La cueillette du sens
- Par Vincent Giraud
Pages 159 à 170
Citer ce chapitre
- GIRAUD, Vincent,
- DOUMET, Christian
- et OGAWA, Midori,
- Giraud, Vincent.
- Giraud, V.
- C. Doumet
- et M. Ogawa
https://doi.org/10.3917/puv.doume.2015.01.0159
Citer ce chapitre
- Giraud, V.
- C. Doumet
- et M. Ogawa
- Giraud, Vincent.
- GIRAUD, Vincent,
- DOUMET, Christian
- et OGAWA, Midori,
https://doi.org/10.3917/puv.doume.2015.01.0159
Notes
-
[1]
Sordidissimes (DR5, p. 195).
-
[2]
Sei Shōnagon, Notes de chevet [1966], trad. et notes par André Beaujard, Paris, Gallimard/Unesco.
-
[3]
Dès les Petits traités. Mais voir aussi Sordidissimes : « Liste de Sei Shōnagon au Japon » (DR5, p. 274) ; et Les Ombres errantes : « Les listes de Sei Shōnagon ou de Shaftesbury, plus raffinées et puritaines » (DR1, p. 54).
-
[4]
Sei Shōnagon, Notes de chevet, op. cit., p. 49.
-
[5]
Voir Nicolas de Cues, Dialogues de l’Idiot sur la sagesse et l’esprit, texte latin et trad. Hervé Pasqua, Paris, PUF, 2011, § 61, p. 108-111.
-
[6]
La conjecture est un instrument conceptuel qui appartient à la pensée propre du Cusain. Cf. Nicolas de Cues, Les conjectures/De coniecturis, texte latin et trad. française Jean-Michel Counet, Paris, Les Belles Lettres, 2011.
-
[7]
« Sidération » et « fascination » sont au singulier dans la page citée. Nous modifions.
-
[8]
Sei Shōnagon, Notes de chevet, op. cit., respectivement p. 212 et 210-211.
-
[9]
Par exemple, « Hauts dignitaires », « Seigneurs de noble famille », « Palais et maisons nobles où servent des dames », Sei Shōnagon, Notes de chevet, op. cit., p. 253-254.
-
[10]
Ibid., p. 318.
-
[11]
Pascal Quignard, Les Désarçonnés, (DR7) [Grasset, 2012], Paris, Gallmard, « Folio », p. 287. Souligné dans le texte. Voir aussi ce que dit Rhétorique spéculative au sujet des Petits traités : « Toute forme passionnée a quelque chose d’asocial, d’anachronique. Qui ne peut se défendre seul. Dans toute forme passionnée, quelque chose d’isolé s’isole. Quelque chose qui est perdu. Quelque chose qui s’exclut de soi-même du monde et de soi-même est rejeté du temps » (RS, p. 197).
-
[12]
Sei Shōnagon, Notes de chevet, op. cit., p. 192.
-
[13]
« Vivre dans l’angle – in angulo – du monde. Dans l’angle mort – par lequel le visible cesse d’être visible à la vue » (DR1, p. 61-62).
-
[14]
Ou encore : « La langue extrême, muette, vaine du livre désole le sens, déprend la voix, détruit le “monde” auquel tout ce qui se prétend “langage” s’échange » (PT1, p. 91).
-
[15]
« La littérature est cet engagement de plus en plus profond, depuis sa source jusqu’à sa fin, dans le silence. L’invention de l’écriture est la mise au silence du langage. […] Ce que le langage oral ne peut dire, tel est le sujet de la littérature » (VS, p. 222. Souligné dans le texte).
-
[16]
Destruction qui est elle-même explicitement, dès le début, au cœur du projet quignardien : « Dépouiller le pire des prestiges du sens, de l’empire et du ciel » ; « L’irrésistible envie de détruire du sens » (PT1, p. 50 et 71).
-
[17]
Sei Shōnagon, Notes de chevet, op. cit., p. 168-169.
C’est vers le milieu de la période Heian – au xie siècle, donc, selon le calendrier d’Occident – que Sei Shônagon, dame d’honneur à la cour impériale du Japon, écrivit ce qui fut plus tard nommé ses Makura no sōshi, ses Notes de chevet. Le livre est célèbre et occupe une place privilégiée dans l’histoire de la littérature japonaise, aux côtés du Genji monogatari (Le Dit du Genji). L’ouvrage se présente comme une sorte de journal intime, sans indications quotidiennes de date, toutefois, mais rapportant au jour le jour les menus faits qui occupent l’existence d’une dame de cour. L’auteur, femme extrêmement lettrée et sensible, pleine d’esprit, poète à ses heures, joint en outre à ses récits des morceaux d’une composition plus libre et décousue : ce sont les fameuses « listes » de Sei Shônagon. Ces listes, sur lesquelles nous allons revenir dans un instant, semblent avoir exercé un fort attrait sur Pascal Quignard, qui les mentionne au moins à quatre reprises dans son œuvre. Partant de ces mentions directes et explicites, je voudrais ici tenter de remonter aux sources mêmes de cet attrait, dont l’écriture propre de Quignard porte, à mes yeux du moins, l’inlassable témoignage. Pour nommer d’une simple formule cette ascendance commune, il faut partir moins d’une forme – celle de la liste – que du geste dont cette forme est l’expression et comme le dépôt. Qu’est-ce qui se joue dans une liste de Sei Shônagon, ou dans une liste de Quignard ? Qu’est-ce qui se rompt, ou au contraire prend corps dans l’énumération …
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