Chapitre premier. Le réalisme machiavélien : le conflit au cœur du politique
- Par Serge Audier
Pages 35 à 154
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- AUDIER, Serge,
- Audier, Serge.
- Audier, S.
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Notes
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[1]
Il reste de cet ouvrage inachevé, rédigé entre 1938 et mai 1940, quatre parties. Ce texte (que Aron aurait peut-être intitulé Essais sur le machiavélisme moderne) se trouve en première partie de Machiavel et les tyrannies modernes, établi, présenté et annoté par R. Freymond, Paris, Éditions de Fallois, 1993. Les thèmes de ces textes trouveront une formulation dans la France Libre, en particulier, « Le machiavélisme, doctrine des tyrannies modernes » et, à un moindre degré, « Tyrannie et mépris des hommes » dans L’homme contre les tyrans, Chroniques de guerre. La France Libre 1940-1945, préf. J.M. Soutou, C. Bachelier (éd.), Paris, Gallimard 1990, p. 47 sq. et p. 466 sq. Voir aussi, R. Aron, « La sociologie de Pareto », Zeitschrift für sozialforschung, VI, 1937 (Paris, Félix Alcan, 1937, p. 488-521).
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[2]
A. Koyré, « La pensée moderne » [1930] dans Études d’histoire de la pensée scientifique, Paris, Gallimard, 1973, p. 21-22.
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[3]
J. Benda, La trahison des clercs, Paris, Pauvert, 1927.
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[4]
Ibid., p. 93.
-
[5]
Ibid., p. 122.
-
[6]
Benda se réfère au texte de Fichte intitulé « Sur Machiavel et sur des passages de ses œuvres », désormais dans Fichte, Machiavel et autres écrits philosophiques et politiques de 1806-1807, trad. et prés. L. Ferry et A. Renaut, Paris, Payot, 1981, p. 39-86. Benda connaît ce texte de Fichte par la médiation de Ch. Andler (cf. Les origines du pangermanisme de 1800 à 1888, Paris, L. Conard, 1915). À bien des égards, sa position d’ensemble vise directement Fichte, comme en témoigne son Discours à la nation européenne de 1933 (Paris, Gallimard, 1979), qui constitue une réponse au Discours à la nation allemande. Benda vise cette fois directement Machiavel : « Flétrissons les Bodins, les Machiavels, inventeurs des souverainetés nationales » (p. 41). Dans le débat français autour de Fichte, Benda prend manifestement parti pour les interprétations de Ch. Andler ou de É. Boutroux, contre les lectures de de V. Basch ou de X. Léon (Fichte et son temps, Paris, A. Colin, 1922-1927). Sur l’analyse discutable du pangermanisme par Andler et Boutroux, on peut se référer à D. Losurdo, Hegel et la catastrophe allemande, trad. Ch. Alunni, Paris, Albin Michel, 1994.
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[7]
Benda cite un des passages du texte de Fichte faisant l’éloge du réalisme dans les relations entre États (cf. « Sur Machiavel écrivain », p. 62. Cité par Benda, ibid., p. 93).
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[8]
La trahison des clercs, p. 93.
-
[9]
A. Renaudet, Machiavel. Étude d’histoire des doctrines politiques, Paris, Gallimard, 1942.
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[10]
L. de Villefosse, Machiavel et nous, Paris, Grasset, 1937. Le livre est très influencé par le commentateur le plus connu de l’Italie mussolinienne, F. Ercole, dont les thèses évolueront d’un nationalisme fichtéen à une théorisation de l’« État éthique » fasciste (La politica di Machiavelli, Roma, Edizioni Anonima Romana, 1926). Les thèses d’Ercole ont rencontré des résistances. Voir, C. Carista, Il pensiero politico di Niccolò Machiavelli, Napoli, Edizioni Eugenio Jovene, 1951 (1re version 1929), p. 2. Sur ces débat, cf. F. Battaglia, Lineamenti di storia delle dottrine politiche, Milano, Giuffrè Editore, 1952, p. 114-118.
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[11]
H. Berr, Machiavel et l’Allemagne, Paris, Albin Michel, 1939.
-
[12]
M. Duconseil, Machiavel et Montesquieu. Recherches sur un principe d’autorité, Paris, Denoël, 1943. Il s’agit d’un pamphlet antidémocratique et antisémite. Dans un même registre, cf. A. Fabre-Luce, Anthologie de la nouvelle Europe, Paris, Plon, 1942, p. 49-52. Voir aussi, Ch. Simon, Machiavel, Paris, Louis-Michaud, 1933, p. xiii.
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[13]
Mussolini, « Preludio al Machiavelli », Gerarchia, II [1924], trad. fr. Le Prince, préf. Mussolini, Paris, Helleu et Sargent, 1929. Le livre italien qui ira le plus loin dans ce sens est celui de M. Ferrara, qui compare systématiquement Machiavel, Mussolini et la doctrine nietzschéenne du “surhomme” (M. Ferrara, Machiavelli, Nietzsche e Mussolini, Firenze, Vallecchi Editore, 1939). En revanche, la lecture mussolinienne est tacitement contestée en 1931 par L. Russo, Machiavelli, Roma-Bari, Laterza, 1988.
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[14]
P. Gobetti, art. cit., repris dans Scritti politici, S. Priano (ed.), Torino, Einaudi, 1960, p. 673. Sur les enjeux de ce texte, voir l’Introduction, p. 28.
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[15]
S. Weil, « Méditation sur un cadavre », variante d’un projet d’article du même titre (juin ou juillet 1937) dans S. Weil, Œuvres complètes. Écrits historiques et politiques, t. II, vol. 3 Vers la guerre (1937-1947), S. Fraisse (éd.), Paris, Gallimard, 1989, p. 289. Dans l’autre version de ce texte, Weil conclut sa critique de Blum en ces termes : « Marx n’est pas un bon auteur pour former le jugement ; Machiavel vaut infiniment mieux » (p. 77). Sur le texte de Mussolini, voir aussi, dans le même ouvrage, « L’Europe en guerre pour la Tchécoslovaquie ? » [mars 1938], p. 86. Weil reprend alors directement le texte publié dans Gerarchia. Voir enfin « Réflexions en vue d’un bilan » [1939], p. 109.
-
[16]
Ch. Benoist, Le machiavélisme, 1re partie, Avant Machiavel ; 2e partie, Machiavel ; 3e partie, Après Machiavel, Paris, Plon-Nourrit, 1907, 1934, 1936. L’ouvrage est recensé par É. Weil en 1937, Zeitschrift für sozialforschung, op. cit., p. 670-672. Il est très bien accueilli dans les milieux de la droite catholique lyonnaise, et rencensé par L. Salleron dans Le courrier royal. Vraisemblablement, le jeune L. Althusser a découvert Machiavel par cet intermédiaire notamment (Y. Moulier-Boutang, Louis Althusser. Une biographie, t. 1, Paris, Grasset, 1992, p. 183).
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[17]
Le machiavélisme, 1re partie, p. 3.
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[18]
Cf. A. Comte, Discours sur l’esprit positif, Paris, Vrin, 1987. Comme on le sait, Comte résume l’esprit positif en ces termes : « En un mot, la révolution fondamentale qui caractérise la virilité de notre intelligence consiste essentiellement à substituer partout, à l’inaccessible détermination des causes proprement dites, la simple recherche des lois, c’est-à-dire des relations constantes qui existent entre les phénomènes observés » (p. 19-20).
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[19]
Le machiavélisme, 1re partie, p. 3.
-
[20]
Le machiavélisme, 1re partie, p. 348.
-
[21]
Sur cette vulgate neitzschéenne, cf. P.-A. Taguieff, « Le paradigme traditionaliste : horreur de la modernité et antilibéralisme. Nietzsche dans la rhétorique réactionnaire » dans Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, ouvrage collectif, préf. L. Ferry et A. Renaut, Paris, Grasset, 1991, p. 219-305. On a vu que cette rhétorique se retrouve chez M. Ferrara, Machiavelli, Nietzsche e Mussolini, p. 37 sq. (sur la « volonté de puissance »).
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[22]
Le machiavelisme, 1re partie, p. 465. Voir aussi notamment Le machiavélisme après Machiavel, p. 374. Benoist reprend ici les thèmes de son livre intitulé Le Prince de Bismarck. Psychologie de l’Homme fort, Paris, Librairie académique, Perrin et Cie, 1900.
-
[23]
Mussolini, préface au Prince, Paris, op. cit., p. xiii-xiv. Cité par Benoist, p. 386.
-
[24]
Le machiavélisme, 3e partie, p. 387.
-
[25]
Ibid., p. 387-388.
-
[26]
Comme l’a montré avec précision G. Quagliariello Cf. La politica senza partiti. Ostrogorski e l’organizzazione della politica tra ’800 e ’900, Roma-Bari, Laterza, 1993. Sur Benoist, voir p. 245-260. Quagliariello montre que Benoist, parlementaire et diplomate, a évolué de la droite conservatrice (en tant que président de la Fédération Républicaine en 1902) à la droite anti-démocratique et anti-républicaine, en se rapprochant dès 1927 de l’Action française.
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[27]
Son autre source est manifestement De Villefosse, Machiavel et nous, op. cit.
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[28]
A. Chérel, La pensée de Machiavel en France, Paris, L’Artisan du Livre, 1935, avant-propos, p. 8.
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[29]
Comme on aura bientôt l’occasion de le voir, la lecture de Machiavel par Benoist semble parfois reprendre presque littéralement certains développements du Traité de sociologie générale de Pareto.
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[30]
Sur l’intérêt porté par Benoist à l’œuvre d’Ostrogorski, cf. G. Quagliariello, op. cit., p. 256 sq. Benoist a consacré deux articles à Ostrogorski dans la « Revue des deux mondes », en avril et juin 1904, où il est fait déjà allusion à Machiavel. Cependant, les problématiques de Ostrogorski et de Pareto diffèrent profondément (cf. F. Tuccari, Capi, élites, masse. Saggi di storia del pensiero politico, Roma-Bari, Laterza, 2002).
-
[31]
É. Halévy, « L’ère des tyrannies », communication à la Société Française de Philosophie, [1936], dans L’ère des tyrannies, Paris, Gallimard, 1938, p. 213-249.
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[32]
Si Halévy souligne les aspects autoritaires de la doctrine marxiste, il ne lui accorde pas une place centrale pour expliquer le communisme en Russie. Il faut donc chercher une autre source que le marxisme à la tyrannie communiste : « Pour produire celle-ci, il a fallu, non la propagation de l’idée marxiste, mais l’expérience des quatre années de guerre mondiale qui ont démontré à quel point les progrès du militarisme, du bureaucratisme et de la science ont investi l’État moderne » (Ibid., p. 225). À cet égard, le communisme ne diffère pas, du moins sur le plan formel, des tyrannies fasciste et nazie. Si Halévy déclare préférer le vocable de “tyrannie” à celui de “dictature” pour désigner les régimes nés de la guerre, c’est précisément dans le but de désigner à la fois leur originalité et leur vocation à durer. Or, Aron ne souscrit pas entièrement à ce diagnostic d’ensemble. Dans une recension publiée en 1939 dans la Revue de Métaphysique et de Morale [avril 1939], il objecte en particulier que le totalitarisme, « dans l’ordre intellectuel », ne peut être compris comme la simple conséquence de la mise en place des économies de guerre.
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[33]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 119.
-
[34]
Ibid., p. 120.
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[35]
Ibid., p. 61.
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[36]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 61.
-
[37]
« Le machiavélisme, doctrine des tyrannies modernes », dans L’homme contre les tyrans, op. cit., p. 418.
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[38]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 61. Allusion à la condamnation de Machiavel par le cardinal anglais Reginald Pole dans son Apologia ad Carolum V Caesarem… publiée entre 1535 et 1545, première étape de la condamnation de Machiavel par l’Église (1559). Cf. A. Panella, Gli antimachiavellici, op. cit., p. 21-24.
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[39]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 61.
-
[40]
Ibid., p. 73.
-
[41]
« Le machiavélisme, doctrine des tyrannies modernes », art. cit., p. 418.
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[42]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 61.
-
[43]
Le Prince, chap. xv, dans Œuvres complètes (trad. modifiée par nous dans la totalité des occurrences), Paris, Gallimard, 1952, p. 335 : « Mais mon intention étant d’écrire des choses profitables à ceux qui les entendront, il m’a semblé plus pertinent de suivre la réalité effective de la chose que l’imagination qu’on en a (più conveniente andare drieto alla verità effettuale della cosa, che alla imaginazione sua) ».
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[44]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 61.
-
[45]
Ibid. Sur ce privilège de l’histoire, voir Le Prince, chap. xiv, p. 354.
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[46]
« Tyrannie et mépris des hommes », dans L’homme contre les tyrans, op. cit., p. 467.
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[47]
Évocation de Machiavel, Discours, L. II, chap. xxvii, dans Œuvres complètes, op. cit., p. 590-591.
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[48]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 63.
-
[49]
Ibid., p. 61-62.
-
[50]
Ibid., p. 63.
-
[51]
Machiavel, Discours, L. I, chap. iii : « Comme le démontrent tous ceux qui réfléchissent sur la politique (che ragionano del vivere civile) et comme en attestent tant d’exemples historiques, il est nécessaire que quiconque fonde une république et lui donne des lois présuppose tous les hommes méchants, et toujours prêts à se comporter avec méchanceté (malignità dello animo loro) à chaque fois qu’ils en trouveront l’occasion » (p. 388-389).
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[52]
Ibid., p. 389.
-
[53]
Discours, L. I, chap. xxxvii, p. 461.
-
[54]
Ibid., L. III, chap. xxxv, p. 696.
-
[55]
Ibid., L. I, chap. xxvii, p. 442-443.
-
[56]
Voir en particulier Le Prince, chap. xxi, p. 356 sq, ainsi que les Discours, L. II chap. xv, p. 549.
-
[57]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 75.
-
[58]
Ibid., p. 69. Voir Fichte, « Sur Machiavel écrivain », dans Machiavel, et autres écrits philosophiques et politiques de 1806-1807, op. cit., p. 56.
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[59]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 69.
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[60]
Ibid., p. 70.
-
[61]
L. de Villefosse, Machiavel et nous, op. cit., p. 192-193.
-
[62]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 70.
-
[63]
L. de Villefosse, Machiavel et nous, op. cit., p. 80 sq.
-
[64]
Discours, L. I, chap. xiv, p. 419.
-
[65]
Ibid., L. I, chap. ix, p. 405 : « Et jamais un esprit sage (uno ingenio savio) ne reprochera à quelqu’un d’avoir accompli une action extraordinnaire pour organiser (ordinare) un royaume ou fonder une république. Ce qui est à désirer, c’est que si le fait l’accuse, le résultat l’excuse (accusandolo il fatto, lo effetto lo scusi) ; quand il est bon, comme dans le cas de Romulus, il l’excusera toujours ».
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[66]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 74.
-
[67]
Discours, L. I, chap. ix, p. 405.
-
[68]
Essais sur le machiavélisme moderne, ibid., p. 75.
-
[69]
Voir en particulier, Discours, L. I, chap. xii, p. 415.
-
[70]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 80.
-
[71]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 80-81.
-
[72]
Ibid.
-
[73]
Ibid., p. 75.
-
[74]
Ibid., p. 75-76.
-
[75]
Voir H. Arendt, Les origines du totalitarisme. Le système totalitaire, trad. J. L. Bourget et alii, Paris, Seuil, 1972, p. 171-173. Reprenant à son compte l’expression de D. Rousset, Arendt explique, p. 173 : « Les camps de concentration et d’extermination des régimes totalitaires servent de laboratoire où la croyance fondamentale du totalitarisme – tout est possible – se trouve vérifiée ».
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[76]
H. Arendt, Les origines du totalitarisme. Le système totalitaire, op. cit., p. 85.
-
[77]
V. Pareto. Traité de sociologie générale, préf. Aron, Genève, Droz, 1968, § 1975, p. 1254-1255.
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[78]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 85.
-
[79]
Traité de sociologie générale, § 845, p. 451.
-
[80]
Ibid., § 1397, p. 785. Il faut toutefois ajouter que les “résidus” ne s’identifient pas strictement avec les sentiments. Sur cette précision, cf. Ibid., § 875, p. 85. Sur le concept de “résidus” et de “dérivation”, cf. J. Freund, Pareto. La théorie de l’équilibre, Paris, Seghers, 1974, p. 80 sq.
-
[81]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 86.
-
[82]
Ibid., p. 88-89.
-
[83]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 88-89.
-
[84]
Ibid., p. 102. Voir aussi, pour une définition plus précise, p. 91.
-
[85]
Ibid., p. 103.
-
[86]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 88-89.
-
[87]
Ibid., p. 102.
-
[88]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 89-90.
-
[89]
Ibid., p. 94.
-
[90]
Traité de sociologie générale, § 1786, p. 1124.
-
[91]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 94-95.
-
[92]
Traité de sociologie générale, § 889, p. 486.
-
[93]
Ibid., § 1015, p. 545.
-
[94]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 95.
-
[95]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 105 (souligné par nous).
-
[96]
Ibid., p. 115.
-
[97]
Ibid., p. 98-99.
-
[98]
Cf. H. Arendt, Condition de l’homme moderne, trad. G. Fradier, préf. P. Ricœur, Paris, Calmann-Levy, 1961, p. 322 sq.
-
[99]
Cf. M. Heidegger, « Dépassement de la métaphysique » dans Essais et conférences, trad. A. Préau, préf. J. Beauffret, Paris, Gallimard, 1958, p. 80-115. Rappelons que le texte a été écrit entre 1936 et 1946. Sur la « Volonté de Volonté », voir les analyses de L. Ferry, « La critique du monde de la technique chez Heidegger » dans Penser la technique, T. Ferenzi (éd.), Bruxelles, Complexe, 2001, p. 47-74.
-
[100]
M. Heidegger, Nietzsche, trad. P. Klossowski, Paris, Gallimard, 1971, p. 239. La reconstruction heideggérienne n’est pas sans évoquer celle du penseur traditionaliste R. Guénon, qui situe le “criticisme” de Kant dans le sillage de l’“humanisme” anthropocentrique, de la Renaissance à Descartes, et avant le positivisme et le “pragmatisme” (La crise du monde moderne, Paris, Gallimard, 1946, p. 105).
-
[101]
Voir la préface d’Aron à M. Weber, Le savant et le politique, trad. J. Freund, Paris, Plon, 1997, p. 49 sq. Aron souligne d’ailleurs, dans la préface au Traité de sociologie générale, les affinités entre le concept wébérien d’« action rationnelle par rapport à une fin » (zweckrational), et l’« action logique » parétienne.
-
[102]
Il est vrai que Apel pose ce système de complémentarité comme une caractéristique également des sociétés libérales et pluralistes, et reconnaît même que cette construction, en dépit de sa faiblesse, semble constituer au moins un antidote à « l’idéologie étatiste des pays de l’Est » (Cf. K-O Apel, « La situation de l’homme » dans Discussion et responsabilité, t. I, L’éthique après Kant, trad. C. Bouchindhomme, M. Charrière et R. Rochlitz, Paris, Cerf, 1996, p. 27-28). À cet égard, les deux constructions divergent. On ne doit pas cependant oublier que, lorsque Apel entreprend une archéologie de ce « système de complémentarité », il évoque notamment, outre Weber, le “pragmatisme” dans sa version occidentale, représenté par Nietzsche, Sorel et Pareto – c’est-à-dire très précisément les auteurs visés par Aron dans ses écrits autour du machiavélisme. Voir notamment K-O Apel, Éthique de la discussion, trad. M. Hunyadi, Paris, Cerf, 1994, chap. 3, p. 23-32. Pour notre propos, voir aussi la référence significative de Apel à la sociologie de Pareto, dans « Kant, Hegel et le problème actuel des fondements normatifs de la morale et du droit », dans Discussion et responsabilité, t. 1, L’éthique après Kant : « Enfin, pour ce qui est du pragmatisme, sa variante “continentale” (Nietzsche, Sorel, Pareto) a été le point de départ emphatique d’un mouvement hostile aux Lumières, c’est-à-dire d’une instrumentalisation de toutes les prétentions de la raison à la validité (sens, vérité, authenticité, justesse éthique) mises au service d’une auto-affirmation quasi biologique de la vie et de ses systèmes fonctionnels » (p. 56). Notons que déjà Aron associe implicitement à la fois Pareto, Sorel et le nietzschéisme dans une perspective comparable (« Le romantisme de la violence », dans L’homme contre les tyrans, op. cit., p. 431). Voir aussi l’évocation du « renversement nietzschéen » accompli par Pareto et Sorel (Essais sur le machiavélisme moderne, p. 112).
-
[103]
Éthique de la discussion, p. 38 sq.
-
[104]
K.-O. Apel, « Retour à la normalité ? », dans Discussion et responsabilité, t. II, Contribution à une éthique de la responsabilité, op. cit., p. 146. Les affinités d’Aron avec la seconde École de Francfort, et ses distances vis-à-vis de la première, sont d’autant plus remarquables qu’il était alors en contact avec Horkheimer, Adorno et Marcuse, par sa participation à la revue Zeitschrift für Sozialforschung, notamment avec son article sur Pareto.
-
[105]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 70.
-
[106]
Ibid.
-
[107]
Discours, L. I, chap. xxix, p. 445 sq.
-
[108]
Ibid., L. I, chap. v, p. 392 sq.
-
[109]
Ibid., L. I, chap. xlvii, p. 480 sq.
-
[110]
« Tyrannie et mépris des hommes », art. cit., p. 473
-
[111]
« Le machiavélisme, doctrine des tyrannies modernes », art. cit., p. 423.
-
[112]
« Tyrannie et mépris des hommes », art. cit., p. 469 (souligné par nous).
-
[113]
Déjà la recension consacrée à L’ère des tyrannies conteste « l’assimilation implicite de la tyrannie soviétique aux tyrannies réactionnaires » (art. cit., p. 264). Dans Démocratie et totalitarisme, contre les thèses de Arendt, Aron soulignera encore que le régime soviétique, né d’une volonté révolutionnaire, inspiré par un idéal “humanitaire”, a été conduit à instaurer la terreur principalement en raison des obstacles que son projet irréaliste ne pouvait que rencontrer. Ainsi, malgré les similitudes entre les deux régimes, il faut souligner la différence fondamentale entre « l’idée qui anime l’une et l’autre entreprise » – puisque « dans un cas l’aboutissement est le camp de travail, dans l’autre la chambre à gaz » (Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard, 1992, p. 291-292).
-
[114]
R. Aron, « Machiavel et Marx » (1969), dans Études politiques, Paris, Gallimard, 1972, p. 56 sq.
-
[115]
Voir Gramsci, Cahiers 13 et 14 dans Cahiers de prison, trad. P. Fulchignoni et alii, Paris, Gallimard, 1978 et 1990.
-
[116]
« Machiavel et Marx », p. 66.
-
[117]
« Machiavel et Marx », p. 67 (souligné par nous).
-
[118]
Au contraire, C. Castoriadis insistera sur la dimension “machiavélique” du communisme tardif (Devant la guerre, Paris, Fayard, 1981, p. 247 sq.).
-
[119]
Voir les Mémoires, Paris, Julliard, 1983, p. 68 et 69, sur G. Davy et C. Bouglé. Au début des années trente, le grand sociologue sera pour lui Weber (cf. ibid., p. 70-72). Toutefois, notons que Bouglé, profondément marqué par le néo-criticisme, met déjà en question certaines thèses durkheimiennes (cf. Les sciences sociales en Allemagne, Paris, Alcan, 1896, p. 162 sq.).
-
[120]
R. Aron, La sociologie allemande contemporaine, Paris, PUF, 1981 [1re éd., 1935] p. 99. Commandé par Bouglé, le livre ne mentionne pas sa critique du credo positiviste dans Les sciences sociales en Allemagne.
-
[121]
R. Aron, La philosophie critique de l’histoire. Essais sur une théorie allemande de l’histoire, S. Mesure (éd.), Paris, Julliard, 1987, p. 261.
-
[122]
R. Aron, La philosophie critique de l’histoire. Essais sur une théorie allemande de l’histoire, op. cit., p. 262.
-
[123]
M. Weber, « Le métier et la vocation de l’homme politique », dans Le savant et le politique, trad. J. Freund, préf. R. Aron, Paris, Plon, 1963, p. 207.
-
[124]
Sur ce point, voir Fichte, « Sur Machiavel écrivain et sur des passages de ses œuvres » op. cit.
-
[125]
« Le métier et la vocation de l’homme politique », p. 217.
-
[126]
Ibid.
-
[127]
La sociologie allemande contemporaine, p. 212. C’est encore en se référant à Machiavel que Weber interprète le réalisme politique de certaines sagesses hindoues. Remarquant la manière dont celles-ci ont érigé l’art politique en une sphère d’activité atuonome, Weber note que la littérature hindoue comprend un exposé classique de “machiavélisme” radical (au sens populaire du terme) intitulé l’Arthasastra, de Kautilya, en comparaison duquel « Le Prince de Machiavel est un livre inoffensif ».
-
[128]
Ibid., p. 103.
-
[129]
Ibid., p. 108.
-
[130]
Ibid.
-
[131]
Le voyage de Aron en Allemagne de 1930 à 1933 a joué un rôle décisif dans sa sortie du pacifisme. Voir les Mémoires p. 55-67. Voir aussi N. Baverez, Aron. Un moraliste au temps des idéologies, Paris, Flammarion, 1993, p. 59 sq. Aron fait remonter dans les Mémoires (p. 70-72) son « intérêt parfois passionné » pour Weber – au détriment de Durkheim – aux années 31-32 : « La sociologie qui ne prenait pas au tragique les révolutions planait au-dessus de notre condition. Max Weber n’avait méconnu ni les systèmes sociaux ni les décisions irréversibles et fatales prises par les hommes du destin ». On touche là une différence entre Aron et les républicains positivistes de son époque. Comme le souligne A. Boyer, « ce qui oppose d’abord Aron aux durkheimiens, c’est leur candeur, leur foi laïque » (cf. A. Boyer, « Le désir et la réalité. Remarques sur la pensée aronienne de l’histoire » dans Raymond Aron, la philosophie de l’histoire et les sciences sociales, J.C. Chamboredon (éd.), Paris, Éditions de la rue d’Ulm, 1999, p. 44).
-
[132]
La sociologie allemande contemporaine, p. 109.
-
[133]
R. Aron, « Philosophie du pacifisme », dans L’homme contre les tyrans, op. cit., p. 481 sq.
-
[134]
Ibid., p. 484.
-
[135]
Cf. Aron, « De l’objection de conscience », dans Études politiques, p. 342-353. Ce texte de 1934, où sont déjà clairement thématisées les antinomies de la politique (mais sans référence explicite à Weber) approfondit l’étude publiée dans les Libres propos en février 1933, intitulée : « Réflexions sur le pacifisme intégral ». Sur ce point, cf. Mémoires, p. 55-58.
-
[136]
« Philosophie du pacifisme », p. 484.
-
[137]
Ibid.
-
[138]
Ibid., p. 485.
-
[139]
« États démocratiques et États totalitaires », communication à la Société Française de Philosophie du 17 juin 1939, dans Machiavel et les tyrannies modernes, p. 165 sq.
-
[140]
Ibid., p. 166.
-
[141]
Machiavel et les tyrannies modernes, p. 178.
-
[142]
Ibid., p. 180.
-
[143]
Ibid., p. 181.
-
[144]
J. Maritain, « La fin du machiavélisme ». Paru d’abord dans la Review of Politics (janvier 1942) puis dans La Revue catholique de la Suisse romande (avril-juin 1942). Repris et très légèrement complété dans le chap. v des Principes d’une politique humaniste dans Œuvres Complètes, Paris, Éditions Universitaires Fribourg/Éditions Saint-Paul, t. VIII, 1978.
-
[145]
H. Berr, Machiavel et l’Allemagne, op. cit., p. 26 sq. : « Descartes contre Machiavel ». Sur la persistance de la référence à Descartes dans le discours “rationaliste” des années trente, voir F. Azouvi, Descartes et la France. Histoire d’une passion nationale, Paris, Fayard, 2002, p. 299 sq. Toutefois, bon connaisseur de la tradition républicaine européenne, Berr perçoit mieux que Maritain le républicanisme machiavélien et sa postérité. Il souligne ainsi que « Machiavel n’est pas un coquin misérable » mais un « patriote italien » : « Edgar Quinet, ce lucide esprit, a vu dans l’éloquente conclusion du Prince – où Machiavel montre l’Italie qui attend, « presque mourrante, celui qui pourra fermer ses blessures » – la “Marseillaise” du xvie siècle ». Les analyses de Berr sur le pangermanisme évoquent en partie, concernant la documentation, le célèbre ouvrage de Meinecke, Die Idee der Staatsräson in der neueren Geschichte, publié en 1924 (L’idée de la raison d’État dans l’histoire des temps modernes, trad. M. Chevallier, Genève, Droz, 1973) qui exercera une influence considérable dans toute l’Europe, notamment sur Rosenzweig. Par exemple, Berr mentionne, comme Meinecke, un texte de Bollmann, Justification du machiavélisme, en expliquant que l’esprit du Prince se retrouve « sous la forme du prince de Bismark ».
-
[146]
Voir J. Maritain, Trois réformateurs : Luther, Descartes, Rousseau [1925] dans Œuvres complètes, t. III, p. 429-655). La critique de la modernité par Maritain avait été engagée dans Antimoderne dès 1922. Elle trouvera une reformulation en 1934 dans Humanisme intégral (O. C. VI, p. 301-634) qui comprend déjà des développements importants sur le machiavélisme. « La fin du machiavélisme » a été écrit dans une des périodes les plus fécondes de Maritain, alors en exil aux États-Unis. Il y publie notamment Les droits de l’homme et la loi naturelle (1942). Sur la « période américaine » cf. P. Viotto, Introduzione a Maritain, Roma-Bari, Laterza, 2000, p. 61 sq. Sur les déplacements philosophiques depuis Humanisme intégral, cf. P. Viotto, Présentation de Umanesimo integrale, Roma, Borla, 1980, p. 7-39. Pour une analyse plus critique, cf. A. Renaut et L. Sosoe, Philosophie du droit, Paris, PUF, 1991, p. 257-273. Notons que les réflexions de Maritain sur la modernité et Machiavel trouveront une reformulation chez le penseur traditionaliste R. Guénon (marqué par le néo-thomisme), qui situe la catastrophe de la modernité dans l’avènement de l’“humanisme” de la Renaissance (La crise du monde moderne, op. cit., p. 37 sq.). Les thèses de Maritain, quelle que soient leurs limites, mériteraient d’être réétudiées pour deux raisons indissociables. Tout d’abord, la critique par Maritain de la modernité et de l’individualisme libéral anticipe, bien plus qu’on ne l’imagine souvent, les positions “communautariennes” qui s’imposeront dans les années quatre-vingt. Contrairement à une idée reçue, le thème de la “communauté” n’a pas connu d’éclipse au xxe siècle (voir sur ce point la bonne synthèse de V. Pazé, Il comunitarismo, Roma-Bari, Laterza, 2004, p. 61-67). Ensuite, l’œuvre de Maritain a contribué à sa manière au renouveau de la « philosophie pratique », et, plus largement, de l’aristotélisme. En Allemagne, par exemple, les travaux de J. Ritter ont opéré un retour à la philosophie politique d’Aristote (J. Ritter, Metaphysic und Politik. Studien zu Aristoteles und Hegel, Frankfurt, Suhrkamp, 1969). Pour une contextualisation des thèses de Ritter, voir la préface de G. Cucino à la trad. italienne, Metafisica e politica, trad. G. Cucino, Casale Monferrato, Marietti, 1983, p. vii-xlviii). Sur le retour international à Aristote au xxe siècle, voir E. Berti, Aristotele nel novecento, Roma-Bari, Laterza, 1992.
-
[147]
« La fin du machiavélisme », p. 308.
-
[148]
Ibid., p. 308.
-
[149]
Ibid., p. 322.
-
[150]
Ibid.
-
[151]
« La fin du machiavélisme », p. 323. Sur le basculement de Machiavel à Hegel, dans le cadre de la réfutation par Maritain de « l’Humanisme anthropocentrique des temps modernes », cf. Pour la Justice (1945) dans O.C. VIII, p. 710-711. Cette critique sera explicitée plus tard dans La philosophie morale (1960), O.C, XI, p. 581. Le rejet de Machiavel et de Hegel est alors assez diffus dans les milieux catholiques. Voir l’analyse de A. Brucculeri, père jésuite, théoricien du totalitarisme comme “panétatisme”, dans La civiltà cattolica, II, 1938, p. 22. La philosophie de Hegel parachèverait le processus initié à la Renaissance par Machiavel, consistant à rabattre la religion au rang d’instrument et à faire de l’État une sorte de substitut de Dieu (cf. E. Gentile, Le religioni della politica. Fra democrazia e totalita rismo, Roma-Bari, Laterza, 2001, p. 135). Ce type d’interprétation de Hegel et de son influence est discutable, comme le démontrent les travaux de D. Losurdo, Hegel et la catastrophe allemande, op. cit. Losurdo prend le contre-pied de la thèse qui voit en Hegel l’inspirateur principal de la realpolitik allemande et du pangermanisme. Il montre que la conception de l’histoire de Hegel se situe aux antipodes de celle de Bismark. Surtout, Losurdo souligne que Treitschke et les autres “nationaux-libéraux” ne sont pas des disciples directs de Hegel, comme on l’a souvent suggéré (notamment sous l’influence de Andler, Meinecke ou Rosenzweig). Les “nationaux-libéraux”, au contraire, développent une critiquent importante de Hegel, lui reprochant l’importance excessive qu’il accorde à l’État (de là l’intérêt de Treitschke pour l’analyse tocquevilienne de l’État moderne et sa distance vis-à-vis de la « dimension machiavélienne » de Hegel). Au-delà, l’enjeu pour les “nationaux-libéraux” est de se dégager de la fascination hégélienne pour la France et la Révolution française. Les “teutomanes” et “gallophobes” veulent ainsi rompre avec l’auteur des Principes de la philosophie du droit. Voir aussi les analyses de Losurdo sur le théoricien de la realpolitik, Rochau, dont les thèses relèvent bien davantage d’un individualisme « social-darwiniste » que de la philosophie hégélienne de l’État.
-
[152]
« La fin du machiavélisme », p. 323.
-
[153]
Ibid., p. 313.
-
[154]
Ibid. Voir l’analyse de Humanisme intégral concernant les relations entre « le plan du spirituel et du temporel » (op. cit., p. 617-619). Sur la spécificité de l’éthique politique : « En réalité, les principes de la morale ne sont pas des théorèmes ni des idoles, mais les règles suprêmes d’une activité concrète qui vise une œuvre à faire dans telles et telles circonstances, moyennant des règles plus prochaines et moyennant, en définitive, les règles jamais tracées d’avance de la vertu de prudence » (p. 535), c’est-à-dire la phronésis aristotélicienne, reformulée dans le cadre conceptuel néo-thomiste.
-
[155]
Maritain précise que Machiavel a eu le tort d’avancer une conception « purement artistique de la politique ». Se référant à la distinction aristotélicienne entre praxis et poiésis, Maritain souligne qu’il s’agit de la « grande erreur philosophique » de Machiavel, « s’il est vrai que la politique relève du praktikon (de l’agir), non du poietikon (du faire) et qu’elle est par essence une branche – la principale selon Aristote – de l’Éthique » (p. 316). On sait le rôle crucial que jouera cette distinction chez Arendt.
-
[156]
Ibid., p. 325-326.
-
[157]
Ibid., p. 326.
-
[158]
De ce point de vue, Maritain reconnaît, dans Humanisme intégral, que Machiavel, « ce grand hérésiaque politique des temps modernes », a posé des questions importantes : « Toute erreur a sa vérité, la vérité du machiavélisme est une réaction contre une fausse conception de l’éthique, contre ce qu’on pourrait appeler le surmoralisme » (p. 531).
-
[159]
Ibid., p. 327.
-
[160]
Ibid., p. 330 (souligné par nous).
-
[161]
« J. Maritain et la querelle du machiavélisme », dans Machiavel et les tyrannies modernes, p. 375.
-
[162]
Ibid., p. 376.
-
[163]
Voir la critique par de Villefosse, en référence à Machiavel et Savonarole, du pacifisme et de la SDN. Si Machiavel vivait au xxe siècle, « il critiquerait très probablement dans son principe une institution promulguant des lois, simplement au nom d’une conscience universelle, sans créer de force de coercition correspondante » (op. cit., p. 78).
-
[164]
Cf. Essais sur le machiavélisme moderne, p. 113. Toutefois, Aron ne voit pas ici encore dans la thèse de « l’hétérogénéité des fins dernières » avancée par Pareto la marque d’une compréhension lucide des antinomies de la politique, mais seulement l’indice d’un “subjectivisme” fondamentalement nihiliste.
-
[165]
« La querelle du machiavélisme », p. 376-377.
-
[166]
« La querelle du machiavélisme », p. 378.
-
[167]
R. Aron, « Sur le machiavélisme. Dialogue avec J. Maritain » (déc. 1982), dans Machiavel et les tyrannies modernes, p. 408-416.
-
[168]
Voir L. Strauss, « Qu’est-ce que la philosophie politique ? » dans Qu’est-ce que la philosophie politique ?, trad. O. Sedeyn, Paris, PUF, 1992, p. 45-51. Voir aussi Pensées sur Machiavel, trad. M. P. Edmond et T. Stern, prés. M.P. Edmond, Paris, Payot, 1982. Cf. entre autres p. 319 sq. Cf. également, « Nicolas Machiavel » dans Études de philosophie politique platonicienne, trad. O. Sedeyn, Paris, Belin, 1992, p. 300-326.
-
[169]
« Sur le machiavélisme. Dialogue avec J. Maritain », p. 412.
-
[170]
« Sur le machiavélisme. Dialogue avec J. Maritain », p. 412. Sur cette éthique concrète, qui réinvestit la notion aristotélicienne de phronésis contre l’universalisme kantien, cf. Humanisme intégral, op. cit., p. 535. Voir la critique de la morale kantienne, jugée trop abstraire (p. 537).
-
[171]
« Sur le machiavélisme. Dialogue avec J. Maritain », p. 408-416.
-
[172]
Précisons que le “néo-aristotélisme” visé par Apel (et Habermas) diffère de sa formulation néo-thomiste, et présente des implications relativistes. On peut regretter que Apel ne prennent pas toujours sérieusement en compte l’apport de la « philosophie pratique » qui constitue un des courants les plus riches de la pensée allemande de son époque. Le livre majeur à cet égard est sans doute cel i de R. Bubner, Handlung, Sprache und Vernunft. Grundbegriffe praktischer Philosophie, Frankfurt, Suhrkamp, 1976, malheureusement toujours indisponible en français (alors que l’Italie l’a traduit dès 1985). L’ouvrage contient une intéressante critique (chap. i) des théories sociologiques de l’action (notamment Weber, Schültz, Parsons) et une reconstruction des principes d’une philosophie de l’action (chap. ii), en référence tout particulièrement à Aristote. Le chapitre iv inclut un examen critique remarquable de l’« éthique de la discussion » de Habermas. Sur le renouveau de la « philosophie pratique » en Allemagne, voir F. Volpi, « La rinascita della filosofia pratica in Germania », in C. Pacchiani (ed.), Filosofia pratica e scienza politica, Padova, Edizioni Aldo Francisci, 1980, p. 11-97. Pour une approche synthétique, voir E. Berti, Filosofia pratica, Napoli, Alfredo Guida Editore, 2004. Plus largement, sur les différentes modalités du retour à Aristote, voir E. Berti, Aristotele nel novecento, op. cit.
-
[173]
Cf. K-O. Apel, « La situation de l’homme comme problème éthique », dans Discussion et responsabilité, t. I, L’éthique après Kant, op. cit., p. 32. La critique du pacifisme de Franz Alt (cf. « Résoudre les conflits à l’époque nucléaire : un problème d’éthique de la responsabilité », dans Discussion et responsabilité, t. 2, Contribution à une éthique de la responsabilité, op. cit.) évoque là aussi la critique aronienne de Maritain. Apel reconnaît d’abord que le plaidoyer de F. Alt en faveur d’un « nouveau départ » et d’une « reconversion des coeurs » doit être pris au sérieux ; seulement, « la naïveté problématique de F. Alt tient à ce qu’il ne voit pas du tout qu’il y a un problème relatif aux actions responsables quant aux conséquences en ce monde – problème qui se pose pour la raison, même et précisément après une “reconversion des coeurs” » (p. 47). Dans ce texte, Apel tend à distinguer la position de Weber et celle de Machiavel (p. 43).
-
[174]
R. Aron, Préface au Prince, Paris, Le livre de poche, 1962, p. 5-12.
-
[175]
Voir en particulier, L. Strauss, Pensées sur Machiavel, op. cit., p. 194 sq.
-
[176]
Préface au Prince, p. 9.
-
[177]
La thèse d’un machiavélisme fondamental du communisme a été en revanche avancée dans le livre classique de U. Spirito, Machiavelli e Guicciardini, Roma, Edizioni Leonardo, 1945, p. 64 : « On ne doit pas s’étonner que, dans la conception athée du bolchevisme, se répète la critique machiavélienne de la religion comme éducation à la passivité et à la résignation ».
-
[178]
Les réflexions d’Aron sur les antinomies de la politique doivent beaucoup à Pareto. Signalons aussi les développements sur la circulation et le renouvellement des élites, inspirés de Pareto (cf. « Réformes », dans Chroniques de guerre, op. cit., p. 795 sq.).
-
[179]
Cf. « Remarques sur la gnose léniniste », dans « Mélanges en l’honneur d’Eric Voegelin », 1981 ; désormais dans Machiavel et les tyrannies modernes, p. 388-402. Aron rappelle que le thème des « religions séculaires » qui apparaît chez lui en 1944, n’était pas original : « Bien des sociologues, Vilfredo Pareto le premier, avaient comparé les croyances idéologico-politiques de notre époque avec les croyances proprement religieuses, en particulier chrétiennes, qui semblaient en perte de vitesse » (p. 388).
-
[180]
Cf. J. Monnerot, Sociologie du communisme. Échec d’une tentative religieuse au xxe siècle, Paris, Gallimard, 1963 (1re éd. 1949). Si Monnerot ne cite pas Pareto (sauf p. 34-36 et 62), il s’appuie très largement sur les principes de la sociologie parétienne (cf. notamment, 3epart. chap. ii : « Psychologie des religions séculières », p. 283-293). En revanche, la dette de Monnerot vis-à-vis de Mosca et Pareto est revendiquée dans Sociologie de la Révolution, Paris, Fayard, 1968. Les thèses de Monnerot ont été critiquées vigoureusement par H. Arendt, La nature du totalitarisme, trad. M. I. B. de Launay, Paris, Payot, 1990, p. 166. Dans ce différend, Aron est manifestement plus proche de Monnerot que de Arendt.
-
[181]
R. Aron, Préface au Traité de sociologie générale, p. xxvii.
-
[182]
V. Pareto, Les systèmes socialistes, Genève, Droz, 1965, chap. ix, p. 169.
-
[183]
Préface au Traité de sociologie générale.
-
[184]
G. La Ferla, Vilfredo Pareto, filosofo volteriano, Padova, CEDAM, 1958. Au-delà de sa foi dans la science expérimentale, Pareto serait un homme des Lumières et un proche de Voltaire, partageant l’esprit critique et sarcastique vis-à-vis de tous les préjugés (p. 50 et 76).
-
[185]
Les étapes de la pensée sociologique, p. 475.
-
[186]
Ibid., p. 588.
-
[187]
Les étapes de la pensée sociologique, p. 49.
-
[188]
Cf. V. Zincone, Lo stato totalitaro, préf. D. Colofrancesco, Roma, Ideazione Editrice, 1999 [1947]. Voir chap. i et la préface, p. 44.
-
[189]
S. Tchakhotine, Le viol des foules par la propagande politique, Paris, Gallimard, 1952. Cf. notamment p. 343 et 450-451. Tchakhotine critique Burnham lui-même pour avoir admiré, comme Michels, le régime fasciste – ce qui est manifestement faux concernant le philosophe américain (p. 450).
-
[190]
Comme le rappelle Aron dans Les étapes de la pensée sociologique (p. 491), il y a eu une célèbre polémique entre Mosca et Pareto, le premier reprochant au second de ne pas avoir reconnu sa dette. Voir surtout R. Tanturri, Pensiero e significato di Gaetano Mosca, Padova, CEDAM, 1973, p. 18-22. Par ailleurs les dettes de Sorel à l’égard de Pareto, et de Michels à l’égard de Mosca, sont évidentes, et explicitement reconnues par ces auteurs eux-mêmes.
-
[191]
A. Livingston, préface à la trad. des Elementi di scienza politica, The Ruling Class, trad. T.H.D. Kahn, New York, Mc Graw-Hill Book Company, 1939, p. xxxvi sq.
-
[192]
J. Burnham, The Machiavellians : Defenders of Freedom : A defense of political truth against wishful thinkings, Londres 1943, nouv. éd. préf. S. Hook, Washington, Gateway Edition, 1963. Sur Burnham, voir les Mémoires de S. Hook, Out of Step, New York, Harper & Row, 1987.
-
[193]
Voir les Mémoires p. 242.
-
[194]
Les machiavéliens : défenseurs de la liberté, trad. H. Claireau, Paris, Calmann-Lévy, 1949. Pas moins de quatre autres livres de Burnham ont été publiés par Calmann-Lévy dans la collection « Liberté de l’Esprit » dirigée par Aron, en particulier l’ouvrage fameux : L’ère des organisateurs, 1947, préfacé par L. Blum (Managerial Revolution, 1941), et Contenir ou libérer (1953) avec une postface d’Aron. Rappelons que Aron a tissé des liens personnels avec Burnham.
-
[195]
G. Spadolini « Mémoire de Gaetano Mosca à l’occasion du quarantième anniversaire de sa mort », dans Études sur la pensée politique de Gaetano Mosca. Classe politique et gouvernement, Albertoni (dir.), Milano, Giuffrè Editore, 1984, p. 6.
-
[196]
N. Bobbio, « Introduzione alla sociologia di Pareto » (1964), in Saggi sulla scienza politica in Italia, Roma-Bari, Laterza, 1996, p. 62-63.
-
[197]
N. Bobbio, « Gaetano Mosca e la scienza politica » (1960), in Saggi sulla scienza politica in Italia, p. 60.
-
[198]
J.H. Meisel, The Myth of Ruling Class : Gaetano Mosca and the Elite, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1962, chap. xii : « Machiavelli and the Machiavellians », p. 263 sq.
-
[199]
Ibid., p. 270. En revanche, une certaine filiation est soutenue par S. Hugues, Consciousness and Society, New York, A. A. Knopf, 1958. Voir aussi A. Izzo, Storia del pensiero sociologico, t. II, Bologna, Il Mulino, 1975, p. 273.
-
[200]
The Machiavellians : Defenders of Freedom, p. 6-7.
-
[201]
Ibid., p. 10.
-
[202]
Ibid., p. 26-27.
-
[203]
The Machiavellians : Defenders of Freedom, p. 35.
-
[204]
Une thèse de ce type est évidemment refusée par des interprètes aussi différents que Strauss et Lefort, qui ont examiné, chacun à leur manière, l’art d’écrire de Machiavel.
-
[205]
Ibid., p. 38.
-
[206]
L’ère des organisateurs, op. cit., p. 43.
-
[207]
Ibid., p. 44.
-
[208]
Ibid., p. 53.
-
[209]
Ibid., p. 55-58.
-
[210]
Ibid., p. 91. Burnham n’examine guère cependant la distance de Mosca vis-à-vis de Machiavel, beaucoup plus forte que chez Pareto (voir G. Mosca, « Il “Principe” di Machiavelli quattro secoli dopo la morte del suo autore » (1925), in Ciò che la soria potrebbe insegnare. Scritti di scienza politica, Milano, Giuffrè Editore, 1958, p. 671-720). Burnham n’examine pas non plus la prédilection de Mosca pour Guichardin (voir E.A. Albertoni, Il pensiero politico di Gaetano Mosca. Valori-Miti-Ideologia, Milano, Cisalpino Goliardica Editore, 1973, p. 135-136). Enfin, Burnham néglige le contexte du libéralisme conservateur de Palerme (cf. M. Fotia, Il liberalismo incompiuto. Mosca, Orlando, Romano tra pensiero europeo e cultura meridionale, Milano, Guerini Editore, 2001). Pour autant, la thèse d’un Mosca proche de Machiavel a été avancée aussi en Italie (G. Spadolini, « Il centenario di Gaetano Mosca. Un discepolo di Machiavelli », Il Resto del Carlino, n°86, 10 avril 1958, p. 3).
-
[211]
G. Mosca, Elementi di scienza politica, in Scritti politici, t. II, G. Sola (éd.), Torino, Unione Tipografico-Editrice Torinese, 1982 (il existe aussi une version abrégée : La classe politica, N. Bobbio (ed.), Roma-Bari, Laterza, 1966).
-
[212]
Elementi di scienza politica, p. 609.
-
[213]
Ibid., p. 609 sq, p. 633 sq.
-
[214]
Ibid., p. 712, chap. iv (« Polemiche »), qui vise la théorie du suffrage universel.
-
[215]
Ibid., p. 634.
-
[216]
Ibid., p. 1067. Voir aussi p. 770. Mosca cite les Histoires florentines, VII, 6.
-
[217]
R. Michels, Zur Soziologie des Parteiwesens in der modernem Demokratie (1911) (Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, trad. S. Jankelevitch, Paris, Flammarion, 1914). L’analyse de Michels par Burnham est philologiquement contestable, et néglige la genèse de sa pensée. Pour une critique de Burnham, voir le livre capital de F. Tuccari, I dilemmi della democrazia moderna. Max Weber e Robert Michels, Roma-Bari, Laterza, 1993, p. 55, 334. Soulignons que, avant Burnham, l’œuvre de Michels a profondément marqué la critique par Bruno Rizzi du communisme et du phénomène bureaucratique. On trouve encore des traces de cette influence chez Rizzi dans le texte dactylographié, Filososofia del partito (1948), publié en 1949 dans la revue Palingenesi, nov.-déc. 1949, p. 2-3 (sur ce point, voir A. Orsini, L’eretico della sinistra, Bruno Rizzi elitista democratico, introd. V. Cerroni, Milano, Franco Angeli Editore, 2004, p. 117).
-
[218]
The Machiavellians, p. 149.
-
[219]
Ibid., p. 150.
-
[220]
Ibid., p. 156.
-
[221]
The Machiavellians, p. 161-162
-
[222]
R. Michels, Les partis politiques, p. 33.
-
[223]
Ibid., p. 36.
-
[224]
The Machiavellians, p. 166. Dans certains textes pro-fascistes, Michels évoquera en revanche directement Machiavel (cf. F. Tuccari, Capi, élites, masse. Saggi di storia del pensiero politico, Roma-Bari, Laterza, 2002, p. 152).
-
[225]
Les partis politiques, p. 302.
-
[226]
L’analyse de Burnham ne rend cependant pas compte des raisons de l’adhésion résolue de Michels au fascisme (contrairement à Mosca et même à Pareto). Voir l’analyse de F. Tuccari, qui explique la fascination de Michels pour le « leader charismatique » moins par sa dépendance vis-à-vis de la théorie des élites – selon l’interprétation habituelle – que par son itinéraire intellectuel personnel, à partir, paradoxalement, d’une adhésion première aux idéaux démocratiques (F. Tuccari, I dilemmi della democrazia moderna, op. cit., p. 315 sq.).
-
[227]
Ibid., p. 193. Voir en particulier le tableau récapitulatif du § 151 du Traité de sociologie générale, op. cit. p. 67-68.
-
[228]
The Machiavellians, p. 196.
-
[229]
Ibid., p. 198.
-
[230]
Ibid., p. 223.
-
[231]
Burnham sous-estime ici les différences conceptuelles entre les deux théories.
-
[232]
Ibid., p. 227-238.
-
[233]
Cet aspect “machiavélien” apparaît également dans les études italiennes (par exemple D. Fiorot, Il realismo politico di Vilfredo Pareto, Milano, Edizioni di Comunità, 1969).
-
[234]
On a laissé de côté ici le chap. iv des Machiavéliens consacré à Sorel pour deux raisons. Tout d’abord, Burnham indique lui-même que Sorel « ne peut être considéré à tous égards comme un machiavélien », dans la mesure où il rejette la « méthode scientifique » (p. 131). Ensuite et surtout, on verra plus loin que Sorel est, de tous les auteurs présentés par Burnham, celui qui a joué le rôle le moins considérable dans l’itinéraire intellectuel d’Aron (cette distance de Sorel à l’égard d’Aron est d’ailleurs confirmée par le témoignage personnel de J. Julliard ; cf. préface à G. Sorel, Réflexions sur la violence, M. Prat (éd.), Paris, Seuil, 1990, p. I.). Cependant, il ne faut pas non plus sous-estimer l’intérêt d’Aron pour Sorel, comme en témoigne le titre même de son livre, Les désillusions du progrès, en écho à l’ouvrage de Sorel (Les illusions du progrès, Paris, Marcel Rivière, 1908).
-
[235]
The Machiavellians, p. 251.
-
[236]
Ibid., p. 254.
-
[237]
B. Croce, La mia filosofia, Milano, Adelfi Edizioni, 1993, p. 228-231. La discussion la plus remarquable est celle de E. Mc. N. Burns, dans « The Liberalism of Machiavelli », The Antioch Review, vol. VIII, n°3, sept. 1948, p. 321-330. Burns examine la relation de Machiavel au libéralisme selon Burnham : « Il le considère comme un vrai libéral en raison de son républicanisme, de sa croyance en la suprématie de la loi, de son dévouement au bien-être national, de sa dénonciation de la tyrannie » (p. 322). Burns concède qu’il s’agit là de thèses proches du libéralisme ; toutefois, si l’on s’accorde que le libéralisme est fondé sur l’idée kantienne que « l’homme est une créature d’une telle dignité qu’il ne devrait jamais être traité uniquement comme un moyen » (p. 321), alors il faut constater que Machiavel n’est pas libéral. Ses positions relèveraient parfois davantage de l’utilitarisme (p. 329-330).
-
[238]
J. Maritain, « La fin du machiavélisme », art. cit., p. 336.
-
[239]
G. Mounin, Machiavel, Paris, Seuil, 1958, p 160.
-
[240]
É. Weil, « Machiavel aujourd’hui », Critique IV (1948). Désormais dans Essais et conférences, t. 2, Politique, Paris, Vrin, 1991, p. 189 sq.
-
[241]
Ibid., p. 195.
-
[242]
Essais sur le machiavélisme moderne, p. 102 sq.
-
[243]
R. Aron, Introduction à la philosophie politique. Démocratie et révolution, préf. J.-C. Casanova, Paris, Éditions de Fallois, 1997.
-
[244]
Ibid., p. 13.
-
[245]
R. Aron, Introduction à la philosophie politique, op. cit. p. 13.
-
[246]
Ibid., p. 36.
-
[247]
Démocratie et totalitarisme, op. cit., p. 54.
-
[248]
Bien sûr, cette conception de la démocratie n’exclut pas pour autant une participation active des citoyens. Aron lui-même accorde une grande importance à cette thématique.
-
[249]
Démocratie et totalitarisme, op. cit., p. 57-58.
-
[250]
Introduction à la philosophie politique, p. 57.
-
[251]
L’opium des intellectuels, p. 110.
-
[252]
La lutte des classes. Nouvelles leçons sur les sociétés industrielles, Paris, Gallimard, 1965, p. 163-164.
-
[253]
Ibid., p. 195.
-
[254]
Ibid., p. 161.
-
[255]
Ce thème de la “résistance” au dévoilement sociologique a été par la suite amplement développé par P. Bourdieu, qui à cet égard ne fait que prolonger Burnham et Aron.
-
[256]
J. Burnham, The Machiavellians, p. 87.
-
[257]
La lutte des classes, p. 162.
-
[258]
Voir la critique aronienne du célèbre ouvrage de M. Djilas, La nouvelle classe dirigeante, trad. M. Prudhommeaux, Paris, Plon, 1958, dans Démocratie et totalitarisme, p. 131-132. Aron désigne l’entreprise de Djilas de “machiavélienne”.
-
[259]
Introduction à la philosophie politique, p. 56.
-
[260]
Démocratie et totalitarisme, p. 128 sq.
-
[261]
Ibid.
-
[262]
« Catégorie dirigeante ou classe dirigeante ? » dans Études sociologiques, Paris, PUF, 1988, p. 188.
-
[263]
Ibid.
-
[264]
Dix-huit leçons sur les sociétés industrielles, p. 86.
-
[265]
J. Burnham, The Machiavellians : Defenders of Freedom, p. 178-180. Voir sur ce point R. Michels, Les partis politiques, op. cit., 3e partie, chap. ii : « L’idéologie bonapartiste », p. 147 sq.
-
[266]
The Machiavellians, p. 268. Sur ce point, voir plus largement p. 267-273.
-
[267]
Dix-huit leçons sur les sociétés industrielles, p. 87-88.
-
[268]
Il faut bien sûr prendre aussi en compte le cas des gouvernements « non sages ».
-
[269]
Ibid., p. 89.
-
[270]
Ibid., p. 90.
-
[271]
Sur ce point, cf. Les étapes de la pensée sociologique, p. 547.
-
[272]
« Classe sociale, classe politique, classe dirigeante », dans Études sociologiques, op. cit., p. 152.
-
[273]
« Classe sociale, classe politique, classe dirigeante », dans Études sociologiques, op. cit., p. 155.
-
[274]
Les étapes de la pensée sociologique, p. 477.
-
[275]
Ibid., p. 477-478.
-
[276]
R. Aron, Les désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité, Paris, Gallimard, 1969, p. 51.
-
[277]
« Le machiavélisme, doctrine des tyrannies modernes », dans Machiavel et les tyrannies modernes, p. 185.
-
[278]
Machiavel et les tyrannies modernes, p. 72-73 (souligné par nous).
-
[279]
J. Burnham, The Machiavellians, p. 78.
-
[280]
Ibid., p. 80.
-
[281]
Machiavel, Discours, L. I, chap. iv, p. 390.
-
[282]
The Machiavellians, p. 80.
-
[283]
The Machiavellians, p. 119.
-
[284]
Ibid., p. 123.
-
[285]
Ibid., p. 124-125 (souligné par nous). Burnham aurait pu s’appuyer sur certaines analyses de Mosca, dans les Elementi di scienza politica, où se retrouve un écho des Discorsi sur ce thème : « La Rome républicaine fut tout compte fait l’État antique dans lequel la défense juridique fut la mieux assurée et les luttes civiles (le lotte civili) par conséquent les moins sanglantes ». Mosca évoque les “tumultes” (les tumulti de Machiavel) qui animèrent la vie de la république romaine, sans dégénérer en “factions” (Elementi di scienza politica, p. 782-783).
-
[286]
The Machiavellians, p. 125-126. Sur l’évolution de Mosca, cf. M. delle Piane, Gaetano Mosca. Classe politica e liberalismo, Napoli, Edizioni scientifiche italiane, 1952, p. 296 sq.
-
[287]
The Machiavellians, p. 273-274.
-
[288]
Ibid., p. 274.
-
[289]
Ibid., p. 275.
-
[290]
Introduction à la philosophie politique, op. cit., p. 72-73.
-
[291]
Ibid., p. 72.
-
[292]
Ibid.
-
[293]
Ibid.
-
[294]
G. Mosca, Elementi di scienza politica, op. cit., p. 681.
-
[295]
Introduction à la philosophie politique, p. 77.
-
[296]
Introduction à la philosophie politique, p. 79.
-
[297]
Ibid.
-
[298]
Ibid., p. 80.
-
[299]
Elementi di scienza politica, p. 692 notamment. Sur l’importance de la théorie de la « constitution mixte » chez Mosca, cf. N. Bobbio, « Mosca e il governo misto » in Saggi sulla scienza politica in Italia, op. cit., p. 201-219.
-
[300]
The Machiavellians, p. 126.
-
[301]
Introduction à la philosophie politique, p. 121.
-
[302]
Ibid.
-
[303]
Ibid., p. 132.
-
[304]
Ibid., p. 133.
-
[305]
Sur ce point, cf. ibid., p. 185-187.
-
[306]
Introduction à la philosophie politique, p. 135.
-
[307]
Ibid., p. 136.
-
[308]
Ibid.
-
[309]
Ibid., p. 137.
-
[310]
Démocratie et totalitarisme, p. 166. Aron ne s’en tient pas cependant à cette définition négative. Cf. S. Audier, Raymond Aron. La démocratie conflictuelle, op. cit., p. 27 sq.
-
[311]
Ibid.
-
[312]
Ibid., p. 167.
-
[313]
Ibid., p. 191.
-
[314]
Ibid., p. 342-343.
-
[315]
Démocratie et totalitarisme, p. 342-343.
-
[316]
Les étapes de la pensée sociologique, p. 21 et 95.
-
[317]
G. Mosca, Elementi di scienza politica, p. 692-693, 986, 1040.
-
[318]
Pour quelques éléments sur la critique de Montesquieu par Mosca, cf. E. A. Albertoni, Il pensiero politico di Gaetano Mosca, op. cit., p. 96-99.
-
[319]
Ibid., p. 138.
-
[320]
G. Mosca, Histoire des doctrines politiques depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, préf. et trad. G. Bouthoul, Paris, Payot, 1936, p. 205-210.
-
[321]
Ibid., p. 209.
-
[322]
Ibid., p. 210.
-
[323]
Ibid., p. 209.
-
[324]
Les étapes de la pensée sociologique, p. 42.
-
[325]
Ibid.
-
[326]
Ibid., p. 51.
-
[327]
Ibid.
-
[328]
Ibid., p. 53.
-
[329]
T.B. Bottomore, Elite and Society, New York, Basic Books, 1964. Ces analyses présentent des convergences avec la réfutation de la théorie des élites par P. Bachrach, The Theory of Democratic Elitism : A Critique, Boston, Little, Brown and co, 1967. Notons que Habermas doit beaucoup à Bachrach dans sa critique expéditive des théoriciens des élites (J. Habermas, Raison et légitimité, trad. J. Costes, Paris, Payot, 1973, p. 168).
-
[330]
Ibid., p. 110.
-
[331]
Ibid., p. 118-119.
-
[332]
« Alain et la politique » (1952) dans Études politiques, op. cit., p. 75-84.
-
[333]
Introduction à la philosophie politique, p. 69.
-
[334]
Ibid., p. 60.
-
[335]
Introduction à la philosophie politique, p. 61 (souligné par nous).
-
[336]
Sur la façon dont Aron combine le paradigme machiavélien et le paradigme tocquevillien pour rendre compte des tensions entre « égalité de fait » et « égalité de droit » (selon un paradigme que l’on peut qualifier de “machiavélo-tocquevillien”), cf. S. Audier, Tocqueville retrouvé, op. cit., p. 86-121.
-
[337]
Essais sur le machiavélisme moderne, op. cit., p. 111.
-
[338]
Ibid.
-
[339]
Cf. S. Audier, Raymond Aron. La démocratie conflictuelle, op. cit., chap. i.
-
[340]
Machiavel et les tyrannies modernes, p. 111.
-
[341]
Ibid.
-
[342]
Ibid.
-
[343]
Machiavel et les tyrannies modernes, p. 111-112.
-
[344]
R. Aron, « Structure sociale et structure de l’élite », dans Études sociologiques, p. 112-142. Cf. aussi « Classe sociale, classe politique, classe dirigeante », art. cit., p. 143-146.
-
[345]
« Structure sociale et structure de l’élite », p. 112.
-
[346]
Ibid., p. 141.
-
[347]
Voir « Classe sociale, classe politique, classe dirigeante », p. 161-162.
-
[348]
Mémoires, p. 399.
-
[349]
R. Aron, Introduction à la philosophie politique, p. 208.
-
[350]
L’expression sera reprise dans L’opium des intellectuels, p. 177, à propos du marxisme : « Pessimiste au comptant, optimiste à terme, il répand la foi romantique dans la fécondité des bouleversements ».
-
[351]
Introduction à la philosophie politique, p. 223.
-
[352]
J. Burnham, The Machiavellians : Defenders of Freedom, p. 55-58.
-
[353]
Introduction à la philosophie politique, p. 210.
-
[354]
Introduction à la philosophie politique, p. 239.
-
[355]
Ibid., Comme le précisera Aron dans La lutte des classes, il n’y a aucune raison de penser que la rivalité des individus et des groupes soit “pathologique” et qu’il soit « souhaitable de la supprimer » (op. cit., p. 119).
-
[356]
Introduction à la philosophie politique, p. 239.
-
[357]
Introduction à la philosophie de l’histoire. Essai sur les limites de l’objectivité, nouvelle édition revue et annotée par S. Mesure, Paris, Gallimard, 1986, p. 413.
-
[358]
C’est à propos de Weber que Aron introduit l’idée de « politique de l’entendement », dans La philosophie critique de l’histoire, op. cit., p. 260.
-
[359]
Introduction à la philosophie de l’histoire, p. 414.
-
[360]
Il faut rappeler que, dans La philosophie critique de l’histoire, la « politique de l’entendement » de Weber permet selon Aron d’échapper à l’alternative : « tout se répète » ou « tout est toujours neuf » (p. 259). Or, dans un sens, il est clair que la sociologie parétienne correspond au premier terme de l’alternative. D’ailleurs, l’opposition introduite dans l’Introduction à la philosophie de l’histoire entre « politique de l’entendement » et « politique de la Raison » est en partie présentée comme une réponse au « pessimisme d’un Pareto » (p. 413). Seulement, il faut remarquer que Aron désigne ici plutôt les principes fondamentaux de la sociologie de Pareto, et non la manière dont celui-ci conçoit l’action des élites.
-
[361]
Cette étude déjà citée des Études politiques reprend et approfondit la Deuxième série (1967), du Syllabus des Giffords lectures, « De la conscience historique dans la pensée et dans l’action » dans R. Aron, Leçons sur l’histoire, Cours du Collège de France, édition, présentation et notes par S. Mesure, Paris, Éditions de Fallois, 1989, p. 532 sq.
-
[362]
« Machiavel et Marx », art. cit., p. 60.
-
[363]
Ibid.
-
[364]
B. Croce, Materialismo storico ed economia marxista, Roma-Bari, Laterza, 1951, p. 112.
-
[365]
« Machiavel et Marx », p. 63.
-
[366]
Ibid., p. 64.
-
[367]
Ibid., p. 66.
-
[368]
Introduction à la philosophie de l’histoire, p. 414.
-
[369]
« Machiavel et Marx », p. 66.
-
[370]
Le Cahier 13 des Cahiers de prison, op. cit., comporte des références importantes à Mosca et Michels. Sur ce point, voir les notes de C. Donzelli, in A. Gramsci. Quaderno 13. Noterelle sulla politica del Machiavelli, C. Donzelli (ed.), Torino, Einaudi, 1981, p. 24-25. Sur Gramsci, Machiavel, et les théoriciens des élites, voir aussi A.R. Buzzi, La théorie politique d’Antonio Gramsci, Louvain, Nauwelaerts, 1967, p. 236, p. 145-161. Cela dit, comme l’a souligné N. Bobbio, il ne faut pas perdre de vue la distance de Gramsci vis-à-vis de Pareto et Mosca. Cf. N. Bobbio, « Gramsci e gli studi politici in Italia » in Saggi su Gramsci, Milano, Feltrinelli, 1990, p. 87 sq. Sur cette question, voir aussi G. Galli, « Gramsci e le teorie delle “élites” » in Gramsci e la cultura contemporanea, t. II, P. Rossi (ed.), Roma, Editori Riuniti, 1975, p. 201-216 ; cf. également, M.A. Finocchiaro, « Gramsci e Gaetano Mosca », in Gramsci e l’Italia, R. Giacomini, D. Losurdo, M. Martelli (eds.), Napoli, La Città del Sole, 1994, p. 113-158.
-
[371]
« Machiavel et Marx », p. 67-68.
-
[372]
Ibid., p. 70.
-
[373]
Ibid., p. 72-73.
-
[374]
Ibid., p. 73 (souligné par nous).
-
[375]
Ibid. (souligné par nous).
-
[376]
Ibid., (souligné par nous).
-
[377]
Voir notamment la célèbre Pensée 121 (éd. Lafuma des Pensées de Pascal) : « Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Et il est encore plus dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse ». Aron est un des rares libéraux à mobiliser ainsi Pascal. Voir cependant l’œuvre de l’allemand W. Röpke, le penseur libéral le plus “pascalien”. Röpke oppose ainsi à l’“optimisme” de Rousseau le “scepticisme” de Pascal. Il souligne que, « comme Pascal, le libéral croit aussi bien à la grandeur de l’homme qu’à sa bassesse » (La crisi del collettivismo, trad. C. Antoni et M. Biscione, Florence, La Nuova Italia, 1951, p. 94). Notons que la critique par Röpke de l’“optimisme” rousseauiste est proche de celle avancée par Mosca, dont il était d’ailleurs un très bon connaisseur.
-
[378]
Sur ce point, voir S. Mesure, Aron et la raison historique, Paris, Vrin, 1984. Plus précisément, sur les présupposés philosophiques de l’antinomie qui nous intéresse ici, cf. A. Renaut, « Politique de l’entendement et politique de la raison. De Raymond Aron à Fichte », Cahiers de philosophie politique et juridique (Caen, PUC), 1989, p. 27-39.
-
[379]
S. Mesure, op. cit., p. 55.
-
[380]
Voir la deuxième partie de l’ouvrage de S. Mesure consacré à la « philosophie de la pluralité historique », p. 59 sq.
-
[381]
Ibid., p. 54.
-
[382]
Sur le “progressisme” aronien, cf. S. Mesure, « Objectivité théorique et objectivité pratique chez Raymond Aron. De l’histoire à la politique » Cahiers de philosophie politique et juridique, art. cit., p. 22-23.
-
[383]
« Machiavel et Marx », p. 74.
-
[384]
On oublie trop souvent que Aron et certains “libéraux” de son époque n’étaient pas tous des doctrinaires de l’antimarxisme, comme ce sera le cas plus tard (voir par ex. en Italie le libéral P. Gentile qui explique, dans son livre de 1955, L’idea liberale, introd. T. Amato, Soveria Mannelli, Rubbettino Editore, 2002, p. 71) que « la doctrine libérale a quelque chose à apprendre de Marx, et, paraphrasant une célèbre phrase de Croce, on pourrait affirmer que « les libéraux ne peuvent pas ne pas se dire dans un certain sens marxistes ». Gentile fait allusion au célèbre texte de Croce, Perchè non possiamo non dirci cristani, Bari, Laterza, 1943. En France, le libéralisme italien demeure un domaine inexploré : cette carence explique des contresens fréquents sur ces thèmes. Il en va de même concernant le « libéral socialisme » et le « socialisme libéral » : un auteur comme Bobbio, contrairement à une idée reçue en France, n’est pas un idéologue antimarxiste, comme en témoigne la préface de son livre significativement intitulé Ni avec Marx, ni contre Marx (N. Bobbio, Né con Marx, né contro Marx, C. Violi (éd.), Rome, Editio Riuniti, 1997). Seule une instrumentalisation du « socialisme libéral » peut permettre d’occulter la complexité de ce courant qui n’est pas réductible à quelque slogan programmatique.
-
[385]
Sur Aron et le « socialisme libéral », cf. S. Audier, Raymond Aron. La démocratie conflictuelle, op. cit., p. 61-88. Dans ce livre, nous montrons les liens du jeune Aron avec certains des courants d’inspiration « socialiste libérale ». Il en va ainsi de C. Bouglé qui, comme L. Bourgeois, mobilise l’expression même de « socialisme libéral » (notons que l’expression et la thématique sont importantes dans le courant « renouviériste », et notamment chez le maître de Bouglé, Henry Michel. Sur ce point, voir S. Audier, « Une conception de l’État “socialiste libérale” ? », Corpus, n°48, 2005). Surtout, nous rappelons qu’Aron a rencontré personnellement C. Rosseli chez É. Halévy, et qu’il a lu très attentivement les travaux de H. De Man, qui ont joué un rôle dans la genèse du « socialisme libéral », même si De Man n’est pas, à parler rigoureusement, un « socialiste libéral », comme en témoignent ses graves dérives politiques et idéologiques, qui ne sont pas seulement contingentes. Pour autant, nous montrons aussi qu’Aron, malgré certaines affinités avec le « socialisme libéral », n’appartient pas à ce courant de pensée, étant davantage « libéral » que « socialiste ».
L’ampleur et la portée de la contribution d’Aron au renouveau machiavélien français sont demeurées pour l’essentiel inaperçues. Pourtant, si la guerre n’en avait pas décidé autrement, Aron aurait sans doute publié un livre consacré à Machiavel. Il s’agissait dans cette étude – une des premières à proposer une interprétation générale du totalitarisme – d’établir une filiation entre la pensée de Machiavel, la sociologie de Pareto et les principes fondamentaux des « tyrannies modernes ». Afin d’éclairer les enjeux de cette interprétation, il importe de rappeler que la question du machiavélisme a été centrale durant la première moitié du xxe siècle. Le jeune Aron est loin en effet d’être le seul philosophe en France à s’interroger sur la relation entre la pensée de Machiavel et les pratiques des régimes autoritaires et totalitaires qui s’imposent progressivement durant l’entre-deux-guerres. Qu’ils soient spécialistes ou non de Machiavel, qu’ils jugent favorablement ou non l’émergence du fascisme ou du nazisme, nombreux sont les observateurs qui croient pouvoir rendre compte des transformations politiques advenues en Europe en se référant à l’enseignement du Prince.
Bien sûr, toutes les interprétations de Machiavel, durant cette période, ne sont pas centrées sur la question du machiavélisme des tyrannies modernes. Il suffit de rappeler la lecture que propose A. Koyré en 1930 pour s’en convaincre. Loin de suggérer un quelconque rapprochement entre les positions du secrétaire florentin et les pratiques du fascisme italien, Koyré inscrit en effet l’œuvre de Machiavel dans l’histoire de la pensée scientifique moderne telle qu’il la conceptualise…
Date de mise en ligne : 31/12/2021