« Jane Eyre » et « Les Hauts de Hurlevent »
- Par Virginia Woolf,
- Traduit par Sylvie Durastanti
Pages 93 à 99
Citer ce chapitre
- WOOLF, Virginia,
- Traduit par DURASTANTI, Sylvie,
- Woolf, Virginia.,
- et al.
- Woolf, V.,
- Traduit par Durastanti, S.
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- Woolf, V.,
- Traduit par Durastanti, S.
- Woolf, Virginia.,
- et al.
- WOOLF, Virginia,
- Traduit par DURASTANTI, Sylvie,
Charlotte Brontë, qui suscita tant de vénération, de légendes et d’ouvrages, naquit il y a cent ans et ne vécut que trente-neuf ans. Curieusement, nous pouvons imaginer qu’elle eut suscité de tout autres légendes, si sa vie n’avait été si brève. Tel bon nombre de ses célèbres contemporains, elle eût pu devenir une figure bien familière de Londres et d’ailleurs, inspirer d’innombrables tableaux et anecdotes, produire de nombreux romans, et peut-être des mémoires de temps lointains, préservés dans le seul souvenir de gens parvenus à l’apogée de leur gloire. Elle eût pu être riche, elle eût pu être prospère. Mais il n’en fut pas ainsi. En songeant à elle, il faut imaginer un être qui n’eût pas trouvé place dans notre monde moderne ; il faut se reporter en esprit jusqu’en 1850, dans un presbytère écarté des landes sauvages du Yorkshire. En ce presbytère et sur ces landes, elle demeure à jamais, triste et solitaire, dans sa pauvreté et son exaltation.
Si elles ont marqué sa personnalité, ces circonstances matérielles ont pu marquer son œuvre. Tout romancier est contraint de bâtir son œuvre avec des matériaux fort périssables lui prêtant réalité pour commencer, mais l’encombrant de leurs décombres pour finir. En rouvrant Jane Eyre, nous ne pouvons étouffer le soupçon de trouver son univers imaginaire aussi vieilli, démodé et victorien que le fameux presbytère des landes, visité par les seuls curieux, préservé par les seuls dévots. Ouvrons donc Jane Eyre : en deux pages, voilà tous ces doutes balayés de notre esprit…
Date de mise en ligne : 17/04/2026
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