Le mot littérature est sans origine
- Par Pascal Quignard
Pages 13 à 20
Citer ce chapitre
- QUIGNARD, Pascal,
- DOUMET, Christian
- et OGAWA, Midori,
- Quignard, Pascal.
- Quignard, P.
- C. Doumet
- et M. Ogawa
https://doi.org/10.3917/puv.doume.2015.01.0013
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- Quignard, P.
- C. Doumet
- et M. Ogawa
- Quignard, Pascal.
- QUIGNARD, Pascal,
- DOUMET, Christian
- et OGAWA, Midori,
https://doi.org/10.3917/puv.doume.2015.01.0013
Le mot littérature est sans origine.
Émile Benveniste exprima ce regret dans la dernière leçon qu’il donna au Collège de France le 17 mars 1969.
Cette dernière leçon a été publiée par Irène Fenoglio en novembre 2011.
Connaître de quoi le mot littera serait le dérivé serait décisif.
C’est ainsi que, sur à peu près tout le territoire de l’Europe actuelle, l’inscription du mot qui dit l’inscription reste mystérieuse.
Le mot auquel nous vouons notre vie est une énigme.
Faute d’avoir conservé la mémoire de l’origine du mot litteratura, les anciens Romains s’en sortaient par différents jeux de mots. J’en compte cinq. Les voici.
1. Le verbe obliterrare (effacer les lettres) ruse avec l’adjectif oblitus (qui oublie). Celui qui efface les lettres d’un nom sur une stèle efface le souvenir de cet homme. De même que le grec a la vérité (alètheia) au sens de non-oubli (a-lèthè), les Romains auraient les lettres, le loisir, l’étude, comme oubli. Mais le mot oblitus (de oblinio), effacé, n’est qu’un homophone de oblitus (de obliviscor), oublié. Cette isophonie n’est qu’un jeu de mots. Écrire n’est pas oublier. Étudier n’est pas se distraire.
2. Le deuxième mot qu’ils indiquaient me paraît le plus séduisant. Litus en latin c’est le rivage. C’est la laisse de mer pleine d’épaves, de coquillages, d’os de seiche, d’étoiles de mer, de traces, de fragments, de restes, de noyés, de débris, de proues éventrées et de poupes rompues, de trésors. Mais ce renvoi n’est qu’un calembour…
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