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Introduction. Lire les recompositions de l’espace rural tunisien sous l’angle du foncier en contexte « révolutionnaire »

Pages 13 à 34

Citer ce chapitre


  • Fautras, M.
(2021). Introduction. Lire les recompositions de l’espace rural tunisien sous l’angle du foncier en contexte « révolutionnaire » Paysans dans la révolution : Un défi tunisien (p. 13-34). Karthala. https://shs.cairn.info/paysans-dans-la-revolution--9782811128159-page-13?lang=fr.

  • Fautras, Mathilde.
« Introduction. Lire les recompositions de l’espace rural tunisien sous l’angle du foncier en contexte “révolutionnaire” ». Paysans dans la révolution Un défi tunisien, Karthala, 2021. p.13-34. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/paysans-dans-la-revolution--9782811128159-page-13?lang=fr.

  • FAUTRAS, Mathilde,
2021. Introduction. Lire les recompositions de l’espace rural tunisien sous l’angle du foncier en contexte « révolutionnaire » In : Paysans dans la révolution Un défi tunisien. Paris : Karthala. Maghreb contemporain, p.13-34. URL : https://shs.cairn.info/paysans-dans-la-revolution--9782811128159-page-13?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Cet entretien ainsi que l’analyse qui en est faite ont été publiés dans la revue Justice spatiale (Fautras, 2015).
  • [2]
    Cet événement est souvent présenté comme l’élément déclencheur de la « révolution » en Tunisie, celle-ci étant alors entendue comme la période de contestations du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, date de la chute de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali.
  • [3]
    La Tunisie est administrativement divisée en gouvernorats (wilaya), eux-mêmes subdivisés en délégations (maatamdiya), qui regroupent plusieurs secteurs (imada).
  • [4]
    Ce nom, ainsi que celui de toutes les autres personnes citées, ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.
  • [5]
    L’énonciateur fait référence à la policière qui aurait, selon la rumeur populaire, giflé Mohamed Bouazizi. Cette version a depuis été démentie. L’histoire de la gifle aurait été montée de toute pièce par des militants de la région, afin de mobiliser la population autour de l’humiliation vécue par Mohamed Bouazizi (Ayad, 2011).
  • [6]
    En arabe, le mot thawra (du verbe thara : « se révolter ») a une large acception, de la révolte à la révolution (Achcar, 2013, 16). Le choix des termes pour qualifier les soulèvements populaires qui ont eu lieu dans certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient dans les années 2010 reste débattu. Dans cet ouvrage, les guillemets visent à marquer cette distance critique. Sous notre plume, « révolution » fait référence à la dimension politique du phénomène et à la chute du régime et du président Ben Ali. C’est dans ce sens que la plupart des personnes enquêtées définissent la révolution, faisant tantôt référence à la date du 14 janvier (chute de Ben Ali), tantôt à la période de soulèvement accéléré du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011. Parce que le changement social se produit sur le long cours et qu’il dépasse ces bornes historiques, nous parlerons de « processus révolutionnaire » pour désigner, décrire et questionner ce changement dans les espaces ruraux de Sidi Bouzid, au regard des événements politiques parallèles.
  • [7]
    En Tunisie, l’expression « diplômé chômeur » fait référence à la situation de nombreux jeunes ayant suivi des études supérieures, mais ne trouvant pas d’emploi correspondant à leur niveau et à leur domaine d’étude. Le terme de « chômeur » est employé de manière générale par les Tunisiens à propos de personnes dépourvues d’emploi stable, même lorsque celles-ci exercent des activités économiques comme le commerce.
  • [8]
    Les agents de police en question ont confisqué la balance qui servait à la pesée des fruits que Mohamed Bouazizi vendait.
  • [9]
    Mohamed Bouazizi avait en fait arrêté ses études avant le baccalauréat afin de subvenir aux besoins de sa famille. Il n’était donc pas « diplômé » (Chabert-Dalix, 2012 ; Salmon, 2016). La figure de chômeur diplômé renvoie aux nombreux diplômés sans emploi ou qui exercent un travail non déclaré et/ou dans un autre domaine que celui attendu et préconisé par les études suivies.
  • [10]
    Les tribus sont des groupes sociaux caractérisés par une unifiliation (référence à une parenté sociale commune, sinon réelle) et par une cohésion des individus autour de la conscience d’intérêts communs (Ben Hounet, 2009 ; cf. chapitre 2 de cet ouvrage pour plus de détails).
  • [11]
    Biens de mainmorte, dont la jouissance est affectée de manière permanente à des individus spécifiques (souvent les descendants du fondateur du habous).
  • [12]
    Avec plus de 250 000 ha et 100 000 t en 2011, le gouvernorat de Sidi Bouzid se classe second national pour les superficies oléicoles, derrière le gouvernorat de Sfax dont les oliveraies sont vieillissantes (FAO, 2015). Il fait aussi partie des principales zones de production maraîchère (plus de 500 000 t en 2012), notamment de tomates, de piments, de melons et de pastèques (Site Internet du Groupement interprofessionnel des légumes, 2016), ainsi que de vignes de table primeur (ibid.).
  • [13]
    En particulier le Recensement général de la population de 1989, l’Enquête nationale de la population et de l’emploi de 1989, et les données de l’INS de 2004.
  • [14]
    Bien qu’ayant des connaissances en arabe tunisien à l’oral, mes capacités de lecture sont très limitées dans cette langue. Par conséquent, les travaux écrits en arabe n’ont malheureusement pas pu être consultés. Les propos qui suivent ainsi que l’ensemble de la littérature consultée pour cette recherche concernent essentiellement des travaux francophones et anglophones.
  • [15]
    Débats autour de la nouvelle Constitution, assassinats politiques de Chokri Belaïd (leader du Front populaire, coalition politique de « gauche ») et de Mohamed Brahmi (député de l’opposition) en 2013, échéances électorales, risques et attaques terroristes.
  • [16]
    Nous parlons ici de luttes collectives qui peuvent prendre différentes formes et qu’il convient de distinguer (Siméant, 2013) : contestations et protestations (remise en cause de l’ordre social), mobilisations (affrontement d’une difficulté en rassemblant toute l’énergie, les forces physiques et intellectuelles des personnes mobilisées). Mais l’absence de consentement ne se traduit pas nécessairement par des contestations ou des mobilisations. Il existe, en milieu rural, d’autres formes de résistance, à un niveau plus individuel, comme par exemple le refus de payer les factures d’eau ou d’électricité.
  • [17]
    Parti créé par Ben Ali, dissout en mars 2011.
  • [18]
    Ces logiques se sont manifestées, par exemple, à travers des appropriations individuelles et privatives de l’espace public, ou encore des ressources en eaux souterraines.
  • [19]
    Par exemple, la représentation d’un monde rural statique perdure, en dépit des vives protestations qui y ont eu lieu ces dernières années : lors d’une discussion informelle en 2014, un membre de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) nous disait que les paysans étaient réactionnaires, alors même que les manifestants de la région de Sidi Bouzid étaient pour beaucoup d’entre eux fils de paysans.
  • [20]
    Usage agricole au moment de l’enquête ou dans un passé proche. Les terres agricoles récemment urbanisées ou ayant une nouvelle vocation seront donc également prises en compte.
  • [21]
    En 2010, près de la moitié des actifs occupés travaillent dans le secteur agricole (ODCO, 2011).
  • [22]
    L’alternance de l’emploi du « je » et du « nous » joue un double rôle dans cet ouvrage. La première personne du singulier est principalement utilisée pour retranscrire les expériences de terrain, qui sont nécessairement subjectives ; tandis que le « nous » matérialise le recul inhérent à l’analyse (Guinard, 2012). En outre, ce pronom pluriel sert à marquer la dimension inclusive réunissant l’auteur et le lecteur dans une même démarche réflexive (Seri-Hersch, 2012 ; cité in Arango, 2015). Par commodité, le « nous » sera toujours accordé au pluriel, même lorsqu’il renvoie à l’auteure seule.
  • [23]
    Voir par exemple Demoslys, 1954 ; Dumas, 1912 ; Lescure, 1900 ; Prat, 1910 ; Secrétariat général du gouvernement tunisien, 1900.
  • [24]
    Dans l’étude de Habib Attia, le mot « paysan » renvoie à des cultivateurs sédentarisés (même si certains continuent de pratiquer l’élevage), par opposition aux pasteurs qui sont des éleveurs semi-nomades.
  • [25]
    Les enquêtes ont été réalisées entre avril 2012 et juillet 2014 au cours de séjours successifs de près de deux mois chacun.

En septembre 2013, lors d’un entretien mené dans le cadre de ma recherche doctorale, un de mes interlocuteurs établit un lien direct entre l’immolation de Mohamed Tarek Bouazizi à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, et la vente aux enchères de la terre agricole de son oncle Salah. Cette terre, achetée dans la délégation de Regueb au moyen d’un emprunt contracté en 2002 et sur laquelle Mohamed travaillait comme ouvrier, avait été hypothéquée auprès de la Banque nationale agricole (BNA). Le rachat de l’hypothèque par un homme d’affaires originaire de la ville de Sfax, située sur le littoral tunisien, est dénoncé par Salah comme une injustice, un complot entre la banque et l’acquéreur. Le 17 décembre, quand Mohamed Bouazizi s’immole à Sidi Bouzid, un rassemblement se forme. Pour autant, les protestations et slogans scandés par les manifestants ne font aucune mention de cette injustice foncière encore dénoncée quelques jours auparavant. De même, dans les semaines et les mois qui suivent, les questions agricoles sont rarement évoquées par les médias dominants, et encore moins dans les discours d’hommes politiques, et ce jusqu’à aujourd’hui. Néanmoins, certaines personnes font clairement le lien entre les deux événements, comme Jalel, un parent de Salah :Cette terre faisait vivre toute une famille, elle était source de vie, et Mohamed a beaucoup travaillé ici, sur ces terres […]. Quand le Sfaxien s’est emparé de la terre, [Mohamed] s’est trouvé obligé d’acheter des fruits au supermarché et de les vendre avec une charrette…


Date de mise en ligne : 31/03/2022

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