Introduction Les frontières de l'espace moral
- Par Didier Fassin
- et Patrice Bourdelais
Pages 7 à 15
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- FASSIN, Didier
- et BOURDELAIS, Patrice,
- BOURDELAIS, Patrice
- et FASSIN, Didier,
- Fassin, Didier.
- et al.
- Fassin, D.
- et Bourdelais, P.
- P. Bourdelais
- et D. Fassin
https://doi.org/10.3917/dec.bourd.2005.01.0007
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https://doi.org/10.3917/dec.bourd.2005.01.0007
Torturer des corps ou leur imposer des traitements dégradants, maltraiter des
enfants ou les faire travailler, commettre des abus sexuels ou contraindre à la
prostitution, laisser souffrir un mourant ou refuser des soins à un malade, exercer des violences sur des prisonniers ou tuer des civils en temps de guerre,
réduire en esclavage des individus ou vouloir faire disparaître un peuple, refuser
l’assistance à une population en danger ou nier la mémoire d’un génocide,
autant de figures de l’intolérable qui se sont multipliées depuis deux siècles
jusqu’à saturer l’espace public contemporain de faits socialement réprouvés ou
juridiquement sanctionnés comme manquements aux droits de l’homme.
Néanmoins, l’énumération de ces réalités qui heurtent nos consciences et fondent l’économie morale de notre temps ne nous permet de saisir que très partiellement les enjeux de cet au-delà des frontières de l’acceptable et parfois de
l’exprimable, dès lors qu’échappant à toute tentative de définition substantialiste qui en livrerait l’essence intemporelle, l’intolérable ne cesse de se déplacer,
de s’étendre et de se recomposer.
Ce que l’on dit injustifiable se donne généralement comme un mal radical,
voire absolu : le mot intolérable lui-même suppose ce franchissement d’un
extrême. Pourtant, le regard vers un passé encore proche nous apprend qu’il
s’agit toujours d’une norme et d’une limite historiquement constituées, et donc
frappées de relativité temporelle – nul ne sait aujourd’hui ce que seront les
intolérables de demain – et, de surcroît, l’attention portée à la diversité de ces
transgressions nous suggère que toutes ne se situent pas sur une même échelle
de valeurs, incitant cette fois à une hiérarchie morale – car on ne saurait qualifier
du même intolérable le mauvais traitement des enfants et l’extermination d’un
groupe humain…
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