Chapitre d’ouvrage

Conclusion : les trois portes de la bibliothèque

Pages 159 à 165

Citer ce chapitre


  • Merklen, D.
(2017). Conclusion : les trois portes de la bibliothèque. Dans
  • I. Antonutti
Migrations et bibliothèques (p. 159-165). Éditions du Cercle de la Librairie. https://doi.org/10.3917/elec.anto.2017.01.0159.

  • Merklen, Denis.
« Conclusion : les trois portes de la bibliothèque ». Migrations et bibliothèques, Éditions du Cercle de la Librairie, 2017. p.159-165. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/migrations-et-bibliotheques--9782765415428-page-159?lang=fr.

  • MERKLEN, Denis,
2017. Conclusion : les trois portes de la bibliothèque. In :
  • ANTONUTTI, Isabelle,
Migrations et bibliothèques. Paris : Éditions du Cercle de la Librairie. Bibliothèques, p.159-165. DOI : 10.3917/elec.anto.2017.01.0159. URL : https://shs.cairn.info/migrations-et-bibliotheques--9782765415428-page-159?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/elec.anto.2017.01.0159


Notes

  • [1]
    Ce texte est issu d’une conférence prononcée le 15 novembre 2016 à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, dans le cadre du cycle Ateliers du livre : bibliothèques et pouvoir(s). Il fut élaboré dans le cadre du projet ECOS-SUD Lire et écrire dans les périphéries urbaines (Buenos Aires et Paris).
  • [2]
    Denis Merklen, « Is the Library a Political Institution ? : French Libraries Today and the Social Conflict between Démocratie and République », Library Trends, Johns Hopkins University Press, volume 65, n° 2, automne 2016, p. 143-153. Disponible en ligne <http://muse.jhu.edu/issue/35339>.
  • [3]
    Ainsi, sur son site web, l’École nationale supérieure de sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) destine une page à la question des usages en bibliothèques où elle indique : « Que font les usagers dans les bibliothèques ? Ils passent, séjournent, empruntent, discutent, travaillent, consultent… de la musique, des films, des textes, de la presse, internet, etc. Ils se donnent rendez-vous, téléphonent, font des photocopies, visitent une exposition, demandent un renseignement à un bibliothécaire, chahutent. Font usage de la bibliothèque dans ses murs ou à distance. Respectent des usages traditionnels ou adoptent des usages nouveaux. Se conforment aux attentes des bibliothécaires, usages postulés, usages tolérés, usages réels, ou font tout autre chose. Bref, il est très difficile d’être exhaustif. Les quelques titres ci-dessous apportent un éclairage évidemment incomplet. » Suit une longue série de ressources bibliographiques sur la question. Voir : <http://www.enssib.fr/le-dictionnaire/usages-en-bibliotheque>.
  • [4]
    Le titre du livre de Bernard Lahire (L’Homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998) semble à ce propos confirmer la vision que beaucoup de bibliothécaires ont de la culture. Voir, du même auteur : La Culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, 2004.
  • [5]
    Pour une description des enjeux contemporains sur le cosmopolitisme comme projet politique, voir Michel Agier, La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire, Paris, La Découverte, 2013, et Étienne Tassin, Un monde commun. Pour une cosmo-politique des conflits, Paris, Le Seuil, 2003.
  • [6]
    J’ai tenté une analyse de l’inscription territoriale des classes populaires en France : Quartiers populaires, quartiers politiques, Paris, La Dispute, 2009.
  • [7]
    Denis Merklen, Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ?, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2013.
  • [8]
    Un monde de la formation et des diplômes tout aussi hiérarchisé (dont l’Enssib tient le sommet en France formant et les classifiant les conservateurs dits « d’État ») qui influence les distributions de pouvoir et de prestige entre les bibliothèques déterminant les chances d’occuper des places dans la hiérarchie des bibliothèques, de la Bibliothèque nationale jusqu’à la plus éloignée annexe de quartier ou la plus petite des bibliothèques de village, souvent associatives.
  • [9]
    Max Weber, Le Savant et le politique, trad. R. Aron (Wissenschaft als Beruf et Politik als Beruf, 1919), Paris, Union Générale d’Éditions, 1963.
  • [10]
    Agnès Sandras, Des bibliothèques populaires à la lecture publique, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2014.
  • [11]
    Raphaëlle Bats, Construire des pratiques participatives dans les bibliothèques, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2015.
  • [12]
    Au sens que Pierre Bourdieu a donné à cette expression de « culture légitime ».
  • [13]
    Raphaëlle Bats, « Libraries after Charlie : From Neutrality to Action », Library Trends, volume 65, n° 2, automne 2016, p. 128-142. Disponible en ligne : <https://muse.jhu.edu/issue/35339>.

Je propose de penser la bibliothèque comme un espace, et plus précisément comme un espace avec trois portes qui, comme pour toutes les portes, sert à entrer et à sortir, mais qui doit aussi servir à les fermer. La bibliothèque est une institution qui s’ouvre, mais elle est dotée de portes et de fenêtres qui servent autant à fermer l’espace qu’à le délimiter. Des portes notamment qui, parce qu’elles peuvent être fermées, font de la bibliothèque un abri au bruit et aux pressions venant de l’extérieur.
La première porte de la bibliothèque (nous parlons évidemment de lecture publique) est celle par laquelle entrent son public, ses usagers. La bibliothèque se refuse en principe à toute catégorisation servant à hiérarchiser et, naturellement, au moindre tri de sa population cible. Elle doit laisser passer tout le monde par sa porte grande ouverte. Elle doit accueillir tous les usagers et aussi la plus grande diversité d’usages. L’institution s’inscrit ainsi au sein du service public et elle devient une institution de la République. Cette ouverture de la bibliothèque à tous les usagers oblige le bibliothécaire, ce qui est bien connu et pensé, par exemple, à travers la notion de neutralité du service public ou, de façon à la fois plus générale et plus profonde, à travers le concept de laïcité.
L’offre culturelle que la bibliothèque abrite dans ses collections doit pouvoir être accessible par tous de multiples manières, chacun trouve en sa fiction (ou dans sa vérité) une expérience qui est en théorie singulière et qui lui appartient…


Date de mise en ligne : 15/02/2019

https://doi.org/10.3917/elec.anto.2017.01.0159

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