ne se contente pas de former des conjectures ; il pénètre jusque dans le secret des cabinets ; il perce les mystères les plus cachés ; il ajoute à des connaissances imaginaires des fantaisies chimériques. Ainsi tout est plein de fausses lumières […] » L’auteur du pamphlet oppose sa propre recherche, que l’on pourrait placer sous le signe de la prudence-segretezza de Naudé : « J’ai essayé pour me tirer de ces labyrinthes […] de démêler ces confusions. je me suis proposé de ne plus chercher la vérité dans le discernement des faits qui reçoivent une infinité de jours tout différents […] et j’ai voulu juger du vrai par le vraisemblable de sujets […] si ennuyeux, si pleins d’obscurités et de nuages […] », (Cf. É. Thuau, op. cit., p. 377 et sq.) On en trouverait d’autres exemples chez Charron, Richelieu ou Mazarin, op. cit.
  • [150]
    Considérations, p. 190.
  • [151]
    Cf. B. Gracián, op. cit., maxime 3 (sur « le silence, sanctuaire de la prudence qui excite la vénération et tourne même le défectueux en mystérieux ») ; cf. également maximes 48 et 49, 122, 192, etc. (voir ci-dessus, note 173).
  • [152]
    Considérations, p. 190.
  • [153]
    Ibid., p. 167. Cf. Richelieu, op. cit., p. 232-242.
  • [154]
    Considérations, p. 190.

Je tiens M. de La Mothe le Vayer et M. Naudé pour les deux savants de ce siècle qui avaient le plus de lecture et l’esprit le plus épuré des sentiments populaires, mais, parce qu’ils font trop les esprits forts, ils nous débitent bien souvent des doctrines qui ont de périlleuses conséquences.
À la fin du portrait littéraire qu’il consacre à Gabriel Naudé, en 1862, Sainte-Beuve écrit avec quelque mélancolie : « Ses livres ont, à mes yeux, déjà la valeur de manuscrits, en ce sens que, selon toute probabilité, ils ne seront jamais réimprimés. Quelques curieux les recherchent ; on les lit peu, on les consulte çà et là… Qu’y faire ? » Quelque cent trente ans plus tard, la présente entreprise fait mentir la note désabusée du grand critique du siècle passé. On ne peut que se féliciter de voir un des nombreux ouvrages de Naudé, les Considérations politiques sur les coups d’État, sans doute le plus remarquable à nos yeux de lecteur de fin de siècle et de fin de millénaire, porté à la connaissance d’un public qui est sans commune mesure avec celui que l’ouvrage atteignait en 1639 lorsqu’il vit le jour à Rome en douze exemplaires : « pièce curieuse, trésor de cabinet possédé par fort peu de personnes », comme le qualifie l’Adresse au lecteur de la deuxième édition, posthume, de 1667. L’œuvre cependant était sortie, dès le XVIIe, siècle, de ce domaine ambigu de la rareté et du secret : outre cette deuxième édition, en 1673, Louis Du May, conseiller secrétaire de l’Électeur de Mayence, le réédite à Strasbourg sous le titr…


Date de mise en ligne : 03/10/2016

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