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6. La construction du sauvage

Pages 117 à 137

Citer ce chapitre


  • Manceron, G.
(2005). 6. La construction du sauvage. Marianne et les colonies : Une introduction à l'histoire coloniale de la France (p. 117-137). La Découverte. https://shs.cairn.info/marianne-et-les-colonies--9782707147196-page-117?lang=fr.

  • Manceron, Gilles.
« 6. La construction du sauvage ». Marianne et les colonies Une introduction à l'histoire coloniale de la France, La Découverte, 2005. p.117-137. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/marianne-et-les-colonies--9782707147196-page-117?lang=fr.

  • MANCERON, Gilles,
2005. 6. La construction du sauvage. In : Marianne et les colonies Une introduction à l'histoire coloniale de la France. Paris : La Découverte. Poche / Sciences humaines et sociales, p.117-137. URL : https://shs.cairn.info/marianne-et-les-colonies--9782707147196-page-117?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Séance de la Chambre des députés du 27 mars 1884.
  • [2]
    Séance de la Chambre des députés du 25 juillet 1885.
  • [3]
    Séance de la Chambre des députés du 27 mars 1884.
  • [4]
    Suggestion de l’explorateur Joseph Bonnat, rapportée par Le Petit Journal, 30 septembre 1877 et 30 juillet 1878 (William H. Schneider, « Les expositions au Jardin zoologique d’acclimatation », in Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boetsch, Éric Deroo, Sandrine Lemaire, Zoos humains, La Découverte, Paris, 2002).
  • [5]
    Le Jardin zoologique d’acclimatation accueille aussi des Lapons et des gauchos argentins en 1877 ; des Nubiens, de nouveau, en 1878. Les trois années 1880, 1884 et 1885, où aucune exhibition de ce type n’est organisée, le nombre des entrées payantes est en baisse significative (William H. Schneider, « Les expositions ethnographiques au Jardin zoologique d’acclimatation », in Zoos humains, op. cit.).
  • [6]
    Girard de Rialle, « Les Nubiens au Jardin d’acclimatation », La Nature, 1877, vol. II, p. 198-203. La Société d’anthropologie de Paris devient néanmoins, au cours des années 1880, de plus en plus réservée sur l’intérêt scientifique de ces exhibitions, et finit par cesser en 1886 toute collaboration avec le Jardin zoologique d’acclimatation.
  • [7]
    En particulier, Le Journal illustré, La Nature, Science et Nature, La Science illustrée et La Science populaire.
  • [8]
    La galerie d’artillerie de l’Hôtel des Invalides, baptisée salle Bougainville, est ouverte au public le 1er janvier 1878 (Kannibals et Vahinés. Imagerie des mers du Sud, catalogue de l’exposition présentée en 2000 au Centre culturel Tjibaou de Nouméa, Réunion des Musées nationaux, Paris, 2001).
  • [9]
    « Les Dahoméens au Champ-de-mars », couverture du supplément illustré du Petit Journal, du 22 avril 1893.
  • [10]
    La couverture du Petit Journal du 9 décembre 1894, par exemple, représente les princesses royales, non comme des Jeanne d’Arc locales, mais comme des hystériques échevelées, avec cette légende : « À Madagascar, les princesses royales prêchent la guerre sainte. »
  • [11]
    Morte peu après, à environ vingt-cinq ans, le 29 décembre 1815, son corps a été autopsié par Cuvier pour l’Académie royale de médecine (voir Georges Cuvier, « Extraits d’observations faites sur le cadavre d’une femme connue à Paris et à Londres sous le nom de Vénus hottentote », Mémoires du Muséum d’Histoire naturelle, vol. III, 1817). Son squelette, le moulage de son corps réalisé alors, un autre de ses organes génitaux et deux bocaux contenant son sexe et son cerveau, seront exposés au Musée de l’Homme jusqu’en… 1976. Il faudra attendre un vote de l’Assemblée nationale, le 21 février 2002, pour que, après la Conférence mondiale de Durban sur le racisme d’août 2001, ses restes soient restitués à l’Afrique du Sud, à sa demande.
  • [12]
    Le Petit Journal, 28 mai 1893.
  • [13]
    Jean-Michel Bergougniou, Rémi Clignet et Philippe David, « Villages noirs » et visiteurs africains et malgaches en France et en Europe (1870-1940), Karthala, Paris, 2001. Cet ouvrage recense, de 1894 à 1914, quarante-neuf villages, dans trente-neuf villes de France. Très bien documenté, il se borne à présenter ces exhibitions comme l’occasion de « contacts » sans voir le postulat raciste qu’elles contribuaient aussi à construire.
  • [14]
    Le ministère des Colonies refuse à la Fédération française des anciens coloniaux l’autorisation d’exhiber dans l’enceinte de l’exposition des femmes africaines à plateaux qu’elle avait fait venir en France. Cet organisme décide alors, « pour faire face aux frais considérables que leur voyage et leur séjour ont occasionnés à la Fédération, de les exhiber à l’étranger » (Archives nationales, Section d’outre-mer).
  • [15]
    Joël Dauphiné, Canaques de la Nouvelle-Calédonie à Paris en 1931. De la case au zoo, L’Harmattan, Paris, 1998.
  • [16]
    Au moment où d’autres exhibitions, dans des cirques, des foires ou des amphithéâtres de médecine, montrent, non pas des « sauvages » non européens, mais des infirmes, des malades ou des anormaux, dont la dignité et les droits sont tout autant niés.
  • [17]
    Ainsi, dans le guide officiel de l’Exposition de 1931, on peut lire : « Un conseil : en face de toute manifestation étrangère ou indigène, ne riez pas des choses que vous ne comprenez pas au premier abord. […] Les idées des autres hommes sont souvent les vôtres, mais exprimées de façon différente. Pensez-y » (André Demaison, Exposition coloniale internationale, Paris, 1931, Guide officiel, Paris, Éd. Mayeux, 1931).
  • [18]
    Le personnage du clown Chocolat est créé en 1891 par le danseur noir originaire d’Amérique du Sud, Raphaël de Leios, en duo avec un clown blanc qui provoque l’hilarité du public en lui bottant les fesses. Le tandem Foottit et Chocolat reste à l’affiche pendant près de quinze ans. Il est représenté par Toulouse-Lautrec dans deux dessins parus dans Le Rire en 1895 et 1896 et utilisé, par la suite, dans plusieurs publicités.
  • [19]
    Alain Ruscio, Que la France était belle au temps des colonies, op. cit.
  • [20]
    Ibid.
  • [21]
    Déjà Jules Verne (1828-1905), dans des livres comme Les Enfants du capitaine Grant (Hetzel, Paris, 1868), où les héros sont faits prisonniers par des Maoris de Nouvelle-Zélande, suscitait la frayeur des lecteurs en évoquant des repas d’anthropophages, mais ses évocations littéraires allusives font désormais place à des descriptions hyperréalistes et franchement racistes.
  • [22]
    Louis Boussenard, « Le tour du monde d’un gamin de Paris », Le Journal des Voyages, 1879.
  • [23]
    Le Journal des voyages, n° 68, 27 octobre 1878.
  • [24]
    Le Journal des voyages, n° 591, 29 mars 1908, qui annonce en couverture : « Chez les Bondjos. Mangé vivant ! », par Georges Brousseau.
  • [25]
    Charles Delon, Les Peuples de la Terre, Hachette, Paris, 1894.
  • [26]
    J.-L. Macquarie, Le Journal des voyages, 1881.
  • [27]
    Paul Topinard, « Présentation de quatre Boshimans vivants », Bulletin de la Société d’anthropologie, 3e série, vol. IX, 1886.
  • [28]
    Alphonse Bertillon, Traité sur les races humaines, Masson, Paris, 1865 ; Les Races sauvages, Masson, Paris, 1882.
  • [29]
    Ernest Renan, Première lettre à David-Friedrich Strauss, 31 juillet 1870 (Œuvres complètes, Calmann-Lévy, Paris, 1947).
  • [30]
    Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ? Conférence faite en Sorbonne, 11 mars 1882 (ibid.).
  • [31]
    Ernest Renan, Seconde lettre à David-Friedrich Strauss, du 13 septembre 1870 (ibid.).
  • [32]
    Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, loc. cit.
  • [33]
    Ernest Renan, Préface aux discours et conférences, 1887 (ibid.).
  • [34]
    Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et la morale, 1871 (ibid.).
  • [35]
    Ernest Renan, Lettre à Joseph Arthur de Gobineau, du 26 juin 1856 (ibid.).
  • [36]
    Ernest Renan, Préface à L’Avenir de la science, 1890 (ibid.).
  • [37]
    Ernest Renan, L’Avenir de la science, 1890 (ibid.).
  • [38]
    Ibid.
  • [39]
    Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et la morale, 1871 (ibid.).
  • [40]
    Ernest Renan, De la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation, discours d’ouverture du cours de langue hébraïque, chaldaïque et syriaque au Collège de France, prononcé le 21 février 1862 (ibid.).
  • [41]
    Kevin Bales, Disposable People. New Slavery in the Global Economy, University of California Press, Berkeley, 1999 (cité par Françoise Vergès, Abolir l’esclavage : une utopie coloniale, Albin Michel, Paris, 2001).
  • [42]
    Tocqueville et Renan écrivent, l’un et l’autre, à Gobineau pour lui prédire que ce n’est pas en France, mais plutôt en Allemagne que ses théories ont une chance de trouver quelque écho.
  • [43]
    Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, traduit par J.-J. Mayoux, Flammarion, Paris, 1989.
  • [44]
    Jules Lemaître, « Les Achantis au Jardin d’acclimatation », L’Écho de Paris, septembre 1887.
  • [45]
    Louis Jacolliot, Les Mangeurs de feu, Girard et Boitte, Paris, 1887.

L’idée inégalitaire d’une primauté naturelle des Blancs, qualifiés de « race supérieure » par rapport aux Noirs, Jaunes et autres « sauvages », s’accommodant mal de l’affirmation des droits de l’homme, ce n’est pas en s’appuyant essentiellement sur une argumentation théorique que les défenseurs d’une telle contrefaçon ont réussi à l’imposer. Leur démonstration tenant du sophisme, la seule manière d’y parvenir était de suggérer que cette hiérarchie est d’une évidence tellement éclatante que l’on n’a pas même besoin de la démontrer. C’est en contournant le débat de 1885, bien mal engagé pour eux, que les tenants de cette théorie ont pu faire en sorte qu’elle finisse par apparaître comme une vérité d’évidence.
Au moment où, un siècle après la Révolution française, se mettent en place durablement les institutions de la IIIe République, les partisans de l’expansion coloniale comprennent que leur meilleure échappatoire est d’instituer un nouveau sens commun. Seuls des images, des récits et des émotions sont susceptibles de donner une représentation des « sauvages » des colonies qui suggère d’elle-même l’inégalité des races et donne à voir la supériorité de la race blanche, justifiant ainsi, sans qu’on ait besoin de discours, la non-reconnaissance des droits de l’homme aux colonisés.
Le comble de la réussite pour ces inventeurs d’évidences est de mettre les rieurs de leur côté. En 1884, Jules Ferry s’y essaye, à la Chambre. Faisant état de la visite à Paris d’une ambassade du royaume malgache, il commence par dire : « Quand je vois, autour des tapis verts de la diplomatie, le cercle des grands représentants des grandes puissances s’accroître de quelques visages cuivrés ou noirs, je ne ris pas, je salue un progrès de la civilisation…


Date de mise en ligne : 02/06/2020

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