Entre la flûte sacrée et le trophée de guerre
Le masque Karajá d’Amazonie brésilienne
- Par Nathalie Pétesch
Pages 53 à 78
Citer ce chapitre
- PÉTESCH, Nathalie,
- sous la direction de GOULARD, Jean-Pierre
- et KARADIMAS, Dimitri,
- Pétesch, Nathalie.
- Pétesch, N.
- sous la direction de J. Goulard
- et D. Karadimas
https://doi.org/10.3917/cnrs.goula.2011.01.0053
Citer ce chapitre
- Pétesch, N.
- sous la direction de J. Goulard
- et D. Karadimas
- Pétesch, Nathalie.
- PÉTESCH, Nathalie,
- sous la direction de GOULARD, Jean-Pierre
- et KARADIMAS, Dimitri,
https://doi.org/10.3917/cnrs.goula.2011.01.0053
Notes
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[1]
LESC-EREA (CNRS – Université Paris Ouest – Nanterre La Défense).
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[2]
Le terme Ijasò désigne également le poisson aruanã (Osteoglossum bicirrhosum), seule espèce fluviale possédant à la fois des écailles et des barbillons.
-
[3]
Ensemble culturel formé par plusieurs groupes ethniques issus de familles linguistiques différentes et réunis dans le Parc Indigène du Xingu sur les rives du fleuve éponyme proche de l’Araguaia.
-
[4]
Depuis plusieurs années, la raréfaction de plusieurs espèces d’oiseaux sur leur territoire fluvio-lacustre a contraint les Karajá à utiliser des morceaux de tissu pour réaliser ces dessins polychromes.
-
[5]
Pour une description détaillée du rituel. Cf. Pétesch, 2000.
-
[6]
Notamment ceux du Xingu, comme les Kamayura. Cf. Baer, 1993.
-
[7]
En Amazonie, seuls les Tapirapé, d’ailleurs voisins des Karajá, possèdent également un masque incarnant l’ennemi qu’ils appellent ype. Anciennement ennemis de ce groupe tupi, les Karajá ont été et sont encore représentés par ce masque tapirapé.
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[8]
Le mythe d’origine explique que les ancêtres des Karajá sont sortis des profondeurs de l’Araguaia pour vivre sur la terre, laissant une partie de leurs parents au fond des eaux. Ils troquèrent ainsi l’immortalité contre l’espace et l’abondance, car le retour dans leur lieu d’origine leur était désormais interdit. Pour plus de détails sur la cosmologie karajá, cf. Pétesch, 2000, Moreira Cavalcanti-Schiel, 2005, Rodrigues de Mendonça, 2008.
-
[9]
Cette terminologie est celle des Karajá de l’amont, les plus nombreux, qui placent les Javaé dans une catégorie intermédiaire entre les « vrais Ină » et les ethnies voisines.
-
[10]
Pour plus de détails sur le système de possession et l’association du père et de son enfant dans le statut de maître-père chez les Karaja, Cf. Pétesch, 1993, 2000.
-
[11]
Dans les deux cas, on va chercher le nouveau venu, soit au bord du fleuve, au lieu d’accostage de la pirogue, pour le jeune homme, soit à l’extrémité masculine de la piste de danse pour l’ljasò. Le jeune homme est porté sur les épaules de l’un de ses affins jusqu’à la maison de son épouse, tandis que le masque bénéficie d’une protection physique analogue mais plus durable, sous forme d’une décoction de racines amères que le chamane lui passe sur les pieds. Dans les deux cas également, les femmes participent à l’accueil du nouvel arrivant en l’accompagnant jusqu’à (ou aux abords de) l’unité domestique. À noter que jadis, l’installation des campements karajá sur les terres basses découvertes par l’étiage à la saison sèche ne signifiait pas l’arrêt de la danse Ijasò qui reliait les abris domestiques à la maison des hommes (cf. photos 1 et 2).
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[12]
Selon Viveiros de Castro (1996) et Fausto (2001), il s’agit plutôt de « capacités d’intention consciente et d’action » que, dans la pensée amazonienne, les non humains sont censés partager avec les humains, à des degrés divers. Les processus de reproduction sociale de nature individuelle ou collective dépendent de l’appropriation d’un excédent de ces capacités sur les non-humains.
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[13]
Dans la mythologie tikuna, les flûtes des jumeaux mythiques sont façonnées dans les os de l’ennemi (communication personnelle de J.-P. Goulard); ce qui semble confirmer le rapport existant entre la voix des masques et la voix des flûtes en Amazonie.
Inscrits au sein de structures nationales pluriculturelles, les groupes indigènes du bassin amazonien sont souvent perçus et légitimés en tant que tels par leur environnement socioculturel par le biais d’un ou deux signes extérieurs d’ethnicité. Un rituel spécifique, rarement réalisé, ou même d’anciennes pratiques guerrières depuis longtemps abandonnées peuvent suffire à étayer la perception du caractère autochtone des minorités en question. Que les Jivaro de l’Équateur le veuillent ou non, la « chasse aux têtes » reste encore aujourd’hui la marque emblématique de leur « authenticité » indigène.
À l'inverse, l’absence de « signes extérieurs de culture », d’ornements corporels, de pratiques ou d’objets rituels qui puissent être offerts au regard de l’autre, suffit à contester la nature indigène du peuple concerné. C’est entre autres le cas des Cocama des rives de l’Amazone qui, au terme d’une longue période d’invisibilité culturelle pour des raisons de survie, s’efforcent aujourd’hui de reconstruire quelques pans de leur corpus cérémoniel et de regrouper dans un musée les éléments épars de leur patrimoine culturel afin de pouvoir récupérer leur label ethnique et en tirer les droits et les avantages correspondants (Pétesch, 2003).
Si le patrimoine culturel matériel et immatériel de ces groupes amérindiens ne reste pas figé mais s’enrichit constamment des interactions avec le monde extérieur, il n’en est pas de même pour les modes de perception qu’ils subissent. Aussi sont-ils incités à se conformer aux stéréotypes indigènes qui leur sont accolés, nombreux étant ceux soulignant leur « sauvagerie naturelle »…
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