Chapitre d’ouvrage

9. Les porteurs de valises

Pages 252 à 287

Citer ce chapitre


  • Kauffer, R.
(2016). 9. Les porteurs de valises. Paris la Rouge : Capitale mondiale des révolutionnaires et des terroristes (p. 252-287). Perrin. https://shs.cairn.info/paris-la-rouge--9782262050306-page-252?lang=fr.

  • Kauffer, Rémi.
« 9. Les porteurs de valises ». Paris la Rouge Capitale mondiale des révolutionnaires et des terroristes, Perrin, 2016. p.252-287. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/paris-la-rouge--9782262050306-page-252?lang=fr.

  • KAUFFER, Rémi,
2016. 9. Les porteurs de valises. In : Paris la Rouge Capitale mondiale des révolutionnaires et des terroristes. Paris : Perrin. Synthèses Historiques, p.252-287. URL : https://shs.cairn.info/paris-la-rouge--9782262050306-page-252?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Sartre a toujours eu un problème d’appréciation avec le fascisme. Vivant à Berlin entre 1933 et 1934, il n’y voit pas la prise du pouvoir par les nazis, dont rien ou presque ne transpire dans sa correspondance avec Simone de Beauvoir. À la Libération, il se revendique d’un mouvement de résistance, Socialisme et Liberté, dont seuls Simone de Beauvoir et Maurice Merleau-Ponty peuvent attester, de sorte qu’il ne figurera jamais dans la liste officielle des mouvements, réseaux et missions homologués de la France combattante. Par contraste, il gagne le droit d’entrer au Comité national des écrivains, dont Louis Aragon, résistant sans équivoque, lui, reste la figure communiste la plus éminente. Sartre découvre alors que le fascisme de cette époque serait incarné par… de Gaulle ! Quinze ans plus tard, sa position est à peine plus nuancée : le vrai danger pour la démocratie, c’est toujours le Général. Notons que Reconstruction, la tendance de la CFTC qui donnera naissance à la CFDT en 1964, estime pour sa part en termes bien moins caricaturaux qu’en effet la prolongation de la guerre d’Algérie risquerait de déboucher à terme sur un pourrissement dangereux pour la démocratie. C’est pourquoi elle va accompagner… la marche du général de Gaulle vers l’indépendance.
  • [2]
    Avec l’émergence de l’OAS en 1961-1962, Alain Krivine sera, avec d’autres gauchistes qu’on retrouvera à ses côtés en mai-juin 1968, à l’origine du Front universitaire antifasciste, le FUA. L’histoire est toujours surprenante : ainsi ai-je révélé dans mon livre OAS, histoire d’une guerre franco-française (Seuil, 2002) comment d’anciens antifascistes républicains espagnols exilés à Alger ont appartenu aux premiers groupes « contre-terroristes », matrice précisément de l’OAS.
  • [3]
    Rappelons que la prétendue « Main rouge » n’est rien d’autre que le cache-sexe du service Action du SDECE. Le roman présenté ce jour-là à Ellie Diovoniotis par un officier des services secrets aux fins d’intimidation était signé Gil Perrault, le diminutif de l’écrivain Gilles Perrault, futur biographe de… Henri Curiel (Gil Perrault, La Main rouge, Paris, Éditions Ditis, 1960).
  • [4]
    Sarah Kaminsky, Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire, Paris, Calmann-Lévy, 2009.
  • [5]
    Pour éviter des ennuis avec la Sécurité militaire algérienne, commanditaire du crime mais aussi partenaire privilégié de la DST, les autorités françaises expulsent promptement vers Alger l’auteur des trois coups de feu mortels dans la tête de Mécili, un truand algérien qui ne sera donc jamais jugé pour son crime, malgré les protestations de l’épouse française de l’opposant.
  • [6]
    Compte tenu de son passé, certains journaux grecs l’avaient accusé d’être le chef de l’Organisation révolutionnaire du 17-Novembre (17-N), un groupuscule clandestin marxiste anti-OTAN qui s’est fait remarquer, outre l’assassinat le 12 décembre 1975 de Richard Welch, le chef de la station d’Athènes de la CIA, par la mort d’une vingtaine d’autres victimes dont cinq Américains, un Anglais et deux Turcs, sa dernière cible en date étant un attaché militaire britannique, le général de brigade Stephen Saunders. Voici ce que Pablo me disait de ces accusations en 1991 : « Qu’ai-je à voir avec le terrorisme ? J’ai adhéré aux thèses de l’opposition communiste de gauche en 1927. Je continue à être marxiste, étant entendu que pour moi, le marxisme est une science expérimentale et non un dogme. » De fait, rien n’est venu l’incriminer par la suite, d’autant qu’après sa mort le 17-N a commis d’autres assassinats pour porter son tableau de chasse à l’homme à vingt-trois personnes. Le rapport avec le trotskisme, il y en a pourtant un dans cette affaire. Le 17 juillet 2002, la brigade antiterroriste grecque a arrêté Alexandros Giotopoulos, considéré comme le cerveau du groupuscule terroriste. Né à Paris en 1944, cet universitaire est le fils de Mitsos Giotopoulos, dit « Vitte », chimiste de profession et créateur du courant archéomarxiste grec où Pablo a fait ses premières armes. Militant trotskiste jusqu’en 1933, date à laquelle il rompra avec l’ancien chef de l’Armée rouge, réfugié à Paris après la guerre d’Espagne où il a soutenu le POUM, « Vitte » rentrera en Grèce dans les années 1950 pour y mourir en 1965. Logé à la Cité universitaire à partir de 1963, Giotopoulos fils va faire toutes ses études à Paris. D’abord apolitique, il commence à se radicaliser en mai 1968. Hésitant entre trotskisme et maoïsme, il rencontre sa femme, une Française, lors d’une manifestation contre le coup d’État chilien du général Pinochet et, de retour en Grèce, se lance dans la spirale rappelée plus haut. Un révolutionnaire de plus dont la vocation, familiale dans son cas il est vrai, est née sur les bords de la Seine.

« Certains de nos jeunes étaient enragés. Nous avions toutes les peines du monde à les dissuader de s’engager dans les réseaux de soutien au FLN. Pas facile de leur faire comprendre la différence entre s’opposer à une guerre stupide et criminelle, et passer carrément de l’autre côté, c’est-à-dire trahir », m’a confié Claude Bourdet en 1985. Membre fondateur de ce qu’on désignait comme la Nouvelle Gauche, ce compagnon de la Libération – arrêté par les nazis et déporté, il pesait à son retour 40 kilos tout habillé – n’a jamais cessé de combattre la guerre d’Algérie. Dès 1955, n’osait-il pas évoquer la possibilité d’une « Gestapo française » outre-Méditerranée ? Pour autant, ancien membre de l’état-major du mouvement de Résistance Combat, le plus important de la zone sud, ce fils du célèbre auteur dramatique Édouard Bourdet fera toujours la différence entre la dénonciation du conflit et l’enrôlement dans les filières d’aide au FLN. À ses yeux, se placer volontairement sous les ordres du Front représentait une trahison de facto par manque de confiance dans la capacité de la France à se reprendre. Ou, plus grave encore, par détestation méprisante de sa propre patrie à base d’internationalisme et d’antifascisme compris de travers.
Qu’un tel engagement, dont il ne niait d’ailleurs pas les risques, puisse être identifié à une « nouvelle Résistance » hérissait Bourdet. Ayant côtoyé dans les rangs de Combat des hommes et des femmes de toutes opinions, il savait que le principal moteur de la Résistance française des années 1940-1944 ne fut pas la politique, mais le patriotisme…


Date de mise en ligne : 07/08/2019

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