Chapitre d’ouvrage

Les batailles des corps

Pages 119 à 154

Citer ce chapitre


  • Sforzini, A.
(2014). Les batailles des corps. Michel Foucault : une pensée du corps (p. 119-154). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/michel-foucault-une-pensee-du-corps--9782130624745-page-119?lang=fr.

  • Sforzini, Arianna.
« Les batailles des corps ». Michel Foucault : une pensée du corps, Presses Universitaires de France, 2014. p.119-154. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/michel-foucault-une-pensee-du-corps--9782130624745-page-119?lang=fr.

  • SFORZINI, Arianna,
2014. Les batailles des corps. In : Michel Foucault : une pensée du corps. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Philosophies, p.119-154. URL : https://shs.cairn.info/michel-foucault-une-pensee-du-corps--9782130624745-page-119?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir « Les Hétérotopies », conférence radiophonique prononcée le 21 décembre 1966 sur France-Culture, in CU, p. 23-36. Une nouvelle version du texte sera prononcée au Cercle d’études architecturales le 14 mars 1967 sous le titre « Des espaces autres » (in DE II, texte n° 360, p. 1571-1581).
  • [2]
    Voir M. Foucault, « Le langage à l’infini », DE I, texte n° 14, p. 281.
  • [3]
    M. Foucault, « Le corps et ses doubles », émission du 28 janvier 1963, quatrième des cinq émissions de la série radiophonique « L’usage de la parole », produite par Michel Foucault et réalisée avec Jean Doat pour RTF France III National. Une transcription partielle du texte a été publiée sous le titre : Les Grecs disaient que les paroles avaient des ailes, Montreuil, Manuella éditions/Association pour le Centre Michel Foucault, 2013.
  • [4]
    M. Foucault, Les Grecs disaient que les paroles avaient des ailes, op. cit., p. 1.
  • [5]
    Ibid., p. 2.
  • [6]
    Ibid., p. 5.
  • [7]
    Ibid., p. 4.
  • [8]
    Ibid., p. 6.
  • [9]
    M. Foucault, « Méthodologie pour la connaissance du monde : comment se débarrasser du marxisme », DE II, texte n° 235, p. 599.
  • [10]
    Bien que cette attribution soit niée par Charcot, qui admet donc la possibilité de patients hystériques de sexe masculin, l’hystérie reste essentiellement une maladie des femmes – et le corps hystérique un corps de femme en révolte. Nous utiliserons donc par la suite le genre féminin.
  • [11]
    G. Didi-Huberman, Invention de l’hystérie, Paris, Macula, 1982 [5e éd. revue et augmentée 2012], p. 105.
  • [12]
    Le psychiatre Étienne Georget effectue en 1821 à la Salpêtrière des expériences de somnambulisme sur deux femmes, Pétronille et Manoury (dite « Braguette »), lesquelles n’ont de cesse de piéger les dispositifs. Voir É. Georget, De la physiologie du système nerveux, et spécialement du cerveau, t. I, 1re partie, 2e section, chap. 3 (« Veille et sommeil, rêves, cauchemar, somnambulisme naturel, et somnambulisme magnétique »), Paris, J.-B. Baillière, 1821, p. 267-301.
  • [13]
    Voir J.-M. Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, D. Bourneville (dir.), Paris, bureaux du « Progrès médical », L. Battaille, 1892, en particulier p. 340 et p. 373 sq.
  • [14]
    Voir J.-M. Charcot, Leçons du mardi à la Salpêtrière. Policlinique 1888-1889, notes de cours de MM. Blin, Charcot, H. Colin, Leçon IV, Policlinique du mardi 13 novembre 1888 : « Attaque de sommeil hystérique », Paris, bureaux du « Progrès médical », 1889, p. 68.
  • [15]
    Voir AN, leçon du 26 février 1975, p. 190 sq.
  • [16]
    Comme c’était déjà le cas pour l’hystérie, bien qu’il existe évidemment des sorciers et des possédés, la fréquence statistique des femmes dans les affaires de sorcellerie et de possession est telle que nous pouvons les considérer comme des formes « au féminin » de résistance des corps.
  • [17]
    Urbain Grandier, prêtre de Loudun, accusé d’avoir envoyé des légions de diables dans les corps des Ursulines et de s’être lui-même glissé sous leurs draps la nuit, fut condamné à être brûlé vif le 18 août 1634. Il s’était opposé à la politique conduite par Richelieu de destruction des forteresses et était soupçonné d’être favorable aux huguenots de la ville. Voir sur cette affaire que connaissait bien Foucault, le classique de M. de Certeau, La Possession de Loudun, Paris, Juillard, 1970 [nouvelle éd. Paris, Gallimard, 1980].
  • [18]
    Voir M.-O. Goulet-Cazé, L’Ascèse cynique, Paris, Vrin, 1986 [2e éd. 2001], notamment p. 195-222.
  • [19]
    Voir Dion Chrysostome, Discours IV : Sur la royauté, in Les Cyniques grecs. Fragments et témoignages, éd. et trad. fr. L. Paquet, Ottawa, Éd. de l’université d’Ottawa, 1975 [nouvelle éd. : Paris, Librairie générale française, 1992], p. 249-277 ; Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, op. cit., livre VI, § 32, 38, 60, p. 18, 20, 29.

Tout au long des analyses foucaldiennes, le corps réalise et résiste. Observé, gouverné ou éprouvé, il fait exister des jeux de vérité immanents aux discours (savoirs ou sagesses). Mais il leur résiste tout aussi bien, par des stratégies multiples : quand il subvertit, par l’exagération ou la mise en scène, les demandes de vérification ; quand il contourne ou anéantit, par la simulation et la répétition, les exigences de conformité ; quand il dénonce, par des tremblements et des cris, les prétentions des savoirs-pouvoirs constitués ; quand il détourne, par l’exhibition et le scandale, la demande d’un dire-vrai. Les dynamiques du corps comprennent une puissance critique qui est un moteur essentiel de l’histoire généalogique. Sans présupposer aucun fond substantiel, les seuls jeux historiques des corps font voir ses capacités d’insoumission.
Pour parcourir ces noyaux problématiques, on peut invoquer une conférence radiophonique que Foucault prononce le 7 décembre 1966 sur France-Culture : Le Corps utopique. Sur un ton et dans un style qui singent la démarche phénoménologique, Foucault met en scène les deux concepts de corps et d’utopie comme irréconciliables de prime abord. Car le corps est bien une « topie impitoyable […] le lieu sans recours auquel je suis condamné » (CU, p. 9-10). Son inéluctable finitude, sa pesanteur définitive, l’impossibilité de m’en détacher dans mes déplacements, mon travail, mon sommeil, signent mon incapacité structurelle d’être ailleurs que dans lui…


Date de mise en ligne : 09/04/2018

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