Fonction de la réminiscence virgilienne dans le Voyage autour du monde de Bougainville
- Par Philippe Despoix
Pages 131 à 146
Citer ce chapitre
- DESPOIX, Philippe,
- BERNIER, Marc André,
- Despoix, Philippe.
- Despoix, P.
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- Despoix, P.
- Despoix, Philippe.
- DESPOIX, Philippe,
- BERNIER, Marc André,
Notes
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[1]
Cette étude s’insère dans le cadre d’un travail plus important sur les dispositifs de l’exploration à l’âge des Lumières européennes; voir Philippe Despoix, Le monde mesuré. Dispositifs de l’exploration à l’âge des Lumières, 2005.
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[2]
[Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], entrée du 15 avril 1768, p. 327.
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[3]
Philippe de Commerson, « Lettre sur la découverte de la nouvelle isle de Cythère ou Taïti », novembre 1769, p. 197 et suiv.
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[4]
À propos de cette technique de désenchantement, on consultera Karl-Heinz Kohl, Entzauberter Blick. Das Bild vom Guten Wilden und die Erfahrung der Zivilisation, 1981, p. 202 et suiv.
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[5]
[Louis-Antoine de Bougainville], Voyage autour du monde par la frégate du Roi La Boudeuse et la flûte L’Étoile, 1982 [1771], p. 267.
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[6]
Ibid., p. 192.
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[7]
[Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], 8 déc. 1767, p. 269.
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[8]
Voir, entre autres, [Louis-Antoine de Bougainville], Voyage, op. cit., p. 221, 226 et 244.
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[9]
Ce compte rendu ne paraîtra pas dans la Correspondance littéraire de Grimm, mais passera en grande partie dans le Supplément de Diderot. Voir Denis Diderot, Supplément du voyage de Bougainville, ou Dialogue entre A et B, 1875, t. 2, p. 199 et suiv.
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[10]
« Nimborum in patriam, loca foeta furentibus austris » (« [V]ers la patrie des nuages, lieu de naissance des tempêtes furieuses » [Virgile, Énéide, 1970-1974, Chant I, v. 51]). Cette citation est placée en tête du ch. VIII. Les vaisseaux français quittent Montevideo : c’est la fin de la première partie de la mission de Bougainville chargé de procéder à la cession officielle des îles Malouines (colonisées entre 1763 et 1766 par la Compagnie de Saint-Malo) à l’Espagne, et donc le véritable départ pour la traversée du Pacifique. La phrase citée est privée de son sujet, « dea », qui n’est autre que Junon se rendant chez Éole, maître des vents et des tempêtes, le supplier de perdre la flotte d’Énée. Contre elle, intervient Vénus qui intercède auprès de Jupiter pour lui rappeler ses promesses vis-à-vis de son fils : « Parce metu, Cytherea, manent immota tuorum fata tibi » (« Rassure-toi, Cythérée ; immuables restent les destins » [Virgile, Énéide, op. cit., Chant I, v. 257]). La Cythérienne, du principal lieu méditerranéen du culte de Vénus, est chez Virgile le nom donné par Jupiter à la déesse pour la rassurer sur le sort d’Énée.
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[11]
Voir [Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], p. 281 ; notre traduction pour la citation.
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[12]
Virgile, Énéide, op. cit., Chant I, v. 755 et suiv.
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[13]
Ibid., v. 753 et suiv.
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[14]
Ibid., v. 664 et suiv.
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[15]
Ibid., v. 319 et suiv., v. 327 et suiv. et v. 404 et suiv.
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[16]
[Louis-Antoine de Bougainville], Voyage, op. cit., p. 225 et suiv. Cette scène a lieu après un premier échange d’objets introduit par un cérémoniel à l’aide de branches de bananier, échange que Bougainville interprète comme le « rameau d’olivier » des insulaires (voir ibid., p. 222).
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[17]
Il y a ici encore allusion à la séquence virgilienne de reconnaissance de Vénus par son fils : « [P]edes vestis defluxit ad imos et vera incessu patuit dea » [« [L]es plis de sa robe coulèrent jusqu’à ses pieds et vraie déesse, à sa démarche elle apparut»] (Virgile, Énéide, op. cit., Chant I, v. 404 et suiv.).
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[18]
Voir, entre autres, Marshall D. Sahlins, Islands of History (1985) et Historical Metaphors and Mythical Realities. Structure in the Early History of the Sandwich Islands Kingdom (1981).
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[19]
[Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], 5 avril 1768, p. 315. Il semblerait que Bougainville ait mit à profit, dans la version publiée de son journal, le Voyage, les journaux de ses compagnons. Voir, par exemple, celui de Fesche (Étienne Taillemite, Bougainville, op. cit., vol. II, p. 80) : « Cette nouvelle Vénus, après avoir longtemps attendu, voyant que ni les invitations de ses concitoyens et principalement de ses vieillards, ni l’envie qu’elle témoignait elle-même d’offrir avec un de nous quel qu’il fût un sacrifice à Vénus, ne pouvoient nous engager à transgresser les bornes de la décence et des préjugés établis par nous, sentiment qu’elle interprétoit peut-être à notre désavantage, nous quitta d’un air piqué et se sauva dans sa pirogue. »
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[20]
[Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], 7 avril 1768, dans Étienne Taillemite, Bougainville, op. cit., vol. I, p. 317 et suiv. Voir également, quelques lignes plus bas (ibid., p. 318) : « [T]out inspire la volupté. Aussi l’ai-je nommé la Nouvelle Cythère et l’égide de Minerve y est aussi nécessaire que dans l’ancienne pour défendre contre l’influence et du climat et des mœurs de la nation. »
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[21]
Virgile, Énéide, op. cit., Chant I, v. 731 et suiv. La citation complète, tirée de Virgile, se lit comme suit : « « Iuppiter, hospitibus nam te dare iura loquontur / hunc laetum Tyriisque diem Troiaque profectis / esse velis, nostrosque huius meminisse minores. / Adsit laetitiae Bacchus dator et bona Iuno ; / et vos o coetum, Tyrii, celebrate fauentes ». / Dixit et […]. »
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[22]
Le passage au latin semble s’effectuer assez systématiquement, dans le texte du journal de Bougainville, toutes les fois où il y a quelque chose d’inconnu qui se présente ou encore une difficulté à nommer une réalité, par exemple, les tatouages ([Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], p. 316) : « Quand César fit la première descente en Angleterre, il trouva cette peinture en usage chez les Anglois : “Omnes vero Britanni se vitro inficiunt quod ceruleum efficit colorem.” »
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[23]
[Louis-Antoine de Bougainville], Voyage, op. cit., p. 235.
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[24]
Ibid., p. 225 et suiv.
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[25]
Ce signifiant réapparaît ensuite conjugué à ceux de « maté », connotant la mort, et de « tayomaté », qualifiant les Européens qui, bien qu’accueillis en amis, apportent la mort. Voir ibid., p. 241.
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[26]
Sur le mode de cet écart, voir le chapitre « Ethno-graphie. L’oralité ou l’espace de l’autre : Léry », dans Michel de Certeau, L’écriture de l’histoire, 1975, p. 241 et suiv.
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[27]
Charles-Marie La Condamine, Observations de Mr de la Condamine sur l’insulaire de Polynésie, [s.d.], f. i et suiv.
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[28]
Voir l’allusion à une telle « pirogue sans balancier » (« va’a ama’ore ») dans le récit de Pau’e, tel que transcrit dans Teuira Henry, Tahiti aux temps anciens, 1951, p. 20 et suiv. ; voir également la prophétie de Vaità, dans Alain Babadzan (dir.), Mythes tahitiens réunis par Teuira Henry, 1993, p. 344 et suiv.
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[29]
Voir le récit de voyage de Samuel Wallis, Captain Wallis’s Voyage , 1773.
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[30]
Voir [Louis-Antoine de Bougainville], Voyage, op. cit., p. 270.
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[31]
Ibid., p. 230.
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[32]
« Akua » (« atua » en tahitien) jouerait dans ce cas le rôle d’une catégorie sémantique zéro. Voir Marshall D. Sahlins, Islands of History, op. cit., p. 30. Voir également la violente critique de cette lecture par Gananath Obeyesekere, The Apotheosis of Captain Cook. European Mythmaking in the Pacific, 1992, ainsi que la réponse de Marshall D. Sahlins, dans How « Natives » think. About Captain Cook for example, 1995. On trouve une évaluation de ce débat dans Rod Edmond, Representing the South Pacific. Colonial Discourse from Cook to Gauguin, 1997, p. 56 et suiv.
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[33]
Samuel Wallis, Captain Wallis’s Voyage, op. cit., p. 451.
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[34]
[Louis-Antoine de Bougainville], [Journal de voyage, 1766-1769], p. 349 et suiv. Voir [Louis-Antoine de Bougainville], Voyage, op. cit., p. 293 et suiv. On comparera cet extrait au journal de François Vivès. Voir [Manuscrit de Rochefort, 1794-1795], p. 237 et suiv.) : « Les soupçons commençoient à tomber fautte de preuve lorsque nous arrivasme à la Nouvelle Cithère, mais ils renoissent bientôt. Le sauvage de bord, Boutavery, dont j’ai fait mention, dès qu’il aperçu[t] dans la foule de l’équipage ce personnage, il se mit à courir après elle en crian : ayenne qui veut dire fille en langue du pais, lui fit des démonstrations de propositions bien inteligible. Nous fusmes tous étonné de voir que cet homme l’avoit reconnue et de l’ardeur avec lequel il s’en est occupé, il n’en fallut pas d’avantage pour assurer à tous l’équipage le caractère de son sexe. »
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[35]
Virgile, Énéide, op. cit., Chant VI, v. 673 et suiv.
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[36]
[Louis-Antoine de Bougainville], Voyage, op. cit., p. 247 et suiv.
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[37]
Ibid., p. 252.
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[38]
Il y a tout au plus l’ombre d’un frère qui plane sur le Voyage (ibid., p. 46) : « Ce n’est ni dans les forêts du Canada, ni sur le sein des mers que l’on forme l’art d’écrire, et j’ai perdu un frère dont la plume aimée du public eût aidé la mienne. » Il s’agit de Jean Pierre de Bougainville, frère aîné et éducateur du navigateur, connu pour ses éditions de littérature de voyage antique et la traduction d’un Anti-Lucrèce. Voir, entre autres, Jean-Étienne Martin-Allanic, Bougainville navigateur et les découvertes de son temps, 1964, vol. I, p. 35.
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[39]
[James Cook], A Journal of a Voyage Round the World in H. M. S. Endeavour, 1771.
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[40]
Il s’agit, si l’on veut, d’un complément à l’idée formulée dans le titre de l’ouvrage de Marshall D. Sahlins, Historical Metaphors and Mythical Realities, op. cit.
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[41]
C’est le nom que l’insulaire prononce « Poutavery ». Voir, à ce propos, les Observations de Jacob Rodrigues Pereire sur la langue de Tahiti, en annexe au Voyage de Bougainville. À propos de l’interprétation de ce rituel, Alain Babadzan note, dans Les dépouilles des dieux. Essai sur la religion tahitienne à l’époque de la découverte, 1993, p. 287 : « [L]e garçon et l’ami échangent leurs noms et dès lors ce dernier est considéré comme faisant partie de la famille, devenant le fils adoptif du père du garçon.» Quant à Bougainville, il aura donné son nom à la fleur d’Amérique du Sud que Commerson lui a dédiée : le bougainvillée. Voir la préface de Jacques Proust au Voyage, op. cit., p. 11.
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[42]
Virgile, Énéide, op. cit., Chant IV, v. 418 : « Puppibus et laeti nautae imposuere coronas. » Ce qui semble être ici encore une description correspond, dans le poème épique, à la voix de Didon suppliant sa sœur Anna de retenir Énée d’un départ si prompt.
Lorsque, au début d’avril 1768, Louis Antoine de Bougainville croise l’île de Tahiti pendant sa traversée du Pacifique, il ne sait pas encore que l’expédition britannique de Wallis l’a devancé de neuf mois. C’est autour de cette « découverte » que s’organise le texte de son Voyage autour du monde par la frégate du Roi La Boudeuse, publié en 1771. Bien qu’il s’en défende dans le discours préliminaire, l’ancien élève de d’Alembert y fait preuve d’indéniables qualités d’écrivain. Avec sa relation, les contours du personnage nouveau de l’auteur-voyageur commencent à se dessiner sur la scène européenne du livre. Auteur, Bougainville l’est moins comme sujet visible de son ouvrage, que dans le sens où il récrit en grande partie le manuscrit de son journal de bord remis au ministère de la Marine. À la différence de ce que seront les pratiques de publication anglaises, il devient en quelque sorte son propre compilateur. En effet, le Voyage qu’il est finalement autorisé par le roi à faire imprimer présente des écarts importants en regard de son premier texte.
Le journal du commandant Bougainville a conservé la trace d’un séjour polynésien éblouissant, d’une rencontre unique. Le court épisode tahitien de ce texte brut prend, sur sa fin, la forme d’un dialogue fictif avec les insulaires :
Adieu peuple heureux et sage, soyez toujours ce que vous êtes. Je ne me rappellerai jamais sans délices le peu d’instants que j’ai passés au milieu de vous et, tant que je vivrai, je célébrerai l’heureuse île de Cythère…
Date de mise en ligne : 01/02/2023
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