I. L'histoire quantitative, de l'apogée à la crise
- Par Claire Lemercier
- et Claire Zalc
Pages 8 à 18
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En 1903, le jeune François Simiand s'attaque publiquement aux promoteurs de la méthode historique – elle-même encore récente –, Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos [Rebérioux, 1983]. Il leur reproche leur bric-à-brac conceptuel et leur subjectivisme, leur opposant la rigueur des statistiques (celles de Durkheim sur le suicide) : scène fondatrice pour l'histoire quantitative comme pour les relations entre histoire et sociologie.
Le débat Simiand-Seignobos fixe pour longtemps un alignement qui n'a pourtant rien de naturel : d'un côté, les trois « idoles de la tribu des historiens », « l'idole politique, l'idole individuelle et l'idole chronologique », et leur méthode, manquant de concepts et d'une notion scientifique de la causalité. De l'autre, la sociologie, qui traite les faits sociaux comme des choses et, en particulier, à l'aide de statistiques, met en valeur des phénomènes massifs et constants. À partir de 1929, les Annales proposent d'acclimater en histoire cet intérêt pour l'économique, le social et le comparatisme, pour les groupes plutôt que les individus, et notamment pour les groupes « anonymes », ceux qui n'ont pas écrit sur leur propre histoire.
Pourtant, ce sont bien les années 1960 et 1970 qui marquent l'apogée de l'histoire quantitative, en particulier parmi les historiens de la jeune sixième section de l'École pratique des hautes études, future École des hautes études en sciences sociales (EHESS), mais aussi à la Sorbonne. Ernest Labrousse, auteur en 1932 d'une thèse d'économie sur le mouvement des prix et des revenus a…
Date de mise en ligne : 01/01/2011
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