4 - La guerre des deux généraux
- Par Rémi Kauffer
Pages 63 à 78
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Notes
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[1]
Otcherki Istorii rossiiskoï Vnechnei razvedki (« Esquisse de l’histoire du renseignement soviétique ») publié par le SVR, le Service des renseignements extérieurs de la République fédérale de Russie. Merci à Henri-Christian Giraud, qui a eu la gentillesse de me communiquer ce document.
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[2]
En créant à l’aide de policiers la Sûreté aux armées et en dépêchant des équipes de CE au fur et à mesure de la progression des forces libératrices, Paillole a pourtant contribué à sa manière à l’échec de l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories), le plan américain de mise sous tutelle militaire de la France auquel de Gaulle s’opposera avec succès. Rien ne pouvait plus rassurer l’ultraprudent « Ike » Eisenhower que de savoir que le contre-espionnage français, mieux à même d’agir sur le terrain de manière efficace, empêcherait l’émergence de « cinquièmes colonnes » sur les arrières de ses troupes. En mai-juin 1958, le colonel Paillole, partisan résolu de l’Algérie française, jouera en sa qualité de président-fondateur de l’Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale (AASSDN) et de personnage clé de la nébuleuse des structures « anciens combattants », un rôle peu connu dans le retour aux affaires du général de Gaulle. L’indépendance algérienne scellera la fin de leurs relations. Paul Paillole est mort le 15 octobre 2002 à Paris à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
Tandis que le service secret à croix de Lorraine commence ainsi à s’imposer par petites touches comme partenaire incontournable des Anglo-Américains, un rival dangereux pour de Gaulle se profile au tout début 1943 en la personne d’Henri Giraud. Baroudeur au courage physique légendaire, ce général d’armée a été capturé par les Allemands en 1940 alors qu’il patrouillait aux avant-postes. Croire qu’un héros de la Grande Guerre comme lui se soumettrait à la loi du Reich eût été naïf. De fait, en avril 1942, Giraud fausse compagnie à ses geôliers de la forteresse prussienne de Königstein. Pris en charge de l’autre côté de la frontière par le colonel Roger Masson, chef des services de renseignements de l’armée helvétique, le fugitif sera acheminé en zone française non occupée. Furieux de ce coup d’éclat, Hitler exige la peau du fugitif. À défaut d’y parvenir, il va faire déporter une grande partie de sa famille…
Une fois en France, le général en cavale écarte la proposition qu’ose lui faire sans complexe le chef du gouvernement collaborationniste de Vichy, Pierre Laval : retourner se constituer prisonnier en Allemagne dans l’espoir de calmer la colère du Führer ! Craignant d’être arrêté par la police vichyssoise, il juge bon d’adresser, le 4 mai 1942, une lettre d’allégeance à Pétain qui lui sera beaucoup reprochée par la suite. Notamment par les gaullistes, lesquels n’auraient pas manqué de l’absoudre s’il avait rallié sans attendre l’homme du 18 Juin.
Ce qu’il ne fera pas, et c’est bien là le problème…
Date de mise en ligne : 04/07/2019
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