Chapitre XII. L'épistémologie française à la rencontre de la phénoménologie. Autour de René Thom
- Par Alain Boutot
Pages 201 à 221
Citer ce chapitre
- BOUTOT, Alain,
- MATTÉI, Jean-François,
- Boutot, Alain.
- Boutot, A.
- J. Mattéi
https://doi.org/10.3917/puf.matte.2001.02.0201
Citer ce chapitre
- Boutot, A.
- J. Mattéi
- Boutot, Alain.
- BOUTOT, Alain,
- MATTÉI, Jean-François,
https://doi.org/10.3917/puf.matte.2001.02.0201
Notes
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[1]
La crise de l’esprit, Variété, in Œuvres, I, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1987, p. 995.
-
[2]
« Structuralisme et phénoménologie : la théorie des catastrophes et la part maudite de la raison », Logos et théorie des catastrophes, Genève, Patino, 1988, p. 369.
-
[3]
Cf. R. Thom, « Le problème des ontologies régionales en science », Apologie du Logos, Paris, Hachette, 1990, p. 455 sq.
-
[4]
« La physique et les formes », La pensée physique contemporaine, Moulidars, Augustin Fresnel, 1982 p. 335.
-
[5]
« Qu’est-ce que la science ? », in M.-O. Monchicourt (dir.). Approches du réel, Paris, Le Mail ? Radio France, 1986, p. 120.
-
[6]
R. Thom, Stabilité structurelle et morphogenèse, Paris, Interéditions, 2e éd., 1984, p. 10.
-
[7]
« La science en crise ? », Le Débat, 18, janvier 1982, p. 39.
-
[8]
Ibid. La critique du réductionnisme et de l’atomisme sous toutes ses formes est un thème typiquement phénoménologique. Pensons par exemple à l’analyse de la perception développée par Heidegger : « “De prime abord”, écrit-il, nous n’entendons jamais des bruits et des complexes sonores, mais toujours la voiture qui grince ou la motocyclette. Ce qu’on entend, c’est la colonne en marche, le vent du nord, le pivert qui frappe, le feu qui crépite. En revanche, il est déjà besoin d’une attitude fort artificielle et compliquée pour “entendre” un “pur bruit”. Mais que nous entendions de prime abord des motocyclettes et des voitures, c’est la preuve phénoménale que le Dasein entant qu’être au monde séjourne à chaque fois déjà auprès de l’à-portée-de-la-main intramondain, et non pas d’abord auprès de “sensations” dont le “fouillis” devrait être préalablement mis en forme pour confectionner le tremplin permettant au sujet d’atteindre enfin un “monde” », Être et temps, trad. fr. ?. Martineau, Paris, Authentica, 1985, § 34, p. [163]-[164].
-
[9]
Stabilité structurelle et morphogenèse, op. cit., p. 158.
-
[10]
Paraboles et Catastrophes, Paris, Flammarion, 1983 (en abrégé : PC), p. 66.
-
[11]
Être et Temps, op. cit., p. 34.
-
[12]
Modèles mathématiques de la morphogenèse, 1re éd., Paris, uge, 1974 (« 10/18 », 887), p. 21-22.
-
[13]
« Si l’on veut bien admettre, écrit Thom, que le logos d’une chose est, chez Heraclite, cette structure formelle qui en assure l’unité et la stabilité, on conviendra que l’emploi assez particulier du mot forme dans cet ouvrage (en tant que classe d’équivalence d’une forme géométrique structurellement stable) en réalise une assez bonne approximation » (Stabilité structurelle et morphogenèse, op. cit., p. 323).
-
[14]
Quelques réflexions sur le formalisme hamiltonien, Apologie du Logos, op. cit., p. 302.
-
[15]
Apologie du logos, op. cit., p. 303.
-
[16]
« Il y a une version moderne de Parménide, d’après laquelle le mouvement n’est dû qu’à un état particulier du sujet observant. Selon le principe d’inertie, une boule glissant sans frottement sur un plan n’est pas un phénomène. C’est l’effet d’un changement de repère. Et Aristote écrit que la changement de repère est du domaine de l’accident, donc n’est pas un objet de science. » La philosophie naturelle, une quête de l’intelligible, Apologie du Logos, op. cit., p. 496-497.
-
[17]
Stabilité structurelle et morphogenèse, op. cit., p. xi.
-
[18]
Prédire n’est pas expliquer, Paris, Eshel, 1991, p. 25-26.
-
[19]
Cf. par ex. Paraboles et catastrophes, op. cit., p. 56, ou La science en crise ?, op. cit., p. 39.
-
[20]
Entretien du Pr Richard Wisser avec Martin Heidegger, L’Herne-Martin Heidegger, Paris, Éd. de l’Herne, 1983, p. 95.
-
[21]
Interprétation phénoménologique de la « Critique de la raison pure » de Kant, trad. fr. ?. Martineau, Paris, Gallimard, 1982, p. 52.
-
[22]
Science et méditation, Essais et conférences, Paris, Gallimard, 1958, p. 73.
-
[23]
Entretien du ?r Richard Wisser avec Martin Heidegger, op. cit., p. 95.
-
[24]
Paraboles et catastrophes, op. cit., p. 127. « Il faudrait, comme dit Habermas, revenir à l’idée selon laquelle à côté de la vérité proprement dite d’un résultat, on doit aussi considérer son intérêt » (ibid.).
-
[25]
Prédire n’est pas expliquer, op. cit., p. 86.
-
[26]
Ibid., p. 84.
-
[27]
« Quantenphysikalische Bemerkungen zur Biologie und Psychologie », Erkenntnis, 4, 215-252 (1934), p. 228.
-
[28]
The Principles of Quantum Mechanics, Oxford, Clarendon Press, 4e éd., 1958, p. 10.
-
[29]
Cahiers, II, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1974, p. 852.
-
[30]
Prédire n’est pas expliquer, op. cit., p. 130.
-
[31]
La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, trad. fr. G. Granel, Paris, Gallimard, 1976, p. 10.
-
[32]
« La philosophie naturelle. Une quête de l’intelligible », Apologie du Logos, op. cit., p. 503-504.
-
[33]
Paraboles et catastrophes, op. cit., p. 130.
-
[34]
Paraboles et catastrophes, op. cit., p. 159.
-
[35]
Paraboles et catastrophes, op. cit., p. 147. « Les seules structures mathématiques intéressantes, dotées d’une certaine légitimité, sont celles ayant une réalisation naturelle dans le continu ; […] les structures discrètes ne sont intéressantes que dans la mesure où, d’une manière ou d’une autre, elles peuvent être immergées dans le continu », ibid., p. 146.
-
[36]
« Thèmes de Holton et apories fondatrices », Apologie du logos, op. cit., p. 480.
-
[37]
Ibid., p. 481.
-
[38]
Thom désigne par l’ « ontologie régionale » d’une science « tout ensemble de phénomènes dont la description et ? si possible ? l’explication théorique peuvent être obtenues de manière sensiblement autonome, indépendamment des phénomènes extérieurs à cet ensemble ». « Le problème des ontologies régionales en science », Apologie du logos, op. cit., p. 455.
-
[39]
Philosophie de la nature 1984, Université Paris XII-Val de Marne, 1984, p. 18.
-
[40]
Ibid., p. 18.
-
[41]
« Un rapport problématique, la rencontre théorie-expérience », Apologie du logos, op. cit., p. 632.
-
[42]
J. Largeault, Principes de philosophie réaliste, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1985, p. 156.
-
[43]
« Structures cycliques en sémiotique », Apologie du logos, op. cit., p. 90-91.
-
[44]
Thom propose une véritable taxinomie des prégnances fondamentales, c’est-à-dire des « vecteurs de causalités », intervenant aussi bien en physique qu’en biologie, en psychologie, ou encore dans l’ordre symbolique. Les objets de la physique (formes saillantes) peuvent admettre toutes sortes de prégnances physico-mécanique : le mouvement, l’énergie, la température, « les champs » de la microphysique. Les êtres vivants connaissent cette prégnance essentielle qu’est la vie, à laquelle sont subordonnées les prégnances subordonnées (faim, peur, etc.). L’homme connaît en plus les prégnances psychologiques.
-
[45]
« Psychisme animal et psychisme humain », Apologie du logos, op. cit., p. 100.
-
[46]
« Un rapport problématique, la rencontre théorie-expérience », Apologie du logos, op. cit., p. 632. « La science moderne n’a accepté pour ses prégnances ? qu’en physique on appelle des champs ? que la propagation par contiguïté : elle a refusé l’action à distance, tenue ? comme la propagation par similarité ? pour magique. Par exemple, la lumière ? qui n’est physiquement qu’un cas du champ électromagnétique ? est une prégnance qui rayonne à partir de ses formes sources (comme le Soleil ou la flamme) et se propage en constituant en sources secondaires les objets opaques sur lesquels elle diffuse. » « La danse comme sémiurgie », Apologie du logos, op. cit., p. 120-121.
-
[47]
« Le problème des ontologies régionales en science », Apologie du logos, op. cit., p. 463.
-
[48]
Esquisse d’une sémiophysique, Paris, Interéditions, 1988, p. 31.
-
[49]
Paraboles et catastrophes, op. cit., p. 129.
-
[50]
Ibid., p. 129.
-
[51]
Ibid., p. 130. Thom limite de la sorte drastiquement la portée de l’expérimentation en physique, et dans les sciences en général. L’expérimentation n’a qu’une fonction limitée, et n’a pas non plus joué le rôle qu’on prétend dans l’avènement de la science moderne. Ainsi, l’émergence de la science moderne n’est pas liée à la mise en route d’une nouvelle méthode d’exploration de la nature (la méthode expérimentale), mais à la découverte d’une notion mathématique, inconnue des Grecs, celle de fonction, qui aurait permis l’unification des deux mouvements que distinguait Aristote, le mouvement violent et le mouvement naturel, ruinant ainsi l’ontologie finaliste du Stagirite. « La révolution galiléenne a substitué au “telos” d’Aristote l’unicité du prolongement analytique d’une courbe » (« Un rapport problématique, la rencontre théorie-expérience », Apologie du logos, op. cit., p. 634).
-
[52]
Principes de philosophie réaliste, op. cit., p. 156.
-
[53]
« La méthode expérimentale : un mythe des épistémologues (et des savants ?) », Apologie du logos, op. cit., p. 616.
-
[54]
« La philosophie naturelle, Une quête de l’intelligible », Apologie du Logos, op. cit., p. 504.
-
[55]
Ibid., p. 504.
Y a-t-il encore aujourd’hui une épistémologie française ? La question n’est peut-être pas aussi incongrue qu’on pourrait le croire car si nul ne conteste qu’il y ait des épistémologues en France, il est clair que l’épistémologie dont ils se réclament est le plus souvent d’origine anglo-saxonne. L’épistémologie qu’ils produisent ou plutôt reproduisent est certes française par destination ou par procuration, mais non au fond par constitution. Sur ce point, songeons à ce que disait Valéry au début du xxe siècle à propos de la situation de l’Europe et de l’esprit européen, dans un écrit prophétique à bien des égards : « L’Europe deviendra-t-elle, demandait-il, ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire un petit cap du continent asiatique ? Ou bien l’Europe restera-t-elle ce qu’elle paraît, c’est-à-dire la partie précieuse de l’univers terrestre, la perle de la sphère, le cerveau d’un vaste corps ? » On peut se demander si la France n’est pas devenue à présent, pour ce qui concerne son « épistémologie » comme dans d’autres domaines d’ailleurs, le promontoire, et donc la tête de pont, non pas tant du continent asiatique à vrai dire, mais du monde anglo-saxon, c’est-à-dire des États-Unis. Un autre paradoxe, symétrique ou prolongement du premier, réside dans le rapprochement, suggéré par le titre, avec la phénoménologie. Parler d’épistémologie phénoménologique, n’est-ce pas en effet ignorer ou feindre d’ignorer que l’épistémologie appartient aujourd’hui à une autre famille de pensée, qu’on appellera, pour faire court, l’école analytique …
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