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Les deux individualismes de la démocratie scolaire. Le cas des conseils d’élèves à l’école élémentaire

Pages 87 à 109

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  • Duval-Valachs, L.
(2026). Les deux individualismes de la démocratie scolaire. Le cas des conseils d’élèves à l’école élémentaire. Dans
  • G. Leroy
Penser l'enfant comme individu : un défi sociologique (p. 87-109). Presses universitaires de Vincennes. https://doi.org/10.3917/puv.leroy.2026.01.0087.

  • Duval-Valachs, Leia.
« Les deux individualismes de la démocratie scolaire. Le cas des conseils d’élèves à l’école élémentaire ». Penser l'enfant comme individu : un défi sociologique, Presses universitaires de Vincennes, 2026. p.87-109. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/penser-l-enfant-comme-un-individu--9782379246098-page-87?lang=fr.

  • DUVAL-VALACHS, Leia,
2026. Les deux individualismes de la démocratie scolaire. Le cas des conseils d’élèves à l’école élémentaire. In :
  • LEROY, Ghislain,
Penser l'enfant comme individu : un défi sociologique. Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes. Hors collection, p.87-109. DOI : 10.3917/puv.leroy.2026.01.0087. URL : https://shs.cairn.info/penser-l-enfant-comme-un-individu--9782379246098-page-87?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puv.leroy.2026.01.0087


Notes

  • [1]
    Norbert Elias, La Société des individus, Paris, Pocket, 1998.
  • [2]
    Ces différentes appellations ne sont pas parfaitement équivalentes et leurs nuances pourraient faire l’objet d’un examen approfondi. Néanmoins cet article se concentrera sur leurs similarités.
  • [3]
    François de Singly, L’Individualisme est un humanisme, nouvelle éd., La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube, « L’Aube poche essai », 2015.
  • [4]
    Georg Simmel, Sociologie. Étude sur les formes de la socialisation, Paris, Presses universitaires de France, « Quadrige », 2013.
  • [5]
    Christian Le Bart, L’Individualisation, Paris, Presses de Sciences Po, « Références. Sociétés en mouvement », 2008.
  • [6]
    François de Singly, L’Individualisme est un humanisme, op.cit.
  • [7]
    Émile Durkheim, « L’individualisme et les intellectuels », Revue bleue, 4e série, tome X, 1898, p. 7-13.
  • [8]
    Christian Le Bart, L’Individualisation, op.cit., p. 25.
  • [9]
    Yves Deloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de Sciences Po, 1994.
  • [10]
    Yves Deloye, École et citoyenneté, op.cit., p. 33.
  • [11]
    Gasparini, Rachel, « La discipline à l’école primaire : une interprétation sociologique des modalités d’imposition de l’ordre scolaire », thèse de doctorat, Lyon, Université de Lyon 2, 1998.
  • [12]
    Émile Durkheim, L’Évolution pédagogique en France, Paris, Presses universitaires de France, 2014, p. 38.
  • [13]
    Yves Deloye, École et citoyenneté, op.cit., p. 32
  • [14]
    François Dubet, Le Déclin de l’institution, Paris, Seuil, « L’épreuve des faits », 2002.
  • [15]
    Jean-Louis Derouet, École et Justice, Paris, Métailié, 1992.
  • [16]
    Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Paris, Pocket, 2003.
  • [17]
    Célestin Freinet, Pour l’école du peuple. L’école moderne française, suivi des Invariants pédagogiques, Paris, Maspéro, 1969.
  • [18]
    MENESR, « Programme d’enseignement moral et civique de l’école et du collège (cycles 2, 3 et 4) », Bulletin officiel, no 30 du 26-7-2018 ; MENESR, « Le “conseil d’élèves” en groupe classe à l’école élémentaire ou au collège », 2015. À noter que les plus récentes versions des programmes ne font plus mention des conseils, et que la fiche Eduscol (portail d’information et d’accompagnement des professionnel·les de l’éducation géré par la direction générale de l’enseignement scolaire) a été supprimée à l’occasion de ce remaniement.
  • [19]
    Nous nous inspirons ici de la distinction entre mécanisme « socratique » et mécanisme « démocratique » de la publicité chez la philosophe Simone Chambers. Simone Chambers. « À huis clos. Publicité, secret et qualité de la délibération », dans Charles Girard et Alice Le Goff, La Démocratie délibérative : Anthologie de textes fondamentaux, Paris, Hermann, 2010, p. 495-539.
  • [20]
    Aïda Vasquez et Fernand Oury, De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Vigneux, Matrice, 2001, p. 443.
  • [21]
    Célestin Freinet, L’Éducation morale et civique, Cannes, Éditions de l’École moderne française (Impr. C.E.L.), 1960, p. 57.
  • [22]
    Catherine Pochet et Fernand Oury, Qui c’est l’conseil ?, Paris, Maspero, « Textes à l’appui », 1979.
  • [23]
    Ghislain Leroy, « Le travail des émotions enfantines à l’école maternelle. Contribution à l’étude des primes socialisations », Les Sciences de l’éducation - Pour l’Ère nouvelle, vol. 52, n3, 2019, p. 53-72.
  • [24]
    Leia Duval-Valachs, « Délibérer avec ses émotions. Expression et gestion des émotions dans les conseils d’élèves à l’école primaire », Tréma, n57, 2022. Ainsi, dans une classe multiniveaux de cycle 2 (CP-CE2, privée, public privilégié, pédagogie mixte), les élèves doivent se cacher les yeux au moment de voter. On peut analyser cela comme une volonté de limiter l’influence mutuelle des élèves, mais en entretien les enseignant·es soulignent surtout qu’elles souhaitent éviter la formation de « clans » et les moqueries envers celles et ceux qui auraient « perdu » le vote.
  • [25]
    Rachel Gasparini, « La discipline à l’école primaire : une interprétation sociologique des modalités d’imposition de l’ordre scolaire »,op.cit.
  • [26]
    Célestin Freinet, L’Éducation morale et civique, op.cit., p. 72-73.
  • [27]
    Notons, sans avoir l’espace de développer davantage ici, qu’en définissant les termes du vote, elle exprime aussi assez clairement sa propre préférence, ce qui ne peut manquer d’influencer les élèves (« et je trouve que le mot de participation il est important »).
  • [28]
    Martine Janner-Raimondi, Surgissements démocratiques à l’école primaire : analyse de conseils d’élèves, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 129
  • [29]
    Ibid., p. 131.
  • [30]
    Yves Deloye, École et citoyenneté, op. cit., p. 122 sq.
  • [31]
    Amelia Legavre, « Être soi à l’école primaire : circulation de l’idéal expressif dans le champ de l’innovation pédagogique », thèse de doctorat, Paris, Université de Paris, 2020.
  • [32]
    Guy Vincent définit la forme scolaire par la soumission méthodique à une règle impersonnelle. Mais cette règle peut être imposée de diverses façons, correspondant à des variantes de la forme scolaire : par dressage, par raisonnement ou par négociation. Les conseils d’élèves se rapprocheraient alors, au moins théoriquement, de ce troisième idéal-type. Vincent, Guy, L’École primaire française, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1980.
  • [33]
    Sur l’hybridation entre pédagogies « nouvelle » et « traditionnelle », voir Leroy, Ghislain, « L’influence de l’éducation nouvelle sur les pratiques contemporaines de l’école maternelle française », Spécificités, vol. 10, no 1, 2017, p. 61-86.
  • [34]
    Ana Vasquez et Isabel Martinez, La Socialisation à l’école. Approche ethnographique, Paris, Presses universitaires de France, 1996.
  • [35]
    Patrick Rayou, La Grande École : approche sociologique des compétences enfantines, Paris, Presses universitaires de France, « Education et formation », 1999 ; Julie Delalande, La Cour de récréation : Pour une anthropologie de l’enfance, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Le sens social », 2001.
  • [36]
    Clémence Boxberger et Cécile Carra, « Bagarres de cours de récréation, socialisation enfantine et régulation des violences », Enfances & Psy, vol. 63, n2, 2014, p. 38-49.
  • [37]
    Le restant des cas consistant en des félicitations ou remerciements dirigés vers l’enseignante (17,5 %) ou vers le collectif (12,5 %).
  • [38]
    11 séances réparties sur deux classes de CM2 de la même école. La constitution d’un sous-échantillon s’explique par le fait que les informations socio-démographiques relatives aux élèves n’ont pu être relevées de façon systématique dans toutes les classes.
  • [39]
    Bernard Lahire, Culture écrite et inégalités scolaires, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2000 ; Id., La Raison scolaire : école et pratiques d’écriture, entre savoir et pouvoir, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008 ; Anne-Sophie Romainville, Les Faces cachées de la langue scolaire : transmission de la culture écrite et inégalités sociales, Paris, la Dispute, « L’enjeu scolaire », 2019.
  • [40]
    Bernard Lahire (dir.), Enfances de classe : de l’inégalité parmi les enfants, Paris, Seuil, 2019 ; Annette Lareau, Unequal Childhoods – Class, Race, and Family Life, Berkeley, University of California Press, 2011 ; Daniel Thin, Quartiers populaires : l’école et les familles, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1998.
  • [41]
    Rachel Gasparini, « La discipline à l’école primaire : une interprétation sociologique des modalités d’imposition de l’ordre scolaire »,op. cit.
  • [42]
    Éric Plaisance, « L’école maternelle en France : normes éducatives et socialisation après la Seconde Guerre mondiale Une analyse de la situation en milieu urbain », Revue des politiques sociales et familiales, 1999, vol. 57, no 1, p. 31-44.
  • [43]
    Heloïse Durler, L’Autonomie obligatoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.
  • [44]
    Amélia Legavre, « Être soi à l’école primaire : circulation de l’idéal expressif dans le champ de l’innovation pédagogique », op. cit., p. 15.
  • [45]
    Amélia Legavre, Être soi à l’école primaire : circulation de l’idéal expressif dans le champ de l’innovation pédagogique, op. cit., p. 60.
  • [46]
    Ibid., p. 42 sq.
  • [47]
    Éric Plaisance, « L’école maternelle en France : normes éducatives et socialisation après la Seconde Guerre mondiale Une analyse de la situation en milieu urbain », op. cit. ; Ghislain Leroy, L’École maternelle de la performance enfantine, Bruxelles, P. I.E. Peter Lang, « Petite enfance et éducation », 2020.
  • [48]
    Précisons que ces normes se rapprochent d’une partie de l’idéal expressif tel que défini par Amélia Legavre, qui correspond à « l’expression sur soi » comme expression verbale de son intériorité par le contenu de son discours, mais moins à « l’expression de soi », à savoir l’expression de cette intériorité par des activités pratiques telle qu’elle est interprétée par les enseignant·es Cette distinction implique que le discours d’un élève qui est produit sans référence à son « intériorité » ou sa « singularité » (et ne peut donc être considéré comme une « expression sur soi ») peut néanmoins être interprété par les enseignant·es comme une « expression de soi » au sens où il dénoterait un engagement de l’élève dans la classe. Voir Amélia Legavre, Être soi à l’école. L’expression des élèves dans les pédagogies alternatives, Paris, Presses universitaires de France, « Éducation et société », 2022, p. 54.
  • [49]
    Par « pédagogie mixte », nous faisons référence à un projet se réclamant de plusieurs influences de pédagogies nouvelles ou « alternatives » (Montessori, Freinet, pédagogie institutionnelle…) sans se réclamer d’une obédience précise.
  • [50]
    Il s’agit d’une école bilingue, ce qui explique l’alternance de français et d’anglais dans la retranscription.
  • [51]
    Leia Duval-Valachs, « Délibérer avec ses émotions. Expression et gestion des émotions dans les conseils d’élèves à l’école primaire », op. cit.
  • [52]
    Amélia Legavre, Être soi à l’école primaire : circulation de l’idéal expressif dans le champ de l’innovation pédagogique, op. cit. ; Ghislain Leroy, « Le travail des émotions enfantines à l’école maternelle. Contribution à l’étude des primes socialisations », op. cit. ; Cléopâtre Montandon, « La socialisation des émotions : un champ nouveau pour la sociologie de l’éducation », Revue française de pédagogie, vol. 101, n1, 1992 p. 105-122
  • [53]
    Peggy J. Miller, Grace Cho et Jeana Bracey, « Working-Class Children’s Experience through the Prism of Personal Storytelling », Politix, 2012, vol. 99, no 3, 2012, p. 99.
  • [54]
    Jean-Claude Chamboredon et Jean Prévot, « Le “métier d’enfant”. Définition sociale de la prime enfance et fonctions différentielles de l’école maternelle », Revue française de sociologie, vol. 14, n3, 1973, p. 295-335.
  • [55]
    Basil Bernstein, Langage et classes sociales : codes socio-linguistiques et contrôle social, Paris, Minuit, « Le sens commun », 1975.
  • [56]
    Martine Janner-Raimondi, Surgissements démocratiques à l’école primaire : analyse de conseils d’élèves, op. cit.
  • [57]
    Ibid., p. 168
  • [58]
    Jan Masschelein et Kerlijn Quaghebeur, « Participation for Better or for Worse ? », Journal of Philosophy of Education, vol. 39.1, 2005 p. 51-65 ; Zsuzsanna Millei et Rebecca Raby, « Embodied logic : Understanding discipline through constituting the subject of discipline », dans Zsuzsanna Millei, Tom Griffiths et Robert John Parkes (dir.), Re-theorizing discipline in education, New York, Peter Lang, 2010, p. 27-42 ; Michel Vandenbroeck et Maria Bouverne de Bie, « Children’s Agency and Educational Norms : A tensed negotiation », Childhood, vol. 13, n1, 2006, p. 127-143.
  • [59]
    Robert Thornberg, « School democratic meetings : Pupil control discourse in disguise », Teaching and Teacher Education, vol. 26.4, 2010 p. 924-932.
  • [60]
    Heloïse Durler, L’Autonomie obligatoire, op. cit. ; Bernard Lahire, « Fabriquer un type d’homme « autonome » : analyse des dispositifs scolaires », dans L’Esprit sociologique, Paris, La Découverte, 2007.
  • [61]
    Anne Barrère et Danilo Martuccelli, « La citoyenneté à l’école : vers la définition d’une problématique sociologique », Revue française de sociologie, vol. 39, n4, 1998, p. 662.
  • [62]
    Rebecca Raby, « Children’s participation as neo-liberal governance ? », Discourse : Studies in the Cultural Politics of Education, vol. 35, n1, 2014, p. 77-89.

Les sociologies de l’individu identifient souvent deux individualismes. Il faut ici entendre par le terme « individualisme » des conceptions normatives existant dans l’espace social de ce qu’est, ou doit être, un individu. Ces conceptions correspondent à des configurations sociales et historiques particulières. L’opposition entre individu et société est alors conçue comme le résultat d’un processus sociohistorique dont on peut faire la généalogie.
Le premier individualisme est appelé individualisme abstrait ou universaliste, quantitatif ou universel, individualisme générique ou individuation. Correspondant à la « première modernité » de la fin du xixe siècle aux années 1960, il désigne une reconnaissance de l’individu dans ce qu’il a d’universel, un être faisant l’objet de droits et capable d’autonomie. Dans les termes de Durkheim, « cet individualisme est une doctrine selon laquelle “les seules manières d’agir qui soient morales sont celles qui peuvent convenir à tous les hommes indistinctement” », par-delà ses singularités individuelles. Mais l’individu resterait « tenu de l’intérieur » par « des croyances, des prescriptions de rôle, des références universelles, un statut, un habitus » . Son statut même d’individu est censé tenir à son appartenance à des collectifs qui le socialisent, dont la diversité permet à l’individu de ne pas dépendre unilatéralement de l’un d’entre eux.
Parmi ces collectifs, l’école est fondamentale, en ce qu’elle vise la formation d’un « homme indépendant et maître de lui-mêm…


Date de mise en ligne : 21/05/2026

https://doi.org/10.3917/puv.leroy.2026.01.0087

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