Chapitre de Que sais-je ? / Repères

Conclusion

Pages 119 à 120

Citer ce chapitre


  • Boncour, É.
(2021). Conclusion. Maître Eckhart (p. 119-120). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/maitre-eckhart--9782715405318-page-119?lang=fr.

  • Boncour, Élisabeth.
« Conclusion ». Maître Eckhart, Presses Universitaires de France, 2021. p.119-120. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/maitre-eckhart--9782715405318-page-119?lang=fr.

  • BONCOUR, Élisabeth,
2021. Conclusion. In : Maître Eckhart. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Que sais-je ? p.119-120. URL : https://shs.cairn.info/maitre-eckhart--9782715405318-page-119?lang=fr.

1« Il parlait à partir de l’éternité, et vous le comprenez à partir du temps » : Tauler engageait ainsi ses contemporains, dans son sermon 15, à lire Eckhart à partir d’une perspective divine et non humaine. Sommes-nous capables, nous, modernes, de pénétrer ainsi cette œuvre dense, difficile, exigeante ? Pouvons-nous stopper pour un moment nos divertissements et nous arrêter sur l’enseignement de ce Maître du Moyen Âge ?

2Il faudrait alors allier à la patience du concept et des raisons philosophiques l’exigence spirituelle qu’il martèle sans relâche. Il faudrait faire l’effort antihistoriciste et intempestif de le lire, d’abord et avant tout, sous l’angle de la métaphysique. Cela suppose de revenir au Moyen Âge, à sa pensée de l’exitus-reditus, par-delà la critique kantienne : la création, sortie de Dieu, est faite pour y retourner. Les exigences spirituelles d’Eckhart, radicales et sans appel, ne peuvent être comprises, voire appliquées, sans saisir que toutes les disciplines scientifiques, issues de la lumière naturelle de notre intellect, sont autant de voies d’approfondissement du retour vers l’origine principielle, qui, seule, les fonde. Vers elle tendent tous les savoirs humains qui y trouvent leur fondement. Qu’il soit être, intellect, non-être, le Dieu d’Eckhart nous rappelle sans cesse l’écart entre le créé et l’Incréé, tout en nous éveillant, à même cette distinction, à l’indistinction : l’Absolu n’a pas déserté son œuvre. A fortiori sa présence est vivace dans le fond intime de cette créature, l’homme, dont la Genèse dit qu’elle en est son image : image recouverte par nos penchants humains, mais étincelante en son foyer. Notre siècle prend rang parmi tous les autres. Faire resplendir, avec l’aide de la grâce, cette image, voici la grande affaire de l’homme. Ne pas succomber aux attraits proposés à l’« homme extérieur », celui que nous sommes nativement et spontanément ; œuvrer non pas pour son bénéfice propre, sciemment envisagé ou camouflé par la bonne conscience, mais pour celui de Dieu ; laisser la jouissance de l’union mystique au bénéfice de l’aide au prochain : là réside l’enseignement, éminemment chrétien, de Maître Eckhart. Son appel au dénuement, au « détachement », qui culmine dans la théogénésie, a revêtu au travers des siècles diverses figures, celles des saints, habités par Dieu et totalement renoncés.

3Eckhart peut ainsi être lu à partir d’options diverses : on peut privilégier l’Eckhart philosophe, l’Eckhart spirituel, l’Eckhart scolastique. Il demeure néanmoins qu’il est de ceux qui renvoient sans relâche à la destinée métaphysique et spirituelle de l’homme, vacillant et défaillant sous le poids de sa propre destinée, centrée sur son humanité et vouée, par là, à la déréliction.


Date de mise en ligne : 25/06/2021