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La vérité, destination morale de l’homme dans les Pensées

Pages 137 à 164

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  • Pécharman, M.
(2000). La vérité, destination morale de l’homme dans les Pensées. Dans
  • M. Pécharman
Pascal : Qu'est-ce que la vérité? (p. 137-164). Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.pecha.2000.01.0137.

  • Pécharman, Martine.
« La vérité, destination morale de l’homme dans les Pensées ». Pascal Qu'est-ce que la vérité? Presses Universitaires de France, 2000. p.137-164. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/pascal--9782130502036-page-137?lang=fr.

  • PÉCHARMAN, Martine,
2000. La vérité, destination morale de l’homme dans les Pensées. In : Pascal Qu'est-ce que la vérité? Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Débats philosophiques, p.137-164. DOI : 10.3917/puf.pecha.2000.01.0137. URL : https://shs.cairn.info/pascal--9782130502036-page-137?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puf.pecha.2000.01.0137


Notes

  • [1]
    Les citations des Pensées sont tirées de l’édition des Œuvres complètes de Pascal par Louis Lafuma (Le Seuil, coll. « L’Intégrale », 1963). La numérotation utilisée est donc celle de cet éditeur (notée Laf. ; lorsque les citations d’un fragment sont données en italiques, c’est qu’il s’agit de passages qui ont été rayés dans les originaux).
    Sauf indication contraire, pour les textes autres que les Pensées, nous utilisons l’édition des Œuvres complètes de Pascal par Jean Mesnard, Desclée de Brouwer, t. I (1964)-t. IV (1992). Cette édition est notée par le sigle OC, suivi de l’indication du tome.
  • [2]
    Pour les citations qui suivent de l’Entretien, voir OC. III.p. 151-153.
  • [3]
    Voir, pour l’usage de cette expression dans un passage des Mémoires de Fontaine, Pascal, Entretien avec M. de Sacy sur Épictète et Montaigne, original inédit présenté par Pascale Mengotti et Jean Mesnard, Desclée de Brouwer, 1994, p. 84.
  • [4]
    De l’esprit géométrique, Réflexions sur la géométrie en général, in OC, III, p. 395.
  • [5]
    Ibid., p. 396 et p. 391. Voir mon article « Pascal et la définition de l’homme », XVII siècle, 1994, n° 185, p. 657-667.
  • [6]
    Préface sur le Traité du vide, in OC, II, p. 779 et p. 781.
  • [7]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 142, p. 151 et p. 152. Il est à noter que, dans l’original inédit découvert par Pascale Mengotti à la bibliothèque de l’Institut de France, le terme « inséparable » utilisé par Pascal dans la première partie de son discours sur Montaigne (« Dieu et le vrai sont inséparables ») réapparaît au moment de la comparaison finale de Montaigne et Épictète (si Dieu « est incertain », « alors le vrai bien l’est aussi, puisqu’il en est inséparable »). Comme le remarquent Pascale Mengotti et Jean Mesnard dans une note p. 140 de leur nouvelle édition de l’Entretien, la leçon que donnent les copies pour ce deuxième passage (si « Dieu est incertain », « alors le vrai bien l’est aussi, puisqu’il en est incapable ») est beaucoup moins satisfaisante.
  • [8]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 135-136. p. 142-143. p. 151.
  • [9]
    Ces différents termes sont utilisés par Pascal dans la Préface sur le Traité du vide, in OC, II, p. 781.
  • [10]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 153.
  • [11]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 154.
  • [12]
    Pensée 131.
  • [13]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 154.
  • [14]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 154.
  • [15]
    Préface sur le Traité du vide, in OC, II, p. 778.
  • [16]
    Nous citons ce passage des Écrits des curés de Paris d’après l’édition Lafuma des Œuvres complètes (p. 481, col. b). L’expression « notre religion qui est toute divine » apparaît aussi dans la Pensée 964.
  • [17]
    Pensée 208.
  • [18]
    Pour la formule citée de saint Augustin, voir De Trinitate, VIII, II, 3.
  • [19]
    L’évocation de ce thème paulinien par M. de Sacy ne se trouve que dans le manuscrit des Mémoires de Fontaine découvert par Pascale Mengotti (voir la partie narrative précédant l’entretien proprement dit, ed. cit., p. 86 : « Dieu a fait le monde... pour peindre les choses invisibles dans les visibles »).
  • [20]
    Entretien avec M. de Sacy, in OC, III, p. 144.
  • [21]
    S’agissant même des lois temporelles, dont les hommes sont les juges dans la mesure où ils les instituent, une fois établies, il n’est plus permis de porter un jugement sur elles, mais seulement conformément à elles. En outre, si l’auteur de ces lois temporelles est bon et sage, il consulte la loi éternelle elle-même (dont il n’est donné à aucune âme de juger), afin de discerner selon ses règles immuables ce qu’il faut ordonner et ce qu’il faut interdire pro tempore (XXXI, 58).
  • [22]
    Voir aussi De vera religione, XXXIX, 72-73, où Augustin cite le passage de l’Évangile selon saint Jean (I, 9) disant que le Christ est « la vraie lumière, qui illumine tout homme venant en ce monde ».
  • [23]
    Pensée 44.
  • [24]
    Pensée 45.
  • [25]
    Pensée 164 : « Il importe à toute la vie de savoir si l’âme est mortelle ou immortelle. » Pensée 427 : « L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort,... qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est. »
  • [26]
    Henri Gouhier, Cartésianisme et augustinisme au XVIIe siècle, Paris, Vrin, 1978, VI, 3, p. 159. Selon Henri Gouhier, Pascal est indifférent dans ce « curieux texte » à la distance entre la preuve augustinienne de l’existence de Dieu et la thèse cartésienne de la création des vérités éternelles. Pour une lecture divergente de la première phrase tirée du fragment 449, voir Jean-Luc Marion, Sur le prisme métaphysique de Descartes, PUF, coll. « Epiméthée », 1986, p. 316-320 : selon Jean-Luc Marion, Pascal cite ici littéralement les Lettres de Descartes à Mersenne du 15 avril 1630 (« Que les vérités mathématiques, lesquelles vous nommez éternelles, ont été établies de Dieu et en dépendent entièrement, aussi bien que tout le reste des créatures ») et du 6 mai 1630 (« l’existence de Dieu est la première et la plus éternelle de toutes les vérités qui peuvent être, et la seule d’où procèdent toutes les autres »).
  • [27]
    Pour tout ce développement, qui s’étend de II, VIII, 20 à II, XV, 39, voir Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum, vol. LXXIV Sancti Aureli Augustini Opera, Sect. VI Pars III, De libero arbitrio libri tres, recensuit Guilelmus M. Green, Vindobonae, 1956, p. 56-75. Dans l’œuvre de Pascal, la question des proportions des nombres relève de « l’usage du triangle arithmétique » : voir Traité du triangle arithmétique, OC, p. 52b-54b et p. 55b, ainsi que, dans le Traité des ordres numériques, les propositions IX-XI, OC, p. 64b-65b.
  • [28]
    Le De vera religione (390) a été composé par saint Augustin entre la première partie (387-388) et la seconde partie (391) du De libero arbitrio. Voir Peter Brown, La vie de saint Augustin, traduit de l’anglais par Jeanne-Henri Marrou, Le Seuil, Paris, 1971, deuxième partie (386-395).
  • [29]
    De libero arbitrio, II, VI, 14, op. cit., p. 51-52.
  • [30]
    Pour un argument analogue à celui du De vera religione sur le statut hors jugement et transcendant au jugement de la règle du « juger », voir De libero arbitrio, II, XII, 34, op. cit., p. 70-71.
  • [31]
    Voir aussi De libero arbitrio, II, XV, 39, op. cit., p. 75. Dans le De Civitate Dei, X, 2, saint Augustin renvoie sur ce point à Plotin : « dicit ergo ille magnus platonicus, animam rationalem... non habere supra se naturam nisi Dei, qui fabricatus est mundum, a quo et ipsa facta est ».
  • [32]
    Jules Vuillemin, Le Dieu d’Anselme et les apparences de la raison, Aubier-Montaigne, coll. « Analyses et raisons », Paris, 1971 (voir la n. 1 de la p. 31).
  • [33]
    La possibilité de ma non-existence tient ainsi d’après la Pensée 135 à la combinaison et à la simultanéité de deux possibilités, la possibilité du « ne plus être » pour mon parent, et la possibilité du « ne pas être encore » pour moi : « moi qui pense n’aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j’eusse été animé » (nous soulignons).
  • [34]
    Pour cette formule, voir Liber de diversis quaestionibus octoginta tribus, liber I, quaest. 54.
  • [35]
    Jules Vuillemin, Le Dieu d’Anselme et les apparences de la raison, appendice III, p. 151.
  • [36]
    Maine de Biran, Commentaires et marginalia : dix-septième siècle, édités par Christiane Frémont, in Œuvres publiées sous la direction de François Azouvi, t. XI/1, Paris, Vrin, 1990, p. 216.
  • [37]
    Ibid., p. 215. L’extrait alors commenté est la fin de la Pensée 564 : « Le royaume de Dieu est en nous. Le bien universel est en nous, est nous-même et n’est pas nous. » Maine de Biran appuie son contraste entre l’entendement humain (dualité de l’intelligence et de la vérité) et l’entendement divin (unité de l’intelligence et de la vérité) sur une déformation d’un passage précédent dans la même Pensée, l’énoncé « nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous » devenant dans la lecture qu’il propose (s’agit-il d’une substitution opérée par l’édition Renouard de 1812, que Maine de Biran utilise ?) : « comme le dit Pascal, nous ne pouvons aimer que ce qui est hors de nous ». Que l’erreur de lecture lui soit ou non imputable, Maine de Biran fonde sur cet énoncé l’attribution à Pascal d’une doctrine de l’entendement divin identique à la vérité, par opposition à la dualité entre l’entendement humain et la vérité qu’il appréhende.
  • [38]
    Ibid., p. 209.
  • [39]
    Cette Lettre est de janvier 1657 d’après l’édition de Jean Mesnard (pour l’extrait cité, voir OC, III, p. 1044).
  • [40]
    Pour la théorie du temps dans le stoïcisme antique, voir Victor Goldschmidt, Le système stoïcien et l’idée de temps, seconde édition revue et augmentée, Paris, Vrin, 1969, en particulier p. 43-44.
  • [41]
    Essais, I, XX, « Que philosopher c’est apprendre à mourir ».
  • [42]
    Lettre de Monsieur Pascal au sujet de la mort de son père, 17 octobre 1651, in OC, II, p. 852. L’arrêt décidant de l’événement d’une mort « est conçu de toute éternité pour être exécuté dans la plénitude de son temps, en telle année, en tel jour, en telle heure, en tel lieu, en telle manière » (ibid.).
  • [43]
    Sur cette question, voir mon article « L’ordre dans les trois ordres et l’ordre des trois ordres chez Pascal ». Revue de métaphysique et de morale, 1997, 1. p. 19-40

Qu’« une idée de la vérité » soit déposée dans l’homme, et que ce dernier se trouve pourtant dans l’incapacité de posséder de manière absolument assurée quelque vérité que ce soit, voilà « certainement », comme le dit un passage biffé de la Pensée 131, ce qui « passe... toute la philosophie humaine ». On n’a qu’une certitude (mais on a au moins celle-là), c’est que la recherche de la vérité par la raison naturelle est vouée à l’échec. En effet, en chacun des deux « parti[s] » (le dogmatisme et le pyrrhonisme) auxquels se réduisent « nécessairement » les discours philosophiques sur les « principes naturels » de nos connaissances, on parvient à une pure aporie, due d’un côté à l’impossibilité d’une appréhension de la vérité inexpugnable à la raison, de l’autre côté à l’impossibilité d’un doute absolu ou « parfait ». Il est ainsi exclu de « subsister » dans un parti plutôt que dans l’autre, alors que cependant le ralliement à l’un ou à l’autre est inévitable quand on cherche la vérité à l’aide de la seule raison. Autant dire que la faillite de la « philosophie humaine » (tout entière ramenée à l’antilogie opposant l’indubitabilité des principes qui nous sont naturellement donnés et l’incertitude du mode originaire de leur donation) tient à son impuissance à s’auto-dépasser : trop « humaine » pour connaître que « l’homme passe infiniment l’homme », elle échoue en quelque sorte constitutivement à tenir le discours adéquat à ce « sujet de contradictions » qu’est l’homme, sujet réellement double, dont la « condition » même est d’être constamment divisé en deux natures inconciliables…


Date de mise en ligne : 01/01/2017

https://doi.org/10.3917/puf.pecha.2000.01.0137

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