Chapitre VI
Les réponses du bébé à Molyneux
- Par Arlette Streri
Pages 159 à 178
Citer ce chapitre
- STRERI, Arlette,
- PROUST, Joëlle,
- Streri, Arlette.
- Streri, A.
- J. Proust
https://doi.org/10.3917/puf.prous.1997.01.0159
Citer ce chapitre
- Streri, A.
- J. Proust
- Streri, Arlette.
- STRERI, Arlette,
- PROUST, Joëlle,
https://doi.org/10.3917/puf.prous.1997.01.0159
Notes
-
[1]
La stéréognosie est la capacité de reconnaître un objet perçu par la seule palpation. Son étude se fait selon la procédure du transfert intermodal. Le sujet identifie, soit en le nommant, soit en le désignant parmi d’autres, l’objet préalablement exploré par les mains.
Si la question de Molyneux posée à Locke a plus de trois siècles, la réponse apportée par les recherches sur le nourrisson est récente (moins de vingt ans) et représente encore un sujet très controversé. Le problème ainsi posé, à savoir « un aveugle de naissance peut-il ou non, une fois la vision recouvrée, distinguer visuellement un cube d’une sphère sans les toucher au préalable ? », est au sens strict un problème de transfert intermodal des informations entre la modalité tactilo-kinesthésique et la vision et au sens plus large un problème d’accès à un espace commun. La vision et le toucher peuvent-ils nous donner la même information sur les objets et les événements ? Est-ce que cette information est obtenue directement voire automatiquement ou des mécanismes de transfert sont-ils nécessaires ? Généralement, les adultes se représentent très vite la forme d’un objet qu’ils explorent manuellement sans le voir et se comportent comme s’il n’y avait qu’un espace. Ces conduites résultent-elles d’un long apprentissage ?
La réponse du bébé au problème de Molyneux est cruciale et longtemps attendue car, d’une part, les études sur la perception stéréognosique chez l’enfant ne répondent pas directement à la question et la réponse de l’animal (Cowey et Weiskrantz, 1975) se limite à l’élimination d’hypothèses médiatrices comme le langage (éventuellement l’image mentale), hypothèses souvent évoquées pour expliquer l’unification des systèmes perceptifs de l’enfant et de l’adulte. Les observations des aveugles de naissance opérés à l’âge adulte n’ont apporté que des réponses négatives ou ambiguës depuis les observations de von Senden (1960), excepté le « cas Gregory » dont je parlerai plus loin…
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