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Histoires de roues

Pages 249 à 280

Citer ce chapitre


  • Vaillancourt, D.
(2013). Histoires de roues. Les urbanités parisiennes au XVIIe siècle : Le Livre du trottoir (p. 249-280). Hermann. https://shs.cairn.info/les-urbanites-parisiennes--9782705687380-page-249?lang=fr.

  • Vaillancourt, Daniel.
« Histoires de roues ». Les urbanités parisiennes au XVIIe siècle Le Livre du trottoir, Hermann, 2013. p.249-280. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-urbanites-parisiennes--9782705687380-page-249?lang=fr.

  • VAILLANCOURT, Daniel,
2013. Histoires de roues. In : Les urbanités parisiennes au XVIIe siècle Le Livre du trottoir. Paris : Hermann. Les collections de la République des Lettres, p.249-280. URL : https://shs.cairn.info/les-urbanites-parisiennes--9782705687380-page-249?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Bernard Causse, Les fiacres de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècle, 1972, p. 13 ; Stefano Pronti, « Chars et Carrosses en Italie », Voitures, chevaux et attelages, du XVIe au XIXe siècle, 2000, p. 90.
  • [2]
    Spiro Kostof écrit à ce sujet : « In 1560, when London had two and Paris no more than three, Antwerp is said to have let loose on its streets over 500 coaches » (The City Shaped […], op. cit., p. 232).
  • [3]
    Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire […], op. cit., p. 753. René Pillorget (op. cit., p. 164) arrive à peu près au même chiffre pour 1658.
  • [4]
    Julian Munby, « Les origines du coche », Voitures, chevaux et attelages, du XVIe siècle au XIXe siècle, 2000, p. 82.
  • [5]
    Maurice Daumas, Histoire générale des techniques, 1965, t. II, p. 19
  • [6]
    Daniel Roche écrit à ce sujet : « Là encore, c’est la consommation de luxe qui permet l’embrayagedu travail et la recherche des perfectionnements du milieu parisien des menuisiers en voiture, charrons,selliers, bourreliers, lormiers, peintres et doreurs, sculpteurs, drapiers, marchands merciers, fournisseursdivers, marchands de fer et forgerons, dont désormais les produits vont accompagner le développementde la cour, l’habitude accrue des relations sociales intra-urbaines et des échanges sociaux, en témoignela promenade du Cours-la-Reine […] » (Daniel Roche, Voitures, chevaux et attelages, du XVIe au XIXe siècle, 2000, p. 10).
  • [7]
    Denis Diderot et Jean D’Alembert, Encyclopédie, ou, Dictionnaire raisonné des sciences, des artset des métiers, 1966.
  • [8]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4 p. 435.
  • [9]
    Cf. Alain Faudemay, op. cit., p. 139-142.
  • [10]
    Andrew Trout note que les financiers ont, dans l’ensemble, les moyens de se procurer un carrosseau milieu du siècle, l’argent primant sur le statut (City on the Seine, Paris in the Time of Richelieu and Louis XIV, 1996, p. 77).
  • [11]
    Villiers, op. cit., p. 69.
  • [12]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XV, p. 89.
  • [13]
    Henri Sauval, op. cit., t. I, p. 190.
  • [14]
    Sauval précise qu’« en 1611, plus de cinquante personnes déjà, sans acompter les Cardinaux, ni les Ambassadeurs en jouissent [.] » (id.).
  • [15]
    Charles Sorel, loc. cit., p. 10-12.
  • [16]
    Mathurin Régnier, dans un poème satirique de 1608 où s’opposent le Vice et la Vertu, place lahousse des financiers, comme le carrosse, du côté du « Vice qui pompeux tout merite repousse / Et vacomme un banquier en carosse et en housse […] » (Satire II, v. 1-12, Œuvres complètes, 1958, p. 15).
  • [17]
    Cela se manifeste de manière tonitruante dans le discours publicitaire des années 50, 60 et 70 : longeant les voitures, sont disposées des mannequins féminins qui, par contiguïté, opèrent une équivalence entre l’auto convoitée et la femme désirée.
  • [18]
    En Angleterre, dans le deuxième tiers du XVIIe siècle, paraît un discours apocalyptique qui argumente que le carrosse est en train de tuer l’équitation et, ce faisant, détruit la noblesse, l’efféminise, cf. Peter Edwards, « Une forme d’étalage ostentatoire : la mode des carrosses et l’aristocratie anglaise au XVIIe siècle », Voitures, chevaux et attelages, du XVIe siècle au XIXe siècle, 2000, p. 42.
  • [19]
    Henri Sauval, op. cit., t. I, p. 187.
  • [20]
    Ibid., p. 191.
  • [21]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 436.
  • [22]
    L’auteur avait déjà traité du carrosse en tant que signe de distinction dans le contexte de Rome.« [À propos de l’apparition des “voitures roulantes” à Rome] comme la permission [d’avoir une voiture]n’étoit point limitée, l’usage que l’on en fit dans la suite fut sans bornes : les Voitures étoient devenuesdes marques de distinction, il n’en falloit pas davantage pour y employer tout ce qui pouvait flatterl’ambition & signaler le bon goût » (ibid., p. 435).
  • [23]
    Jean de La Bruyère, op. cit., L. VII, fragment 15, p. 196-197.
  • [24]
    Elena Russo écrit à ce sujet : « Le monde de la cour, avec son rituel figé, paraît donc aux yeux de[La Bruyère] le déterminant moral par excellence, la fabrique du caractère, le milieu social qui permet,plus que tout autre, de donner forme à l’ébauche grossière de la nature […] » (La cour et la ville. De lalittérature classique aux Lumières, 2002, p. 330).
  • [25]
    Dans sa monographie sur l’histoire des fiacres à Paris au XVIIe et XVIIIe siècle, Bernard Causse fait remarquer que « le pavage des rues [qui] commence sous Philippe Auguste était partiellement réalisé à la fin du règne de Louis XIII, mais ce premier progrès qui évitait à la ville de se transformer en bourbier dès la première pluie n’aurait pas suffit à rendre possible la circulation normale des carrosses. Les voies étaient si resserrées et si tortueuses que la plupart d’entre elles étaient inaccessibles aux voitures » (op. cit., p. 38).
  • [26]
    Villiers, op. cit., p. 199.
  • [27]
    Ibid., p. 126.
  • [28]
    Ibid., p. 150.
  • [29]
    « Le 21e [août 1657], nous apprismes par nos lettres le differend qui avoit esté entre les deuxambassadeurs de France et d’Espagne, qui s’estant rencontrés au Cours, avoient esté près de deux heuresà disputer à qui reculeroit et se céderoit le pas » (ibid., p. 229).
  • [30]
    Ibid., p. 65.
  • [31]
    Pour ce qui est de la figure de style, on se souvient de la nuance qu’apporte Pascal : « Carrosseversé ou renversé, selon l’intention » (Brunschwig, 84). La description de l’accident, pensée journalistiqueavant la lettre, montre que le point de vue demeure relatif. La banalité de l’anecdote ne recoupe pas lesdifficultés qu’elle pose : intention du descripteur, intention de la force qui fait verser et renverse, montrantla force de l’intention de celui qui voit et discourt. Monde physique du résultat, monde physique duprocessus et enfin, monde métaphysique de la causalité qui englobe le résultat et le processus. Et pourle prétexte littéraire, on aura en mémoire la pièce de Voiture, « Stances sur une Dame, dont la juppe futretroussée en versant dans un carrosse, à la campagne », qui fait l’éloge des fesses de Mademoiselle de Marolles, aperçues au moment d’un accident de carrosse. Vincent Voiture, Poésies, 1971, t. I, p. 52-56.
  • [32]
    Ibid., p. 104 ; p. 119 ; p. 225.
  • [33]
    Maurice Magendie, op. cit., t. I, p. 76-77.
  • [34]
    Pierre de L’Estoile, op. cit., t. X, p. 218-219.
  • [35]
    Pour une analyse de sa valeur discursive, cf. Christian Biet, Henri IV, op. cit., p. 194-214.
  • [36]
    Pierre de L’Estoile, op. cit., p. 219.
  • [37]
    Germain Brice, op. cit., L. I, p. 216-218.
  • [38]
    Roland Mousnier, L’assassinat d’Henri IV : 14 mai 1610, 1964, p. 4.
  • [39]
    Cf. Pierre Codet, art. cit., p. 62.
  • [40]
    Tallemant, en parlant des habitudes particulières du poète Gombault, utilise aussi cette expression : « Il ne vouloit point se mettre dans le fond, parce, disoit-il, que les gueux le prendroient pour le maître du carrosse » (Tallemant des Réaux, Historiettes, 1961, t. I, p. 559.
  • [41]
    Afin de préserver les droits des piétons et la fluidité des deux types de transport, une ordonnance en 1720 tente de réglementer cet espace : « Enjoignons aux cochers […] de laisser le chemin libre entre les Maisons et les Carrosses, pour la commodité des gens de pied, et de mettre leurs Carrosses à une distance convenable les uns des autres ; en sorte qu’on y puisse aisément passer, et que l’accès des Maisons soit libre, ainsi que celuy des boutiques […] » (Ordonnance du 26 novembre 1720, citée dans Bernard Causse, op. cit., p. 44).
  • [42]
    Christian Biet, Henri IV, op. cit., p. 201.
  • [43]
    Sauval écrit à ce propos : « A ces sortes de carrosses, au reste, on a donné le nom de Fiacres, à cause de l’image de St Fiacre qui pend pour enseigne à une maison de la rue St Antoine, où on loue des carrosses. […] Il y a quelque quarante ans qu’un certain Nicolas Sauvage, facteur du Maître des coches d’Amiens, loua à la rue St Martin, vis-à-vis de celle de Montmorancy, une grande maison, appellée dans quelques anciens papiers-terriers l’Hotel St Fiacre, parce qu’à son enseigne étoit representé un St Fiacre, qui y est encore. Or cet homme fort entendu en fait de chevaux, & de carrosses de louage pour les bien menager, & les faire durer long-tems s’avisa d’un nouveau trafic ; qui fut d’entretenir à Paris des chevaux & des carrosses pour les louer au premier venu D’abord il eut bonne pratique, quoiqu’il les louat bien cher, & même incontinent après il eut des camarades qui s’établirent en divers quartiers & s’enrichirent » (Henri Sauval, op. cit., t. I, p. 193).
  • [44]
    Comme en témoigne la définition beaucoup plus tardive du Dictionnaire de l’Académie (1694) : « C’est un nom qu’on donne tant au cocher qu’au carrosse de louage ; & il ne se dit que de ceux qui sont tout le jour sur la place en certains endroits de Paris. Le mot de Fiacre vient de ce que les premiers carrosses de cette espèce logeoient à l’image saint Fiacre. Il a bien rossé un fiacre. Il est venu dans un fiacre. Son carrosse se rompit, il fut obligé de prendre un fiacre. »
  • [45]
    De la rue St-Antoine au Luxembourg, de la rue St-Antoine à la rue St-Denis, du Luxembourg à la rue Montmartre, une ligne circulaire dite du Tour de Paris, du Luxembourg à la rue de Poitou.
  • [46]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 438 ; Blaise Pascal, Œuvres complètes, 1992, vol. 4, p. 1398.
  • [47]
    Cf. Jean Mesnard à ce propos : « Seule une imagination de type scientifique pouvait concevoir le principe et la réalisation de ces routes artificielles, reliant des points arbitrairement choisis, selon des itinéraires complexes et fixés à l’avance, qu’il s’agissait de créer en ville » (Blaise Pascal, op. cit., vol. 4, p. 1375).
  • [48]
    « Lettres patentes de janvier-février 1662 », cité dans Blaise Pascal, op. cit., vol. 4, p. 1398, cf. p. 1397 et 1401.
  • [49]
    « Placard de l’établissement des carrosses publics », cité dans Blaise Pascal, op. cit., vol. 4, p. 1409.
  • [50]
    Blaise Pascal, ibid., vol. 4, p. 1408-1409 ; Henri Sauval, op. cit., t. I, p. 192.
  • [51]
    Henri Sauval, ibid., t. I, p. 192.
  • [52]
    Blaise Pascal, op. cit., vol. 4, p. 1403.
  • [53]
    « Ordonnance de police […] », citée dans Blaise Pascal, op. cit., vol. 4, p. 1418.
  • [54]
    Charles Sorel, Polyandre [.], op. cit., t. II, p. 420.
  • [55]
    Ibid., p. 423.
  • [56]
    Le frénétique figure la furie, trait pathologique au XVIIe siècle.
  • [57]
    Charles Sorel, Polyandre […], op. cit., t. II, p. 423-424.
  • [58]
    Ibid., p. 426.
  • [59]
    Ibid., p. 427.
  • [60]
    Ibid., p. 430.
  • [61]
    Ibid., p. 440.
  • [62]
    Ibid., p. 455-456.
  • [63]
    Ibid., p. 460.
  • [64]
    On en fait une description par après : « un Pantalon, & une bavolette […] un Jean-farine, & une Dame Gigonne à large chaperon, & […] un Capitan Espagnol & une Egyptienne » (ibid., p. 471-472).
  • [65]
    Ibid., p. 466.
  • [66]
    Ibid., p. 467.
  • [67]
    Ibid., p. 470.
  • [68]
    Ibid., p. 473.
  • [69]
    Alain Montandon a aussi utilisé cette scène pour évoquer les aléas de la promenade et la sérieravec un récit de Peter Handke (Alain Montandon, op. cit., p. 102-108).
  • [70]
    Jean-Jacques Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, 1991, p. 41.
  • [71]
    Ibid., p. 42.
  • [72]
    Ibid., p. 42-43.
  • [73]
    Ibid., p. 43.
  • [74]
    Ibid., p. 44.
  • [75]
    Cf. les notes de Pierre Malandain dans Jean-Jacques Rousseau, ibid., p. 171.
  • [76]
    Le réseau routier entre Paris et ses villages fait partie d’un processus intellectuel plus englobant,comme le remarque Daniel Bougnoux, en parlant de notre monde contemporain : « Il n’y a pas de routesdans la nature, et pour l’animal qui l’habite jamais le local ne pourra s’élever au global, ni mesurercelui-ci. Pour rendre cette intuition possible il faut le percement des voies, le lent maillage de lieux qui,une fois mis en communication (en équivalence), permettront à chacun de vivre à terme “là-bas tout comme ici”, et d’habiter un monde un tant soit peu commun. Un réseau de routes sûres et nombreuses a ainsi partie liée avec l’émergence de la raison. Ou plutôt : si la raison se définit par l’universalité de ses propositions, comment les hommes deviendraient-ils raisonnables sans infrastructure routière ? » (Daniel Bougnoux, « L’État des Routes », 1996, p. 47-48). C’est précisément contre cette raison que s’érige Rousseau.
  • [77]
    Jean-Jacques Rousseau, Les rêveries […], op. cit., p. 45 : « Je voyais couler mon sang comme j’aurais vu couler un ruisseau, sans songer que ce sang m’appartenait en aucune sorte. »
  • [78]
    Ibid., p. 46-47.

Le carrosse, relativement rare à la fin du XVIIe siècle, imbriqué dans les modèles de civilité, fonctionnant comme signe de prestige et comme machine vivante, ne peut se dissocier de la pensée urbaine. Il en fait partie de la même manière que le parc automobile de nos jours structure les espaces urbains. Comme le trottoir qui ne constitue pas de fait un lieu de promenade, la valeur véhiculaire du carrosse est encore toute relative. Pourtant, ce sera sa présence qui rendra la ville une ville, convoquant voirie et urbanitas, physique et métaphysique. En ce sens, il représente l’aboutissement de cet ouvrage parce qu’il instaure, dans sa forme, une modernité qui n’a cessé de peupler nos univers. Il crée un réseau de possibles qui nécessitent la modification des façades des hôtels, de la largeur des voies et de l’organisation de la circulation. Surface mobile, il est aussi un site pour afficher, s’afficher, représenter et se représenter. Modèle de puissance, économique ou sociale, il forme un espace de désir, oblitéré par le génie artificieux, un savoir-faire qui bientôt se métamorphosera en savoir-vivre, laissant de côté une vaste majorité, souvent hostile à leurs présences.
Son apparition et sa popularité croissante créent des séries d’oppositions significatives. Comme on l’a déjà remarqué dans le chapitre précédent, il se distingue du cheval qui, dans les transports urbains, non militaires ou cérémoniaux, a vu s’écouler son heure de gloire. Au fondement de cette opposition réside une série plus englobante qui se constitue de l’animal et de la machine, d’un univers naturel et d’un univers artificiel, culturel…


Date de mise en ligne : 18/10/2024

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