Une conception non scolastique de l'efficacité linguistique. Bourdieu lecteur d'Austin
- Par Bruno Ambroise
Pages 65 à 88
Citer ce chapitre
- AMBROISE, Bruno,
- LESCOURRET, Marie-Anne,
- Ambroise, Bruno.
- Ambroise, B.
- M. Lescourret
https://doi.org/10.3917/puf.lesco.2009.01.0065
Citer ce chapitre
- Ambroise, B.
- M. Lescourret
- Ambroise, Bruno.
- AMBROISE, Bruno,
- LESCOURRET, Marie-Anne,
https://doi.org/10.3917/puf.lesco.2009.01.0065
Notes
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[1]
Voir, notamment, P. Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Le Seuil, 1997, p. 24 sq., ou Le sens pratique, Paris, Minuit, 1980, « Avant-propos », p. 43-50.
-
[2]
Voir J.-L. Austin, Sense and Sensibilia, Oxford, Oxford University Press, 1962, chap. 1 ; trad.franç. de P. Gochet, revue par B. Ambroise, Le langage de la perception, Paris, Vrin, 2007. Nous nous permettons de renvoyer, sur cette question, à notre article : « Le sens commun contre la “position scolastique” », in C. Gautier et S. Laugier (éd.), Normativités du sens commun, Paris, puf, 2009, p. 109-127.
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[3]
Voir J.-L. Austin, How to do Things with Words, edited by J. O. Urmson and M. Sbisà, Oxford, Oxford University Press, « Oxford Paperbacks », 2e éd., 1976 ; trad. franç. de G. Lane, Quand dire c’est faire, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 1970, rééd. avec une postface de F. Récanati dans la coll. « Points-Essais », 1991. Désormais cité HTD.
-
[4]
Voir HTD, II.
-
[5]
P. Bourdieu, Ce que parler veut dire, Paris, Fayard, 1981.
-
[6]
P. Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Le Seuil, 2001.
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[7]
Comme l’a bien montré F. Récanati dans sa préface. P. Bourdieu a ensuite admis avoir été injuste avec J. L. Austin.
-
[8]
Voir J. R. Searle, Speech Acts : An Essay in the Philosophy of Language, Cambridge (Mass.), Cambridge University Press, 1969 ; trad. franç. de H. Pauchard, Les actes de langage, Paris, Hermann, coll. « Savoir : lettres », 1972.
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[9]
Voir J. R. Searle and D. Vanderveken, Foundations of Illocutionary Logic, Cambridge (Mass.), Cambridge University Press, 1985.
-
[10]
Rappelons que la formalisation d’une procédure, ici linguistique, n’est pas une preuve de son caractère intrinsèquement formel : dès lors que l’on parvient à établir une procédure décomposable en étapes, il est possible de trouver un algorithme accomplissant cette procédure. Reste à savoir si la décomposition est réaliste, ou rend compte de ce qui se passe. Par conséquent, les résultats formels de la logique pragmatique ne constituent pas une preuve du caractère réductible de l’acte de parole à une procédure formelle.
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[11]
Voir par exemple J. L. Cohen, « Do Illocutionary Forces exist ? », in K. T. Fann (ed.), Symposium on J.-L. Austin, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1969, p. 420-444.
-
[12]
In O. Ducrot, Dire et ne pas dire, Paris, Hermann, 3e éd., 1991, p. 279-305.
-
[13]
Ibid., p. 291.
-
[14]
Ibid.
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[15]
Ibid., p. 292.
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[16]
Pour le dire autrement : remplacer le mystère de l’efficacité illocutoire par la magie du texte s’auto-interprétant ne semble pas faire beaucoup avancer la compréhension rationnelle des événements linguistiques.
-
[17]
On pourrait montrer que cela fonctionne également pour les performatifs dits « explicites », puisque ceux-ci admettent également plusieurs valeurs illocutoires, c’est-à-dire plusieurs usages.
-
[18]
Voir J. Hornsby, « Feminism in Philosophy of Language : Communicative Speech Acts », in M. Fricker and J. Hornsby, The Cambridge Companion to Feminism in Philosophy, Cambridge (Mass.), Cambridge University Press, 2000, p. 87-106.
-
[19]
« Un acte illocutoire n’aura pas été effectué avec bonheur, ou avec succès, si un certain effet n’aura pas été produit. […] L’effet consiste généralement à provoquer la compréhension de la signification et de la valeur de la locution. L’exécution d’un acte illocutoire inclut donc l’obtention de sa bonne compréhension (securing uptake) » (in J.-L. Austin, HTD, p. 125).
-
[20]
C’est une lecture forte de la condition de félicité A1 donnée par J.-L. Austin, in HTD.
-
[21]
J. Hornsby, art. cité, p. 97.
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[22]
J.-L. Austin, HTD, p. 59.
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[23]
Voir notamment P. Bourdieu, Science de la science et réflexivité, Paris, Raisons d’Agir, 2001. Ce qui vaut pour le champ scientifique vaut mutatis mutandis pour le champ artistique : seuls ceux qui obtiennent une reconnaissance dans le champs sont autorisés à s’exprimer dans ce champ en ce sens que leur expression y est reconnue et jugée, par défaut, pertinente ; voir Les règles de l’art, Paris, Le Seuil, 1992.
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[24]
M. Détienne, Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, Paris, Pocket, coll. « Agora », 2e éd., 1994.
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[25]
P. Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, op. cit., p. 166-167.
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[26]
Ibid., p. 163-165.
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[27]
Voir, par exemple, « La rhétorique de la scientificité », in Langage et pouvoir symbolique, op. cit., p. 331-342.
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[28]
M. de Fornel, « Légitimité et actes de langage », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 46, no 1, 1983, p. 31-38.
Un des traits majeurs de l’épistémologie bourdieusienne est certainement sa défiance, affirmée avec force, à l’égard de ce qu’il appelle « la position scolastique ». Celle-ci correspond à la perspective adoptée par le théoricien qui, par exemple, réfléchit sur la pratique en étant hors de la pratique et qui, par là même, oublie souvent, entre autres traits, l’urgence et les intérêts propres qui la caractérisent. De son point de vue, l’analyse doit chercher à révéler une rationalité parfaite ; mais cette dernière n’est souvent que le reflet d’un paralogisme consistant à « prendre les choses de la logique pour la logique des choses », comme disait Marx. Le savant a en effet tendance à projeter le sujet savant dans l’agent agissant ; il le fait notamment lorsqu’il analyse le langage et son fonctionnement, c’est-à-dire la pratique linguistique, en considérant que celui-ci est principalement utilisé à des fins théoriques. Cela motive l’idée que son usage est presque « gratuit » et n’a d’autre but que celui d’apporter une connaissance à travers une communication parfaite et dénuée d’enjeux de pouvoir.
Il n’est alors pas étonnant que P. Bourdieu emprunte le refus de la « position scolastique » à J. L. Austin, qui l’avait précisément caractérisée pour dénoncer l’attitude des philosophes inattentifs aux cas concrets et généralisant des propriétés isolées de la pratique, sans plus considérer la multiplicité des usages des mots et des concepts, eux-mêmes relatifs aux intérêts particuliers des agents qui les utilisen…
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