XLI. Gayatri Chakravorty Spivak. La révolte des subalternes
Pages 512 à 522
Citer ce chapitre
- LIVIAN, Yves-Frédéric,
- LIVIAN, Yves-Frédéric
- et BIDAN, Marc,
- Livian, Yves-Frédéric.
- Livian, Y.-F.
- Y. Livian
- et M. Bidan
https://doi.org/10.3917/ems.livia.2022.01.0512
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- Livian, Y.-F.
- Y. Livian
- et M. Bidan
- Livian, Yves-Frédéric.
- LIVIAN, Yves-Frédéric,
- LIVIAN, Yves-Frédéric
- et BIDAN, Marc,
https://doi.org/10.3917/ems.livia.2022.01.0512
Notes
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[1]
Bien qu’elle s’en défende, G. Spivak peut être considérée comme l’une des représentantes du courant « postcolonial » ou décolonial apparu dans les années 1980. Celui-ci comporte plusieurs composantes, dont une indienne (avec des auteurs fondateurs comme Homi Bhabha, puis plus tard comme Appadurai, ou Chakrabarty) et une latino-américaine (dont l’un des représentants est A. Quijano, voir chapitre XXXVIII de cet ouvrage). Parmi les inspirateurs de ce courant figure E. Saïd (chapitre XL de cet ouvrage). Saïd, Bhabha et Spivak sont parfois humoristiquement considérés comme la « trinité » fondatrice de ce courant.
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[2]
Il est à noter que les intellectuels « postcoloniaux » indiens s’intéressent à Gramsci depuis longtemps. Voir Srivastava N., Bhattacharya (dir.), The Post-Colonial Gramsci, London, Routledge, 2012. Pour un usage de Gramsci dans le domaine du management en français, voir Palpacuer F., Balas N. (2009), Hégémonie managériale et résistance dans les multinationales, Revue Française de Gestion, 193, 151-168.
-
[3]
Elle dirige avec R. Guha, historien fondateur du mouvement lancé en 1982, l’ouvrage Selected Subaltern Studies paru en 1988 (Oxford). Ces études (plus de dix volumes) ont pour but de réorienter l’historiographie indienne vers l’étude de ceux qui ne faisaient pas partie de « l’élite » influencée par les colons. G. Spivak s’en détachera car elle trouve ce courant trop nostalgique d’une époque « ancienne » mythifiée. Rappelons que la société indienne est divisée en castes (dont les groupes défavorisés représentent 24 % de la population totale, soit environ 300 millions d’individus). La caste inférieure, les dalits (« opprimés ») et les autochtones font l’objet d’un nombre croissant d’agressions dans les années 2020.
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[4]
Cette transformation due au néolibéralisme est à rapprocher du constat du « devenir nègre du monde » fait de son côté par A. Mbembe dans sa Critique de la raison nègre (2013) (voir le chapitre XXVII dans cet ouvrage).
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[5]
C’est l’un des thèmes centraux des auteurs adversaires du courant « postcolonial » (Bayart, Amselle, Taguieff par exemple).
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[6]
Cet avertissement est d’actualité en Inde avec la politique identitaire du gouvernement Prodi.
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[7]
Idée en cela commune avec le courant « Postcolonial » auquel elle dit pourtant ne pas appartenir.
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[8]
Rappelons qu’elles touchent à peine 35 % des revenus du travail mondial (Rapport sur les inégalités 2020).
-
[9]
Traduction de l’auteur de ces lignes.
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[10]
Sur le plan des méthodologies qualitatives, l’ouvrage de Morisseau et Soparnot (2020) est représentatif du courant influencé par les approches postcoloniales et cherchant des solutions positionnant le chercheur de manière innovante par rapport à son terrain.
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[11]
Critique d’ailleurs largement assimilée ces dernières années dans la littérature anglophone (voir notamment : Ozkazanc-Pann B. (2015), Prasad (2003, 2008) Jack et al. (2011).
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[12]
Critique qui sera portée à certains auteurs latino-américains. Cf. chapitre XXXVIII sur A. Quijano.
La place occupée par Gayatri Chakravorty Spivak (GS dans la suite du texte) soulève plusieurs paradoxes : spécialiste de littérature, elle connaît quand même bien les grands philosophes des XIXe et XXe siècles ; indienne enseignant aux États-Unis, elle traduit Derrida en anglais et cite Heidegger dans le texte ; contestant l’hégémonie intellectuelle européenne, elle en cite abondamment la production ; produisant des écrits difficiles (en anglais), elle rayonne largement à travers le monde non-occidental.
On aura compris qu’il s’agit d’une figure à la fois importante et complexe, de plus relativement peu connue en francophonie.
Chercheuse en littérature, elle pourrait être étonnée de voir son œuvre pouvoir inspirer des auteurs en sciences sociales, et dans des disciplines aussi éloignées de ses préoccupations que les sciences de gestion !
Malgré l’aridité des textes qu’elle produit, pétris de références littéraires et philosophiques, elle occupe une place essentielle dans la pensée contemporaine « postcoloniale ».G. Spivak n’a pas le monopole du concept de « subalterne ». Son origine vient de l’intellectuel marxiste italien Antonio Gramsci (1891-1937) qui désigne par-là les individus « aux marges de l’histoire », qui se trouvent dans un état de subordination tant culturelle que symbolique.
Le terme avait même été grandement utilisé avant le livre de Spivak en 1988, à l’occasion du développement des « subaltern studies » dans les années 1980 dans les universités indiennes (puis nord-américaines), mouvement auquel Spivak a participé tardivement…
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