Chapitre 9. La lente entrée des femmes dans la modernité du xxe siècle
- Par Yannick Ripa
Pages 101 à 111
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La Première Guerre mondiale n’a pas été émancipatrice pour les femmes, malgré les allures de garçonne de quelques-unes et les « années folles ». Pourtant, pour maintenir la différenciation des sexes, les discours et les modèles doivent s’adapter : la ménagère, fée du logis, n’est pas celle du xixe siècle, et l’entrée des femmes dans le tertiaire crée des situations nouvelles.
En 1923 s’ouvre le premier Salon des arts ménagers : l’invisible et gratuit travail domestique des femmes est élevé au rang d’un art où cohabitent le savoir et le savoir-faire de la ménagère, devenue par l’emploi des machines une technicienne. Publicité, revues (Mon chez-moi, de la Ligue de l’organisation ménagère), ouvrages (ceux de Paulette Bernège [1896-1973], fondatrice alors de l’Institut d’organisation ménagère) mettent l’accent sur la taylorisation du travail ménager, reprenant les théories du Domestic Science Movement, né aux États-Unis. La technique réorganise l’espace ménager et diminue le temps imparti aux tâches domestiques, présentées comme des actes de créativité et non plus comme des besognes répétitives : la cuisine devient l’art culinaire du cordon-bleu ; la ménagère confrontée à la crise des années 30 en préserve la qualité grâce à son ingéniosité, stimulée par la collection « À la fortune du pot ».
La réalité est souvent tout autre. Les logements sont exigus : en ville, des familles nombreuses s’entassent dans des deux pièces ; les campagnes – où le nombre de maisons au sol de terre battue diminue et où s’accentue la séparation des homme…
Date de mise en ligne : 30/01/2024
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