Il
- Par Jacques Rolland
Pages 97 à 123
Citer ce chapitre
- ROLLAND, Jacques,
- Rolland, Jacques.
- Rolland, J.
Citer ce chapitre
- Rolland, J.
- Rolland, Jacques.
- ROLLAND, Jacques,
Notes
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[1]
Victor Hugo, Hernani, IV, sc. 3.
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[2]
De la matérialité (distinguée de la matière pure et simple), De l’existence à l’existant donne (p. 91-92) une description saisissante qui débouche sur l’il y a. Mais, puisque Lévinas insiste toujours sur les expériences préphilosophiques fondamentales sans lesquelles il n’y aurait pas de philosophie, sans doute faut-il rappeler ici l’angustum essentiel qui fut l’expérience de l’être même durant quelques années pour une famille de l’humanité européenne : « L’usure rapide de toutes les formes entre 1939 et 1945 rappelait plus que tous les autres symptômes la fragilité de notre assimilation. Dans ce monde en guerre, oublieux des lois mêmes de la guerre, la relativité de tout ce qui est indispensable depuis notre entrée dans la cité, apparut brusquement. Nous sommes revenus au désert, à un espace sans paysage ou à un espace tout juste fait – comme le tombeau – pour nous contenir ; nous sommes revenus à l’espace-receptacle. Le ghetto est cela aussi et non seulement séparation d’avec le monde » (NP 179).
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[3]
La présente analyse-et-interprétation déporte le centre de gravité du livre vers le § 3 du 5e chapitre, « Du Dire au Dit ou la Sagesse du Désir », où s’accomplit « l’interposition du tiers » (Derrida). Je pense qu’il faut effectivement prendre ces pages comme pivot dans toute lecture d’Autrement qu’être. Il reste cependant que l’on ne peut oublier le programme d’ « arrachement à l’essence » qui s’énonce dès les premières pages et qui emmène tant d’entre elles dans une écriture anarchique. C’est seulement si cette anarchie est prise au sérieux que l’on peut tenir sur le tiers un discours qui ne soit pas lénifiant.
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[4]
Voir plus haut, chap. 2, p. 91.
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[5]
Martin Heidegger, Sein und Zeit, § 47, p. 240 ; trad. Martineau, p. 178.
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[6]
Sur cette signification de la mort, voir 2e partie, chap. 5.
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[7]
Rabelais, Œuvres complètes (éd. citée), p. 3.
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[8]
Maurice Blanchot, L’Écriture du désastre, p. 40. Le propos est critiqué, à mon sens à tort, par Catherine Chalier, « Le bonheur ajourné », Rue Descartes, n° 19, février 1998, p. 40-41.
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[9]
Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques, I, Logique, § 93-94, trad. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1970, p. 357. Partiellement cité in Autrement qu’être, p. 119, n. 34.
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[10]
On se rappelle que c’est avec cette définition, négative, qu’avait commencé, dans le chapitre premier, le déroulement de l’intrigue de proximité, avec laquelle a commencé à proprement parler ce livre.
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[11]
Recherche sur l’infini qui ne le thématise pas et qui pour cela se fait recherche de l’infini – sous le coup de l’infini. C’est pourquoi, dans sa leçon du 12 décembre 1975, le cours sur Dieu et l’onto-théo-Iogie citait la lettre de Descartes à Mersenne du 28 janvier 1641 : « J’ai parcouru le livret de M. Morin, dont le principal défaut est qu’il traite partout de l’infini, comme si son esprit était au-dessus, et qu’il en pût comprendre les propriétés, qui est une faute commune à tous ; laquelle j’ai tâché d’éviter avec soin, car je n’ai jamais traité de l’infini que pour me soumettre à lui, et non point pour déterminer ce qu’il est, ou ce qu’il n’est pas » (A.T., III, 293).
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[12]
J’ai proposé un commentaire de cette proposition dans « L’inactuel » in Philosophies de l’actualité. Marx, Sartre, Arendt, Lévinas, Paris, Centre national de documentation pédagogique, revue Passages, 1998.
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[13]
A.T., VII, 47.
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[14]
Jean-Luc Marion, Dieu sans l’être, Paris, Fayard, 1982, p. 50-51.
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[15]
Sur l’idée de l’Infini, voir les deux dernières leçons du cours sur Dieu et l’onto-théo-logie ainsi que l’essai fondamental « Dieu et la philosophie » (DVI 93-127). J’avais moi-même abordé le thème de la « théologie lévinassienne » à partir de l’idée de l’infini en moi, et donc autrement que dans ce chapitre, dans « “ Divine comédie ”. La question de Dieu chez Lévinas », in La différence comme non-indifférence. Éthique et altérité chez Emmanuel Lévinas, sous la direction d’Arno Münster, Paris, Kimé, 1995, p. 109-127.
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[16]
Cité selon la traduction du Pentateuque accompagné du commentaire de Rachi, Paris, Fondation Samuel et Odette Lévy, 4e éd. 1981, cité ad loc. ; je souligne. On sait que, durant plusieurs décennies, Lévinas a donné chaque samedi matin, dans la synagogue de l’École normale israélite orientale, une leçon biblique durant laquelle il commentait quelques versets de la portion hebdomadaire de la Torah (paracha), lus au filtre du commentaire de Rachi, rabbin français du XIe siècle dont les gloses accompagnent toutes les Bibles juives, et complétés par le commentaire d’un passage de Talmud.
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[17]
Platon, Parménide, 137c.
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[18]
Ibid., 141e.
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[19]
Platon, République, VI, 509b.
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[20]
Martin Heidegger, La doctrine de Platon sur la vérité, trad. A. Préau in Questions II, Paris, Gallimard, 1968, p. 149.
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[21]
Ibid., p. 148.
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[22]
Nietzsche, Fragments posthumes. Automne 1884 – automne 1885, 34 [253]. Œuvres philosophiques complètes, vol. IX, trad. M. Haar et M.B. de Launay, Paris, Gallimard, 1982, p. 235.
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[23]
Sur ce point, voir les développements du chapitre 6 de cette première partie.
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[24]
Notons au passage que, s’il était licite de bâtir une « théologie lévinassienne », c’est en des termes tout autres que spéculatifs qu’il faudrait le faire.
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[25]
Il me semble en effet qu’il y a place pour une lecture agnostique ou athée – on l’a vu lui-même ne pas reculer devant le mot – de Lévinas. Elle s’en tiendrait résolument à la structure Je-Tu et prendrait au pied de la lettre l’illéité du Il. Elle pourrait certes sereinement admettre que « tout se passe comme si » cette structure Je-Tu était – énigmatiquement – commandée par le ou à partir du Il, mais elle n’aurait pas besoin de ce mouvement qu’elle se permettrait de dire supplémentaire, et elle fe récuserait véhémentement s’il devait aboutir à une quelconque position du Il. Une telle lecture gauchirait certes la lettre lévinassienne, mais lui serait cependant, par ce refus de toute position, plus fidèle que toute annexion fidéiste. Le chapitre 6 montrera par ailleurs que c’est seulement à partir de ce que Derrida appelle d’une heureuse formule « l’interposition du tiers » que l’on peut penser une certaine « nécessité du Il ».
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[26]
Je me permets cette précision, car je ne vois guère comment interpréter autrement cette incise assez obscure.
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[27]
Rappelons ici les mots du texte sur Kierkegaard cité à la fin du premier chapitre, où il était question d’une époque « qui a perdu la confiance en l’authenticité historique des Écritures sans perdre la possibilité d’entendre à travers elles une voix qui vient de là-bas. Les Écritures, ce n’est peut-être rien. Depuis la Critique historique de la Bible, elles s’expliquent par bien des contingences. Et cependant il y eut message » (NP 115).
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[28]
J’emprunte cette expression à Gianni Vattimo qui l’employait dans un sens très positif dans « La crise de l’humanisme », trad. par mes soins in Exercices de la patience, n° 5 (printemps 1983), p. 30.
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[29]
Genèse dont De l’existence à l’existant et Le Temps et l’Autre peuvent être considérés comme les traces visibles, mais qui méritent également d’être lus comme des écrits autonomes. C’est d’ailleurs l’un des mérites du premier essai de Jacques Derrida que de passer constamment du « grand livre » aux « petits écrits ».
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[30]
Jacques Derrida, « En ce moment même... », p. 58.
Au bout de l’intrigue de la proximité a pointé la subjectivité, sans plus de surface qu’un point géométrique, aussi pointue qu’une pointe d’épingle, mais comme telle portant l’altérité absolue du prochain signifiant dans l’ambiguïté du visage sur le bord de tomber hors de la phénoménalité. Dans cette condition – par le livre souvent précisée incondition – le sujet est « l’un – non-relation mais absolument terme » (AE 130), et en tant que tel seulement rendant possible la relation avec l’altérité, selon la leçon fondamentale de Totalité et Infini retenue par Autrement qu’être : « L’altérité, l’hétérogénéité radicale de l’Autre, n’est possible que si l’Autre est autre par rapport à un terme dont l’essence est de demeurer au point de départ, de servir d’entrée dans la relation [...]. Un terme ne peut demeurer absolument au point de départ de la relation que comme Moi » (TI 6). Mais voici en outre que, de ce terme – qui en cette manière se définit « absolument terme » – il est encore dit qu’il doit être le Même, et cela « non pas relativement, mais absolument ». Ce qui précisément caractérise le Moi qui, en tant que conscience, se vit « à travers ruptures et retrouvailles » (AE 131), se perd pour mieux se retrouver et finalement se laisse penser comme ego origine du monde. Au rebours de ce Moi, Autrement qu’être va penser le moi, le je, qu’il va découvrir comme Autre-dans-le-Même, ce qui ne signifie pas une aliénation mais, dans la passivité, une inspiration ou un éveil (DMT239)…
Date de mise en ligne : 21/04/2020
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