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Chapitre 6 - Mémoires du corps esclave, subjectivations actuelles

Pages 167 à 188

Citer ce chapitre


  • Douville, O.
(2014). Chapitre 6 - Mémoires du corps esclave, subjectivations actuelles. Les figures de l'Autre : Pour une anthropologie clinique (p. 167-188). Dunod. https://shs.cairn.info/les-figures-de-l-autre--9782100701261-page-167?lang=fr.

  • Douville, Olivier.
« Chapitre 6 - Mémoires du corps esclave, subjectivations actuelles ». Les figures de l'Autre Pour une anthropologie clinique, Dunod, 2014. p.167-188. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-figures-de-l-autre--9782100701261-page-167?lang=fr.

  • DOUVILLE, Olivier,
2014. Chapitre 6 - Mémoires du corps esclave, subjectivations actuelles. In : Les figures de l'Autre Pour une anthropologie clinique. Paris : Dunod. Psychismes, p.167-188. URL : https://shs.cairn.info/les-figures-de-l-autre--9782100701261-page-167?lang=fr.

Notes

  • [1]
    C'est un membre du parti communiste américain le chanteur Paul Robeson qui fit valoir la beauté de son timbre de basse, et c'était là aussi un manifeste esthétique et politique.
  • [2]
    J'en remercie encore ici Xavier Emmanuelli, Charles Burquel et Éric Messens.
  • [3]
    Solange Faladé, 2012, p. 170.
  • [4]
    Et nous ne sommes certainement pas en train de parler d'histoire ancienne… mais qui se souvient des massacres à Sétif ou à Madagascar ?
  • [5]
    Construction insensée de la filiation, cassant le fil générationnel par le démembrement des familles, les viols, les rapts de femmes.
    Quelle langue alors pour quelle production ? Comment inventer l'altérité de la langue ? Relire Glissant et Fanon n'a vraiment rien d'inactuel. L'acte narratif y est marqué par l'événement, mais il déplace cet événement, il le retrouve en en faisant autre chose (à la différence de l'effroi ou du cauchemar), il dit et tente de vaincre la peur, il remet en chantier, en chemin et en perspectives les liens nécessaires entre parole, écrit et mémoire. Cherchant du discours il propose une rhétorique et un souffle épique, c'est vrai de Glissant, d'Aimé Césaire ou de Patrick Chamoiseau. L'oral cherche, avec plus ou moins de bonheur la caution de la lettre alphabétique, la lecture ne prend sa chair qu'en se ressouvenant des accents des chants qui transcendèrent les peurs et enchantèrent les révoltes. Écrire c'est aussi chercher (et parfois trouver ou retrouver) quelqu'un à qui parler dans une langue d'un familier toujours un peu étrange.
  • [6]
    Barbara Glowczewski, 2004, p. 318.

La mort, le meurtre, les héritiers de l'inhumain… d'emblée ce chapitre veut inscrire ce constat : un homme, tout homme, peut très bien s'attendre à mourir, mais nul ne s'attend à être dépossédé de son « mourir ». Cette dépossession, en masse, au nom d'un bon droit d'une part de l'humanité à disposer de l'autre, est une opération qu'a tenté de réaliser l'esclavage. L'héritage de la plus déshumanisante et de la plus destructrice situation coloniale, l'esclavage, est culturel et politique, mais, et c'est là que le clinicien a son mot à dire, il peut aussi être psychique. Il n'est pas besoin de revenir sur la charge explosive — c'est-à-dire une charge aussi et avant tout porteuse de possibilité de sublimation et de mutations culturelles — que distillent les rapports d'identités, d'appartenances communautaires et de langues dans des pays colonisés ou post-colonisés. En ce point, le psychanalyste est concerné en tant que soignant et en tant que chercheur, mais il l'est surtout dans la responsabilité qui est la sienne de poser la question de la nature et de la fonction de l'héritage du passé sans tenter de la banaliser ou de l'hystériser. Il lui incombe aussi, et avant tout, à partir des dires et des transferts de ses patients, de reconnaître le corps de traumatisme, de reconnaître ce qui dans le traumatisme et sa plainte dit la nécessité de se souvenir de l'insouvenable. Il appartient au psychanalyste non de produire un super-savoir venant interpréter ou réduire à quia les autres savoirs que construisent les autres sciences humaines, mais, de sa place et à partir de son acte clinique, d'entendre la nécessité culturelle mais subjective aussi d'authentifier qu'il s'est bien produit la perte réelle d'un patrimoine humain et symbolique…


Date de mise en ligne : 03/03/2016

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