Prologue. Remythologisation
- Par Christian Sommer
Pages 11 à 30
Citer ce chapitre
- SOMMER, Christian,
- Sommer, Christian.
- Sommer, C.
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Notes
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[1]
Sur cet épisode, cf. Das Rektorat 1933/34 (1946), ga 16, p. 372-394, qui reprend et condense les lignes directrices présentées dans ses réflexions Aus der Zeit des Rektorats dans Überlegungen und Winke iii (1932-1934), ga 94, p. 110-162. Heidegger reviendra régulièrement dans ses Cahiers sur cette écharde ou erreur (« L’erreur de 1933 [Der Irrtum von 1933] ») ; cf. Überlegungen und Winke iii (1934), ga 94, p. 154-155, 160-162, 198, 303, 324, 467 ; Überlegungen viii (1938/39), ga 95, p. 125 ; Überlegungen xi (1939), ga 95, p. 433 ; Anmerkungen i (ca. 1946), ga 97, p. 61, 63-64, 98 ; Anmerkungen ii (ca. 1946-47), ga 97, p. 126-127, 130, 143, 147-148, 174, 185 ; Anmerkungen iii (1946-47), ga 97, p. 258, 274. Sur le « programme platonicien » du Discours, cf. ch. Sommer 2013a.
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[2]
Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 146-147. Pour alléger l’appareil de notes, nous indiquons toutes nos références à la Gesamtausgabe (ga) et aux commentaires en abrégé. On se reportera à la bibliographie en fin de volume pour les références complètes. L’abondance des notes, formant un Gestell que le lecteur ou la lectrice est loisible d’ignorer, ne nous paraît pourtant pas inutile lorsqu’on prétend étudier, voire comprendre, un philosophus obscurus interprétant un poeta obscurus au cœur d’une époque obscure. Commenter et traduire la conceptualité idiolectale et latinophobe de Heidegger dans une langue latine, en l’occurrence française, présente à nos yeux l’avantage insigne d’en faire ressortir, par contraste, toute l’étrangeté et d’en remarquer ou éprouver les inventions. La plupart des « notions » de cette lingua heideggeriana sont des transpositions et réélaborations discrètes de termes hölderliniens, qu’on ne trouvera donc pas répertoriées dans l’utile Heidegger Concordance compilée par F. Jaran/Ch. Perrin 2013.
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[3]
Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 214.
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[4]
Lettre à K. Jaspers, 1er juillet 1935.
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[5]
Ein Rückblick auf den Weg (1937/38), ga 66, p. 415-416. Sur cette « explication silencieuse », cf. D. Franck 2004 qui n’indique l’enjeu principal de cette explication qu’en conclusion de son étude (p. 137) : la question du « dernier dieu ».
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[6]
k. Gründer 1962, p. 331, fut l’un premiers à parler d’une « religion hölderlinienne » chez Heidegger. Cf. aussi a. Gethmann-Siefert 1974, p. 110-111 ; h.-g. Gadamer 1988, p. 177.
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[7]
Cf. w. Michel 1926, p. 166 ; Platon, Gorgias 521d : « Je pense que je suis l’un des rares Athéniens, pour ne pas dire le seul, qui s’intéresse à ce qui est vraiment l’art politique et que, de mes contemporains, je suis seul à faire de la politique ».
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[8]
Nietzsche i, ga 6.1, p. 160-161 ; 567.
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[9]
Pour une synthèse de l’histoire du problème théologico-politique, cf. J. Assmann 2000 ; R. Brague 2005 ; H. Meier 1992 ; J.-C. Monod 1992. Cf. aussi les réactualisations plus récentes de la « théologie politique » en Italie à partir d’une relecture de Schmitt et de Heidegger (G. Agamben, M. Cacciari, R. Esposito, M. Tronti, etc. ; C. Jouin 2014, p. 518-529.
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[10]
Cf. Ph. Lacoue-Labarthe 1987, p. 88, 130 ; 2002, p. 15-42, 70, 84 ; M. de Beistegui 1991 ; F. Edler 1992 ; F. Fistetti 1999 ; J.-F. Courtine 2013b, p. 189 (« la reprise par Heidegger de cette “philosophie de l’histoire” ou “hiéro-histoire” hölderlinienne, devenue théologie politique ») ; M. Crépon 2004, p. 91-92 ; D. Janicaud 1990, p. 148 (« La méprise théologico-politique, dont Hölderlin est l’enjeu et l’otage ») ; J.-C. Monod 2012, p. 118 (« théologico-politique, ou théiologico-politique, parce que Heidegger attache bien à cette “invention” ou libération d’un dieu à venir, le “dernier dieu” des Beiträge, la capacité à instituer un peuple »).
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[11]
Bien qu’on ne puisse guère faire abstraction de la sombre présence, dans ce contexte historique, de l’ouvrage Der Mythus des 20. Jahrhunderts (1930), il serait sans doute précipité d’établir des liens directs et simples entre les deux opérations d’actualisation du mythe, comme a pu le suggérer Th. Adorno ; cf. Lettre à G. Scholem, 17/4/1963, in Th. W. Adorno/G. Scholem 2015. Dans Überlegungen xi (ca. 1939), ga 95, p. 412, Heidegger critique d’ailleurs l’ouvrage d’A. Rosenberg comme « plus haut achèvement du subjectivisme non-mythique, rationnel et du libéralisme du xvie siècle ».
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[12]
Sur cette Sonderentwicklung germanique, cf. W. Burkert 2011c, p. 86-87.
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[13]
Zum Ereignis-Denken, ga 73.2, p. 1277 : « De l’herméneutique du Da-sein à la mytho-logie de l’événement appropriant », formule saisissante susceptible de résumer le Denkweg de Heidegger.
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[14]
E. Cassirer 1925, p. 7 ; Besprechung (1929), ga 3, p. 255. Cf. Schelling 1856, p. 195-196 : « La mythologie n’est pas allégorique, elle est tautégorique [Coleridge]. Pour elle les dieux sont des êtres réellement existants qui ne sont pas autre chose, qui ne signifient pas autre chose, mais ne signifient que ce qu’il sont ». – Outre Das mythische Denken et sa bibliographie bien informée, l’une des principales orientations historiographiques de Heidegger pour la question du mythe chez les Grecs (et généralement pour toute la Kulturgeschichte grecque) est fort probablement la Griechische Kulturgeschichte de J. Burckhardt 2007b, p. 15-36, spéc. 22-27, ouvrage qu’il consulte volontiers ; cf. Lettre à R. Bultmann, 2/4/1928 ; Parmenides (1942/43), ga 54, p. 134 ; Zu den Inseln der Ägäis (1967), ga 75, p. 251.
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[15]
Besprechung (1929), ga 3, p. 256.
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[16]
Besprechung (1929), ga 3, p. 269.
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[17]
Cf. Metaphysische Anfangsgründe (1928), ga 26, p. 270 : « La métaphysique du mythe doit être comprise à partir de cette archi-Histoire (Urgeschichte) [sc. la temporalisation de la temporalité ekstatique] et ce à l’aide d’une construction métaphysique de l’archi-temps (Urzeit), c’est-à-dire du temps qui commence avec l’archi-Histoire elle-même ».
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[18]
Einleitung (1927/28), ga 27, p. 362.
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[19]
Cette critique peut se retourner contre Heidegger : ne pourrait-on lui reprocher de se limiter à cette « grande mythologie grecque », tout comme il se limite à la philosophie grecque ? Au xxe siècle, on le sait, les études marquantes sur le mythe concernent le domaine non-grec (Boas, Malinowski, Lévi-Strauss) ; cf. W. Burkert 2011b, p. 42.
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[20]
Cf. A. Baeumler 1926, p. xxxi : « L’esprit de l’antiquité ne peut être compris qu’à partir du mythe ». Les lettres de Heidegger, « vénérateur de l’Introduction à Bachofen », adressées à Baeumler sont prétendument « perdues » sauf celle du 19/8/1932 ; cf. M. Baeumler 1989, p. 242, n. 9. – w. F. Otto 1929, p. 178 : « Le divin est la forme pure du monde, son interprétation, son mythe ». Cf. Lettre à W. F. Otto, 29/1/1931 : « Je n’ai cesse de lire et d’apprendre philosophiquement dans vos ‘dieux de la Grèce’ », cité dans A. Stavru 2002, p. 311, n. 9 ; cf. aussi A. Stavru 2001. La correspondance inédite entre Heidegger et W. F. Otto est incomplète (1950-1957, 7 lettres ; source : T. Kisiel).
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[21]
Cf. Einleitung (1927/28), ga 27, p. 382-383 : « On a depuis toujours souligné, à commencer par les Grecs eux-mêmes, l’origine de la philosophie à partir du mythe (…) or, cela signifie seulement que tout philosopher lui-même, conformément à sa possibilité propre, doit toujours s’assurer de nouveau de cette origine (Ursprung) essentielle, c’est-à-dire que la philosophie doit, à partir de là, se donner à elle-même sa pleine essence » ; p. 399 : « c’est précisément parce qu’elle est intrinsèquement différente en raison de son Histoire (Geschichte) que la philosophie reste reliée au mythe ».
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[22]
La lettre que Heidegger enverra à W. Jaeger fin 1932, le félicitant d’avoir atteint dans son Tyrtaios (w. Jaeger 1932) « la strate, jusqu’alors à peine devinée, du philosopher antique pour ainsi dire souterrain (unterirdisch) », confirme l’adhésion, certes complexe, de Heidegger à ce paradigme unterirdisch ; cf. Lettre à W. Jaeger, 12/12/1933, citée dans F. Edler 1997, p. 123. Nul mieux que L. Curtius 1927 n’a exprimé dans son article emblématique ce tropisme configurateur en évoquant la « source souterraine » (unterirdische Quelle) grecque qui alimenterait la lignée de la « Renaissance » allemande (Winckelmann, Lessing, Herder, Goethe, Hegel, Hölderlin, Burckhardt, Nietzsche), la distinguant de la « Renaissance » française (Montaigne, Ronsard, Racine, Voltaire, Valéry) et anglaise (Hobbes, Shaftesbury, Mill, Spencer). Cf. aussi w. Jaeger 1929, p. 168 : « En Allemagne la ligne d’évolution de notre rapport à l’antiquité s’appelle : Winckelmann – Goethe – Hölderlin – Nietzsche ».
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[23]
Pour une approche critique de la « vision » nietzschéenne biaisée mais fort influente de l’antiquité, cf. H. Cancik 1995 et 2000 ; G. Most 1995 ; M. Vogel 1966.
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[24]
L’association Hölderlin/Nietzsche, supposée donner accès à une Grèce « archaïque », « pré-romaine », « non-humaniste », « anti-chrétienne », est un cliché assez répandu à l’époque, surtout dans le George-Kreis et au-delà (comme l’a relevé Heidegger lui-même dans ses Anmerkungen I (1942/43), ga 97, p. 27) ; cf. par ex. E. Bertram 1919, p. 84-85 : « le jeune Nietzsche nourri de l’hellénité allemande de Hölderlin » ; K. Hildebrandt 1924, p. 194 : « Historiquement, on dira que Nietzsche est inspiré par Hölderlin, mais mythiquement, il serait plus exact de dire à l’inverse que Nietzsche est un précurseur de Hölderlin » ; A. Baeumler 1930, p. 249 : « La Volonté de puissance est un commentaire des poèmes de Hölderlin » ; p. 250 : « Sous les yeux de Hölderlin et de Nietzsche se tient l’État grec bâti sur les dieux », etc.
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[25]
Cf. Hölderlin, Der Gesichtspunkt ; Lettre à Schiller, 2/6/1801 ; Lettres à Böhlendorff, 4/12/1801 et 11/1802.
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[26]
Cf. W. Burkert 2011c.
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[27]
Ce qui n’exclut pas pour Heidegger, soulignons-le, de reprendre le corpus de Nietzsche attestant la fin de la métaphysique pour fonder précisément ce qui s’y congédie : la métaphysique ; cf. Überlegungen xii (1939), ga 96, p. 64 (gründende Überwindung). Au-delà de sa critique, il faut comprendre que Heidegger entend répéter et fonder le « vouloir le plus intime » de Nietzsche ; cf. Winke x Überlegungen ii und Anweisungen (1931-1932), ga 94, p. 39 : « mettre en œuvre et en chemin son vouloir le plus intime (innerstes Wollen) à partir du fondement (Grund) » ; Überlegungen v (ca. 1937), ga 94, p. 325 : « transmettre Nietzsche à l’avenir ».
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[28]
Cf. Grundfragen der Philosophie (1937/38), ga 45, p. 90, p. 125-127 ; Überlegungen vii (1938), ga 95, p. 66-67 : « Ce n’est que dans l’Histoire de l’estre que se trouve la raison (Grund) pour nommer conjointement Hölderlin et Nietzsche » ; Überlegungen viii (1938/39), ga 95, p. 144, 253 ; Überlegungen xi (ca. 9/1939), ga 95, p. 378-379, 387 ; Überlegungen xiv (1940-1941), ga 96, p. 199 : « Nietzsche est le nom pour l’achèvement (Vollendung) de la métaphysique. Hölderlin, depuis 1800, se tient hors métaphysique et institue quelque chose d’autre (ein Anderes) » ; Anmerkungen i (1942), ga 97, p. 13-14, 27 ; Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), ga 75, p. 337 : « les deux grands solitaires dont l’œuvre construit notre avenir, Hölderlin et Nietzsche ». – Cf. D. Janicaud 1990, p. 44 : « Hölderlin ne “l’emporte” pas seulement sur Nietzsche, dans l’esprit de Heidegger : il offre la dimension interprétative historiale-destinale où la lecture de Nietzsche (de plus en plus critique, à partir de 1936) va venir trouver son sens et comme son lieu ».
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[29]
H. Blumenberg 2006, p. 436.
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[30]
Cf. N. v. Hellingrath 1915a, 1915b, 1916 ; F. Wolters 1926 ; F. Gundolf 1911 ; W. Michel 1911 ; M. Kommerell 1928, p. 395-483 ; K. Hildebrandt 1939 ; P. Böckmann 1935. – Sur la situation de Heidegger dans la réception georgienne, cf. J. Appelhans 2002, p. 326-421 ; H. Bothe 1992, p. 209 ; H.-G. Gadamer 1995 ; C. Pornschlegel 1994, p. 171-229 ; H.-J. Schrimpf 1957, p. 308-310. Au-delà de ces affinités réelles avec le George-Kreis, il convient de voir que l’approche de Heidegger se singularise par le surinvestissement rigoureusement seynsgeschichtlich de la figure de Hölderlin au point d’en faire l’« élément » de sa pensée.
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[31]
Hölderlin, Wie wenn am Feiertage…, v. 20 (tr. Roud). Cf. Vorwort (1963) in ga 4, p. 195 ; Φύσις (1939), ga 9, p. 312 ; Über den Anfang (1941), ga 70, p. 160, 164, 166.
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[32]
Cf. Hölderlin, Über Religion, sw 2, p. 568.
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[33]
S. George 1919, p. 60.
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[34]
M. Kommerell 1928, p. 466. Après s’être détourné de George, Kommerell critiquera précisément l’inspiration georgienne de la lecture heideggérienne ; cf. M. Kommerell 1967, p. 403. Sur Heidegger et Kommerell, cf. J. Storck 1993 ; W. Busch 2003.
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[35]
N. v. Hellingrath 1915a, p. 106 ; 1915b, p. 133 : « Hölderlin, à cette époque charnière, est destiné à faire résonner à nouveau la voix des dieux après le silence d’une longue nuit du monde ».
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[36]
Cf. Parmenides (1942/43), ga 54, p. 173 (« dans le domaine de la dite [Sage], c’est-à-dire du “mythe” [“Mythos”] ») ; Was heisst Denken ? (1952), ga 8, p. 136 (« le mythe, c’est-à-dire la dite »). Cf. Ph. Lacoue-Labarthe 1998, p. 33 ; p. 70 : « Sage ne peut rien traduire d’autre que muthos » ; J. Greisch 1987, p. 377 : « Le mythos est le dire originaire au fondement du logos lui-même, et c’est cette dimension oubliée que Heidegger redécouvre à partir de l’Ereignis et du dire qui lui est immédiatement accordé : la Dite (die Sage) ».
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[37]
Hérodote, ii, 53 ; Platon, Rép. 606e.
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[38]
Über den Anfang (1941), ga 70, p. 159 ; Einführung (1935), ga 40, p. 180.
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[39]
Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 151.
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[40]
Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 151. Cf. ga 33, p. 1 ; ga 53, p. 153-155, 166 ; ga 4, p. 14, 24, 29-30, 88 ; ga 16, p. 679…
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[41]
Cf. Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 290. Formule récurrente ; cf. Zu Ereignis v (1943-1945), ga 73.1, p. 861 : « Nous sommes le peuple des poètes et des penseurs et rien d’autre » ; Überlegungen vii (ca. 1938), ga 95, p. 10 ; Überlegungen x (1938/39), ga 95, p. 339 ; Parmenides (1942/43), ga 54, p. 113-114 ; Abendgespräch (1944/45), ga 77, p. 233, 236 ; Einleitung (1944/45), ga 50, p. 102 ; Das Rektorat (1945), ga 16, p. 390 ; Anmerkungen i (1945), ga 97, p. 63 ; Lettre à I. v. Bodmershof, 10/2/1976.
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[42]
Parmenides (1942/43), ga 54, p. 113-114 ; 250 : « ce type d’humanité (Menschentum) historiale, l’allemande, qui, à l’instar des Grecs, est appelé au poétiser et au penser » ; Überlegungen xiii (1940-1941), ga 96, p. 85 : « Le commencement de notre “Da-sein” historial occidental est le poétiser et le penser de la Grèce à sa première époque et à son apogée (Dichten und Denken des frühen und hohen Griechentums) – et rien d’autre » ; Grundfragen (1937/38), ga 45, p. 135 : « Ici et ailleurs, nous ne nommons et signifions Hölderlin qu’à partir du domaine de cette unique tâche de la méditation (Besinnung) pensante quant au premier et donc de l’autre commencement futur de la pensée occidentale » ; Grundfrage (1933), ga 36/37, p. 7.
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[43]
Einführung (1935), ga 40, p. 153. Dans Das Ereignis (1941/42), ga 71, p. 336, Heidegger compare sa lecture de Hölderlin aux commentaires hölderliniens des fragments de Pindare.
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[44]
Einführung (1935), ga 40, p. 153, 158, 174. Cf. Überlegungen iv (1936), ga 94, p. 224 : « tâche d’une fondation pensante-poétisante (denkerisch-dichterische Gründung) du Da-sein ».
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[45]
Cf. Winke x Überlegungen ii und Anweisungen (1931-1932), ga 94, p. 66 : « Poésie comme mythe (Dichtung als Mythos) ».
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[46]
Cf. Einführung (1935), ga 40, p. 165 ; Κοινόν (1939), ga 69, p. 208.
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[47]
Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 139.
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[48]
Wesen der Wahrheit (1933/34), ga 36/37, p. 116 ; cf. Was heisst Denken ? (1951-52), ga 8, p. 11-12 ; Aufenthalte (1962), ga 75, p. 232 ; Das Ereignis (1941/42), ga 71, p. 320.
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[49]
Cf. J. Stenzel 1934, spéc. p. 30 sur la « métaphysique archaïque » et « préthéorique » accomplissant la complémentarité entre μῦθος (poésie) et λόγος (philosophie). Sur le paradigme, discutable, d’une co-existence entre λόγος et μῦθος chez Homère et Hésiode, cf. M. F. Meyer 1999, p. 37-45 ; J.-P. Vernant 1974, p. 196.
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[50]
Cf. Zu Ereignis iv (ca. 1935), ga 73.1, p. 566 : « Le penser (Denken) a pour origine (Ursprung) le poétiser (Dichten) » ; Hölderlin, Hyperion, i, sw 3, p. 144 : la philosophie « jaillit du poème d’un estre infini et divin (Dichtung eines unendlichen göttlichen Seyns) ».
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[51]
Hölderlins Hymne, ga 52, p. 5. Sur ce motif récurrent, cf. par ex. Zu Ereignis v (ca. 1943-1945), ga 73.1, p. 678 : « Il nous est imparti, dans le dialogue avec le poète, de faire l’expérience de la poésie dans sa dite (Sage) et de la porter au langage par la pensée » ; Beiträge (1936-38), ga 65, p. 422 ; Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), ga 75, p. 332.
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[52]
Cf. Überlegungen xiv (1940-1941), ga 96, p. 225 ; Überlegungen xv (1941), ga 96, p. 253. L’accomplissement de l’autre commencement exige dès lors une longue « préparation “fantastique” » (Überlegungen ix (1938/39), ga 95, p. 186).
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[53]
Cf. Beiträge (1936-38), ga 65, p. 56, 78, 86, 238, 396, 462, 452 ; Besinnung (1938/39), ga 66, p. 255.
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[54]
Ce qu’Aristote était aux années 1920 et à Sein und Zeit, Hölderlin l’est aux années 1930 et aux Beiträge. Cf. Anmerkungen iii (1946-47), ga 97, p. 319 : « Et Être et temps – que serait cet ouvrage sans les deux décennies de dialogue avec Aristote (…) Celui qui n’a pas traversé cette école ne comprend pas, quelle que soit sa sensibilité pour la poésie, la moindre trace (Spur) de ce que la pensée issue d’Être et temps a tenté de dire à propos de Hölderlin ».
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[55]
Nous pensons qu’il faut lire Heidegger avec Hölderlin en examinant la traduction réglée et systématique de l’un à l’autre, à l’opposé, par ex., de J.-F. Mattéi 2001, p. 30, qui récuse toute « influence directe de Hölderlin sur Heidegger ». B. Allemann 1954 et 1984-85, p. 47, a été l’un des premiers à suggérer un lien entre la Kehre de Heidegger et l’Umkehr hölderlinienne, mais faute d’avoir eu accès au corpus des années 1930 alors inédit, il en reste à des analogies plus ou moins approximatives. D’autres études sont essentiellement paraphrastiques : S. Ziegler 1991 ; S. Bohlen 1993, H. Helting 1999. – Pour un aperçu synthétique des diverses positions de la recherche, pléthorique, sur Heidegger et Hölderlin jusqu’en 2002, cf. J. Appelhans 2002, p. 145-154.
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[56]
Cf. Lettre à R. Stadelmann, 20/7/1945, ga 16 (1945), p. 370 : « Bien au-delà d’une simple interprétation, ma pensée est devenue un dialogue (Gespräch) avec le poète, et sa proximité charnelle (leibhafte Nähe) est l’élément de ma pensée ».
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[57]
Das Ereignis (1941-1942), ga 71, p. 89. La « conférence » Vom Wesen des Grundes (1929), ga 9, p. 123-175, fait allusion dans son titre même à la notion hölderlinienne de Grund dont nous verrons toute l’importance pour la redéfinition heideggérienne de la « vérité de l’être » comme Ereignis, mais aussi pour son élaboration de l’Histoire de l’être comme Geschick, c’est-à-dire l’inscription de sa propre position (= seyngeschichtliches Denken) dans la dialectique hölderlinienne du « nationel » exhortant à dépasser l’absence de destin (das Schicksallose, le δύσμορον) dans la deuxième lettre à Böhlendorff. La trace de Hölderlin, jamais nommé, s’indique notamment par la thématique du Stiften (ga 9, p. 165).
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[58]
À ce jour, la plupart de ces traités sont inédits en français ; la traduction « française » des Beiträge, publiée en 2013, est inintelligible ; cf. Ch. Sommer 2014. Parmi les deux caisses de manuscrits déposées à Messkirch en 1938, c’est le manuscrit des Beiträge que son frère Fritz était chargé de transcrire « prioritairement » ; cf. H.-D. Zimmermann 2005, p. 96.
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[59]
Les Cahiers noirs sont pour ainsi dire l’atelier où Heidegger exerce son Denkwerk comme Handwerk ; cf. Anmerkungen iii (1946-47), ga 97, p. 284.
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[60]
Cf. Über den Anfang (1941), ga 70, p. 160 ; « Vorwort zur zweiten Auflage », Erläuterungen (ga 4) ; Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 2 et 14 ; Anmerkungen i (ca. 1943), ga 97, p. 31 ; Anmerkungen iii (1946-47), ga 97, p. 299-300.
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[61]
Cf. Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, remarque préliminaire (sans pagination) ; Überlegungen v (1937), ga 94, p. 358, 362 ; Hölderlins Hymne (1941/42), ga 52, p. 4, 12 ; Das Ereignis (1941/42), ga 71, p. 335-342 ; Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), ga 75, p. 336.
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[62]
Cf. Ch. Sommer 2017a. Notons que c’est entre autres en interprétant les modes de communication (Mitteilung) de la doctrine de l’éternel retour chez Nietzsche que Heidegger élabore sa propre stratégie de la double communication (Mitteilung, Verschweigung) ; cf. Nietzsche i (1936-1939), ga 6.1, p. 235-236 ; 423. Cf. Nietzsche, Jenseits von Gut und Böse (ksa 5/48) ; Menschliches, Allzumenschliches, ii, § 71 (ksa 2/584). Sur ce double discours ésotérique / exotérique, cf. M. de Launay 1999.
-
[63]
Rückblick auf den Weg (1937-38), ga 66, p. 427. Cf. aussi Überlegungen iv (1936-1937), ga 94, p. 257-258 : « Mes cours (…) sont tous, même là où ils se prononcent sur eux-mêmes et leur tâche, toujours et encore, et ce sciemment, un prétexte (Vordergrund), voire le plus souvent une dissimulation (Verstecken). / Car comment aurait-on le droit et pourrait-on dire pédagogiquement (erzieherisch) ce que la volonté véritable veut (was der eigentliche Wille will) ? » ; Überlegungen v (1937), ga 95, p. 358.
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[64]
Beiträge zur Philosophie (1936-38), ga 65, p. 422. Cf. aussi Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), ga 75, p. 333 : « Il doit être suffisant que par un essai de pensée (denkerischer Versuch), nous préparions l’avenir de la poésie hölderlinienne (…) Oui, la vocation historiale de la philosophie allemande ne consiste pour l’instant en rien d’autre que dans l’accomplissement de cette méditation (Besinnung) de la vérité de l’estre à partir de laquelle la capacité d’écouter le poète reçoit cette déterminité et cette tonalité affective, cette détermination du questionnement et cette simplicité de la forme » ; Überlegungen iv, 1934-1936, ga 94, p. 216 : « la poésie (au sens originel) doit être préparée par une pensée » ; Überlegungen xv (1941), ga 96, p. 263.
-
[65]
Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 222.
-
[66]
Cf. Das Ereignis (1941/42), ga 71, p. 89 : « vérité (sacralité [Heiligkeit]) de cette poésie ». Cf. H.-G. Gadamer 1989, p. xvii : « Ce qui s’ouvrait à lui sous la forme de l’œuvre de poésie et de pensée de Friedrich Hölderlin était comme un texte sacré (eine heilige Schrift) » ; 1990, p. 29-30. C’est aussi Gadamer, toujours fort perspicace, qui parmi les premiers a pu qualifier la pensée qui s’articulait dans les conférences sur L’origine de l’œuvre d’art de « philosophie hölderlinienne » (Hölderlin-Philosophie) dont l’intention est de « prendre au sérieux autant que possible la mythologie (…) Bien des choses rappellent la tradition mythique jusqu’à Schelling » (Lettre à K. Löwith, 3/1/1937, citée dans J. Grondin 1999, p. 214).
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[67]
Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 2.
-
[68]
Cf. J. Schmidt 1995 ; D. Uffhausen 1995. Dans Das Wesen der Sprache (1957/58), ga 12, p. 172, Heidegger parle rétrospectivement de la première édition hellingrathienne des traductions de Pindare (1910) et des hymnes tardifs (1914) comme d’un « séisme ». Question de génération sans doute ; cf. C. Schmitt 1991, p. 152 (18/5/1948) : « “Jeunesse sans Goethe” (Max Kommerell), signifiait concrètement pour nous depuis 1910 “jeunesse avec Hölderlin” (…) Norbert von Hellingrath est plus important que Stefan George et Rilke ». L’autre « séisme » à avoir secoué cette génération était Nietzsche, comme on sait : « Pour ma génération, c’était le séisme de l’époque » (G. Benn 1991, p. 199). Heidegger lit intensément Hölderlin depuis le milieu des années 1920 ; cf. Lettre à H. Arendt, 12/4/1925 (« Je vis beaucoup avec Hölderlin »), 23/8/1925 (« Parmi les livres peu nombreux sur mon “bureau” se trouve l’Hyperion de Hölderlin »).
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[69]
N. v. Hellingrath 1916, p. 104. Sur le tome iv, livre-fétiche de Heidegger, cf. Das abendländische Gespräch (1946/48), ga 75, p. 161 ; Lettre à I. v. Bodmershof, 10/2/1976. Le « culte » que Heidegger vouait à Hellingrath (lecteur d’allemand à l’ens-Ulm, 1910-11), qualifié de Zeigender (Hölderlins Erde und Himmel (1959), ga 4, p. 153) dont il commémore régulièrement l’Opfertod – le philologue fut « fêlé » (« in feuer erd und luft zerspellt », George, Norbert) par une grenade devant le fort de Douaumont près de Verdun le 14/12/1916 –, est connu ; cf. Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 9 ; « Wie wenn am Feiertage… » (1939/40), ga 4, p. 51, 58 ; « Andenken » (1943), ga 4, p. 79 ; Hölderlins Hymne (1941/42), ga 52, p. 16, 45 ; Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 2 ; 38.
-
[70]
Lettre à E. Blochmann, 21/12/1934.
-
[71]
Cf. Anmerkungen i (1946), ga 97, p. 95 : « Le dire (Sagen) de Hölderlin depuis 1799-1806 un seul et unique poème (Gedicht) ».
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[72]
Dans Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 258-259, Heidegger suggère que les hymnes La Germanie et Le Rhin sont comme la mise en forme épurée de l’Empédocle : « La poésie de l’Empédocle est certes restée fragment, mais nous oublions volontiers que dans les poèmes tels que Germanien ou Der Rhein se trouve élaboré sous sa forme la plus pure ce que cherchait la poésie de l’Empédocle ». En 1937, Heidegger voit dans « le caractère fragmentaire de son œuvre la plus essentielle » que serait l’Empédocle la promesse d’un Aufbruch futur ; cf. Überlegungen v (1937), ga 94, p. 346. L’importance de l’Empédocle a été négligée dans la recherche, à l’exception notable d’I. Buchheim 1994. Heidegger lui-même avait pourtant clairement inscrit en 1937/38 dans sa liste de travaux (ga 66, p. 420), après « 5) Überlegungen und Winke ii – iv – v » (ga 94) et avant « 7) Vom Ereignis (Beiträge zur Philosophie) » (ga 65) : « 6) le cours sur Hölderlin et les travaux préparatoires [Vorarbeiten] pour l’Empédocle ». L’éditeur de ga 75 (C. Ochwadt) conjecture que ces « travaux préparatoires pour l’Empédocle » (cf. aussi ga 66, p. 426 : « préparation de l’interprétation de l’Empédocle ») désignent l’Empedoklesmanuskript de 92 p., « détruit » (ga 75, p. 403-405). Le fragment intitulé par l’éditeur Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (ga 75) et daté à 1944 (recte : 1934-38 ?) est peut-être un vestige de ce manuscrit. En effet, Heidegger a ajouté au dossier Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (in ga 75) un papier volant : « Les renvois au manuscrit sur l’Empédocle p. 1 à 92 caduques. Ce manuscrit – car insuffisant (unzureichend) – détruit (vernichtet) » (ga 75, p. 404). – Pour l’état de la recherche sur l’Empédocle de Hölderlin et les écrits théoriques (« poétologiques ») autour de l’Empédocle, cf. Ch. Jamme/F. Völkel 2003a, p. 353-354, n. 2 et p. 353.
-
[73]
Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), in ga 75, p. 335-336 ; Hölderlins Hymnen (1934/35), ga 39, p. 286 (réf. à Der Rhein, v. 206 : « Mais un sage (Weiser) fut capable » (tr. Layet) : « Le poète requiert (fordert) le penseur (…) La pensée du poète (…) est fondée sur le poétiser (Dichten) du penseur ».
-
[74]
Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), ga 75, p. 336.
-
[75]
La réception allemande des Anmerkungen, pourtant considérées par Hellingrath comme « l’œuvre théorique la plus considérable de Hölderlin et sans doute la chose la plus importante qu’on ait pu dire sur la tragédie » (N. v. Hellingrath 1916, p. 115), ne commence qu’à partir des années 1930 ; cf. H. Hühn 1997, p. 170, n. 13 ; Ch. Jamme/F. Völkel 2003b, p. 48-49, n. 2.
-
[76]
Sur les textes théoriques, « trésors difficilement accessibles », cf. Hölderlins Hymne (1941/42), ga 52, p. 73, 119 ; Zu Ereignis v (1943-1945), ga 73.1, p. 677 : « Celui qui a dit pensivement (denkend gesagt) ce qui se trouve gardé (verwahrt), en quantité comparativement peu importante, dans le Grund zum Empedokles et Das Werden im Vergehen et Über die Religion et dans les remarques sur les traductions d’Œdipe-Roi et d’Antigone, celui-là est un penseur (Denker) qui surpasse bon nombre de ceux qui portent ce titre, d’autant plus que ce penseur est aussi un chanteur et même un chanteur de ce qui est pensivement poétisé (Sänger des denkend Gedichteten). Nonobstant cet “aussi”, Hölderlin n’en est pas moins philosophe, il l’est d’autant plus et ce de façon unique » ; Lettre à Elfride, 2/3/1945 : « J’ai lu récemment les traités “théoriques” de Hölderlin, lesquels ont aidé à frayer la voie pour les grandes élégies et les hymnes et sont insaisissables pour l’entendement commun ».
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[77]
Cette formule de H.-G. Gadamer 1943, p. 2 (hesperisch-germanisch) résume le sens de l’occidental (abendländisch) tel que l’interprète Heidegger à partir de Hölderlin dans les années 1930-40 ; cf. Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 170 : « Histoire germano-occidentale (deutsch-abendländisch) ».
-
[78]
Cf. Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 147 ; K. Reinhardt 1951, p. 383.
-
[79]
Cf. Hölderlins Hymne (1941/42), ga 52, p. 76-79 ; Anmerkungen i (1942), ga 97, p. 10 : « Jadis, c’est l’art comme poésie qui était au fondement de la fête ».
-
[80]
Nietzsche, Die Geburt der Tragödie, ksa 1/131, 147, 103, 117, 153.
-
[81]
R. Wagner 1850, p. 155 : « La tragédie était ainsi la fête religieuse (religiöse Feier) devenue œuvre d’art (Kunstwerk) ». – En conférant le rôle hégémonique au poème hölderlinien comme μῦθος, « origine » et « substrat » de la tragédie (Aristote, Poét. 1450a38 ; J. Burckhardt 2007b, p. 584), Heidegger mobilise Hölderlin contra Wagner (et le jeune Nietzsche). Réduisant la tragédie à l’Ursprache du mythe, Heidegger ne peut que récuser la prééminence wagnérienne de l’opéra (musique) sur la poésie et la « vérité » de son Sprachwerk ; cf. les critiques indirectes de la notion wagnérienne de Gesamtkunstwerk dans Nietzsche i, ga 6.1, p. 85 ; Überlegungen vii (ca. 1938), ga 95, p. 51 ; Überlegungen viii (1938/39), ga 95, p. 109.
-
[82]
Cf. la mise en perspective par H. Blumenberg 1979, p. 660 à partir de Das griechische Musikdrama (ksa 1/532) et Ecce homo (ksa 6/313).
-
[83]
Hölderlin, Der Rhein, v. 180 : « Hommes et dieux célèbrent alors leurs noces » (tr. Layet). Cf. Hölderlins Hymne (1942), ga 53, p. 1, 13 ; Wozu Dichter ? (1946), ga 5, p. 271 : « site (Stätte) des noces entre hommes et dieux ». Dans son interprétation de la « fête de la paix » (Friedenfseier) selon Hölderlin, Heidegger gomme bien sûr toute référence à Rousseau et à la fête patriotique révolutionnaire ou post-révolutionnaire ; cf. K. Stierle 1989.
-
[84]
Cf. Überlegungen ix (1938/39), ga 95, p. 198 : « l’avenir allemand n’a pas d’abord à “être”, il “est” déjà depuis que Hölderlin l’a institué ».
-
[85]
Cf. Zu Hölderlins Empedokles-Bruchstücken (1934-38 ?), ga 75, p. 336-337 : « Si l’on réussissait à poser (stellen) réellement l’Empédocle de Hölderlin dans l’espace tel qu’il l’a exigé et préfiguré, et à fonder (gründen) – historialement – cet espace, alors l’on aurait réalisé, en pénétrant loin dans l’avenir, ce que Nietzsche cherchait de manière désordonnée, pressée, ambiguë, avec son Zarathoustra ».
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[86]
Besinnung (1938-39), ga 66, p. 223-224 : « La grande – essentielle – poésie (Dichtung) comme institution de l’estre (Stiftung des Seyns) est “tragique” (…) Si la philosophie est pensée de l’estre au sens de la pensée questionnante et anticipative de la fondation de la vérité de l’estre, alors le nom de “philosophie tragique” dit deux fois la même chose. La philosophie est en elle-même “tragique”, au sens évoqué de ce mot ». – Singulière complémentarité « tragique » entre poème (Hölderlin) et pensée (Heidegger), dont nous verrons qu’elle traverse le corpus comme un fil rouge, puisqu’elle loge au cœur de la question de la « vérité » de l’être comme événement appropriant ; cf. Geschichte des Seyns (1938/40), ga 69, p. 144 : « La vérité / est dans l’institution (Stiftung) de l’être (poème [note marginale a : « ne sait rien de l’estre ! »]), est dans la fondation (Gründung) de l’estre (pensée) (…) Mais comment “est” l’estre ? L’événement appropriant (Das Ereignis) ».
Dans son premier cours professé en 1934-35 après l’« échec du rectorat », Heidegger soulève en commentant Hölderlin « la question de savoir si, et comment, le peuple fonde son être-là historial (geschichtliches Dasein) sur une expérience unitaire originelle d’un rattachement aux dieux (Rückbindung an die Götter) ». Cette question, précise-t-il, met en jeu « la véritable apparition ou non-apparition du dieu dans l’être du peuple (das wahrhafte Erscheinen oder Nichterscheinen des Gottes im Sein des Volkes) à partir de l’urgence de son être et pour celui-ci. Cette apparition doit devenir événement fondamental (Grundgeschehnis). »
Plus loin dans le même cours, il justifie son choix, qualifié de décision historiale (geschichtliche Entscheidung), de lire les hymnes tardifs La Germanie et Le Rhin dans ces termes : « 1) Hölderlin est le poète du poète et de la poésie. 2) Hölderlin est conjointement le poète des Allemands. 3) Comme Hölderlin est cela en toute latence et difficulté, poète du poète en tant que poète des Allemands (Dichter des Dichters als Dichter der Deutschen), il n’est pas encore devenu une puissance (Macht) dans l’Histoire de notre peuple. Et comme il ne l’est pas encore, il faut qu’il le devienne. Y contribuer relève de la “politique” au sens le plus éminent et le plus propre (“Politik” im höchsten und eigentlichen Sinne), à tel point que celui qui parvient à produire quelque effet (erwirkt) sur ce terrain n’a pas besoin de discourir sur le “politique”. »
En reliant ces deux passages, formulons ce qu’il conviendra de développer en détail : pour Heidegger, autour de 1934/35, décider de lire Hölderlin, c’est préparer la possibilité d’un rattachement …
Date de mise en ligne : 06/01/2020
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