La médiation familiale, dispositif de traitement des ruptures familiales, est devenue une profession en France. Elle l’est devenue en peu d’années, de sorte qu’on a la chance, en ce qui la concerne, d’avoir pu assister à toutes les étapes de ce phénomène, depuis la première mention de l’existence de cette pratique, à la fin des années 1980, jusqu’à la situation actuelle, celle de sa reconnaissance en tant que profession (via la création du diplôme national de médiateur familial).
La création d’une nouvelle profession comme celle de médiateur familial peut être envisagée à différents niveaux, indissociables les uns des autres : son succès reflète le développement des nouveaux modes alternatifs de résolution des conflits ; il peut être considéré sous l’angle de la réponse aux bouleversements de la sphère familiale ; et il est également justiciable d’une analyse prenant en considération les stratégies et les intérêts mis en œuvre par les professionnels qui se sont faits les promoteurs de la nouvelle pratique et ont voulu – et obtenu – son institutionnalisation.
Sur le premier plan, celui des modes alternatifs de traitement des conflits, la médiation familiale s’inscrit dans un mouvement large, qui fait de la négociation le vecteur privilégié du traitement des litiges. On peut replacer son développement dans le changement du rapport à la norme, celle-ci étant co-construite par les intéressés (de Munck, 1998). On peut la considérer comme l’une de ces « justices douces », autrement dit, des formes d’appel à l’autorégulation dans lesquelles la règle est élaborée avec le concours des usagers eux-mêmes…