Chapitre d’ouvrage

Chapitre 4. L’échec politique d’une théorie économique

Quesnay et la physiocratie

Pages 121 à 151

Citer ce chapitre


  • Charbit, Y.
(2024). Chapitre 4. L’échec politique d’une théorie économique Quesnay et la physiocratie. Penser la population : De Platon à nos jours (p. 121-151). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/penser-la-population--9782130863076-page-121?lang=fr.

  • Charbit, Yves.
« Chapitre 4. L’échec politique d’une théorie économique : Quesnay et la physiocratie ». Penser la population De Platon à nos jours, Presses Universitaires de France, 2024. p.121-151. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/penser-la-population--9782130863076-page-121?lang=fr.

  • CHARBIT, Yves,
2024. Chapitre 4. L’échec politique d’une théorie économique Quesnay et la physiocratie. In : Penser la population De Platon à nos jours. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Hors collection, p.121-151. URL : https://shs.cairn.info/penser-la-population--9782130863076-page-121?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Il existe une vaste littérature sur la place des physiocrates dans la pensée économique, qui sort des limites de cette étude. Schumpeter (1994) juge Quesnay supérieur à Adam Smith sur bien des points et évalue très positivement sa contribution à l’analyse économique. Pour une discussion approfondie de certains concepts et des rapprochements possibles avec d’autres courants, voir Meek (1962) : théorie du profit, équilibre général walrassien, thésaurisation et multiplicateur chez Keynes, théoriciens de la sous-consommation, et plus généralement convergences et divergences avec l’économie politique classique anglaise. Doctrine des classes stériles et les contradictions qui en résultent pour l’analyse en termes de flux : Herlitz (1961). Théorie du prix fondamental, qui ouvre la voie à Adam Smith et sur l’analyse du rôle des différentes classes dans la production : Vaggi (1987 : 58-93, 169-173). Origines physiocratiques de la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say : Spengler (1945a et 1945b). Sur la reformulation du Tableau économique en matrice de Léontief : Phillips (1955). Marx : Malle (1976).
  • [2]
    Sur Quesnay lui-même, on pourra consulter la biographie très fouillée établie par Hecht (1958).
  • [3]
    Certains de leurs contemporains les accusent de constituer une secte. Compte tenu des nombreuses répétitions d’un auteur à l’autre, nous regrouperons dans une note à la fin de chaque paragraphe les références aux écrits des divers physiocrates. Pour les œuvres de Quesnay, toutes les références renvoient à l’édition de l’INED.
  • [4]
    Delmas, Demals et Steiner (1995) établissent un solide bilan sur ce point.
  • [5]
    Meek (1962 : 305) note que Quesnay, qui était parfaitement conscient de l’importance des investissements dans l’industrie, considérait qu’il était encore plus indispensable d’investir dans l’agriculture. Au terme d’une analyse du modèle de croissance de Quesnay, Eltis (1975b) conclut dans le même sens : le problème central était que la croissance se réalise dans une économie fondamentalement rurale où de nombreuses terres sont utilisées avec de faibles rendements faute de capital.
  • [6]
    Voir Mirabeau, 1758, livre I, 16-19 sur la dépopulation de la France ; 22-29 sur les maisons religieuses ; 142 sur les villes. La première édition de l’ouvrage de Mirabeau date de 1756 ; le livre de Cantillon est publié en 1755, mais Mirabeau avait eu connaissance du manuscrit bien avant.
  • [7]
    La première citation, souvent mentionnée, se trouve dans François Quesnay…, 1958, « Hommes » : 537. Mercier de La Rivière (1767, I : 66) écrit : « La richesse des récoltes annuelles est la mesure de la population ». Sur la question de l’intolérance : François Quesnay…, 1958, « Hommes » : 517, 525. Pour la relation entre ce problème et le libéralisme, voir Laski, 1962 : 87, 92 (à propos de Bayle), 101, 114. Les conséquences économiques désastreuses de la révocation de l’édit de Nantes étaient évidentes aux yeux des contemporains de Quesnay. Pour les analyses de Cantillon, voir 1952 : 37-43.
  • [8]
    INED, 1958, « Impôts » : 585, note 6 ; « Hommes » : 559 ; « Extrait des économies royales de M. de Sully » : 671 ; « Maximes générales… » : 954-955 ; la citation est tirée de « Fermiers » : 454. Ici Quesnay s’oppose à Cantillon, qui est plus favorable aux produits des manufactures de luxe, parce qu’il ne défend pas les mêmes enjeux (Cantillon, 1952 : 42-43). Sur la différence radicale entre Cantillon et Quesnay à propos du luxe, voir Landry, 1958 : 46-47, et Spengler, 1954 : 120, 333.
  • [9]
    Selon Dupont de Nemours (1846a : 357) : « ce produit net n’existerait pas sans l’impôt : c’est la sûreté que l’impôt donne à la propriété qui a seule pu soutenir et favoriser les entreprises et les travaux par lesquels la culture est parvenue au point de faire naître un produit net tant soit peu considérable ». Le roi propriétaire éminent : Mercier de La Rivière, 1767, I : 67 ; voir aussi I : 267, et II : 30, 32, 34 : « ce revenu est le produit de la copropriété jointe à la souveraineté ».
  • [10]
    INED, 1958, citations : « Grains » : 485 ; sur la milice : « Hommes » : 520-521 ; « Grains » : 490, note 21 ; financement des armées : « Maximes générales… » : 975 et « Questions intéressantes… » : 662.
  • [11]
    Pour un bilan de la question (la Chine en tant que modèle politique, l’admiration pour l’agriculture chinoise, l’influence sur les physiocrates, mais aussi sur d’autres auteurs contemporains), voir Maverick, 1938 : 54-67. Sur Colbert et Sully : INED, 1958, « Grains » : 473, 481.
  • [12]
    Sur la distinction entre les deux despotismes, cf. Mercier de La Rivière, 1767, I : 109-110 et 278-317. Quant aux limites de l’exercice de l’autorité tutélaire : « Il est essentiel que la puissance tutélaire et protectrice des lois ne puisse jamais devenir destructive des lois » (ibid., I : 81). L’expression « unique et impartiale » est de Quesnay (« Despotisme de la Chine » : 919). Sur la critique du gouvernement aristocratique et de la démocratie : Mercier de La Rivière, 1767, I : 202 et 234 ; Dupont de Nemours, 1846a : 359-361 ; Baudeau, 1846c : 786-787. Sur l’isolement des physiocrates, voir Schelle, 1888 : 146-153. Il est à noter que Dupont de Nemours renonça plus tard au despotisme légal et défendit le gouvernement parlementaire représentatif.

Une réalité forte s’impose à tous les contemporains de la fin de l’Ancien Régime : dans ce grand royaume fondamentalement rural qu’est la France, on ne peut ignorer le poids économique de l’agriculture. « Tous les auteurs de l’époque, les utopistes, les huguenots de l’exil, les économistes […] ont valorisé la culture des terres » et, pour Vauban et Boisguilbert en particulier, « l’activité agricole possède une primauté historique (dans le développement de l’humanité) et logique (dans l’explication causale du processus productif) », note Perrot (1988 : 509, 520). Ajoutons une troisième raison : la valeur symbolique de la terre, dont l’acquisition est pour le bourgeois des xviie et xviiie siècles la clé de l’accès à un titre de noblesse. Il convient donc de relier les idées sur la population à la réflexion sur l’agriculture. Or, la physiocratie – le « gouvernement de la nature » – présente une double originalité par rapport aux autres courants de pensée de son temps : elle voit dans l’agriculture la source exclusive de la richesse, et elle fonde sur cette conviction la première théorisation des relations entre l’économie rurale et la population. À la suite d’Adam Smith, qui estimait que personne n’avait approché de plus près la vérité en matière d’économie politique que les physiocrates, on s’accorde à considérer qu’ils furent les premiers à proposer une théorie économique cohérente. Ils réussirent une avancée théorique majeure en créant un modèle de croissance démo-économique fondé sur le revenu du capital foncier, qu’ils appelèrent « le produit net », et qui inspirera à Marx le concept de plus-valu…


Date de mise en ligne : 18/05/2026

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