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Avant-Propos

Pages 11 à 12

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  • Arnal, T.
(2026). Avant-Propos. Les lieux du sport : Itinéraire d'une dénaturation (p. 11-12). Hermann. https://shs.cairn.info/les-lieux-du-sport--9791037047588-page-11?lang=fr.

  • Arnal, Thierry.
« Avant-Propos ». Les lieux du sport Itinéraire d'une dénaturation, Hermann, 2026. p.11-12. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-lieux-du-sport--9791037047588-page-11?lang=fr.

  • ARNAL, Thierry,
2026. Avant-Propos. In : Les lieux du sport Itinéraire d'une dénaturation. Paris : Hermann. Hors collection, p.11-12. URL : https://shs.cairn.info/les-lieux-du-sport--9791037047588-page-11?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Professeur de sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
  • [2]
    Professeur des universités honoraire, Université Polytechnique Hauts-de-France.
  • [3]
    Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

1 En mai 2025, de retour d’une grave blessure, la tenniswoman Loïs Boisson défraye la chronique en atteignant les ½ finales du tournoi de Rolland Garros alors même qu’elle n’occupe que le 361e rang mondial. Trois semaines plus tard la même joueuse, encore auréolée de son exploit, est éliminée au premier tour des qualifications du tournoi de Wimbledon. Spécialiste de la terre battue elle ignore tout du tennis sur herbe. Ici, la nature des revêtements sur lesquels elle a successivement évolué semble déterminante pour expliquer le contraste entre ses résultats parisiens et londoniens.

2 L’exemple est emblématique de l’importance des lieux, de leur matérialité, sur les performances des athlètes. S’agissant du tennis, sport connu pour la variété de ses surfaces, il n’y a là rien de surprenant. Toutefois, si l’on prend pour repère l’ensemble des pratiques sportives, il semble que l’on n’ait pas mesuré à quel point les équipements sportifs ont, depuis deux siècles, modifié les conditions de leur exercice et joué un rôle déterminant dans l’évolution de chacune d’elles. Ainsi, à l’exception du Royaume-Uni, il n’existe sur le continent européen aucune étude embrassant d’un seul regard les lieux du sport depuis les espaces investis par les premiers sportmen jusqu’aux stades et complexes actuels. Éphémères ou pérennes, modestes ou monumentaux, conçus pour la pratique ou pour le spectacle, leur présence participe pourtant à faire évoluer les paysages urbains ou ruraux tout en offrant une forme de visibilité aux mutations sociales. Issus d’initiatives privées ou produits des volontés politiques, ils sont désormais devenus des objets communs, familiers, au point de se fondre dans l’ordinaire de la quotidienneté. Ils sont, si l’on excepte quelques édifices prestigieux, le plus souvent perçus comme des choses banales.

3 C’est pourquoi, les retenir comme objet d’étude et choisir de faire le récit de leur genèse, de leur développement et de leur transformation, s’apparentait à un projet incertain. Il n’y avait, à l’aube de celui-ci, aucune certitude quant au résultat, aucune garantie quant à l’existence de sources variées et exploitables. Il fallait éviter l’écueil de la description, contourner le risque d’une chronologie insipide, dépasser la seule centration sur des lieux connus. Il importait aussi de croire en ce projet et surtout, de ne pas être seul à y croire.

4 Ce fût lors d’un échange avec Thierry Pillon [1] que l’objet fût discuté et sa pertinence validée comme support à mon mémoire original d’habilitation à diriger des recherches dont il était le garant. À l’intérêt manifesté par le sociologue s’ajoutait très vite l’approbation de ce choix par les historiens. Didier Terrier [2] et Georges Vigarello [3] me confortaient dans l’idée qu’il y avait là un sujet nouveau, original, intéressant  ; un sujet situé au croisement de plusieurs disciplines : histoire, sociologie du politique et même philosophie.

5 Penser à partir de choses, afin d’échapper à l’artifice des séparations académiques, s’imposait alors comme la seule voie possible pour situer mon objet dans sa dynamique d’évolution. Penser les lieux du sport comme éléments du social et de ses transformations supposait encore d’inscrire la démarche dans le temps long à l’instar des travaux produits par Georges Vigarello ou Norbert Elias. Celle-ci, consistant à tirer un fil généalogique sur plusieurs siècles, devait passer par un discours sur les innovations techniques accompagnant le perfectionnement des lieux, sur leur assainissement, sur leur artificialisation et plus globalement sur leur dénaturation. Mais surtout, à mi-chemin entre l’histoire et la sociologie, le projet qui éclaire la question du corps, des techniques, de la ville, de la nature, de la performance ou encore du spectacle, supposait une démarche pluridisciplinaire  ; une démarche toujours portée par l’exploration plurielle d’un objet complexe, évolutif et polymorphe. C’est elle qui a guidé mes recherches et donné sens à cet essai sociohistorique.


Date de mise en ligne : 17/04/2026