Du langage
- Par Igino Pellin
Pages 153 à 163
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- PELLIN, Igino,
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- Pellin, I.
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N’étant jamais parvenu à transformer la langue comme ont su le faire Proust ou Joyce, n’en maîtrisant pas toutes ses palettes comme Shakespeare, Orwell a cependant toujours nourri une longue réflexion sur le langage. Est-ce le signe d’une frustration dont il ne réussit pas à se défaire ou plus simplement une peur d’une dégradation du langage dans les sociétés modernes ? Quoi qu’il en soit, peu de romanciers ont eu ce souci d’exploiter autant ce sujet. C’est même un des sujets majeurs, avec celui du Temps, et il anime son œuvre. Son écriture, à première vue, ne semble pas bousculée par cette réflexion ; elle n’est pas une grande exploratrice de formes. Il y a tout de même un certain nombre de contre-exemples, mais pas assez pour contenir une déception chez Orwell et chez certains de ses lecteurs. Paradoxalement, pour un auteur qui se méfie de la philosophie, cette réflexion prend davantage la forme d’une démarche rationnelle que d’une recherche poétique.
Déjà dans la première de ses œuvres, Down and Out in Paris and London, Orwell consacre tout un chapitre sur l’argot de Londres. Celui-ci est très fleuri et très riche en emprunts dont on ne connaît pas toujours l’origine. Il est semblable à un dialecte par ses distances avec la langue mère mais il a la particularité d’évoluer et de changer très rapidement. Au fil des années, nombre de formes et d’accentuations deviennent désuètes. Orwell observe particulièrement le vocabulaire des jurons et de l’insulte, selon lui plutôt irrationnel et relevant même « d’une sorte de magie », car certains mots abandonnent leur sens premier pour devenir des sacrements, « et parce qu’il est devenu un sacrement, un mo…
Date de mise en ligne : 12/07/2024
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