Chapitre d’ouvrage

Chapitre VI. « On m’y a contraint, Monsieur le Juge ! »

De l’impossible définition de l’entreprise collaboratrice aux règles du jeu de l’épuration

Pages 281 à 340

Citer ce chapitre


  • De Rochebrune, R.
  • et Hazera, J.-C.
(2013). Chapitre VI. « On m’y a contraint, Monsieur le Juge ! » De l’impossible définition de l’entreprise collaboratrice aux règles du jeu de l’épuration. Les patrons sous l’Occupation (p. 281-340). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/les-patrons-sous-l-occupation--9782738129383-page-281?lang=fr.

  • De Rochebrune, Renaud.
  • et al.
« Chapitre VI. “On m’y a contraint, Monsieur le Juge !” : De l’impossible définition de l’entreprise collaboratrice aux règles du jeu de l’épuration ». Les patrons sous l’Occupation, Odile Jacob, 2013. p.281-340. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-patrons-sous-l-occupation--9782738129383-page-281?lang=fr.

  • DE ROCHEBRUNE, Renaud
  • et HAZERA, Jean-Claude,
2013. Chapitre VI. « On m’y a contraint, Monsieur le Juge ! » De l’impossible définition de l’entreprise collaboratrice aux règles du jeu de l’épuration. In : Les patrons sous l’Occupation. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.281-340. URL : https://shs.cairn.info/les-patrons-sous-l-occupation--9782738129383-page-281?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Ces sondages sont évoqués dans l’ouvrage de Henry Ehrmann sur La Politique du patronat français de 1936 à 1955(Armand Colin, 1959).
  • [2]
    On peut notamment déduire ce pourcentage de 30 % des savants et complexes calculs d’Alfred Sauvy dans son ouvrage sur La Vie économique des Français de 1939 à 1945 (Flammarion, 1978). Il va de soi que le même pourcentage serait nettement supérieur si l’on s’en tenait à certains secteurs ; ou aux seules années 1943 et 1944, après la disparition de la zone libre et à une époque où la « pression » allemande a atteint son maximum. Un autre calcul peut donner une idée de l’ampleur de la collaboration économique « au sens large », c’est-à-dire aussi bien volontaire que forcée : le délégué français au tribunal de Nuremberg a estimé à deux cents milliards de francs, après un calcul branche par branche, le total des « commandes allemandes » de produits manufacturés et miniers entre 1940 et 1944, soit l’équivalent, en francs courants il est vrai, des recettes budgétaires de l’État français avant guerre (54 milliards de francs pour la seule année 1938).
  • [3]
    Nous avons essentiellement utilisé deux sources pour reconstituer l’« affaire Carbone-Lorraine ». Nous avons d’abord examiné la transcription intégrale des débats du procès du directeur général de l’entreprise, Jacques Legueu, début 1946, devant la cour de justice de la Seine (Archives nationales, 334 AP 18). Nous avons par ailleurs pris connaissance du dossier très complet sur le comportement de la société et de ses dirigeants sous l’Occupation constitué par la Commission nationale interprofessionnelle d’épuration à la fin des années quarante (Archives nationales, F12 9573). L’ensemble des documents et des témoignages dont nous avons pris ainsi connaissance permettent, grâce à des recoupements entre eux, de proposer une version assez précise des événements les plus importants survenus dans l’entreprise entre 1940 et 1944 et de l’épuration qui a suivi après guerre. Nous n’avons malheureusement pas pu avoir accès aux archives de l’entreprise elle-même, devenue jusqu’à récemment filiale du groupe Pechiney, malgré nos demandes orales et écrites en juin 1994.
  • [4]
    Claude Paillat rend compte dans le tome 6 des Dossiers secrets de la France contemporaine (Robert Laffont, 1987) de deux entretiens qu’il a eus avec Jacques Legueu au printemps 1975 et au cours desquels ce dernier a évoqué son séjour en Allemagne au début des années vingt. M. Legueu aurait à cette occasion souligné la complicité qui s’est alors développée entre chimistes français et allemands et qui « se poursuivra étrangement sous l’Occupation ». Claude Paillat nous a aimablement parlé, au cours d’un entretien téléphonique en juin 1994, de la personnalité de M. Legueu et de son destin après guerre.
  • [5]
    Cf. le chapitre 2.
  • [6]
    Cf. le chapitre 2 ainsi que l’annexe 1 à la fin de l’ouvrage, où l’on montre que l’accord de clearing n’a en rien sauvegardé les intérêts français. Il permettait d’accumuler des créances… que l’Allemagne n’avait pas l’intention d’honorer.
  • [7]
    Si les Allemands ont inauguré leur politique d’« aryanisation économique » en France occupée dès octobre 1940, les Français n’adopteront une loi de même nature que le 22 juillet 1941. Il est probable que le ministère se sentit « justifié » dans sa démarche en « sacrifiant » une participation « israélite » parce qu’il estimait celle-ci, du fait de la loi allemande, condamnée tôt ou tard à être vendue à des intérêts « aryens ». Il ne s’agissait pas moins d’une mesure anticipée, apparemment non réclamée à cette date par les autorités allemandes puisque nul n’a évoqué cette hypothèse lors des procès d’après guerre.
  • [8]
    Cette indication, contraire apparemment à celle de l’acte d’accusation de J. Legueu qui laissait supposer que les vingt et un mille actions devaient être cédées in fine en totalité aux Allemands, a été apportée par l’expert nommé par la cour de justice lors du procès de fin 1945. Il est vrai qu’on ne sait, en fait, pour le compte de qui la banque de Neuflize devait opérer.
  • [9]
    D’après les termes exacts d’une ordonnance des autorités d’occupation sur les pouvoirs des commissaires émise à l’automne 1940 (publiée au Journal officiel le 20 novembre 1940) et citée dans le dossier constitué à la fin des années quarante pour traiter le cas Carbone-Lorraine par la Commission nationale interprofessionnelle d’épuration. Tous les commissaires allemands installés dans des entreprises françaises disposaient de ces mêmes pouvoirs.
  • [10]
    On peut signaler à cet égard le fait, non mentionné alors dans les débats devant la cour de justice, que, suite à l’accord de 1941, Jacques Legueu était membre du conseil d’administration de Carbone AG, ce qui impliquait à l’évidence d’entretenir des relations aimables avec les animateurs de l’ex-filiale et ses représentants.
  • [11]
    Jacques Legueu, condamné en outre à la confiscation de ses biens, à l’indignité nationale et à la suppression de ses décorations (notamment la croix de guerre), déposera un recours en grâce qui obtiendra un avis favorable du président de la cour de justice Ledoux et du commissaire du gouvernement Turlan. Il bénéficiera ainsi d’une importante remise de peine.
  • [12]
    Signalons par exemple que, dans l’acte d’accusation du procès de mars 1946, on dit que l’instruction a fait apparaître, finalement, que les otages ont été choisis en janvier 1943 par les Allemands au hasard et que les poursuites contre M. P., le directeur de l’usine, suspecté d’avoir participé à ce choix, sont donc abandonnées. Mais on demande à ce même M. P. de ne jamais se prévaloir de ce classement sans suite car il a eu « des réflexions malheureuses à l’égard des ouvriers désignés comme otages » telles que : « Vous ne vouliez pas partir en Allemagne, comme cela vous partirez ! » ou « Rappelez-vous 1936 ! ».
  • [13]
    Cf. le chapitre 4.
  • [14]
    Dialogue reproduit dans l’ouvrage d’Antoine Lefébure intitulé Les Conversations secrètes des Français sous l’Occupation (Plon, 1993).
  • [15]
    Archives du ministère de la Production industrielle (Archives nationales, F12 10255).
  • [16]
    Cf. sténographie du procès de M. Rigal-Ansous après guerre (Archives nationales, 334 AP 15). Son cas est déjà évoqué dans le chapitre 3.
  • [17]
    Cf. sténographie du procès de MM. Lemoine et Porquerel (Archives nationales, 334 AP 27).
  • [18]
    Cf. Archives nationales, dossier F12 9614. La société allemande, qui se présentait comme une succursale de Gebruder Sachsenberg, dirigée par Victor Fasolt, est déjà évoquée dans le chapitre 3. Son émanation spécialisée dans l’import-export, la Société de fournitures industrielles, avait le même directeur mais comprenait des associés français (janvier 1993).
  • [19]
    Une analyse détaillée de la décision de sabordage du Progrès, quotidien contrôlé par la famille Brémond, se trouve dans l’ouvrage d’Yves Cau Le Progrès (PUL – CNRS, 1979). La décision de principe d’arrêter la parution dès qu’un certain seuil serait franchi dans les démêlés avec la censure était – semble-t-il – prise alors depuis plusieurs mois, ce qui expliquerait cette réaction immédiate. L’entreprise ne cessera pas totalement de fonctionner après le 12 novembre 1942, date du dernier numéro paru sous l’Occupation, car les services de l’imprimerie continueront à fonctionner, assurant notamment la sortie de… L’Action française. Le sabotage du journal ne signifiait donc pas celui de l’entreprise dans sa totalité.
  • [20]
    Le Progrès fut, grâce à sa décision immédiate de sabordage lors de l’invasion de la zone libre, le seul des grands quotidiens lyonnais autorisé à reparaître très peu de temps après la Libération, le 8 septembre 1944, sous le même titre. Le Nouvelliste, Le Salut public et Lyon Républicain, pour n’avoir pas suivi cet exemple courageux, n’obtiendront pas cette autorisation.
  • [21]
    Nos informations sur le groupe Lafarge sous l’Occupation sont essentiellement issues de l’ouvrage de Léon Dubois, Lafarge-Coppée, 150 ans d’industrie, publié chez Belfond en 1988, et d’un long entretien, le 17 mai 1993, avec M. Pierre Richaud, directeur adjoint de l’usine Lafarge de La Couronne pendant la guerre.
  • [22]
    Pierre Richaud nous a procuré une photocopie d’un exemplaire de ce communiqué affiché à l’usine de La Couronne.
  • [23]
    Léon Dubois (op. cit.) peut être qualifié d’historien « autorisé » dans la mesure où il fait partie de la direction d’une partie du groupe.
  • [24]
    À propos d’Yves Farge et de sa « politique » à la Libération, on peut se reporter au chapitre 1 sur l’« affaire Berliet ».
  • [25]
    Nos informations sur l’entreprise de Fritz Schlumpf et le comportement de ce dernier pendant la guerre proviennent essentiellement des divers témoignages, à commencer par le sien, entendus lors du procès de Paule Erny, épouse Schlumpf, accusée après guerre de l’assassinat de son amant, M. Simha, un homme d’affaires opérant lui aussi dans le secteur du textile (Archives nationales, 334 AP 75).
  • [26]
    Les rapports de la commission de contrôle allemande et les réponses des industriels français à des questionnaires qui leur avaient été adressés par cette même commission – en violation d’ailleurs des conventions d’armistice – ont notamment pu être examinés en détail, pour la région de Lyon, par Martine Commarmond, au cours d’une recherche menée en Allemagne aux Archives de Fribourg (mémoire de maîtrise, université Lyon II, juin 1976, sur « L’activité économique lyonnaise pendant la Seconde Guerre mondiale selon les sources militaires allemandes »).
  • [27]
    Pierre Pucheu, Ma vie, Amiot-Dumont, 1948.
  • [28]
    On peut trouver des centaines et des centaines d’exemples de ce type dans les archives du ministère de la Production industrielle, qui a notamment échangé de nombreux courriers avec des entreprises qui désiraient exporter en Allemagne et, pour certaines, avaient « oublié » de demander l’autorisation nécessaire dans ce cas. Les quelques exemples cités ici sont extraits de ce courrier. Nous avons préservé l’anonymat de ces exportateurs vers l’Allemagne car nous n’avons pu vérifier suffisamment en détail les conditions précises dans lesquelles ces marchés ont été conclus et nous ne pouvions exclure que, dans quelques cas, d’autres motifs que le seul souci de réaliser une bonne affaire aient pu jouer.
  • [29]
    Les Conversations secrètes des Français sous l’Occupation (op. cit.). Après la publication de cet ouvrage, les dirigeants actuels de la société Photomaton ont tenu à faire savoir qu’ils n’avaient aucun lien avec ceux de l’époque de l’Occupation.
  • [30]
    Cf. Archives du secrétariat d’État à la Production industrielle (Archives nationales, F12 10255).
  • [31]
    Cf. Dossier « Cuirs et peaux bruts, 1942-1944 » dans les archives du ministère de la Production industrielle (Archives nationales, F12 10686). Il est probable que ces « sinistrés » étaient les familles des SS et des membres de la police de sureté allemande qui avaient été victimes des bombardements, déjà intenses, des villes allemandes.
  • [32]
    Cf. Archives du ministère de la Production industrielle (Archives nationales, F12 9559).
  • [33]
    Archives du ministère de la Production industrielle (Archives nationales, F12 10255). L’exemple qui suit immédiatement provient de la même source.
  • [34]
    Idem.
  • [35]
    Le cas de la société de M. D., qui connaîtra d’ailleurs plus tard sous l’Occupation une situation du type « contrainte réelle », avec la présence dans ses ateliers d’un contrôleur allemand, a été évoqué devant la cour de justice de la Seine (Archives nationales, 334 AP 18).
  • [36]
    Cf. la sténographie des débats du procès de Gaston Bruneton devant la Haute cour de justice en juillet 1948 (Archives nationales, 334 AP 45). Le frère de Gaston Bruneton, Jean, sera crédité pour sa part d’avoir freiné les affaires réalisées avec les Allemands, et tous les dirigeants de la société – Gaston Bruneton n’ayant été qu’un salarié – obtiendront en cour de justice un non-lieu après avoir été poursuivis pour collaboration économique.
  • [37]
    Sur l’attitude courageuse d’Étienne Mimard, et sur tout ce qui concerne la région de Saint-Étienne, on peut consulter l’ouvrage très documenté de Monique Luirard, issu de sa thèse, sur « La région stéphanoise dans la paix et dans la guerre, 1936-1951 » (Centre d’études foréziennes, 1980).
  • [38]
    À Saint-Étienne, ainsi, le 1er mars 1941, un « ordre de service » signé de l’« ingénieur en chef » signale aux ouvriers des Aciéries de Saint-Étienne que : « Pour permettre au plus grand nombre d’assister à la réception du maréchal Pétain, chef de l’État français, les ateliers seront arrêtés dans la journée du 1er mars. Les feux seront couverts. Le travail reprendra en poste de nuit. »
  • [39]
    Cf. Archives nationales, dossiers de la commission d’épuration (F12 9640), et surtout l’ouvrage très documenté de Pascal Fouché sur L’Édition française sous l’Occupation (BLFC, Université Paris VII, 1987, distribution IMEC).
  • [40]
    Idem.
  • [41]
    Cf. les chapitres 1 et 2 du livre II.
  • [42]
    Cf. le chapitre 2.
  • [43]
    Pour décrire la législation sur laquelle s’est appuyée l’épuration économique, nous avons beaucoup emprunté aux analyses de Herbert Lottman (L’Épuration, Fayard-Seuil, 1986) et de Robert Aron (Histoire de l’épuration, tome III, volume I, Fayard, 1974).
  • [44]
    En matière d’indignité nationale, la question de la rétroactivité, selon les « inventeurs » de ce délit jusqu’alors inconnu, ne se posait pas puisqu’il s’agissait là seulement de prévoir une peine moins sévère pour des auteurs d’actes de collaboration qui, sinon, auraient été passibles de l’application de l’article 75. Il s’agissait en fait de pouvoir requalifier comme un délit ce qui ne méritait pas le nom de crime. À propos du Comité général d’études, on peut se référer au seul ouvrage qui lui est consacré : Les Neuf Sages de la Résistance, par Diane de Bellescize, Plon, 1949.
  • [45]
    La composition d’un Comité régional interprofessionnel d’épuration, comprenant douze membres, était la suivante : un magistrat, faisant fonction de président et nommé par le pouvoir central ou son représentant dans la région, était entouré de deux représentants des comités départementaux de libération (délégués de la Résistance), trois représentants des organisations syndicales d’ouvriers ou d’employés (délégués des travailleurs), deux représentants de l’encadrement (un agent de maîtrise et soit un ingénieur, soit un cadre supérieur), un représentant des employeurs (délégué du patronat), trois représentants de la catégorie à laquelle appartenait l’inculpé (donc délégués soit des ouvriers, soit des employés, soit des cadres et techniciens, soit du patronat). Une telle composition impliquait de fait, on le voit aisément, un pouvoir d’arbitrage non seulement du magistrat mais aussi des délégués de l’encadrement lors de l’examen du cas d’un dirigeant.
  • [46]
    La composition de la CNIE était semblable à celle des Comités régionaux d’épuration, si ce n’est qu’elle possédait quinze membres au lieu de douze, grâce à l’adjonction de trois « jurés » désignés par les pouvoirs publics (par les ministères de l’Économie nationale, de la Production industrielle et du Travail). L’« équilibre » de la Commission nationale est donc équivalent à celui constaté pour les Comités régionaux entre les principales parties en présence, mais le pouvoir d’arbitrage des représentants du gouvernement est dans ce cas essentiel. La commission chargée d’instruire les affaires pour la CNIE et de lui présenter un premier rapport devait être composée de trois personnes représentant respectivement les ouvriers, les techniciens et le patronat. L’inculpé, assisté quand il le souhaitait d’un avocat, présentait en général lui-même un mémoire avant d’être entendu.
  • [47]
    Pierre-Henri Teitgen, Les Cours de justice, Éditions du Mail, 1946 (conférence du 5 avril 1946).
  • [48]
    L’expression, employée fin août 1944 par un responsable du Comité départemental de libération de Limoges (Le Centre Libre, organe du CDL de la Haute-Vienne, 31 août 1944), est celle qui, avec quelques variantes, désignait partout les collaborateurs militaires et politiques et leurs complices pour lesquels la Résistance exigeait un châtiment immédiat, c’est-à-dire très souvent une exécution sans délai.
  • [49]
    Cf. l’organe de la Résistance de la Loire République n° 7, du 27 août 1944 (cité in « La région stéphanoise dans la guerre et dans la paix », par Monique Luirard, op. cit.).
  • [50]
    Cf. notamment, à cet égard, les éléments convaincants recensés ou apportés par Herbert Lottman (op. cit.), qui évalue à moins de dix mille les cas d’exécutions sommaires alors que des chiffres allant jusqu’à plus de cent mille ont souvent été avancés.
  • [51]
    Le représentant régional du ministère de la Production industrielle basé à Marseille signale par exemple – il ne sera pas le seul – dans son rapport mensuel de septembre 1944 les « exécutions sommaires par suite de leur activité antérieure » de cinq dirigeants d’entreprises industrielles à Marseille et à Cavaillon (cf. Archives nationales, archives du ministère de la Production industrielle, F12 9981).
  • [52]
    Cf. chapitre 1.
  • [53]
    Entretien avec Jean-Pierre Lindenmeyer, fils d’André Lindenmeyer, président à l’époque de la société des ciments Portland à Marseille, le 13 mars 1992.
  • [54]
    Commission nationale interprofessionnelle d’épuration (Archives nationales, F12 9582).
  • [55]
    Ces expressions sont extraites du « programme d’action » adopté le 15 mars 1944 par le Conseil national de la Résistance.
  • [56]
    Cf. Herbert Lottman (op. cit.).
  • [57]
    Le compte rendu de cette réunion, le 16 septembre 1944, peut être trouvé aux Archives départementales des Alpes-Maritimes (162 W 5) et il a été repris et commenté dans ses travaux par Jean-Louis Panicacci, auteur notamment d’un ouvrage très documenté sur Les Alpes-Maritimes de 1939 à 1945 (Éditions Serre, 1989).
  • [58]
    L’ordonnance de nationalisation des usines Renault du 16 janvier 1945, qui vient rendre définitive la mesure provisoire de mise sous séquestre des biens de la société du 4 octobre 1944, évoque ainsi, dans son exposé des motifs, « l’attitude des dirigeants envers l’envahisseur » et le fait que « les usines Renault ont constitué un instrument entre les mains de l’ennemi ». Une façon claire de signifier qu’il s’agit, au moins en grande partie, d’une nationalisation-sanction. Mais il semble bien, on l’a déjà dit, que, même dans ce cas, des considérations de « politique industrielle » aient joué le rôle majeur, comme l’assure dans un travail documenté l’historien de l’entreprise Patrick Fridenson (cf. Les Nationalisations à la Libération, sous la direction de Claire Andrieu et alii, Presse de la FNSP, 1987). Les autres nationalisations de fin 1944 ou de 1945 seront ouvertement motivées par l’« intérêt général » même si, pour beaucoup, elles « sanctionnent » alors aussi l’attitude du « grand capital » à la fin des années trente et pendant la guerre. (Cf. Les Nationalisations à la Libération, op. cit.). Quant aux réquisitions de l’immédiat après-guerre à Marseille ou à Lyon, elles seront, on l’a vu ou on le verra, motivées, au moins officiellement, par l’état de guerre que connaît encore le pays. L’aspect sanction, là encore, existait mais ne devait pas prévaloir en fin de compte. Sur tous les sujets, on peut consulter divers textes, et en particulier ceux d’Antoine Prost sur les « comités de gestion » ouvriers, dans l’ouvrage collectif sur Les Nationalisations à la Libération.
  • [59]
    Herbert Lottman (op. cit.) fait état de cette confidence de Charles Zambeaux, directeur de cabinet du garde des Sceaux François de Menthon après guerre, mais ne peut préciser la date des non-transmissions de preuves mentionnées. Il est probable que C. Zambeaux évoquait là les archives soit de bureaux d’achat allemand soit de sociétés chargées d’organiser ou de réaliser l’acheminement outre-Rhin des marchandises achetées en France.
  • [60]
    Cf. Témoignages, par Georges Villiers, Éditions France-Empire, 1978.
  • [61]
    Cf. à ce sujet le chapitre 3.
  • [62]
    L’historien en question est évidemment Robert Paxton, qui a publié il est vrai la première version, en anglais, de sa France de Vichy en 1972, à une époque où l’information sur l’épuration dans le monde des affaires était beaucoup plus difficile d’accès qu’aujourd’hui. Mais on retrouve, en plus atténués, des jugements assez semblables dans bien d’autres ouvrages plus récents, comme ceux d’Henri Amouroux (cf. ses pages sur l’épuration dans Les Beaux Jours des collabos, Robert Laffont, 1978) ou même d’Herbert Lottman (op. cit.).
  • [63]
    Dossier de la CNIE et éléments du dossier de la cour de justice aux Archives nationales (F12 9619).
  • [64]
    Cf. Archives départementales de Marseille (dossier 1269 W 66).
  • [65]
    Robert Aron (op. cit.), peu suspect d’excès de sévérité envers les entreprises et bien introduit dans le monde des affaires, évoque ainsi, mais sans fournir le moindre exemple, « les affaires qui s’évaporèrent avant que leur dossier ne parvînt (à la CNIE), soit par suite du désordre qui régnait au début dans les archives publiques, soit du fait d’influences politiques ou de paiements effectués à certains partis ». Il est difficile, par évidence, d’évaluer l’importance de ce phénomène, qui ne paraît pas avoir pris une ampleur considérable.
  • [66]
    On ne connaît que des statistiques partielles pour évaluer les « résultats » de toutes les formes d’épuration. De surcroît, ces statistiques ne distinguent pas entre les épurés économiques de toutes natures, le petit trafiquant de marché noir voisinant avec l’industriel de premier plan. Il est donc difficile de faire parler les chiffres, si ce n’est pour donner des ordres de grandeur.

À la Libération, des sondages le font apparaître, la majorité des Français considèrent que les industriels et les commerçants sont, après les paysans, ceux qui ont le moins souffert de l’Occupation. À cette même époque, la plupart des journaux, et en particulier la presse communiste alors très puissante, ne cessent de dénoncer les « trusts », accusés à la fois d’avoir manqué de patriotisme et d’avoir accumulé des profits pendant la guerre. Les nouveaux dirigeants du pays, de Gaulle en tête, ne sont pas les derniers à laisser entendre que, lorsque le pays vivait sous le joug allemand, les patrons, dans leur majorité, se sont plutôt bien accommodés de la situation. Dire pour autant que les responsables d’entreprise et leurs sociétés sont considérés pendant les années d’après guerre comme des parias serait, on le verra, tout à fait exagéré. Mais il est certain que l’idée reçue à ce moment-là, et elle n’a pas beaucoup varié depuis, veut qu’ils n’aient pas eu, il s’en faut beaucoup, un comportement suffisamment distancié avec l’occupant entre 1940 et 1944.
Alors, presque tous « collabos », du moins jusqu’à un certain point, les patrons petits et grands, financiers, commerçants ou industriels ? L’opinion publique, en d’autres termes, a-t-elle eu raison de porter un jugement aussi radical sur la conduite du monde des affaires sous l’Occupation et de réclamer une épuration sévère ? On peut aussi facilement, avec les apparences de l’objectivité, conclure dans le sens de la vox popul…


Date de mise en ligne : 27/09/2022

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