Chapitre d’ouvrage

La misère du monde, kaléidoscope social

Pages 79 à 80

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  • Fournier, M.
(2023). La misère du monde, kaléidoscope social. Dans
  • M. Navarre
Pierre Bourdieu : Quel héritage? (p. 79-80). Éditions Sciences Humaines. https://doi.org/10.3917/sh.navar.2023.01.0079.

  • Fournier, Martine.
« La misère du monde, kaléidoscope social ». Pierre Bourdieu Quel héritage? Éditions Sciences Humaines, 2023. p.79-80. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/pierre-bourdieu--9782361067700-page-79?lang=fr.

  • FOURNIER, Martine,
2023. La misère du monde, kaléidoscope social. In :
  • NAVARRE, Maud,
Pierre Bourdieu Quel héritage? Auxerre : Éditions Sciences Humaines. Petite bibliothèque, p.79-80. DOI : 10.3917/sh.navar.2023.01.0079. URL : https://shs.cairn.info/pierre-bourdieu--9782361067700-page-79?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sh.navar.2023.01.0079


1 En 1993, au plus fort de la « crise sociale » qui produit chômage et exclusion, Pierre Bourdieu publie un imposant ouvrage de facture inhabituelle. Une équipe de vingt-trois sociologues a procédé à de longs entretiens avec tout un kaléidoscope social de personnages : travailleurs immigrés, habitants de Zup, couples de clochards ou de petits agriculteurs, policiers, infirmières, étudiants…

2 Cette enquête collective est destinée à mettre au jour l’expérience du monde social que peuvent avoir, chacun à leur manière, tous ceux qui occupent « une position inférieure et obscure à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié »…

3 La misère sociale que P. Bourdieu veut décrire n’est pas forcément (ou pas seulement) une « misère de condition » liée à l’insuffisance de ressources et à la pauvreté matérielle. Il s’agit ici plutôt de dévoiler une forme plus moderne de misère, une « misère de position », dans laquelle les aspirations légitimes de tout individu au bonheur et à l’épanouissement personnel se heurtent sans cesse à des contraintes et des lois qui lui échappent : cette violence cachée qui est produite à travers « les verdicts du marché scolaire », « les contraintes impitoyables du marché du travail ou du logement », « les agressions insidieuses de la vie professionnelle »…

4 Grâce à la méthode du récit de vie, qui consiste, par le dialogue avec l’enquêteur, à faire émerger « une vision du monde éprouvée par celui qui l’exprime », La Misère du monde donne la parole à ceux qui la vivent : c’est au travers de longs récits déroulant une apparente banalité du quotidien que surgissent tout à coup des paroles émouvantes, non dénuées d’une fonction cathartique.

5 Pourquoi une telle entreprise ? Selon P. Bourdieu, « Porter à la conscience des mécanismes qui rendent la vie douloureuse, voire invivable, ce n’est pas les neutraliser ; porter au jour les contradictions, ce n’est pas les résoudre. Mais, pour si sceptique que l’on puisse être sur l’efficacité du message sociologique, on ne peut tenir pour nul l’effet qu’il peut exercer en permettant à ceux qui souffrent de découvrir la possibilité d’imputer leur souffrance à des causes sociales et de se sentir ainsi disculpés ; en faisant connaître largement l’origine sociale, collectivement occultée, du malheur sous toutes ses formes, y compris les plus intimes et les plus secrètes. […] Constat qui, poursuit-il, malgré les apparences, n’a rien de désespérant : ce que le monde social a fait, le monde social peut, armé de ce savoir, le défaire. »

6 Phrase de conclusion dont on pourrait dire avec le recul qu’elle annonçait les engagements futurs du sociologue auprès de tous ceux qu’il voyait comme des laissés-pour-compte d’un monde néo-libéral sans pitié… La Misère du monde fut, en tout cas, un immense succès de librairie.


Date de mise en ligne : 23/04/2026

https://doi.org/10.3917/sh.navar.2023.01.0079