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(2002). Lire. Sciences Humaines, 132(11), 47-47. https://doi.org/10.3917/sh.132.0047.

« Lire ». Sciences Humaines, 2002/11 N°132, 2002. p.47-47. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/magazine-sciences-humaines-2002-11-page-47?lang=fr.

2002. Lire. Sciences Humaines, 2002/11 N°132, p.47-47. DOI : 10.3917/sh.132.0047. URL : https://shs.cairn.info/magazine-sciences-humaines-2002-11-page-47?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sh.132.0047


L'éducation civique aujourd'hui - Dictionnaire encyclopédique Georges Roche (dir.), ESF, 2002, 456 p., 38,90 ?.

1Divisé en quatre parties (éducation civique, morale, juridique, politique), ce dictionnaire prend ses distances avec les manuels du genre, souvent teintés de moralisme, et élargit le champ à des notions diverses et variées : altruisme, consommation, normes, devoir, conviction, espérance... Les entrées, traitées de manière accessible aux adultes comme aux lycéens, offrent un rappel des références philosophiques et de sciences humaines ainsi que des débats autour de chaque notion

2Martine Fournier

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La démocratisation de l'enseignement - Pierre Merle, La Découverte, « Repères », 2002, 122 p., 7,95 ?.

4Ce petit livre utile propose une synthèse pertinente et accessible des derniers acquis de l'histoire et de la sociologie de l'éducation. La combinaison habile des apports des deux disciplines, dont les représentants ne travaillent que trop rarement ensemble, offre au lecteur profane une analyse efficace de l'extension de la scolarisation depuis le xviiie siècle. Au passage, il égratigne utilement quelques idées reçues. Il rappelle par exemple que l'esprit des Lumières demeurait réticent à étendre l'instruction à l'ensemble de la population, et que c'est la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe qui franchit en ce domaine le pas décisif, bien avant Jules Ferry. Il souligne également que l'école républicaine était loin de garantir la réussite de tous, et que la IIIe République hésita longtemps avant d'établir la gratuité de l'enseignement secondaire. L'analyse du processus de démocratisation depuis les débuts de la ve République donne ensuite à Pierre Merle l'occasion de proposer une vulgarisation intelligente des principales critiques sociologiques de la démocratisation. Il montre notamment comment les filles ont profité de ce processus pour rattraper leur retard sur les garçons, tout en continuant d'opérer des choix de scolarisation marqués par les stéréotypes sexuels traditionnels. Il rappelle également que les inégalités scolaires se manifestent aussi à travers les dépenses d'éducation : elles ont profité plus largement aux élèves engagés dans les études les plus longues, qui appartiennent majoritairement aux milieux sociaux les plus favorisés.

5
Ce dernier point oblige toutefois à souligner une lacune regrettable de l'ouvrage. P. Merle ignore en effet à peu près complètement les enseignements techniques et professionnels, qui ont pourtant joué dans le processus de démocratisation un rôle essentiel, au point de scolariser aujourd'hui la moitié des lycéens. Il est paradoxal (ou significatif ?) qu'un livre qui s'attache à expliciter les mécanismes des inégalités devant l'école fasse l'impasse sur des institutions dont l'une des fonctions actuelles est de remédier à l'échec scolaire des élèves de familles modestes, en tentant de leur assurer des conditions satisfaisantes d'insertion professionnelle ou de poursuite d'études.

6Vincent Troger

7

La formation autodirigée - Aspects pédagogiques et psychologiques Philippe Carré et André Moisan (dir.), L'Harmattan, 2002, 366 p., 22 ?.

8Quelles sont les compétences sollicitées dans les pratiques de formation autodirigée ? Quels sont les dispositifs pédagogiques à même de les faciliter ? Issu des IIes Rencontres mondiales sur l'autoformation (Paris, 2000), cet ouvrage dresse un bilan des recherches sur le sujet.

9Martine Fournier

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La nature de l'esprit - Marc Jeannerod, Odile Jacob, 2002, 256 p., 22 ?.

11«Les phénomènes mentaux sont biologiquement fondés : ils sont à la fois causés par les mécanismes cérébraux et réalisés dans la structure du cerveau. Dans cette perspective, la conscience et l'intentionnalité relèvent de la biologie humaine au même titre que la digestion ou la circulation sanguine. » Ces propos du philosophe John Searle bousculent l'opposition classique esprit/monde physique. Ils résument la démarche de Marc Jeannerod, et au-delà, certaines ambitions des sciences cognitives : établir une « naturalisation » de l'esprit, et notamment montrer que la cognition ne consiste pas seulement dans la capacité de raisonner, de calculer et de produire des mots, mais qu'elle inclut des aspects intentionnels, relationnels et émotionnels. L'imagerie cérébrale a grandement contribué à cette mise en lumière d'un cerveau porteur de prédispositions à la fois rationnelles, affectives et sociales.

12
La notion de représentation mentale est au coeur de la révolution cognitive, rappelle l'auteur. Lorsque l'on saisit un objet avec les mains, les commandes nerveuses suivent les instructions d'une représentation de cet acte de saisie. La représentation de l'acte précède l'acte, elle est l'intermédiaire entre la vision de l'objet à saisir et le mouvement de saisie. Cet apport de la psychologie cognitive contredit notamment la théorie behavioriste qui se passe de la notion de représentation. La biologie de l'esprit, elle, s'appuie sur une science des productions mentales, esquisse une physiologie de l'intentionnalité, ce que l'auteur appelle « mouvement volontaire », et, par extension, une physiologie de la conscience.

13
La relation à autrui passe également par des représentations, et notamment par la simulation mentale. L'individu est porté à déchiffrer les états mentaux d'autrui, en observant son action, en reconnaissant en lui la présence de représentations et en se les appropriant. Le dérèglement de cette fonction, la perte de capacité de simulation de l'action d'autrui peuvent générer des troubles, et notamment, pense-t-on, l'autisme. La capacité d'attribuer des états mentaux, des intentions ou des actions à autrui est un mécanisme fondamental de la cognition sociale. La schizophrénie peut s'interpréter comme un trouble de cette fonction : le schizophrène attribue à autrui ses propres actions. La neurologie intervient lorsque l'on fait l'hypothèse que cette pathologie est due à une non-activation de la région préfrontale, dédiée à la préparation et à la production de l'action volontaire.

14Serge Lellouche

15

Les patrons, l'État et la formation des jeunes - Gilles Moreau (dir.), La Dispute, 2002, 240 p., 18 ?.

16 Les lycées professionnels, les filières techniques des lycées et les centres de formation d'apprentis ne sont en général connus du public, et même de beaucoup de spécialistes de l'éducation, qu'à travers quelques stéréotypes, notamment celui de « filière de relégation » du système éducatif. Ces voies de formation et d'éducation accueillent pourtant plus de la moitié des jeunes Français à la sortie du collège. Pour ceux qui veulent comprendre ce qui se joue vraiment derrière les murs de ces établissements pour la moitié de notre jeunesse, ce livre réunit les principaux spécialistes de la question, historiens, sociologues et juristes. Il propose un état des lieux à la fois complet et accessible.

17
Bien résumé dans le titre, le fil conducteur de l'ouvrage est exposé en introduction par Christian Baudelot : la scolarisation de la formation professionnelle des jeunes est l'enjeu permanent d'une lutte d'influence entre les entreprises et l'Etat. Les premières demandent des salariés bien formés mais dociles, le second est porteur d'une vision plus largement éducative des formations techniques et professionnelles. Mais le principal intérêt de ce livre est surtout de montrer comme cette tension fondatrice se décline à tous les niveaux du fonctionnement des institutions. On y voit par exemple des organisations patronales contester sans cesse la validité des diplômes délivrés par l'enseignement technique, et, en même temps, y attacher une telle valeur symbolique qu'elles repoussent l'éventualité de leur suppression. On y rencontre de jeunes apprentis heureux d'échapper au formalisme académique de l'école mais rétifs aux heures supplémentaires ou au travail dominical qui les empêchent de conserver les mêmes loisirs que leurs camarades restés au lycée. On y découvre un lycée technique qui continue de préserver toute la noblesse d'une culture professionnelle authentique. On y sourit aussi un peu devant l'imbroglio d'hésitations, de précipitations et de malentendus qui a conduit à la création du bac professionnel, devenu pourtant un diplôme à succès. Ce livre sérieux échappe donc à l'aridité et lève utilement le voile sur l'une des parts d'ombre de notre système éducatif.

18Jean-Claude Ruano-Borbalan

19

Psychologie de l'adolescent - Pierre G. Coslin, Armand Colin, 2002, 181 p., 13,5 ?.

20Comment définit-on l'adolescence ? Rien n'est moins simple. Il suffit de tenter de cerner ses limites temporelles pour s'en convaincre. La puberté plus précoce, l'insertion professionnelle et le départ du nid familial plus tardifs constatés depuis quelques années contribuent à brouiller les limites de cette période de la vie. Selon que l'observateur est psychologue, médecin, éducateur ou sociologue, l'approche de l'adolescence changera. Pierre G. Coslin, professeur de psychologie de l'adolescent, se propose ici non pas de réunir tous ces points de vues, mais de présenter un large panorama des apports de la psychologie sur le sujet. Destiné aux professionnels et aux étudiants, mais dans un style simple et clair, l'ouvrage aborde la crise identitaire, les difficultés de socialisation (qui peuvent se manifester par des comportements violents ou toxicomaniaques), la genèse de la vie sexuelle, la puberté et le développement cognitif de l'adolescent. Se basant sur de nombreuses études et enquêtes, l'auteur fait également appel aux travaux de spécialistes, tels Claude Olievenstein sur la question de la consommation de substances illicites, ou Lawrence Kohlberg sur celle de l'intériorisation des jugements moraux. Le lecteur ne trouvera pas une revue exhaustive des connaissances - tel n'est pas le but ici - mais plutôt des bases solides sur chacun des points abordés. A lui d'approfondir les aspects qui l'auront intéressé par d'autres lectures.

21Gilles Marchand

22

Psychologie des émotions - Confrontation et évitement Olivier Luminet, De Boeck université, 2002, 254 p., 29,95 ?.

23Le champ des émotions constitue l'un des centres d'intérêt récents des neurosciences. Mais c'est avant tout un domaine de recherche à part entière de la psychologie, comme nous le rappelle Olivier Luminet avec cette synthèse des études expérimentales, des modèles théoriques et des débats sur le sujet.

24Et pour cause : « Les émotions affectent de manière importante notre perception du monde, la manière dont nous nous exprimons, les raisonnements intellectuels que nous tenons ou encore les processus d'apprentissage auxquels nous sommes soumis dès notre plus jeune âge. » Elles font partie intégrante de notre quotidien, et font également l'objet d'un partage social. O. Luminet présente également les stratégies que chacun adopte face à un événement émotionnel, la confrontation ou au contraire l'évitement, qui toutes deux peuvent avoir selon la situation des effets positifs ou négatifs.

25Pour illustrer le propos, de nombreuses recherches sont présentées au lecteur. Un ouvrage rigoureux sur un sujet d'études plus complexe qu'il n'y paraît.

26Gilles Marchand

27

La politique de Babel - Du monolinguisme d'État au plurilinguisme des peuples Denis Lacorne et Tony Judt (dir.), Karthala, 2002, 348 p., 25 ?.

28Ce livre collectif, issu d'un colloque coorganisé par le Centre d'études et de recherches internationales (Paris) et le Remarque Institute (New York), s'intéresse aux politiques de la langue dans la construction des nations modernes. Sont abordés des cas qui permettent de mettre en évidence les limites du monolinguisme d'Etat (France, Californie), la fragilité des nations plurilingues (Canada, Belgique, Suisse), et des expériences de renaissance linguistique (Israël, Ukraine, Lituanie, Biélorussie, ancienne Yougoslavie).

29Alice Krieg

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Les écrits de Septembre - New York 2001 Béatrice Fraenkel, Textuel, 2002, 160 p., 25 ?.

31C'est un livre original que propose Béatrice Fraenkel, chercheuse spécialisée dans la sémiologie de l'écrit, déjà connue pour son travail sur la signature (La Signature. Genèse d'un signe, Gallimard, 1992). Juste après les attentats du 11 septembre 2001, elle remarque la multiplication de signes en tous genres dans l'espace public new-yorkais. Sur les murs, dans la rue, apparaissent des affichettes, des panneaux, des fresques, des graffitis, des dessins, des autels improvisés, avec bougies et photos des disparus (morts ou bien missing). En moins de deux semaines, B. Fraenkel récolte un vaste matériel. Elle note, elle photographie. De cette enquête de terrain, elle tire des impressions et des analyses.

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A travers les écrits, les drapeaux, les fleurs, les bougies, les animaux en peluche et autres menus objets symboliques disposés autour d'autels éphémères, B. Fraenkel lit la tristesse, l'anxiété, l'espoir, la conjuration, etc., et les met en rapport avec les formes qui les expriment. Par exemple, elle analyse comme un « désir d'union exceptionnelle, sans hiérarchie, sans classement et sans catégorie » le fait que l'espace peu structuré domine dans de nombreux panneaux (par opposition à l'espace tabulaire, typique de l'écrit solennel ou cérémoniel). Autre exemple d'analyse : celui de l'expression « God Bless America », omniprésente après les attentats. L'auteur souligne qu'elle exprime le doute bien plus que l'arrogance de la nation élue comme on le croit souvent en France. Cette formule, en effet, n'affirme pas que l'Amérique est aimée de Dieu ; elle exprime plutôt l'angoisse qu'elle ne le soit pas : « Puisse Dieu bénir l'Amérique ! » Le deuil, la mort, la sépulture ou son absence, le sacrifice, la solidarité... sont autant de sujets que l'auteur aborde à travers les signes rituels et écrits publics exposés dans New York.

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Parmi les nombreux livres parus à l'occasion de l'anniversaire du « 9.11 », celui-ci est parmi les plus inattendus. Au-delà de l'éclairage qu'il apporte à l'événement historique dont il traite, il montre qu'un chercheur peut, grâce à l'érudition et à l'esprit d'observation qu'il a travaillés au fil des années, produire avec pertinence une étude « à chaud ». Le soin apporté à l'édition (les papiers utilisés, la cinquantaine de photos) ne fait que renforcer l'intérêt de cet ouvrage situé entre essai et étude anthropo-sémiologique.

34Alice Krieg

35

Paroles d'alcooliques - Discours, interaction, subjectivité François Péréa, L'Harmattan, 2001, 350 p., 29 ?.

36A l'attention d'un lectorat averti, François Péréa analyse des paroles d'alcooliques recueillies aux comptoirs de bistrots. La perspective est assez peu banale : envisager diverses questions que pose la consommation excessive d'alcool pratiquée en public à travers les discours et les dispositifs de l'interaction entre alcooliques. Corps-souffrant, corps-jouissant, façons de désigner la femme, dénis, persécutions (dont le buveur s'estime sujet et/ou objet)... sont ainsi étudiés dans cet ouvrage, qui fait suite à la thèse de doctorat de l'auteur.

37Alice Krieg

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L'émergence des banlieues au coeur de la fracture sociale - Images et discours sur la banlieue - José Cubero, Privat, 2002, 128 p., 12 ?.

39Voici deux livres qui contribueront sans nul doute à bousculer les idées reçues concernant les banlieues.

40Le premier est signé d'un historien. Bien documenté et facile à lire, il donne à comprendre comment les « banlieues » (en fait certains grands ensembles construits durant les Trente Glorieuses) sont devenues à partir des années 1970-1980, suite à l'apparition des rodéos et à l'éclatement d'émeutes, synonymes de violence urbaine, de délinquance et d'incivilités dans la représentation collective et médiatique.

41
Oeuvre collective dirigée par une psychologue, également spécialiste en sciences de l'éducation, l'autre ouvrage examine justement les discours produits sur ces mêmes banlieues par les médias, le monde artistique ou les habitants eux-mêmes, le tout dans une perspective comparative franco-brésilienne (inspirée par la double nationalité de la directrice de l'ouvrage). On lira avec profit la contribution de Guy Lochard qui, à partir d'un examen des programmes de télévision consacrés à la banlieue des années50 au milieu des années 90, dégage trois périodes distinctes dans l'évolution du regard des médias : une première étape caractérisée par la montée progressive des interrogations sur les grands ensembles (1950-1981), une deuxième période dominée par des stratégies de dramatisation (1981-1989), enfin les années 1989-1994 durant lesquelles le regard est selon les circonstances « péjoratif et alarmiste » ou, au contraire, attentif et pédagogique. Un regard contradictoire, toujours d'actualité semble-t-il, de l'aveu même de l'auteur.

42Sylvain Allemand

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L'Héritage refusé. La crise de la reproduction sociale de la paysannerie française 1950-2000 - Patrick Champagne, Seuil, 2002, 336 p., 8,50 ?.

44Recueil d'articles publiés entre 1975 et 1987, ce livre offre l'image d'un groupe social - celui des paysans français en l'occurrence - pris dans la spirale du déclin. Inspirée directement de la problématique de Pierre Bourdieu, la thèse qui court à travers l'ouvrage est celle d'une crise de reproduction. Les paysans ont non seulement subi de plein fouet les effets d'une révolution économique et technologique mais ils doivent affronter, de surcroît, la domination symbolique des citadins. La domination est telle, affirme l'auteur, qu'elle entrave la capacité des paysans à se reproduire en tant que groupe social. Patrick Champagne alimente le propos à l'aide de matériaux variés. C'est d'abord l'observation ethnologique des paysans à la plage ou encore de la fête du village, moments privilégiés pour lire in vivo ces effets de domination (honte culturelle des paysans plagistes, déclin des fêtes d'antan). C'est ensuite la réflexion méthodologique sur les unités pertinentes d'observation et partant, sur ce qu'est un village. Pour P. Champagne, un village n'est pas réductible à un espace clos et à une communauté de solidarité comme on a parfois coutume de l'appréhender. Même si cela n'est pas nouveau, les paysans sont pris dans des relations de concurrence pour l'occupation du sol, mais de tels affrontements deviennent maintenant de plus en plus explicites. C'est enfin la mise en évidence des différents processus qui travaillent et minent le groupe pour mieux annihiler sa capacité à se reproduire : conflit entre jeunes agriculteurs et vieux paysans, transformation du mode de vie, de l'espace social et des références des agriculteurs, transformation des capitaux (économiques, culturels...), etc.

45
L'incapacité de cette « classe objet » à perdurer dans sa singularité n'est donc pas d'origine purement économique. Elle puise aussi largement aux sources des oppositions et conflits culturels entre les groupes. Illustration paradigmatique du poids de la violence symbolique qui informe les relations entre dominants et dominés, la recherche de P. Champagne ne se réduit pas à la simple monographie d'un monde mourant. Sur les pas de P. Bourdieu, l'auteur vise la généralité. A ses yeux, les mécanismes mis à jour révéleraient ce qui constitue le moteur sociologique de la transformation des sociétés contemporaines.

46Clément Lefranc

47

La Sociologie de Georg Simmel (1908). Éléments actuels de modélisation sociale - Lilyane Deroche-Gurcel, Patrick Watier (dir.), Puf, 2002, 281 p., 21 ?.

48Dix chercheurs français et étrangers souhaitent convaincre de l'actualité de la théorie des formes et des modèles de Georg Simmel. A partir d'entrées multiples (les réseaux, la pauvreté, le conflit, le don...), ils explorent les arcanes d'une pensée dont l'une des forces premières est d'avoir su rapprocher sur un même registre analytique ce que, spontanément, le commun oppose (le vol et le cadeau par exemple). Ce livre est également une machine de guerre avouée contre toutes les théories relativistes du monde social.

49Clément Lefranc

50

Naissance de la convention collective - Claude Didry, EHESS, 2002, 267 p., 23 ?.

51La convention collective est aujourd'hui un des piliers de notre droit social. Cet ouvrage en retrace la genèse en mobilisant les outils de la sociologie du droit. Il suit ainsi à la trace les multiples débats et luttes sociales qui ont jalonné la naissance, avec la loi de mars 1919, d'une catégorie juridique qui a tant compté pour la reconnaissance des doléances ouvrières. Un éclairage historique original qui, à l'heure de la « refondation sociale », aide à mieux comprendre les enjeux des temps présents.

52Clément Lefranc

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Premier matin. Comment naît une histoire d'amour - Jean-Claude Kaufmann, Armand Colin, 2002, 256 p., 20 ?.

54Après Le Coeur à l'ouvrage (Nathan, 1997), dans lequel il analysait les relations de couple à travers les tâches ménagères, et La Femme seule et le Prince charmant (Nathan, 1999), dans lequel il questionnait le modèle de l'amour romantique, Jean-Claude Kaufmann pousse un peu plus loin les limites de la sociologie du couple. A travers les témoignages de Colombine, d'Isa, de Franck, et d'une vingtaine d'autres personnes de toutes générations et de différents horizons professionnels, il suit pas à pas le déroulement du matin de cette nuit pas comme les autres où deux êtres sont passés à l'acte.

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Contrairement à ce que suggère la photo de la couverture figurant un couple enlacé, ce matin est loin d'être de tout repos et encore moins la promesse d'une longue histoire d'amour. Du réveil au petit déjeuner en passant par la toilette ou le passage dans le petit coin, les protagonistes sont en butte à des interrogations multiples que la littérature à l'eau de rose passe d'ordinaire sous silence et dont pourtant dépend la suite des événements. Des interrogations que le sociologue prend, lui, au sérieux quitte à franchir les frontières du scatologique (voir à ce propos, le développement sur l'art et la manière d'investir les WC...).

56A travers certains des récits, J.-C. Kaufmann va jusqu'à déceler une épreuve qui s'apparente à celle de l'anomie telle que définie par Emile Durkheim : une perte de repères identitaires que les protagonistes s'emploient tant bien que mal à surmonter.

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Si des matins se terminent bien, d'autres en revanche sont sans lendemain. A l'évidence chaque couple en gestation vit son propre « premier matin ». Le sociologue ne renonce pas pour autant à un effort de modélisation. Non sans une certaine maestria, il donne à voir à travers les propos souvent bruts et apparemment anodins de Colombine et des autres, les signes d'un changement manifeste de modèle. De celui, romantique, décrit par Francesco Alberoni dans Le Choc amoureux et dans lequel le premier matin engage pour le restant de la vie, nous passerions à un modèle dans lequel le premier matin tout aussi romantique soit-il reste un champ de possible, fait de « trajectoires soudaines ». « A l'origine est le hasard d'une rencontre, et le désir sexuel, qui débouchent sur des matins chagrins ou enchantés, un arrêt immédiat de l'histoire ou d'innombrables autres matins ». Un modèle auquel J.-C. Kaufmann parvient à donner chair par la force d'un style qui fait lire Premier matin comme une « petite oeuvre d'art sociologique ».

58Sylvain Allemand

59

Une épidémie politique. La lutte contre le sida en France, 1981-1996 - Patrice Pinell (dir.), Puf, 2002, 415 p., 26 ?.

60Entre sociologie et histoire, cet ouvrage coordonné par le sociologue Patrice Pinell traite de la lutte contre l'épidémie de sida, depuis l'apparition des premiers cas de la maladie en 1981 jusqu'à l'introduction des trithérapies en 1996. Les cinq auteurs analysent en détail la spécificité politique et sociale de la lutte contre le sida en France. La dimension contestataire et le militantisme liés à cette mobilisation apparaissent sans équivalent dans l'histoire de la lutte contre les maladies en France.

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Pendant ces quinze années, malgré un progrès certain des connaissances et des pratiques médicales (avec notamment le test de dépistage en 1985), la médecine n'a pas apporté de moyen définitif d'enrayer le mal. En revanche, les associations militantes ont été le moteur d'une mobilisation sociale sans précédent face à l'épidémie. La non-intervention des pouvoirs publics entre 1981 et 1986 leur laissait le champ libre. Aides, l'association alors dominante, visait notamment à développer la lutte contre le sida hors du milieu homosexuel. Elle se scinda en deux organisations rivales (avec Arcat-sida), au moment où l'Etat entra en scène avec une première ébauche de politique publique (1986-1989). Le sida devint alors une cause nationale, mobilisant contre lui une alliance entre l'Etat, le mouvement associatif et l'institution médicale.

62La période 1989-1996 vit le gouvernement socialiste essayer de contrôler un milieu associatif remanié. Mais l'alliance fut conflictuelle et la tâche compliquée par l'irruption d'un pôle radical : Act-up, fer de lance du combat des homosexuels séropositifs, entrera en opposition directe avec l'Agence française de lutte contre le sida (AFLS), représentante de l'Etat.

63Ce livre, très documenté, analyse aussi les conséquences de la lutte contre le sida chez les homosexuels (normalisation progressive de l'homosexualité) et les toxicomanes. L'ouvrage s'achève au moment où le milieu associatif apparaît à son apogée ; il ne traite donc pas, malheureusement, de la récente évolution de l'image sociale du sida.

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A cet égard, le succès relatif des trithérapies depuis 1996, le déclin de la mobilisation en France et la reconversion des associations, ainsi que le développement alarmant du sida dans les pays du Sud ont, en quelques années, profondément changé la donne.

65Jérôme Souty

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La vie des objets - Thierry Bonnot, Mission du patrimoine ethnologique/Éditions de la MSH, Paris, 246 p., 20 ?.

67Peut-on retracer la biographie des objets ? L'ethnologue Thierry Bonnot, chercheur à l'écomusée du Creusot-Monceau, analyse en particulier le parcours de certaines céramiques de Saône-et-Loire : poteries en grès, bouteilles à encre, vases et cruchons à liqueur, etc. Il montre que l'épaisseur symbolique des objets, même les plus humbles d'apparence, est une construction sociale. Il n'y a pas d'objet strictement « utilitaire » ou qui se réduise à sa valeur commerciale. L'objet s'inscrit dans une trajectoire sociale, il passe de mains en mains : ancien ouvrier céramiste, amateur local, collectionneur, brocanteur, responsable de musée, etc.

68Depuis la fabrication jusqu'à la conservation, la fonction, le mode d'appropriation et le statut de l'objet évoluent dans le temps et en fonction de celui qui le manipule.

69Jérôme Souty

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Le tourbillon des génies. Au Maroc avec les Gnawa - Bertrand Hell, Flammarion, 2002, 371 p., 20 ?.

71Descendants d'esclaves africains, marginalisés, les Gnawa du Maroc sont passés maîtres dans l'art de s'allier les génies (les djinns) et de faire circuler la baraka, l'énergie magico-religieuse, la force vitale. Ils pratiquent un culte de possession où la jouissance du sacré s'exprime d'abord par l'intermédiaire de la danse et de la musique. L'ethnologue Bertrand Hell fréquente les confréries populaires gnawa depuis plus d'une vingtaine d'années. Entre récit subjectif et analyse ethnologique, Le Tourbillon des génies est conçu comme une lecture anthropologique de son carnet de notes. L'auteur relate la quête spirituelle des initiés et décrit l'exubérance festive, l'empathie collective des cérémonies lila. Il analyse le mécanisme culturel du « ravissement », la prise de possession par les djinns. Le langage du corps joue ici un rôle premier dans l'expression des émotions et des conflits et dans l'extériorisation des troubles pathogènes.

72Menacés par l'islamisme radical d'un côté, de l'autre par le tourisme et l'industrie du spectacle, les « maîtres du désordre » cultivent en dernier ressort le rire et le détachement.

73Jérôme Souty

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IMAGES ET DISCOURS SUR LA BANLIEUE

75Voici deux livres qui contribueront sans nul doute à bousculer les idées reçues concernant les banlieues.

76Le premier est signé d'un historien. Bien documenté et facile à lire, il donne à comprendre comment les « banlieues » (en fait certains grands ensembles construits durant les Trente Glorieuses) sont devenues à partir des années 1970-1980, suite à l'apparition des rodéos et à l'éclatement d'émeutes, synonymes de violence urbaine, de délinquance et d'incivilités dans la représentation collective et médiatique.

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Oeuvre collective dirigée par une psychologue, également spécialiste en sciences de l'éducation, l'autre ouvrage examine justement les discours produits sur ces mêmes banlieues par les médias, le monde artistique ou les habitants eux-mêmes, le tout dans une perspective comparative franco-brésilienne (inspirée par la double nationalité de la directrice de l'ouvrage). On lira avec profit la contribution de Guy Lochard qui, à partir d'un examen des programmes de télévision consacrés à la banlieue des années50 au milieu des années 90, dégage trois périodes distinctes dans l'évolution du regard des médias : une première étape caractérisée par la montée progressive des interrogations sur les grands ensembles (1950-1981), une deuxième période dominée par des stratégies de dramatisation (1981-1989), enfin les années 1989-1994 durant lesquelles le regard est selon les circonstances « péjoratif et alarmiste » ou, au contraire, attentif et pédagogique. Un regard contradictoire, toujours d'actualité semble-t-il, de l'aveu même de l'auteur.

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Date de mise en ligne : 01/01/2010

https://doi.org/10.3917/sh.132.0047