« L’écrivain n’a pas de visage »
n° 35, mars 2007
- Par Jean Ristat
Pages 967 à 968
Citer ce chapitre
- RISTAT, Jean,
- ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
- Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
- Ristat, Jean.
- Ristat, J.
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- Ristat, J.
- Ristat, Jean.
- RISTAT, Jean,
- ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
- Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
Notes
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[1]
Voir les repères biographiques en fin de volume.
1 Cet article analyse d’abord ce qui fait la spécificité de la biographie de Rimbaud écrite par Jean-Jacques Lefrère. Jean Ristat rend compte d’un album plus récent du même auteur : Face à Rimbaud. À la fin de son article, le poète qui a emprunté le masque du critique rêve autour d’une phrase extraite de cet album : « Le poète serait donc plus visible dans son mouvement que dans ses traits. »
2 Par mouvement, il entend action, mimiques, attitudes. Mais il faudrait peut-être aussi donner à ce mot son plein sens d’action de bouger le corps. Y eut-il à part Nietzsche, plus grand et infatigable marcheur que Rimbaud ? Rimbaud est un être en mouvement, toujours sur le départ. La biographie de Lefrère nous restitue Rimbaud comme mouvement ou désir de mouvement, ce qu’il fut de sa jeunesse à ses derniers jours.
3 Je songe à cette lettre qu’il dicte à sa sœur Isabelle la veille de sa mort, lettre destinée au directeur d’une compagnie de navigation : « Je suis complètement paralysé, donc je désire me trouver de bonne heure à bord, dites-moi à quelle heure, je dois être transporté à bord. » Les dernières paroles connues de Rimbaud sont un projet de départ : l’Homme aux semelles de vent, en effet. Un dessin de Delahaye de 1876, intitulé Le Juif errant montre un Rimbaud aux jambes démesurées marchant en direction de Charleville. Jean-Jacques Lefrère a raison, à mon avis, d’écrire que c’est « dans le geste dessiné que tient l’essentielle de l’iconographie » rimbaldienne. Mais pour intéressants que soient les dessins de Verlaine ou de Delahaye, ils ne traduisent que leur propre lecture du personnage de Rimbaud. Ils le voient ainsi, dans leur complicité amicale, toujours en fuite, parti ou en train de partir. […]
4 Peut-on voir Rimbaud ? Quelle image ai-je de Rimbaud, le lisant ? Sans doute aucune tant l’illumination, l’éblouissement effacent toute référence à une quelconque subjectivité. Le je de Rimbaud écrivant, le je écrit du poète est toujours un autre, en fuite, insaisissable. Irreprésentable. Face à face avec Rimbaud, je veux parler du lecteur en train de lire Rimbaud, il n’y a plus personne. Nemo. Une bouche d’ombre. Un texte.
5 Le travail de Jean-Jacques Lefrère dit avec force que l’écrivain n’a pas de visage.
Date de mise en ligne : 12/02/2026