Chapitre 4. Mythes et fantaisies
- Par Anne Graire
Pages 76 à 96
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- GRAIRE, Anne,
- Graire, Anne.
- Graire, A.
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À l’égal de son personnel et même davantage, Madame Grès passait plus de temps dans l’enceinte du 1, rue de la Paix qu’à son propre domicile : au gré de ses conversations, « la Maison » ne désignait pas son adresse personnelle mais l’entité qu’elle avait fondée ; ma grand-mère était l’âme de ce foyer symbolique depuis quarante ans. Les alentours connaissaient mieux ses allées et venues que notre voisinage de la Muette. C’est à pied qu’elle se déplaçait sur les trottoirs du quartier, leur largeur dallée de granit permettant de circuler sans risque de se frôler. Le couturier goûtait peu la promiscuité qui lui aurait fait croiser une connaissance – qu’elle n’identifiait jamais sans lunettes : le quiproquo était fréquent. « Mais qui était-ce ? » me disait-elle, souriant en retour à quelque salutation et riant sous cape.
Connue des commerçants, Madame Grès était une personnalité du quartier : une évidence puisqu’elle sévissait aux environs depuis les années 1940. L’envie d’une tranche de jambon à l’os la faisait descendre chez le charcutier voisin. Aux enseignes plus réputées, j’observais cette manière immuable avec laquelle les vendeurs venaient à sa rencontre, où l’empressement parfois se mêlait d’appréhension. Elle appartenait au type de cliente « exigeante ». Nul doute que sa description circulait dans le secteur, le turban rendait la chose facile. Sa petite personne – une dame d’un certain âge en imperméable – dégageait une autorité naturelle difficile à croire pour ceux qui ne l’auraient vue à l’œuvre…
Date de mise en ligne : 28/11/2025
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