Introduction
- Par Michel Biard
Pages 9 à 18
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- BIARD, Michel,
- Biard, Michel.
- Biard, M.
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Notes
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[1]
Le Père Duchesne, no 257, juillet 1793.
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[2]
Sous le titre Je suis le véritable Père Duchesne, foutre !, que je nommerai ici, selon l’usage traditionnel, Le Père Duchesne.
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Çà et là, Hébert note dans son journal une remarque qui atteste sa volonté d’employer des mots et expressions alors connus de tous. Ainsi, en janvier 1792, évoquant de bonnes bouteilles de vin apportées par un marchand, il écrit : « c’était, comme on dit [souligné par moi], derrière les fagots qu’il l’avait pris » (no 105-1792). De même, à la fin de décembre 1793, il note à propos de Camille Desmoulins, gratifié du sobriquet de « l’âne des moulins » : « […] il rue à droite et à gauche, et, comme on dit [id.], il donne le coup de pied de l’âne à tous les patriotes que les aboyeurs du roi Georges-Dandin outragent et calomnient » (no 328-1793).
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Fort de cet exemple, Hébert va utiliser à de très nombreuses reprises ce procédé littéraire qui consiste à relater des entretiens avec les puissants de ce monde, suscitant l’intérêt de lecteurs vite entraînés par leur goût pour le merveilleux à croire à ces histoires invraisemblables. Hébert sait justement à merveille faire appel à ces entretiens pour mieux diffuser ses idées politiques. Et lorsqu’il ne discute pas avec Louis XVI et/ou son épouse, rencontrés au hasard d’une promenade ou bien aux Tuileries, le Père Duchesne dialogue avec des députés, des administrateurs, des généraux, mais aussi bien sûr avec des personnages populaires, réels ou fictifs. Enfin, comme si cela ne suffisait point, Hébert dialogue avec ses lecteurs par l’intermédiaire de son héros de papier. En effet, des dizaines de numéros comportent des passages dans lesquels le Père Duchesne s’adresse directement au « peuple », l’apostrophe, lui reproche sa crédulité ou sa passivité, lui demande de se mobiliser sur tel ou tel thème, et bien entendu lui trace la voie à suivre pour assurer le triomphe de la Révolution. C’est alors, par les réactions des interlocuteurs du Père Duchesne, qu’Hébert place dans sa feuille un genre particulier de « courrier des lecteurs ».
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Trente en 1790, treize en 1791 et encore neuf en 1792, selon les chiffres, fiables, retenus par André TISSIER (Les Spectacles à Paris pendant la Révolution : répertoire analytique, chronologique et bibliographique, t. I, Genève, Droz, 1992).
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On trouvera une grande partie de ces titres dans l’étude d’Ouzi ELYADA, Presse populaire & feuilles volantes de la Révolution à Paris, 1789-1792 : inventaire méthodique et critique, Paris, Société des études robespierristes, 1991, p. 49-165.
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Mentionnons, à titre d’exemples, l’Almanach du Père Duchesne, ou le Calendrier des bons citoyens, ouvrage bougrement patriotique […], Paris, Imprimerie de Tremblay, 1791 (BnF, Lc22 26) ; ainsi que le Calendrier du Père Duchesne, ou le Prophète sac à diable. Almanach pour la présente année 1791, Paris, Imprimerie du Père Duchesne, s. d. (ibid., Lc22 625).
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Ainsi un texte intitulé Chanson nouvelle. La joie du Père Duchesne sur la suppression des barrières de Paris, l’abolition des droits d’entrée, et le renvoi des commis, pour le mois de mai prochain 1791. Air : La bonne aventure, s. l. n. d. (ibid., YE 56375 [86]).
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Telle cette eau-forte qui porte pour titre Billet doux du Père Duchesne, aux soldats de l’armée française, Paris, s. n., 1791 (ibid., Lc2 685).
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Selon Gérard Walter, Hébert aurait commencé à travailler avec le nom de ce personnage dès l’été 1790 (Gérard WALTER, Hébert et le « Père Duchesne », Paris, J.-B. Janin, 1946).
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Toutefois, de manière conventionnelle, j’ai choisi de retenir dans le présent ouvrage les désignants « exagérés » et « indulgents », d’autant que certains membres de cette seconde mouvance appartenaient eux aussi au club des Cordeliers, ce qui complique le tout (c’est d’ailleurs pourquoi Camille Desmoulins, l’un des « indulgents », décide de baptiser son journal Le Vieux Cordelier).
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L’un des sobriquets désignant la guillotine.
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Parmi les livres « récents », il convient de consulter : Gérard WALTER, Hébert […], op. cit. ; Louis JACOB, Hébert : le Père Duchesne, chef des sans-culottes, Paris, Gallimard, 1960 ; Marina GREY, Hébert : le père Duchesne, agent royaliste, Paris, Perrin, 1983 ; Morris SLAVIN, The Hébertistes to the Guillotine : Anatomy of a “Conspiracy” in Revolutionary France, Baton Rouge – Londres, Louisiana State University Press, 1994 ; Antoine AGOSTINI, La Pensée politique de Jacques René Hébert (1790-1794), Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 1999. Par ailleurs, sans citer les nombreux articles consacrés de près ou de loin à Hébert, son journal et/ou ses amis politiques, il importe de mentionner ici plusieurs travaux de Jacques GUILHAUMOU, car cet historien a beaucoup travaillé sur le langage employé par Hébert : « L’idéologie du Père Duchesne : les forces adjuvantes (14 juillet-6 septembre 1793) » (publication partielle de son mémoire de maîtrise inédit), in Régine ROBIN, dir., Langage et idéologies : le discours comme objet de l’Histoire, Paris, Les Éditions ouvrières, 1974, p. 81-116 (texte paru également dans Le Mouvement social, no 85, octobre-décembre 1973) ; « L’historien du discours et la lexicométrie. Étude d’une série chronologique : le Père Duchesne d’Hébert (juillet 1793-mars 1794) », Histoire & Mesure, 1986, vol. I, no 3/4, p. 27-46 ; « Les mille langues du Père Duchêne : la parade de la culture populaire pendant la Révolution », Dix-Huitième Siècle, 1986, no 18, p. 143-154 ; « L’analyse de discours et la lexicométrie : le Père Duchesne et le mouvement cordelier (1793-1794) » (à consulter sur ).
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[14]
En dépit d’une orthographe parfois fantaisiste.
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[15]
No 257, juillet 1793.
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[16]
No 313, novembre 1793.
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Comme la plupart des autres journalistes de son temps, Hébert ouvre chacun de ses numéros par un titre destiné à être crié dans les rues par les colporteurs chargés de vendre le journal. Mais, là où certains choisissent des titres assez longs, compliqués, mouvants, Hébert retient très vite une formule unique qu’il répète à l’infini. La « grande colère » du Père Duchesne contre tel abus, tel personnage ou telle situation, est certes plus fréquente que la « grande joie ». Mais le côté répétitif du procédé littéraire explique en partie la popularité du journal, d’autant qu’Hébert a également opté pour une forme particulière. En effet, chaque numéro est composé d’un titre développé dans un long et unique article, sans que soient joints des comptes rendus des débats à l’Assemblée nationale, des nouvelles diverses, des courriers de lecteurs, des annonces de spectacles, etc., autant de rubriques le plus souvent présentes sous la plume de ses concurrents. De même, il a recours presque systématiquement à trois éléments essentiels dans sa prose : les invectives contre ceux qu’il dénonce, les proverbes et bien sûr ses célèbres jurons. Aussi, à chaque numéro et à la seule audition/lecture du titre du jour, les lecteurs savent d’avance ce qu’ils vont découvrir et c’est bien sûr une des clés pour fidéliser un lectorat, condition de survie de tout journal.
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Le nom a également fait plusieurs réapparitions à partir de 1795, sous le Directoire, par exemple avec un éphémère journal portant en 1798 le titre hautement symbolique de La Résurrection du véritable Père Duchesne (qui n’a eu que quatre numéros seulement), ou encore en 1799 avec Le Père Duchêne de Lebois.
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Sous la monarchie de Juillet paraissent ainsi des Lettres patriotiques du Père Duchêne de 1831. En 1848, au moins une demi-douzaine de feuilles s’approprie le nom du Père Duchesne.
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En 1871, comme en 1848, le personnage du Père Duchesne réapparaît en fait dans une demi-douzaine de titres.
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Gérard Walter donnait une dizaine de titres pour la IIIe République, entre 1876 et 1898 (Hébert […], op. cit.). Et il convient bien entendu de ne surtout pas oublier la célèbre chanson du Père Duchesne qui fit les délices des militants révolutionnaires sous cette IIIe République : « Né en nonante-deux, Nom de Dieu, mon nom est Père Duchesne. Né en nonante-deux, Nom de Dieu, mon nom est Père Duchesne. Marat fut un soyeux, Nom de Dieu. À qui lui porte haine Sang Dieu, je veux parler sans gêne [etc.] ».
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Néanmoins, comme on pouvait s’y attendre, le nom du Père Duchesne a fait son apparition sur l’Internet. Ainsi est-il désormais possible de découvrir « l’actualité politique à la manière du journal révolutionnaire » (pereduchesne.blog4ever.com), de dialoguer avec d’autres internautes dans « la gargote du véritable Père Duchesne » (pereduchesne.forumperso.com), etc.
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Dans les années 1980, le personnage a encore fait l’objet d’un beau travail pour le théâtre, celui de Jean-Pierre FAYE : Les Grandes Journées du Père Duchesne : maître poëlier et fils de sacripant : ses joyeuses et horribles narrations : farce épique et tragique, Paris, Seghers-Laffont, 1980 ; Les Grandes Journées du Père Duchesne : version scénique, Marseille, Lafitte, 1983 ; Les Grandes Journées du Père Duchesne : farce tragique et musicale, Arles, Paris, Actes Sud, Papiers, 1989.
« C’est mon petit doigt qui me l’a dit », « avoir une dent contre quelqu’un », « manger la laine sur le dos », « tirer les vers du nez », « prendre la balle au bond », « reculer pour mieux sauter », « il n’y a plus à tortiller », « s’en foutre comme de l’an quarante », « mettre des bâtons dans les roues », « être au bout du rouleau », « manger de la vache enragée »… qui, en ces premières années du XXIe siècle, n’a pas manié, ou au moins entendu ne serait-ce qu’une fois, l’une ou l’autre de ces expressions ? Rares doivent être ceux et celles qui prétendraient tout en ignorer. Mais, de la même façon, ils ne seraient sans doute guère plus nombreux à pouvoir préciser l’ancienneté de ces expressions, a
fortiori à en souligner les origines. Comme plusieurs centaines d’autres mots et expressions présents dans notre langage, sous forme de locutions proverbiales, de termes populaires ou d’« argot », ils ont traversé les siècles, parfois depuis les Temps modernes, parfois même depuis le Moyen Âge. Beaucoup d’entre eux sont présents dans l’un des plus célèbres journaux de la Révolution française, Le Père Duchesne d’Hébert, publié de 1790 à 1794. Au-delà de son importance politique majeure, ce journal apparaît dès lors comme un passionnant témoignage sur le langage français, notamment ses formes considérées comme « populaires ».
Jacques René Hébert est né à Alençon, en Normandie, le 15 novembre 1757. Son père est un maître orfèvre, qui fait partie des notables de la ville et jouit d’une certaine aisance…
Date de mise en ligne : 01/12/2015