Chapitre d’ouvrage

« Un grand bond en avant ? »

n° 115, mai 2014

Pages 962 à 963

Citer ce chapitre


  • Ristat, J.
(2019). « Un grand bond en avant ? » n° 115, mai 2014. Les Lettres françaises : Cinquante ans d’aventures culturelles (p. 962-963). Hermann. https://shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-962?lang=fr.

  • Ristat, Jean.
« “Un grand bond en avant ?” : n° 115, mai 2014 ». Les Lettres françaises Cinquante ans d’aventures culturelles, Hermann, 2019. p.962-963. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-962?lang=fr.

  • RISTAT, Jean,
2019. « Un grand bond en avant ? » n° 115, mai 2014. In :
  • ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
  • Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
Les Lettres françaises Cinquante ans d’aventures culturelles. Paris : Hermann. Hors collection, p.962-963. URL : https://shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-962?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir les repères biographiques en fin de volume.

1 Jean Ristat résume d’abord « à grands traits » l’histoire des Lettres françaises, insistant notamment sur le dernier numéro de 1972, clôturant la période aragonienne et dans lequel il publie « la bouleversante nouvelle, La Valse des Adieux :Il y a, croyez-moi, dans les défaites plus de force pour l’avenir que dans bien des victoires qui ne résument le plus souvent qu’à de stupides claironnements”, ou encore : “J’ai appris quand j’ai mal à ne pas crier” ». Il revient ensuite sur la situation de la presse et des Lettres françaises :

2 Les graves difficultés auxquelles est confrontée la presse française – la quotidienne en particulier – sont connues, et récurrentes, hélas ! Elles ne datent pas de ces dernières années de crise économique. La presse culturelle en a subi, la première, les effets dévastateurs. En même temps que Les Lettres françaises en 1972, des hebdomadaires comme Arts, Les Nouvelles littéraires, Le Figaro littéraire cesseront d’exister à leur tour. Les grands quotidiens publieront des suppléments chaque semaine. La culture aura donc droit de cité comme seul supplément. On verra dans le même mouvement les émissions littéraires de la télévision disparaître les unes après les autres ou, pour quelques-unes d’entre elles, passer à des heures d’écoute fort tardives, Audimat oblige. Je suis conscient de la nécessité d’affiner cette analyse, mais je ne veux que relever une tendance qui va en s’aggravant : jusqu’où le désert va-t-il s’étendre ?

3 La suppression des Lettres françaises en 1972 a fait l’objet d’interprétations diverses, voire contradictoires. J’ai ma part dans ce « débat » : j’ai, en effet, affirmé la primauté du politique sur l’économique dans la décision qui a conduit à la fermeture du journal. J’ai vécu aux côtés d’Aragon les mois qui ont précédé la mort des Lettres françaises. […]

4 Que je me sois engagé de toutes mes forces, au long de ma vie, dans la renaissance des Lettres françaises est certes du ressort, à certains égards, du privé. Mais pas seulement. Mon souci était avant tout d’ordre politique. Comment utiliser pour l’avenir un tel lieu de mémoire ? Non faire de ce passé table rase mais un levier. La pédagogie de l’enthousiasme dont se réclamait Aragon paraît plus que nécessaire dans l’étouffant nihilisme contemporain. La propagande, le prêt-à-porter libéral, veut que l’on vive sans idées. On ne peut y consentir, car ce n’est pas vivre. L’art est un « instrument de combat contre l’impératif “vis sans idée !” » de la société marchande.

5 On l’aura compris, je l’espère : je n’invite pas à la nostalgie. Nous sommes aux Lettres françaises une petite équipe de bénévoles depuis une dizaine d’années. Nous coûtons l’encre, le papier et les frais postaux. Il faut le savoir, non pour se vanter mais parce que telle est la réalité pratique pour chacun d’entre nous. Je ne saurais trop saluer celles et ceux qui n’ont pas ménagé leurs efforts et leur temps pour faire des Lettres françaises un journal de qualité et, à tout le moins, de référence. Je les remercie de s’embarquer avec moi — et à nos risques et périls – dans cette nouvelle aventure. Non toujours de gaieté de cœur, y compris pour les plus jeunes.

6 Vous retrouverez Les Lettres françaises le mois prochain sur le site internet de L’Humanité, dans la même présentation que vous avez sous les yeux, tantôt sur 12 pages, tantôt sur 16 pages, de façon à donner plus de place à nos dossiers. […]

7 Je ne veux pas écrire une valse aux adieux. Ce n’est pas parce que ce printemps 2014 est bien triste qu’il faut désespérer et ne pas se battre. « Celui qui n’est pas le guetteur des traces de la possibilité du monde n’est pas en état d’accueillir le miracle », écrit Alain Badiou. Le miracle en effet, nous allons y travailler.


Date de mise en ligne : 12/02/2026