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Pour une sociologie de l'« apolitique » : acteurs, interactions et représentations au cœur du gouvernement de l'Union européenne

Pages 335 à 354

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  • Baisnée, O.
  • et Smith, A.
(2006). Pour une sociologie de l'« apolitique » : acteurs, interactions et représentations au cœur du gouvernement de l'Union européenne. Dans
  • A. Cohen,
  • B. Lacroix
  • et P. Riutort
Les formes de l'activité politique : Éléments d'analyse sociologique (XVIIIe-XXe siècle) (p. 335-354). Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.cohe.2006.01.0335.

  • Baisnée, Olivier.
  • et al.
« Pour une sociologie de l'“apolitique” : acteurs, interactions et représentations au cœur du gouvernement de l'Union européenne ». Les formes de l'activité politique Éléments d'analyse sociologique (XVIIIe-XXe siècle) Presses Universitaires de France, 2006. p.335-354. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-formes-de-l-activite-politique--9782130551508-page-335?lang=fr.

  • BAISNÉE, Olivier
  • et SMITH, Andy,
2006. Pour une sociologie de l'« apolitique » : acteurs, interactions et représentations au cœur du gouvernement de l'Union européenne. In :
  • COHEN, Antonin,
  • LACROIX, Bernard
  • et RIUTORT, Philippe,
Les formes de l'activité politique Éléments d'analyse sociologique (XVIIIe-XXe siècle) Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Hors collection, p.335-354. DOI : 10.3917/puf.cohe.2006.01.0335. URL : https://shs.cairn.info/les-formes-de-l-activite-politique--9782130551508-page-335?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puf.cohe.2006.01.0335


Notes

  • [1]
    Qui se matérialise notamment par la création de revues et la mise en place de numéros spéciaux qui y sont consacrés.
  • [2]
    On pense notamment aux textes suivants : Christian Lequesne, Andy Smith, « Union européenne et science politique : où en est le débat théorique ? », Cultures et Conflits, n° 28, hiver 1997, p. 7-38 ; Virginie Guiraudon, « L'espace sociopolitique européen, un champ encore en friche », Cultures et Conflits, n° 38-39, 2000, p. 7-37 et le numéro de Pôle Sud (no 15, novembre 2001) coordonné par Andy Smith sur « La Commission européenne en politique(s) ».
  • [3]
    Marc Abélès, La Vie quotidienne au Parlement européen, Paris, Hachette, 1992 ; Marc Abélès, En attente d'Europe, Paris, Hachette, 1996 ; Marc Abélès et Irène Bellier, « La Commission européenne : du compromis culturel à la culture politique du compromis », Revue française de science politique, vol. 46, n° 3, juin 1996, p. 431-455 et, plus récemment, Cris Shore, Building Europe. The Cultural Politics of European Integration, Londres, Routledge, 2000, et Irène Bellier, « Le lieu du politique, l'usage du technocrate. “Hybridation” à la Commission européenne », dans Vincent Dubois et Delphine Dulong (dir.), La Question technocratique. De l'invention d'une figure aux transformations de l'action publique, Strasbourg, PUS, 1999, p. 233-253.
  • [4]
    Jean Joana et Andy Smith, Les Commissaires européens, Presses de Sciences Po, 2002.
  • [5]
    Edward Page, People who Run Europe, Oxford, Clarendon, 1997 ; et Andrew Mac Mullen, « European Commissioners : National Routes to a European Elite », in Neil Nugent (ed.), At the Heart of Union. Studies of the European Commission, Londres, Mac Millan, 1997, p. 27-48.
  • [6]
    Sur ce point néanmoins, l'ouvrage, essentiellement descriptif, d'Anne et Handley Stevens, Brussels Bureaucrats ? The Administration of the European Union, Basingtoke, Palgrave, 2001. Une enquête sociographique de grande ampleur est actuellement en cours au Groupe de sociologie politique européenne de Strasbourg. Voir : Didier Georgakakis, Marine de Lassalle, « Les directeurs généraux de la Commission européenne. Premiers éléments d'une enquête prosopographique », Regards sociologiques, n° 27-28, 2004, p. 6-33.
  • [7]
    À l'exception des travaux de Cécile Robert : « La Commission européenne dans son rapport au politique : pourquoi et comment faire de la politique sans en avoir l'air ? », Pôle Sud, n° 15, 2001, p. 61-76.
  • [8]
    James Caporaso, « Regional Integration Theory : Understanding our Past and Anticipating our Future », in Wayne Sandholtz et Alec Stone Sweet (dir.), European Integration and Supranational Governance, Oxford, Oxford University Press, 1998.
  • [9]
    Virginie Guiraudon, « L'espace sociopolitique européen, un champ encore en friche », art. cité, p. 7.
  • [10]
    Virginie Guiraudon poursuivait d'ailleurs en insistant sur ce que la tradition de la sociologie politique française pouvait apporter au sous-champ disciplinaire : « La sociologie politique, et par conséquent la science politique française fortement ancrée dans la tradition sociologique, a beaucoup à offrir aux recherches internationales sur l'Europe, en particulier son attention aux processus cognitifs, aux trajectoires politiques, aux jeux d'acteurs et aux rapports de pouvoir » (ibid., p. 8). Le projet, tout à la fois méthodologique et théorique, du livre de Jean Joana et Andy Smith (Les Commissaires européens, op. cit., p. 13 et s.) est de cet ordre. Leur introduction, intitulée « Une sociologie politique des commissaires », note que « les “sommets de la Commission” demeurent une boîte noire pour la recherche en sciences sociales consacrée à l'intégration européenne. Plus précisément, en aplatissant les hiérarchies de cette instance [les études jusqu'alors consacrées à la Commission européenne] ignorent presque totalement le rôle joué par les 20 commissaires européens à l'intérieur de la “maison” et, à l'extérieur, lorsqu'ils s'en font les représentants » (p. 14-15).
  • [11]
    Philippe Schmitter, « Quelques alternatives pour le futur système politique européen et leurs implications pour les politiques publiques européennes », dans Yves Mény, Pierre Muller et Jean-Louis Quermonne (dir.), Politiques publiques en Europe, Paris, L'Harmattan, 1995, p. 27-47, voir p. 28.
  • [12]
    Idem., p. 46.
  • [13]
    Critiquant, à juste titre, les approches uniquement fondées sur une analogie avec les institutions nationales (et notamment sur l'hypothèse d'une convergence vers une démocratie parlementaire), Giandomenico Majone (« The Regulatory State and its Legitimacy Problem », West European Politics, vol. 22, n° 1, janvier 1999, p. 1-24, p. 19) poursuit : « Ainsi, les standards de légitimité et de contrôle [accountability], développés historiquement pour contrôler un État omnicompétent avec des pouvoirs virtuellement illimités de prélever l'impôt et de dépenser, ne peuvent pas être directement appliqués à un système aux compétences et aux ressources limitées tel que celui de l'UE. » Outre la vision caricaturale de l'État (réduit à un percepteur et à un organe de dépenses), c'est la conception purement instrumentale de la légitimité qui pose problème. D'ailleurs, la « solution » préconisée par Majone pour résoudre le problème de légitimité que connaît l'UE ne l'est pas moins : la création d'agences indépendantes qui, du fait de leur éloignement des « pressions » électorales, seraient mieux à même de produire des décisions de bonne qualité et d'en assurer la continuité. La légitimité de leur action étant censée se fonder sur le fait qu'elles seraient obligées de motiver leurs décisions.
  • [14]
    On pense ici, par exemple, à la relation très particulière qu'entretient le groupe des agriculteurs à l'égard d'un système institutionnel et politique dont ils dépendent largement.
  • [15]
    On ne sait ainsi quasiment rien du travail partisan à propos de l'UE en France.
  • [16]
    L'importance des concertations entre plusieurs gouvernements au niveau européen, comment s'organisent les « transferts » intellectuels et de technologies politiques et administratives entre pays, sont ainsi singulièrement méconnus. Notamment parce que le Conseil des ministres est une institution bien moins étudiée que ne l'est la Commission européenne.
  • [17]
    On pense notamment, outre les auteurs déjà cités, à Antonin Cohen, « Le Plan Schuman de Paul Reuter. Entre communauté nationale et fédération européenne », Revue française de science politique, vol. 48, n° 5, octobre 1998, p. 645-663, et « La conception du pouvoir politique dans le Plan Schuman. Paul Reuter et l'apolitisme technocratique », Contribution aux journées d'études : La question technocratique, Institut d'études politiques de Strasbourg, 13-14 novembre 1997. François Foret, L'Europe en représentations. Éléments pour une analyse de la politique symbolique de l'Union européenne, thèse de doctorat de science politique, Université Paris I, juin 2001 et « Dire l'Europe. Les brochures grand public de la Commission : entre rhétoriques politique et bureaucratique », Pôle Sud, n° 15, 2001, p. 77-95.
  • [18]
    Andy Smith, Le Gouvernement de l'Union européenne. Une sociologie politique, Paris, LGDJ, 2004, chap. 1.
  • [19]
    À titre d'exemple, on peut citer l'analyse que fait L. Hooghe de l'idéologie des sommets de la Commission européenne. Cherchant à tout prix à quantifier les informations glanées de ces entretiens avec ce personnel, cet auteur oublie de s'interroger sur la pertinence sociologique des catégories « supranationales » et « intergouvernementales ». Liesbet Hooghe, The European Commission and the Integration of Europe. Images of Government, Cambridge, Cambridge University Press, 2001.
  • [20]
    Voir par exemple le débat intéressant mais frustrant sur l'apport éventuel du constructivisme social pour l'étude de l'Union européenne lancé par le livre Thomas Christiansen, Knud-Erik Erikson et Antje Wiener, The Social Construction of Europe, Londres, Sage, 2000.
  • [21]
    Voir l'usage anecdotique fait par de nombreux chercheurs non français des travaux de Marc Abélès sur la Commission et le Parlement européens.
  • [22]
    Claudio Radaelli, Technocracy in the European Union, London, Longmans, 1999.
  • [23]
    Cécile Robert, « La Commission européenne dans son rapport au politique : pourquoi et comment faire de la politique sans en avoir l'air ? », Pôle Sud, n° 15, 2001, p. 61-76.
  • [24]
    Notamment telles que les figent les catégories juridiques d'interprétation de l'UE.
  • [25]
    Cette conceptualisation a été développée plus longuement dans Andy Smith, Le Gouvernement de l'Union européenne, op. cit.
  • [26]
    Pour cet auteur, la notion de gouvernement ne se réduit pas à « l'instance particulière qui, dans les États contemporains, est censée prendre des décisions, faire exécuter les lois et conduire des politiques ; il s'agit des actes qui tendent à organiser et à diriger la vie en société » (Jacques Lagroye, Sociologie politique, Paris, Dalloz, 1997, p. 25).
  • [27]
    Jean Joana et Andy Smith, op. cit., 2002.
  • [28]
    Olivier Baisnée, La Production de l'actualité communautaire, thèse de science politique, Université de Rennes I, 2003.
  • [29]
    « Le pouvoir représente, cela signifie qu'un individu ou un groupe se pose comme le porte-parole de l'ensemble. Mais le pouvoir représente, aussi, en tant qu'il met en spectacle l'univers dont il est issu et dont il assure la permanence » (Marc Abélès, « La mise en représentation du politique », dans M. Abélès et H.-P. Jeudy (dir.), Anthropologie du politique, Paris, Armand Colin, 1997, p. 247-271).
  • [30]
    Jean Joana, Pratiques politiques des députés français au xixe siècle. Du dilettante au spécialiste, Paris, L'Harmattan, 1999.
  • [31]
    Jacques Lagroye, « On ne subit pas son rôle », Politix, 38, 1997, p. 7-17.
  • [32]
    Notamment l'extrême attention qu'ils accordent aux informations en provenance de la Commission européenne.
  • [33]
    Olivier Baisnée, « Can Political Journalism Exist at the EU Level ? », in R. Kuhn et E. Neveu (dir.), Political Journalism, Londres, Routledge, 2002, p. 108-128.
  • [34]
    Daniel Gaxie, La Démocratie représentative, Paris, Montchrestien, 2002, p. 72.
  • [35]
    En effet, souligne Pierre Bourdieu, « l'État contribue pour une part déterminante à la production et à la reproduction des instruments de construction de la réalité sociale. En tant que structure organisationnelle et instance régulatrice des pratiques, il exerce en permanence une action formatrice de dispositions durables, à travers toutes les contraintes et les disciplines corporelles et mentales qu'il impose uniformément à ses agents » (Pierre Bourdieu, « Esprits d'État », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 96-97, mars 1993, p. 49-62, p. 59).
  • [36]
    Comme l'indique Pierre Bourdieu à propos de l'État, « si l'État est en mesure d'exercer une violence symbolique, c'est qu'il s'incarne à la fois dans l'objectivité sous forme de structures et de mécanismes spécifiques et aussi dans la “subjectivité” ou, si l'on veut, dans les cerveaux, sous forme de structures mentales, de catégories de perception et de pensée. En se réalisant dans des structures sociales et dans des structures mentales adaptées à ces structures, l'institution instituée fait oublier qu'elle est issue d'une longue série d'actes d'institution et se présente avec toutes les apparences du naturel » (ibid., p. 51).
  • [37]
    Le Parlement européen est ainsi singulièrement absent de la quotidienneté des correspondants auprès de l'UE. Sur ce point, voir Olivier Baisnée, « Les relations entre la Commission et le corps de presse accrédité auprès de l'Union européenne : crise et renouvellement des pratiques », Pôle Sud, n° 15, automne 2001, p. 47-60.
  • [38]
    Jean Joana et Andy Smith, op. cit., partie III.
  • [39]
    Cécile Robert, « La Commission européenne dans son rapport au politique : pourquoi et comment faire de la politique sans en avoir l'air ? », art. cité, p. 66.
  • [40]
    Dans la mesure où le Conseil des ministres est un lieu où règnent les diplomates et où les journalistes sont beaucoup plus cantonnés qu'ils ne le sont à la Commission.
  • [41]
    Il n'est ainsi pas rare de voir des porte-parole de représentations permanentes critiquer ouvertement les positions de la Commission. L'inverse n'est jamais arrivé lors de nos observations.
  • [42]
    Les 14 autres gouvernements et la Commission européenne.
  • [43]
    Mais aussi de la littérature scientifique sur l'UE qui n'est pas encore parvenue à théoriser le fonctionnement d'ensemble d'un système qui mêle (avec à l'intérieur même de ces catégories une diversité considérable) : institutions, groupes d'intérêts, groupes d'experts, diplomates, gouvernements, etc.
  • [44]
    Comme le note Marc Abélès : « Si l'Europe tend aujourd'hui à devenir partie intégrante de notre vie quotidienne, si elle revient régulièrement comme thème de débat politique à usage national, son fonctionnement interne, les pratiques politiques communautaires et les enjeux qui s'y rattachent demeurent lointains et opaques pour des citoyens qui en sont le public, plutôt que l'opinion publique » (En attente d'Europe, Paris, Hachette, 1996, p. 109).
  • [45]
    Jean-Michel Eymeri, « Frontière ou marches ? De la contribution de la haute administration à la production du politique », dans J. Lagroye (dir.), La Politisation, Paris, Belin, 2003, p. 77.

L'Union européenne perturbe autant les acteurs publics que les commentateurs contemporains en raison de son rapport supposé « inédit » à la politique. Selon cette représentation fortement répandue, des élus nationaux, des parlementaires européens, des fonctionnaires de la Commission et une pléthore de « lobbyistes » s'investissent quotidiennement dans des luttes complexes pour orienter la décision communautaire sans s'engager réellement dans des concurrences politiques « véritables ». Ce constat se vérifie-t-il empiriquement ou est-il plutôt le produit de catégories d'analyse et de modes de raisonnement anachroniques ? Considérant que la vérité se situe entre ces deux extrêmes, et sans écarter la possibilité que certaines dimensions de l'intégration européenne soient effectivement dominées par des pratiques qui échappent aux logiques de la politique, ce texte propose de déplacer cette interrogation à l'aide d'une prise de position résolument sociologique. Partant d'une présentation du « cela-va-de-soi » disciplinaire qui a conduit les sciences du politique à largement négliger une telle démarche, et, surtout, des effets analytiques qui en découlent (première partie), notre objectif consiste à développer une grille de lecture de l'apolitisme apparent au sein des institutions et des scènes d'interaction communautaires (deuxième partie), et de l'illustrer à l'aide de l'analyse empirique des logiques d'énonciation publique du politique communautaire (troisième partie). Plus globalement, l'hypothèse centrale qui anime ce texte est qu'au sein d'un…


Date de mise en ligne : 17/09/2015

https://doi.org/10.3917/puf.cohe.2006.01.0335

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