Chapitre XV. Comment par la division des ducs de Bretagne et de Normandie, le roy reprit en ses mains ce qu’il avoit baillé à son frère
- Par Philippe de Commynes,
- Édition présentée, établie et annotée par Jean Dufournet
Pages 110 à 111
Citer ce chapitre
- DE COMMYNES, Philippe,
- Édition présentée, établie et annotée par DUFOURNET, Jean,
- De Commynes, Philippe.,
- et al.
- De Commynes, P.,
- Édition présentée, établie et annotée par Dufournet, J.
Citer ce chapitre
- De Commynes, P.,
- Édition présentée, établie et annotée par Dufournet, J.
- De Commynes, Philippe.,
- et al.
- DE COMMYNES, Philippe,
- Édition présentée, établie et annotée par DUFOURNET, Jean,
1 En retournant aux ducs de Normandie et de Bretagne, qui estoient allés prendre possession de la duché de Normandie, dès que leur entrée fut faite à Rouen, ils commencèrent à se diviser, quand ce vint au despartir du butin : car encores estoient avec eux ces chevaliers que j’ai devant nommés, lesquels avoient accoutumé d’avoir de grands honneurs et de grands estats du roy Charles ; et leur sembloit bien qu’ils estoient à la fin de leur entreprise, et qu’au roy ne se pouvoient fier ; et vouloit chascun en avoir du meilleur endroit.
2 D’autre part le duc de Bretagne en vouloit disposer en partie : car c’estoit celuy qui avoit porté la plus grand’mise, et les plus grands frais en toutes choses. Tellement se porta leur discord, qu’il fallut que le duc de Bretagne, pour crainte de sa personne, se retirast au mont de Sainte-Catherine, près Rouen ; et fut leur question jusques là que les gens dudit duc de Normandie, avec ceux de la ville de Rouen, furent prests à aller assaillir ledit duc de Bretagne jusques au lieu dessusdit ; et en effet il fallut qu’il se retirast le droit chemin vers Bretagne. Et sur cette division, marcha le roy près du pays ; et pouvez penser qu’il l’entendoit bien, et qu’il aydoit à le conduire : car il estoit maistre en cette science. Une partie de ceux qui tenoient les bonnes places, commencèrent à les luy bailler et en faire leur appointement avec luy. Je ne scay de ces choses que ce qu’il m’en a dit et conté : car je n’estoye pas sur les lieux. Il prit un parlement avec le duc de Bretagne, qui tenoit une partie des places de la basse Normandie, espérant de luy faire habandonner son frère de tous points. Ils furent quelque peu de jours ensemble à Caen ; et firent un traité, par lequel ladite ville de Caen et autres demourèrent ès mains de monseigneur de Lescut, avec quelque nombre de gens payés ; mais ce traité estoit si troublé, que je croy que l’un ni l’autre ne l’entendit jamais bien. Et s’en alla le duc de Bretagne en son pays ; et le roy s’en retourna tirant le chemin vers son frère.
3 Voyant ledit duc de Normandie qu’il ne pouvoit résister, et que le roy avoit pris le Pont de Larche et autres places sur luy, se délibéra prendre la fuyte, et de tirer en Flandres. Le comte de Charolois estoit encores à Saint-Tron, en une petite ville au pays de Liége : lequel estoit assez empesché, son armée toute rompue et deffaite, et, en temps d’yver, partie empeschée contre les Liégeois : et luy douloit bien de voir cette division : car la chose du monde qu’il désiroit le plus, c’étoit de voir un duc en Normandie : car par ce moyen il luy sembloit le roy estre affoibly de la tierce partie. Il faisoit amasser gens sur la Picardie, pour mettre dedans Dieppe ; mais avant qu’ils fussent prests, celuy qui tenoit ladite ville de Dieppe en fit son appointement avec le roy. Ainsi retourna au roy toute ladite duché de Normandie, sauf les places qui demourèrent à monseigneur de Lescut, par l’appointement fait à Caen.
Date de mise en ligne : 11/05/2026